Les 3 Rocks : musique et mauvaise foi

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 [Cycle] Melville

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Nulladies
Cinéman


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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Dim 25 Mai 2014 - 6:54



L’éclat de résistance

Sur la partition désormais familière de Melville, son public sait reconnaitre les motifs et la rythmique si particulière. Lenteur, méthode, précision, privilège sur le cadre et point de vue externe se focalisant sur les actes sont les composantes de son esthétique.
Jusqu’alors Melville avait mis celle-ci au service du monde des gangsters qui le fascine, et en hommage au film noir, dont il se veut un jalon, entre le classicisme et la modernité à venir qui se réclamera de lui.
En traitant de la Résistance, tant avec ses souvenirs propres que ceux de l’excellent livre de Kessel, L’armée des ombres va faire cohabiter avec sa sécheresse traditionnelle le pathétique inhérent à son sujet ; force est de constater que l’alchimie est parfaite. On est bien loin de la littérarité excessive du Silence de la mer, et la maturité du cinéaste irradie tout son film.
La dilatation temporelle où aucune ellipse ne vient sacrifier les gestes au profit d’une efficacité narrative, la lenteur sont au service d’une intensité phénoménale. Melville fait preuve d’une intelligence redoutable dans le traitement de son sujet, aux antipodes du traditionnel film de guerre où le protagoniste idéalisé alterne scènes d’actions héroïques et pathos surdimensionné.
Comme souvent chez Melville, le récit est celui de plans. Ourdis dans le silence, fomentés à voix basse, ils exigent méthode et surtout renoncement ; car le réseau n’est qu’une somme de solitudes, et si les personnages sont hors du commun, c’est davantage pour leur sacrifice que par leurs faits d’arme. A l’extérieur, on se tait. La ville si chère au cinéaste est devenue muette et menaçante : le lieu public est celui de l’exposition, les bâtiments des murailles dont les étroits grilles séparent les torturés des passants, libres en sursis ou collaborateurs passifs.
Pas de mythe, donc, mais une succession de choix. Comment tuer en silence un traitre. Exécuter ou non une figure de proue s’étant laissée aller à préférer sa famille.
L’armée des ombres travaille dans l’obscurité. Le cadrage, l’une des grandes forces de Melville, est ici carcéral : les couloirs qui conduisent au peloton d’exécution, la cour de la Gestapo à Lyon… Deux séquences majeures, la tentative d’exfiltration de Felix et l’exécution sous-terraines, sont d’une construction absolument remarquable. Dilatées, épurées, sans affèteries, elles emprisonnent le spectateur dans un étau implacable.
Autre fait nouveau, un personnage féminin qui impose sa présence, à travers Simone Signoret (s’inspirant de Lucie Aubrac qui fut son professeur). Digne, matriarcale, puissante, pour une fois à l’égal des hommes dans l’univers si masculin de Melville, elle parachève le tableau de cette humanité solidaire et déterminée.
Le carnage qui clôt la majeure partie des films de Melville reste ici en vigueur ; les effets de la Résistance ne sont pas vus, tout comme on n’insiste pas sur les exactions des allemands, à une scène prés, celle de la fusillade. De la torture, on ne voit que les traces sur les visages. L’exaltation des résistants est donc particulièrement tragique : isolés, traqués, s’imposant une vie monacale, ils sont des martyrs avant d’être des héros, des tueurs avant d’être les sauveurs de la patrie. La frontière ténue entre l’admiration et la condamnation qu’on constatait dans les films où Melville traite des gangsters est donc aussi à l’œuvre ici. Cette pudeur, cette justesse de l’exploration d’hommes embourbés dans l’Histoire est ce qui fait de L’armée des ombres un film immense.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Dim 25 Mai 2014 - 9:32

cheers cheers cheers 
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Dim 25 Mai 2014 - 9:51

Citation :
Film sur, pour et par Delon, marmoréen et génial par sa seule présence, il s’affranchit des autres, de dialogues, de psychologie et de tout accès à l’intériorité.

