Les 3 Rocks : musique et mauvaise foi

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 [Cycle] Melville

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Nulladies
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MessageSujet: [Cycle] Melville   Mar 20 Mai 2014 - 6:40

Cycle Melville cette semaine :

1. Le silence de la mer, 1949
2. Le Doulos, 1962
3. Le deuxième souffle, 1966
4. Le samouraï, 1967
5. L'armée des ombres, 1969
6. Le cercle rouge, 1970
7. Un flic, 1972
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mar 20 Mai 2014 - 6:41



Le silence littéraire

Le huis clos proposé par Le silence de la mer est étouffant à plus d’un titre. Tout d’abord par sa mise en espace, celle d’un salon austère dans lequel des soirée répétitives vont consituer la quasi-totalité du film. Ensuite par la singularité du trio qui y réside : un officier allemand, et ses deux hôtes forcés de l’accueillir chez eux. L’invasion allemande est ici vue par la petite lucarne, celle de l’intimité, et l’Histoire s’invite dans les chaumières. Alors que l’officier tante d’entrer en contact, il se voit opposer un silence lourd de sens, une résistance modeste mais qui déteint sur toute l’esthétique du film. Le dialogue devient monologue contraint, une suite de tirades idéalistes sur la complémentarité franco-allemande ponctué par l’infatigable tic-tac de l’horloge, seule réponse aux utopies du vainqueur provisoire.
Melville paie son tribut au chef d’œuvre de la littérature résistante qu’il adapte. Aux envolées dans un français impeccable de l’officier répond, plus soutenue encore, la voix off de l’auditeur silencieux. Empruntée, presque précieuse, sa diction semble une émanation directe du texte, un peu trop guindée à mon sens, tout comme la musique lyrique (surtout au début) et peu cohérente par rapport à l’austérité du sujet. Le metteur en scène ne s’en cache pas, il doit tout au texte, allant jusqu’à filmer les premières et dernières pages pour clôturer son récit. Cela ne l’empêche pas de tirer profit de son huis-clos par la multiplication des points de vue, le jeu avec les plongées et contre plongées pour subjectiviser la vision ou le travail sur la lumière (rendant volontairement blafard, voire vampirique l’officier).
L’enjeu même de l’échange se concentre sur la culture : c’est par la musique et la littérature que Von Ebrennac veut faire se rencontrer les deux grandes nations, et c’est à elle qu’il recourt pour communiquer. La longue métaphore de la belle et la bête pour dire son amour naissant à la nièce, la pièce musicale qu’il reprend depuis qu’elle a cessé de jouer sont autant de passerelles utopiques sur le retour d’une paix humaniste et la réconciliation des peuples.
Face à lui, l’impassibilité de son hôte qui l’écoute avidement, et révèle au spectateur sa fascination par le biais de la voix off. De la nièce, nous n’entendrons qu’un mot, mais le cinéaste s’acharnera à lire en elle comme dans un livre ouvert : le tremblement des doigts, les gros plans sur la nuque ou la lèvre charnue crient les non-dits que la situation requiert.
La partie sur le voyage à Paris est un peu plus dispensable. Si elle a le mérite de varier le rythme et d’atténuer l’étouffement du huis-clos, les images carte postales et les transitions assez précieuses entre les plans semblent superfétatoires.
Reste la démonstration habile de la barbarie nazie, rendue d’autant plus efficace qu’elle est vue par son propre camp. La désillusion de l’officier est celle d’un peuple, celui de l’Europe toute entière à l’humanisme bafoué.
Film austère, encore rivé à la littérature dont le patronage semble dicter l’expression formelle, Le Silence de la mer laisse présager, par sa maitrise et l’intensité de ses enjeux, les germes d’une œuvre majeure à venir.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mar 20 Mai 2014 - 14:51

Jamais vu celui-là. Les autres choix sont évidemment parfaits.  I love you 
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 21 Mai 2014 - 6:33



L’écheveau de feu.