Je me souviens qu'un critique dont j'ai oublié le nom avait résumé assez joliment la chose. En substance, il disait :  Filmé (statufié ? ) par Melville, Delon semble adresser au spectateur les derniers signes d'une vie possible à l'écran...
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Dim 25 Mai 2014 - 9:56

@Goupi Tonkin a écrit:
Citation :
Film sur, pour et par Delon, marmoréen et génial par sa seule présence, il s’affranchit des autres, de dialogues, de psychologie et de tout accès à l’intériorité.

Je me souviens qu'un critique dont j'ai oublié le nom avait résumé assez joliment la chose. En substance, il disait :  Filmé (statufié ? ) par Melville, Delon semble adresser au spectateur les derniers signes d'une vie possible à l'écran...

Joli, ça, j'aurais bien aimé le trouver moi-même.  Smile 
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mar 27 Mai 2014 - 7:00



Le casse du siècle

On prend les mêmes et on approfondit. Dans Le Cercle rouge, Melville en pleine possession de ses moyens va creuser un sillon déjà bien préparé par les films précédents. Les motifs sont familiers : le deuxième souffle accordé à celui qui quitte la prison (Delon ou pour Montand, ici, les vapeurs délétères de l’alcool), la constitution d’une équipe d’élite, la savante préparation du casse et sa réalisation au cordeau. Les espaces sont tout aussi coutumiers : le train, les chassés croisés, les boites de nuits où dansent, superbement rangés, des femmes à qui on réserve encore la seule fonction du décorum.
Comme toujours, Melville prend son temps. 2h25 semble être pour lui la durée parfaite : elle permet une galerie de personnages assez développée, et inscrit dans la durée un projet dont l’avènement sera le lieu d’une tension proportionnelle. Si les protagonistes semblent un peu plus dénués d’épaisseur psychologique que d’habitude (à l’exception évidente du Samouraï) la constellation de scénettes leur étant consacrée permet un tableau finalement assez touchant : Montand et sa rédemption, Bourvil et ses chats, Delon et son désir de revanche.
Cette ambition d’un récit au long cours est une nouvelle fois la force du film. Inscrite dès le titre et la citation liminaire, la volonté d’une juxtaposition de destinées parallèles vouées à se croiser occasionne un montage et un équilibre d’une parfaite maitrise. La première partie est celle de la dispersion : par l’évasion, par la libération et la traque. La deuxième, celle de la réunion autour du lieu du braquage, cette concentration spatiale resserrant brutalement pour aboutir, ce n’est pas une surprise dans l’œuvre de Melville, à une implosion généralisée ; on notera d’ailleurs que celle-ci est particulièrement abrupte dans l’économie générale du film, et occasionne une rupture de rythme qui peut un peu déconcerter.
Le contrôle démesuré de Melville par son univers est un des sujets du film lui-même. On le voit par le motif du l’œil, souvent présent, qu’il s’agit de l’œilleton de la porte de la prison, les caméras de surveillance ou l’œil derrière la cagoule des braqueurs. C’est aussi bien évidemment le cas dans la séquence centrale, film dans le film qui pourrait être considéré comme l’écrin de ce joyau. Le braquage est la démonstration de force de tout le talent du cinéaste réuni en une séquence de 25 minutes absolument somptueuses. Sans dialogue ni musique, rivée en temps réel aux gestes méticuleux et millimétrés des braqueurs, elle diffuse une tension extraordinaire et une exploration de l’espace véritablement virtuose. Une à une, les cloisons cèdent, dans le silence et sur des coussinets, et cette violence sur du velours est véritablement une séquence d’anthologie.
Le pessimisme tragique de Melville a beau reprendre ses droits par la suite, c’est bien paradoxalement un plaisir jubilatoire qui sourd de son film : froid, clinique, mais d’une maitrise visuelle si forte qu’elle en est jouissive.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mar 27 Mai 2014 - 9:54

La scène du braquage est effectivement fabuleuse.


C'est un des (le ?) derniers tournages de Bourvil.
L'anecdote amusante c'est lors du dernier jour du tournage, la dernière scène, Bourvil vient d'arrêter Delon et repart vers la voiture accompagné d'un jeune débutant qui joue son adjoint.