Initié dans Bob le Flambeur, le film noir selon Melville met ici en place ses jalons avec plus d’aplomb. La scène d’ouverture en est l’archétype. Plan séquence urbain, elle suit la silhouette de l’imperméable et du feutre d’un individu qui semble l’émanation même du décor. Surcadré par les poutrelles métalliques, le fracas des trains et la misère des terrains vagues, dans un noir et blanc se manifestant surtout par un gris uniforme.
Méthodiques, plutôt taiseux, les personnages sont toujours sur un coup, tendus vers l’après : des plans, des combines qui supposent qu’on garde le silence ou qu’on déguise la vérité, qui surgit sans qu’on s’y attende, aussi rapide et brutale qu’une poignée de balles dans le ventre.
Regianni le sombre s’annonce comme le protagoniste, mais cède le pas au solaire et indiscernable Belmondo : salaud désinhibé ou héros très discret ?
Une grande partie du film repose sur cette confusion, au gré d’un scénario retors et complexe. Les scènes se divisent entre les discussions laborieuses des policiers tentant de mettre au jour les plans savamment élaborés, et le silence méthodique de ceux qui les mettent à exécution.
A ce titre, Silien est un scénariste et metteur en scène hors-pair ; la malice de Melville est de ne nous révéler que très tard ses intentions réelles. A l’air libre ; il œuvre en coulisse à la réhabilitation de son ami retourné en détention.
[Spoilers]
Mais l’explication qui démêle l’écheveau n’est pas le dénouement. Dans ce monde des caves où les femmes dansent sur le zinc au son d’un jazz résolument cool, la tragédie sommeille, mais ne s’étiole pas. En réponse à l’opacité des agissements de Silien, Maurice commandite un peu trop tôt son meurtre, depuis la prison.
Les masques africains et autres statues d’ébène jalonnent bon nombre d’hôtels particuliers qu’on visite ou cambriole. Témoins muets, fascinant et effrayants des gesticulations finalement bien vaines des protagonistes. C’est le cas du lieu final, dans lequel sera gâchée toute la savante machination.
Dilatée, dénuée de dialogues, la dernière séquence gagne en pathos ce qu’elle ajoute en sécheresse de ton. A trop vouloir jouer avec les ficelles du destin, Silien s’en voit puni, et Maurice tombe sous les balles de sa propre vengeance.
Entre nouvelle vague française et le film noir américain, Le Doulos touche autant qu’il fascine.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 21 Mai 2014 - 12:47

cheers De toute évidence une grande source d'inspiration pour Miller's Crossing des Coen dans cette ambiguïté des intentions qui débouchent sur des tragiques malentendus et une certaine perte d'humanité chez ces voyous au départ presque trop honorables.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 21 Mai 2014 - 13:04

Miller's Crossing, quel CO...  I love you 
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shoplifter
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 21 Mai 2014 - 14:49

j'ai longtemps considéré "l'armée des ombres" comme le meilleur film français de tous les temps de quand j'étais jeune,
et en toute mauvaise foi je pense que c'est toujours le cas

"ce jour-là, Philippe Gerbier a refusé de courir" Magnifique dernière réplique
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 21 Mai 2014 - 15:24

@shoplifter a écrit:
j'ai longtemps considéré "l'armée des ombres" comme le meilleur film français de tous les temps de quand j'étais jeune,
et en toute mauvaise foi je pense que c'est toujours le cas

"ce jour-là, Philippe Gerbier a refusé de courir" Magnifique dernière réplique

je ne sais pas si c'est le meilleur de tous les temps, mais je le range aussi dans la catégorie des putains de chef d’œuvre.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 21 Mai 2014 - 18:19

@shoplifter a écrit:
j'ai longtemps considéré "l'armée des ombres" comme le meilleur film français de tous les temps de quand j'étais jeune,
et en toute mauvaise foi je pense que c'est toujours le cas

"ce jour-là, Philippe Gerbier a refusé de courir" Magnifique dernière réplique

 cheers  pareil.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 21 Mai 2014 - 18:22

@shoplifter a écrit:
j'ai longtemps considéré "l'armée des ombres" comme le meilleur film français de tous les temps de quand j'étais jeune,
et en toute mauvaise foi je pense que c'est toujours le cas

"ce jour-là, Philippe Gerbier a refusé de courir" Magnifique dernière réplique

Sympa les spoils pour l'initiateur du cycle !  Shocked


Dernière édition par Nulladies le Mer 21 Mai 2014 - 19:20, édité 1 fois
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 21 Mai 2014 - 19:13

@Nulladies a écrit:
@shoplifter a écrit:
j'ai longtemps considéré "l'armée des ombres" comme le meilleur film français de tous les temps de quand j'étais jeune,
et en toute mauvaise foi je pense que c'est toujours le cas

"ce jour-là, Philippe Gerbier a refusé de courir" Magnifique dernière réplique

Sympa les spoils pour l'auteur l'initiateur du cycle !  Shocked 

http://www.20minutes.fr/television/1353917-il-vit-retire-du-monde-pour-ne-pas-se-faire-spoiler-game-of-thrones
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 21 Mai 2014 - 19:22

@Goupi Tonkin a écrit:
@Nulladies a écrit:
@shoplifter a écrit:
j'ai longtemps considéré "l'armée des ombres" comme le meilleur film français de tous les temps de quand j'étais jeune,
et en toute mauvaise foi je pense que c'est toujours le cas

"ce jour-là, Philippe Gerbier a refusé de courir" Magnifique dernière réplique

Sympa les spoils pour l'auteur l'initiateur du cycle !  Shocked 

http://www.20minutes.fr/television/1353917-il-vit-retire-du-monde-pour-ne-pas-se-faire-spoiler-game-of-thrones

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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 21 Mai 2014 - 19:44

"Jean Neige", ça me rappelle ces "traductions" de passages de Breaking Bad et Game of Thrones sur lesquels j'étais tombé sur Twitter une fois :

Spoiler:
 
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shoplifter
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 21 Mai 2014 - 19:58

@Nulladies a écrit:
@shoplifter a écrit:
j'ai longtemps considéré "l'armée des ombres" comme le meilleur film français de tous les temps de quand j'étais jeune,
et en toute mauvaise foi je pense que c'est toujours le cas

"ce jour-là, Philippe Gerbier a refusé de courir" Magnifique dernière réplique

Sympa les spoils pour l'initiateur du cycle !  Shocked

je ne comprends pas le sens de ta remarque mec
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 21 Mai 2014 - 20:17

@shoplifter a écrit:
@Nulladies a écrit:
@shoplifter a écrit:
j'ai longtemps considéré "l'armée des ombres" comme le meilleur film français de tous les temps de quand j'étais jeune,
et en toute mauvaise foi je pense que c'est toujours le cas

"ce jour-là, Philippe Gerbier a refusé de courir" Magnifique dernière réplique

Sympa les spoils pour l'initiateur du cycle !  Shocked

je ne comprends pas le sens de ta remarque mec

J'annonce que je fais un cycle Melville toute la semaine, et que je regarderai L'armée des ombres, et tu donnes la dernière réplique qui donne clairement des indications sur le destin d'un personnage...

Non ?

Bon.

Rien, alors, désolé.  Wink 
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Jeu 22 Mai 2014 - 13:23

De toute façon c'est tellement crépusculaire que dès les premières minutes tu sais que tout le monde va... hum... non rien.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Jeu 22 Mai 2014 - 14:40

@shoplifter a écrit:
@Nulladies a écrit:
@shoplifter a écrit:
j'ai longtemps considéré "l'armée des ombres" comme le meilleur film français de tous les temps de quand j'étais jeune,
et en toute mauvaise foi je pense que c'est toujours le cas

"ce jour-là, Philippe Gerbier a refusé de courir" Magnifique dernière réplique

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je ne comprends pas le sens de ta remarque mec

C'est un peu comme de dire que c'est le jardinier qui a fait le coup à propos d'un film policier...
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shoplifter
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Jeu 22 Mai 2014 - 19:49

@Nulladies a écrit:
@shoplifter a écrit:
@Nulladies a écrit:
@shoplifter a écrit:
j'ai longtemps considéré "l'armée des ombres" comme le meilleur film français de tous les temps de quand j'étais jeune,
et en toute mauvaise foi je pense que c'est toujours le cas

"ce jour-là, Philippe Gerbier a refusé de courir" Magnifique dernière réplique

Sympa les spoils pour l'initiateur du cycle !  Shocked

je ne comprends pas le sens de ta remarque mec

J'annonce que je fais un cycle Melville toute la semaine, et que je regarderai L'armée des ombres, et tu donnes la dernière réplique qui donne clairement des indications sur le destin d'un personnage...

Non ?

Bon.