Bourvil lui dit : "Vous savez comment je suis arrivé à la résolution de cette affaire ?", et devant le figurant tétanisé car il est sorti du dialogue il entonne la "Tacata-tactique du gendarme...." tandis que le figurant est de plus en plus paumé.
Et de partir de son grand éclat de rire.


_________________
ça suffa comme ci
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mar 27 Mai 2014 - 15:31

@Nulladies a écrit:


Moi c'est la séquence du train qui m'impressionne question maîtrise de la mise en scène, celle du braquage prend une importance démesurée dans le film au regard de son contenu, je trouve que finalement il ne s'y passe pas grand chose. Pour moi le joyau de ce film c'est la rencontre entre Corey et Vogel. Et la fin aussi est géniale, anti-spectaculaire au possible si ce n'est par l'extraordinaire volonté de survie de Corey.

Sinon Delon est bien meilleur - et surtout plus charismatique - ici que dans Le Samouraï, l'un de ses rôles qui m'ont le plus marqué en tout cas, avec celui de Ripley dans Plein soleil.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 28 Mai 2014 - 9:22



Le gang des pastiches

La construction d’une œuvre et sa réception par celui qui la contemple est du ressort de l’alchimie : il existe bien une formule, reste à savoir si le mélange et ses effets vont être opérants. C’est particulièrement vrai pour l’ultime film de Melville. Comment expliquer que cet opus, qui semble en tous points fidèle à l’œuvre qui précède, soit à ce point inefficace ?
Tout d’abord, peut-être parce qu’on ressent particulièrement le désir de nous resservir une recette qui a fait ses preuves. Mêmes thèmes, mêmes motifs, avec ceci de dérangeant qu’on fait dans la surenchère. Pour le casse, cette fois, un hélicoptère accostera un train. Hormis le fait que les effets soient assez mauvais (bonjour les maquettes et les fonds peints dans d’autres séquences) c’est surtout l’exagération de la maitrise passée qui dérange. Beaucoup trop longue, cette séquence semble au mieux un pastiche raté, au pire une auto caricature. Le temps réel dans les toilettes du train est à ce titre symptomatique : ce plan séquence est vain, il s’étire sans apporter quoi que ce soit, si ce n’est l’affirmation démesurée d’un « Melville est aux commandes, ne l’oubliez pas ».
Les personnages fantomatiques ne fonctionnent pas, Deneuve en tête, et les recherches visuelles (miroirs au plafond, plan séquences dans des voitures) ont tout d’une tentative vaine d’ajouter du plastique là où le fond pèche. Même la musique, un jazz de seconde zone, est médiocre.
Ajoutons à cela un message finalement assez trouble quant aux motivations psychologiques de Delon, super flic qui gifle et moralise les travelos, torture pour obtenir des noms, laisse se suicider les suspects ou les flingue sans sommation. S’il s’agissait de montrer la solitude de l’homme de loi et son écart de la vie quotidienne (ce à quoi semble faire allusion l’idylle avortée avec Deneuve), c’est aussi grossier que rance.
On aurait aimé pouvoir considérer Un flic comme un raté dans l’œuvre de Melville, qu’on se serait empressé d’oublier. Le fait que ce film soit le dernier de sa carrière est d’autant plus regrettable.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 28 Mai 2014 - 12:25

Le gang des pastiches...    Very Happy pas mal
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 28 Mai 2014 - 12:48

sinon, je m'attendais un peu au goudron et aux plumes... T'es d'accord avec ce que je dis ?
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 28 Mai 2014 - 13:04

@Nulladies a écrit:
sinon, je m'attendais un peu au goudron et aux plumes... T'es d'accord avec ce que je dis ?
oui, plutôt d'accord dans l'ensemble... Si les maquettes et les fonds peints ne me dérangent pas vraiment ( j'aime ça au cinéma, surtout quand c'est assumé, et puis  le réalisme et le plausible ne sont pas des préoccupations melviliennes...), en revanche, ces personnages opaques mais sans mystère m'ennuient un peu. Je me fous très vite de ce qu'il leur arrive...

Je n'aime vraiment qu'une seule chose dans ce film : le casse en bord de mer qui ouvre le film... Je trouve cette longue séquence grise et venteuse très belle, irréelle, presque un fantasme de cinéma...