Rien, alors, désolé.  Wink 

Punaise, t'as jamais vu l'armée des ombres ??????????????? Shocked je pensais que tu évoquais des films déjà zieutés désolé

bon soit,
alors en quoi cette dernière réplique te donne une indication sur ce qui se passe
ne connaissant rien du gars gerbier et de son rapport avec la course à pied
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Ven 23 Mai 2014 - 6:58

@shoplifter a écrit:
@Nulladies a écrit:
@shoplifter a écrit:
@Nulladies a écrit:
@shoplifter a écrit:
j'ai longtemps considéré "l'armée des ombres" comme le meilleur film français de tous les temps de quand j'étais jeune,
et en toute mauvaise foi je pense que c'est toujours le cas

"ce jour-là, Philippe Gerbier a refusé de courir" Magnifique dernière réplique

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J'annonce que je fais un cycle Melville toute la semaine, et que je regarderai L'armée des ombres, et tu donnes la dernière réplique qui donne clairement des indications sur le destin d'un personnage...

Non ?

Bon.

Rien, alors, désolé.  Wink 

Punaise, t'as jamais vu l'armée des ombres ??????????????? Shocked je pensais que tu évoquais des films déjà zieutés désolé

bon soit,
alors en quoi cette dernière réplique te donne une indication sur ce qui se passe
ne connaissant rien du gars gerbier et de son rapport avec la course à pied

Ben c'est clair, maintenant je sais qu'il est forfait pour le mondial.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Ven 23 Mai 2014 - 6:59




Aux grands hommes, la police reconnaissante

Le deuxième souffle pourrait être l’expression appliquée au Doulos (après la parenthèse malheureuse de L’ainé des Ferchaux qui entérine la rupture avec Belmondo) : plus à l’aise, en pleine possession de ses moyens, Melville y creuse les mêmes thèmes narratifs et y amplifie son esthétique.
Le décor urbain est désormais familier, tout comme les personnages qui y sévissent : stetson, imperméables, en bande organisée. La nature n’est qu’un dépotoir à cadavres ou carcasse de fourgons, et les intérieurs sont savamment repérés à l’avance. Cette obsession de la maitrise de l’espace (accentuée par la scission Paris-Marseille, Prison-évasion) renvoie à celle du cinéaste, qui dilate encore les séquences sans dialogue, méthodiques et épurées. On pense au Clouzot du Salaire de la peur dans la séquence du braquage du fourgon : même plans larges différant l’arrivée, même absence tendue de musique. L’insistance par le montage sur la tension des différents visages, particulièrement dans l’affrontement final évoque quant à lui Leone, et on comprend bien l’influence de Melville sur John Woo au regard du carnage impitoyable qui conclut le film.
Pour toutes les directions initiées par le Doulos, Melville va plus loin : plus affirmée, la désérotisation : Manouche est davantage une complice qu’une femme (et on est loin de la sensuelle Isabelle Corey de Bob le flambeur). Plus poussé le rôle de la police. Ici, on joue à armes égales, on rivalise d’intelligence et on prend l’autre à son propre piège, non sans un certain respect mutuel, occasionnant des passes d’arme de haute volée. L’entrée en scène de Meurisse est un chef d’œuvre : pour se présenter, Melville le fait exposer le monde merveilleux des gangsters où tout le monde se tait car personne n’a rien vu. Superbe programme du film, et de bien des opus de Melville : donner à voir ce qu’on cache, disséquer les mises en scènes, toujours après la bataille, en remontant patiemment jusqu’aux différents protagonistes : « On trouve plus facilement quelqu’un qui se cache », affirme le commissaire.
Meurisse et Ventura composent un duo de légende qui peut nous évoquer ce que sera celui du Heat de Mann quelques décennies plus tard.
L’autre ambition du film est sa longueur. Après le casse, l’attentisme. « J’ai peur qu’en me déplaçant, je fasse bouger quelque chose » confesse Manouche ; le metteur en scène est particulièrement à l’aise lorsqu’il s’agit de poser ses protagonistes en chien de faïence pour faire monter la tension avant le carnage final, réplique elle aussi assez fidèle du Doulos, et archétype du film noir.
J’ai personnellement un peu de mal avec ses transitions, une marque de fabrique chez lui, balayements en fondu latéral, ou les zooms brutaux, affèteries plutôt dispensables au regard de sa maitrise du cadrage et sa composition des plans.
L’évolution, enfin, est aussi celle de la grandeur des personnages : pas d’histoire d’amour, un appât du gain mesuré et circonstancié par la nécessité ; reste l’amitié et la dignité. La quête de Gu est celle de la vérité quant à son honneur, et de sauver celui qui prend à sa place. Figures d’un grand banditisme dans tous les sens du terme, les acolytes prennent leur rôle avec le sérieux de soldats patriotes.
La tragédie fortement pressentie exacerbera ces enjeux. L’honneur est sauf, et la confession écrite peut remplacer la parole enregistrée. Qu’importe la mort, qu’importe l’amour. Le commissaire sait reconnaitre en son pire ennemi un homme de sa trempe, et honore sa mémoire.
Après 2h30 d’immersion dans ce monde interlope, on prend la mesure du carton initial, et des citations (que Melville met en exergue de chacun de ses films) où le cinéaste se défend de cautionner les agissements de son personnage : en dépit de sa morale criminelle, le film contribue en effet à faire de lui un grand homme.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Ven 23 Mai 2014 - 13:12

cheers  mon second préféré je crois.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Sam 24 Mai 2014 - 7:05



Un homme qui meurt.

L’arrivée de la couleur chez Melville pourrait supposer quelques modulations dans l’univers criminel qu’il construit patiemment depuis Bob le Flambeur. En réalité, elle l’entérine. Grisaille urbaine bleutée et glaciale, elle s’impose dès le premier plan, l’intérieur décati du protagoniste qu’on croirait sorti tout droit d’une toile de Hopper.
La citation liminaire l’annonce d’emblée : il s’agira d’un film sur la solitude. Celle-ci accentue l’épure déjà à l’œuvre dans les opus précédents. Ici, l’hiératisme et le behaviorisme atteignent le point de non-retour. Film sur, pour et par Delon, marmoréen et génial par sa seule présence, il s’affranchit des autres, de dialogues, de psychologie et de tout accès à l’intériorité. Tout au plus un oiseau en cage permet-il d’alimenter une bande son désenchantée, parfois ponctuée d’une musique que les 70’s naissante vont affectionner dans les bandes-originales.
La femme est belle, son visage angélique comme celui de l’ange exterminateur : la blonde attend, la noire se laisse aller à l’un des uniques sourires du film, hommage à la seule instance capable encore d’émouvoir : le jazz. Mais les demoiselles ne sont que des instruments : l’une sert à se maintenir en vie, l’autre hâte la mort en sommeil, et qui n’attend qu’un message de confirmation.
Le véritable interlocuteur de Jef est la ville : labyrinthique, construite en réseau, elle est son terrain de prédilection, un plateau de jeu sur lequel il sème ceux qui le traquent. Entre deux feux, lui qui savait se fondre dans le décor devient l’obsession de deux camps adverses, les commanditaires et les flics. D’un côté comme de l’autre, on tisse avec méthode, au long de scènes dilatées jusqu’à la démesure, la toile qui emprisonnera l’électron libre. Les espaces sont poreux, quadrillés, écoutés, même si la parole est rare. Monstre de contrôle, Jef est pris à sa propre rigueur, qui se transforme en une paranoïa justifiée, brillamment et froidement orchestrée par Melville.
Lentement surgit de l’obscurité la réalité de qu’on nous donnait à voir : l’espace est un écrin du tombeau, et le masque du samouraï est aussi atemporel que mortuaire.
Expérience limite, glacial et fascinant, un film où l’esthétique l’emporte l’individu, le cadrage sur l’épaisseur de la chair.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Sam 24 Mai 2014 - 16:14