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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 28 Mai 2014 - 15:48

Ben non, pas d'accord évidement, vous dites n'importe quoi.  geek  Ce film est un petit bijou mésestimé qui n'a rien à envier au Cercle Rouge, revoie-le dans quelques années avec plus de recul sur sa filmo et tu comprendras sûrement en quoi c'est l'aboutissement du style Melville, de l'abstraction et de l'épure de sa mise en scène, de cette anti-psychologie où l'épaisseur des personnages - et parfois leur tragique vide existentiel mais l'un n'empêche pas l'autre - se traduit par leurs actes et - là encore - par la mise en scène géométrique et tout ce que la symbolique de ses lignes est capable d'induire (un peu comme Le Samouraï où l'aspect carcéral par exemple, illusion de liberté symbolisée par les grillages, barrières, et autres jeu de lignes horizontales ou verticales fermant sans cesse l'espace, était suggéré de façon plus évidente mais aussi moins subtile). Meilleur héritier de Melville, Michael Mann avait réussi le même tour de force dans Miami Vice, laisser au spectateur attentif le soin de remplir lui-même par la seule suggestion de la mise en scène et notamment de sa façon d'organiser l'espace les coquilles vides de ses personnages.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 28 Mai 2014 - 19:40

@RabbitIYH a écrit:
Ben non, pas d'accord évidement, vous dites n'importe quoi.  geek  Ce film est un petit bijou mésestimé qui n'a rien à envier au Cercle Rouge, revoie-le dans quelques années avec plus de recul sur sa filmo et tu comprendras sûrement en quoi c'est l'aboutissement du style Melville, de l'abstraction et de l'épure de sa mise en scène, de cette anti-psychologie où l'épaisseur des personnages - et parfois leur tragique vide existentiel mais l'un n'empêche pas l'autre - se traduit par leurs actes et - là encore - par la mise en scène géométrique et tout ce que la symbolique de ses lignes est capable d'induire (un peu comme Le Samouraï où l'aspect carcéral par exemple, illusion de liberté symbolisée par les grillages, barrières, et autres jeu de lignes horizontales ou verticales fermant sans cesse l'espace, était suggéré de façon plus évidente mais aussi moins subtile). Meilleur héritier de Melville, Michael Mann avait réussi le même tour de force dans Miami Vice, laisser au spectateur attentif le soin de remplir lui-même par la seule suggestion de la mise en scène et notamment de sa façon d'organiser l'espace les coquilles vides de ses personnages.

Ouah, l'aveuglement du fan qui pratique trop la politique des auteurs... On dirait un article des Cahiers.  Twisted Evil 
J'ai tendance à avoir les mêmes travers, mais quand ça tourne à vide, faut avoir l'honnêteté de le reconnaître. (je parle pour moi. Toi, tu peux pas être honnête, t'es aveugle.  Smile )
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 28 Mai 2014 - 21:00

Au contraire, j'ai facilement tendance à trasher les proclamés "auteurs", les vrais auteurs ou en tout cas ceux qui me parlent ont toujours le minimum de pudeur et de respect pour le spectateur qui fait passer les obsessions formelles et thématiques au second plan du storytelling voire du divertissement en apparence inoffensif. Le problème pour ces gens-là comme ce fut longtemps le cas pour Melville et comme c'est toujours le cas pour bien d'autres, c'est qu'il faut leur prêter un minimum de sérieux et d'attention sans pouvoir partir avec l'idée qu'on va voir un chef-d'oeuvre et qu'il faut à tout prix l'interpréter dans tous les sens (et souvent quelques vues de l'esprit) jusqu'à le trouver génial. Perso c'est plutôt tes commentaire sur Persona ou Huit et demi qui m'ont fait penser aux Cahiers, comme films qui tournent à vide à ce degré de réputation on fait pas mieux d'ailleurs.  Twisted Evil Parler d'aveuglement de fan vis à vis d'Un Flic que même la plupart des fans de Melville n'apprécient guère je trouve ça un peu paradoxal sinon, d'ailleurs tu n'as jamais commenté l'un des ses films du point de vue d'un auteur (ce qu'il est pourtant dans l'ombre d'un doute) mais d'un formaliste, donc on peut te faire le reproche inverse. Wink
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 28 Mai 2014 - 21:19