Joli ! Dans ce film je vois un peu le personnage comme un caméléon, qui devient la ville par instinct de survie et cache sa sensibilité voire sa fragilité derrière une façade de béton, laquelle ne se fissurera que l'espace d'un instant avant l'issue fatale, dans le regard de Jef fixant la pianiste pendant trente secondes avant de reprendre le masque du parfait tueur à gages. De fait les émotions sont bien là, en cage comme l'oiseau qui finira d'ailleurs par s'agiter, certes après que les flics soient passés mettre l'appartement sur écoute mais aussi après que Jef soit allé lui parler chez elle. La gestuelle du personnage chez lui lorsqu'il ne porte pas sa seconde peau est d'ailleurs parlante à ce titre, notamment dans la scène où il change son pansement, recroquevillé sur lui-même comme un enfant. Dommage que les dialogues par moments soient trop explicites façon "film noir pour les nuls" et que la BO de De Roubaix n'atteigne pas tout à fait les sommets d'atmosphère crépusculaire et tragique de Demarsan sur les deux films suivants, visuellement et métaphoriquement on n'est pas loin du chef-d'oeuvre absolu.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Dim 25 Mai 2014 - 6:54

Oui, je suis assez d'accord pour les dialogues.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Dim 25 Mai 2014 - 6:54



L’éclat de résistance

Sur la partition désormais familière de Melville, son public sait reconnaitre les motifs et la rythmique si particulière. Lenteur, méthode, précision, privilège sur le cadre et point de vue externe se focalisant sur les actes sont les composantes de son esthétique.
Jusqu’alors Melville avait mis celle-ci au service du monde des gangsters qui le fascine, et en hommage au film noir, dont il se veut un jalon, entre le classicisme et la modernité à venir qui se réclamera de lui.
En traitant de la Résistance, tant avec ses souvenirs propres que ceux de l’excellent livre de Kessel, L’armée des ombres va faire cohabiter avec sa sécheresse traditionnelle le pathétique inhérent à son sujet ; force est de constater que l’alchimie est parfaite. On est bien loin de la littérarité excessive du Silence de la mer, et la maturité du cinéaste irradie tout son film.
La dilatation temporelle où aucune ellipse ne vient sacrifier les gestes au profit d’une efficacité narrative, la lenteur sont au service d’une intensité phénoménale. Melville fait preuve d’une intelligence redoutable dans le traitement de son sujet, aux antipodes du traditionnel film de guerre où le protagoniste idéalisé alterne scènes d’actions héroïques et pathos surdimensionné.
Comme souvent chez Melville, le récit est celui de plans. Ourdis dans le silence, fomentés à voix basse, ils exigent méthode et surtout renoncement ; car le réseau n’est qu’une somme de solitudes, et si les personnages sont hors du commun, c’est davantage pour leur sacrifice que par leurs faits d’arme. A l’extérieur, on se tait. La ville si chère au cinéaste est devenue muette et menaçante : le lieu public est celui de l’exposition, les bâtiments des murailles dont les étroits grilles séparent les torturés des passants, libres en sursis ou collaborateurs passifs.
Pas de mythe, donc, mais une succession de choix. Comment tuer en silence un traitre. Exécuter ou non une figure de proue s’étant laissée aller à préférer sa famille.
L’armée des ombres travaille dans l’obscurité. Le cadrage, l’une des grandes forces de Melville, est ici carcéral : les couloirs qui conduisent au peloton d’exécution, la cour de la Gestapo à Lyon… Deux séquences majeures, la tentative d’exfiltration de Felix et l’exécution sous-terraines, sont d’une construction absolument remarquable. Dilatées, épurées, sans affèteries, elles emprisonnent le spectateur dans un étau implacable.
Autre fait nouveau, un personnage féminin qui impose sa présence, à travers Simone Signoret (s’inspirant de Lucie Aubrac qui fut son professeur). Digne, matriarcale, puissante, pour une fois à l’égal des hommes dans l’univers si masculin de Melville, elle parachève le tableau de cette humanité solidaire et déterminée.
Le carnage qui clôt la majeure partie des films de Melville reste ici en vigueur ; les effets de la Résistance ne sont pas vus, tout comme on n’insiste pas sur les exactions des allemands, à une scène prés, celle de la fusillade. De la torture, on ne voit que les traces sur les visages. L’exaltation des résistants est donc particulièrement tragique : isolés, traqués, s’imposant une vie monacale, ils sont des martyrs avant d’être des héros, des tueurs avant d’être les sauveurs de la patrie. La frontière ténue entre l’admiration et la condamnation qu’on constatait dans les films où Melville traite des gangsters est donc aussi à l’œuvre ici. Cette pudeur, cette justesse de l’exploration d’hommes embourbés dans l’Histoire est ce qui fait de L’armée des ombres un film immense.
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[Cycle] Melville
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