Pour m'expliquer un peu plus clairement sur le reproche en question, je doute sincèrement que tu aies prêté autant de sérieux en tant qu'auteur à Melville qu'à Fellini, sinon tu serais parti du principe que si le film te semblait raté, c'était peut-être que tu étais passé à coté de quelque chose. En cela effectivement j'adhère à la "politique des auteurs" (sans adhérer à la vision qu'en ont les Cahiers puisque pour eux tout cinéaste n'est pas potentiellement un auteur et ce snobisme les a fait passer à côté de beaucoup de génies, quitte à faire leur mea culpa des années plus tard, de mémoire récente pour Fincher et Shyamalan notamment), au sens où lorsque j'aime un cinéaste c'est pour une personnalité dont j'essaie forcément de comprendre les développements de film en film. Mais là au lieu de te dire qu'une seule vision de ce film ne te suffit peut-être pas pour en appréhender toutes les subtilités (c'est clairement le cas pour Un flic pourtant, le film de Melville le plus abstrait voire discrètement "expérimental" sans la forme donc de loin le moins immédiat), tu n'hésites pas une seconde à être péremptoire car des décennies mésestimation de ce film semblent te donner raison. J'exagère sans doute mais j'ai l'impression que tu n'aurais pas été aussi définitif avec Fellini.  geek
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 28 Mai 2014 - 22:05

bon, pour la politique des auteurs, c'était une provoc gratuite, évidemment.
Après, la vraie question pour moi n'est pas ce qu'en dit la critique, mais ce que ça génère pour moi en tant que spectateur.
Souvent, quand ça ne passe pas, je me pose exactement la question que tu évoques, à savoir "qu'est-ce que j'ai loupé ?". Je reconnais que lorsque ça arrive devant un film salué unanimement comme un chef d'oeuvre, je fais davantage d'efforts. Maintenant, pour Un flic, je ne savais pas qu'il était aussi conspué, et je maintiens en toute subjectivité que les procédés me semblent la plupart du temps stériles. C'est simple, je n'ai vu que des intentions, voire de l'auto parodie, et pas d'effets. Et surtout, j'ai bien du mal à comprendre où il veut en venir d'un point de vue moral sur les écarts de son personnage qui dézingue tout le monde.
Persona, c'est plastiquement sublime et psychologiquement vraiment troublant.
Fellini, c'est pareil, avec une émotion onirique en plus.
Quand je n'accroche pas en dépit de mes efforts, je me fous pas mal de savoir ce qu'en dit la critique, cf. ce que j'ai pu dire sur Touchez pas au grisbi ou Les Chaussons Rouges.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Mer 28 Mai 2014 - 23:45

Rabbit a écrit:
C'est simple, je n'ai vu que des intentions, voire de l'auto parodie, et pas d'effets. Et surtout, j'ai bien du mal à comprendre où il veut en venir d'un point de vue moral sur les écarts de son personnage qui dézingue tout le monde.

Heu ça me semble assez réducteur comme analyse quand même, le coup du personnage qui "dézingue tout le monde". Mais de toute évidence le montage parallèle entre la trajectoire des gangsters et celle du flic montre clairement qu'il n'y a plus d’ambiguïté morale, simplement une même fatalité qui mène à l'effacement des valeurs puis à la mort. Les personnages sont tous des pions interchangeables (pas un hasard si les deux personnages principaux sont avec la même femme, l'un pourrait être l'autre), le film ne parle que de fatalité, tous les plans mènent à la mort ou à des symboles de mort (le métro qui termine à la morgue par exemple). Dans tous ses films précédents, les personnages de Melville étaient conscients que leur trajectoire menait à la mort, cherchant souvent même cette fin (Delon dans Le samouraï et Le cercle rouge) faute de grandeur possible dans la poursuite de l'existence (dans L'armée des ombres, cela reviendrait à subir ou collaborer, dans les autres films, à vivre sans éclat), cette conscience que tout est vain mène ici à l'abandon des valeurs, Un flic est certainement le film ultra-pessimiste et morbide d'un auteur vieillissant qui se demande ce que son attachement à l'honneur a bien pu lui apporter.

(de toute évidence, le côté "carton-pâte" du film fait partie de cette symbolique, la volonté de désincarner au maximum les personnages et de gommer tout émotion aussi)

Rabbit a écrit:
Perso c'est plutôt tes commentaire sur Persona ou Huit et demi qui m'ont fait penser aux Cahiers

Ça aussi c'était de la (contre)provoc je précise  geek  d'autant que pour le Fellini ça n'était pas à tes commentaires que je pensais, ta critique étant assez ironique vis-à-vis de l'influence que peut avoir le statut de chef-d'oeuvre intouchable sur le visionnage d'un film si je me souviens bien.

@Nulladies a écrit:

Quand je n'accroche pas en dépit de mes efforts, je me fous pas mal de savoir ce qu'en dit la critique, cf. ce que j'ai pu dire sur Touchez pas au grisbi ou Les Chaussons Rouges.

L'engouement critique n'a pas la même portée ici tout de même. Même Powell n'est qu'un "petit maître" pour beaucoup, là encore on l'apprécie à tort pour son formalisme avant tout et pas le sens que ce formalisme induit, pour preuve l'absurdité de vénérer ce film plutôt qu'un Colonel Blimp.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Jeu 29 Mai 2014 - 5:28

@RabbitIYH a écrit:


Heu ça me semble assez réducteur comme analyse quand même, le coup du personnage qui "dézingue tout le monde". Mais de toute évidence le montage parallèle entre la trajectoire des gangsters et celle du flic montre clairement qu'il n'y a plus d’ambiguïté morale, simplement une même fatalité qui mène à l'effacement des valeurs puis à la mort. Les personnages sont tous des pions interchangeables (pas un hasard si les deux personnages principaux sont avec la même femme, l'un pourrait être l'autre), le film ne parle que de fatalité, tous les plans mènent à la mort ou à des symboles de mort (le métro qui termine à la morgue par exemple). Dans tous ses films précédents, les personnages de Melville étaient conscients que leur trajectoire menait à la mort, cherchant souvent même cette fin (Delon dans Le samouraï et Le cercle rouge) faute de grandeur possible dans la poursuite de l'existence (dans L'armée des ombres, cela reviendrait à subir ou collaborer, dans les autres films, à vivre sans éclat), cette conscience que tout est vain mène ici à l'abandon des valeurs, Un flic est certainement le film ultra-pessimiste et morbide d'un auteur vieillissant qui se demande ce que son attachement à l'honneur a bien pu lui apporter.

Evidemment que c'est réducteur, mais franchement, c'est ce qui m'en reste, et ce que tu proposes me convainc assez moyennement. Le pessimisme, face à soi même comme dans les précédents opus, d'accord. Mais quand il s'agit de laisser les autres se suicider ou de les tuer sans sommation, j'ai plutôt le sentiment qu'on vire à l'idéologie rance.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Melville   Jeu 29 Mai 2014 - 9:39

Bizarre de faire le choix de voir ce film de façon complètement terre-à-terre alors que c'est justement le plus abstrait, celui où Melville se risque à faire un film qui ne fonctionne pas complètement au premier degré (sans être un pastiche pour autant mais dans l'idée tu te rapprochais de l'intention) pour obliger le spectateur à en décrypter un minimum les symboles. D'un autre côté tu as un Huit et demi qui fait complètement fi de toute vraisemblance ou code narratif et là tu es prêt à y voir des tonnes de choses, c'est pourtant tellement plus passionnant de décrypter Melville qui ne met pas lourdement les points sur les i.

(au passage quelques idées intéressantes sur le rapport du film à la peinture, que je n'avais pas remarquées faute d'être connaisseur... sur le reste l'article ne va pas assez loin à mon sens mais ça fait plaisir de voir qu'une partie de la symbolique du film n'est pas évidente que pour moi... comme quoi : http://www.cineclubdecaen.com/realisat/melville/unflic.htm)

"Dans le fond, les deux seuls sentiments que l'homme aie jamais été capable d'inspirer à un policier sont l'ambiguïté et la dérision." J'avais oublié cette phrase, ça donne évidement beaucoup de clés sur l'état d'esprit de Melville au moment de tourner ce film.
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