Les 3 Rocks : musique et mauvaise foi

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 [Cycle] Lubitsch

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Nulladies
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MessageSujet: [Cycle] Lubitsch   Ven 6 Juin 2014 - 7:03

En complément des films déjà vus (To be or not to be, Rendez-vous, Sérénade à trois) :

1. Haute Pègre, 1933
2. La huitième femme de Barbe Bleue, 1938
3. Ninotchka, 1940
4. Illusions perdues, 1941
5. Le ciel peut attendre, 1943
6. La folle ingénue, 1947
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Ven 6 Juin 2014 - 7:05



Champagne, champagne, aujourd’hui j’ai la gagne.

- Haute Pègre est une comédie qui date de 1933. Ça veut dire qu’elle est en noir et blanc et que ce qui fait rire dans l’ancien temps n’est plus drôle aujourd’hui. En fait, avant ils n’avaient pas les moyens pour faire de l’action et des cascades alors ils faisaient que parler. On trouve le comique de geste, un peu, quand ils se volent toujours des choses et quand il ouvre plusieurs fois la porte. On trouve le comique de répétition quand il ouvre plusieurs fois la porte. On trouve aussi le comique de mot parce qu’il répète toujours pomme de terre et un mot compliqué, amygdales. Le comique de situation c’est parce qu’ils mentent toujours pour escroquer les gens.

Voilà, j’ai fini.
- Merci Enzo. C’est dommage, tu lisais ton texte. Dans un exposé, essayez de vous détacher de vos notes et d’être plus spontanés. Bon, sur le fond… Tu n’as pas fait les comparaisons avec les pièces qu’on a vues cette année.
- J’ai pas trouvé, Monsieur.
- Mais les déguisements, les rôles qu’ils jouent ! Gaston se déguise en aristocrate, puis prétend qu’il est pauvre auprès de Mariette dont il devient le secrétaire. Lily devient sa propre secrétaire alors qu’elle domine le jeu de tout le monde. C’est du Marivaux ! Vous avez remarqué comme on change de classe sociale en fonction de son interlocuteur ? Et la façon dont Gaston embobine tout son entourage, le fait qu’il soit polyglotte, la séduction de Mariette quand il ouvre son sac et accède à son intimité, ça ne vous dit rien ?
- …
- Dom Juan, enfin !
- Ah ouais. Nan, en fait.
- Bon, tu peux aller t’asseoir. La séquence d’ouverture, vous vous souvenez, je vous avais demandé d’être particulièrement attentifs. Qu’est-ce que vous avez remarqué de particulier ?
- Ils sortent les poubelles, monsieur.
- Oui, très bien ! Et ?
- Ben ils sortent les poubelles, quoi.
- Oui mais dans une gondole !
- Ouais c’est réaliste alors. Il dénonce.
- Non, pas vraiment. C’est un jeu avec le topos de Venise.
- Le quoi monsieur ?
- Le topos. On l’a déjà vu cent fois, Alexis. Le cliché, le lieu commun. Pour Venise, c’est la gondole romantique, les amoureux. Ici, la vision est parodique et nous propose d’accéder aux coulisses. D’où le splendide travelling latéral sur la façade qui suit et le malfrat en ombre chinoise : nous sommes dans un monde de paraitre et de futilité dans lequel se jouent des drames cachés et illicites. Pensez au titre original, Trouble in Paradise. Vous notez, bien sûr. Deux l à illicite.
- Vous avez dit quoi après « Alexis », monsieur ?
- Bon, passons. C’était drôle, quand même, non ?
- Nan il a raison Enzo. C’était chelou.
- Chelou, ça veut rien dire, Allison. Lubitsch, c’est de la magie pure. Vous avez vu ce rythme, cette rapidité, comme ça fuse de partout ?
- J’avoue, ça j’ai bien aimé, monsieur !
- Ah voilà, explique-nous, Logan.
- 1h22, nickel. La dernière fois, le film sur les cornichons du mur de Berlin, j’avais dormi. Là, presque pas.
- Bref. Les répliques, la satire des domestiques comme des maitres, la malice des personnages, les portraits, l’interprétation jubilatoire, la précision de l’écriture ! Les running gags, les échos dans la structure, les hasards et coïncidences, ça pétille, c’est du champagne ! Non ?
- Quand on vous écoute on voit les effets du champagne, MDR.
- Monsieur, l’abus d’alcool est dangereux pour la santé. Ils l’ont dit l’autre jour au lycée. Nous, vous comprenez, on respecte ce qu’on nous dit, après faut pas s’étonner.
- Ouais, et on est en démocratie, quoi. Vous pouvez pas nous forcer à rire. L’autre.
- Bon, restez corrects, tout de même. L’exposé suivant porte sur la mise en scène. Cassandra ?
- Oui, euh, alors j’ai mis : « Limpide et directe, la mise en scène joue avant tout sur le motif de la clarté. Supreb.. Subreti… »
- Subreptice ?
- Ouais, voilà, … « la caméra contourne les façades pour mieux encercler les individus qui s’y logent tandis que le montage gavaniz la dynamique imparable des dialogues, faisant de cet opus un sommet de la Lubich touche. »
- La « Lubtisch touch ». Ça ne sert à rien de tout copier sur internet, Cassandra.
- J’ai pas pompé.
- Tu peux m’expliquer le terme « gavaniz » ?
- …
- Exposé suivant : « Une histoire immorale ? » Allan, c’est à toi. Et s’il vous plait, ne lisez pas, travaillez votre expression orale en direct.
- Pas de risque, monsieur, j’ai rien écrit.
- Je ne sais pas comment je dois le comprendre.
- Ben c’est net, j’avoue. En gros, ils disent que la chourave, c’est classe. Tu peux carotte les blindés, tranquille.
- Certes. Euh… C’est plus subtil que ça. On est davantage dans l’amoralité. Il s’agit…
- Monsieur, toute façon c’est une pute.
- Grave.
- Ecoute, Laurine…
- Nan sérieux : carrément elle dit à la fin elle l’achète. Et la Sarriette elle augmente Lily de 50 € …
- Mariette. Et ce sont des francs.
- Ouais, francs, spareil, pour qu’elle puisse le coincer parce qu’elle le kiffe.
- Bon, calmons-nous. Votre enthousiasme est très intéressant, il prouve que vous réagissez au film. Mais on est en train d’empiéter sur le dernier exposé, « Une histoire d’amour ? », d’Elodie. Allan doit finir le sien d’abord.
- J’ai fini monsieur.
- OK. Bel exposé, Allan, puissamment dense et riche de conviction.
- C’est ça monsieur, l’ironie ?
- Bravo, Allan. Elodie ?
- Bah ils ont un peu tout spoilé, quoi.
- Tu n’as rien à ajouter ?
- Nan.
- Tu n’as rien préparé, en fait.
- Si, mais j’ai écrit exactement ce qu’ils ont dit.
- Que « C’est une pute » ?
- Voilà.
- Bien. Oui, Léa ?
- Monsieur, vous allez kiffer, j’ai vu un intertexte. Cendrillon avec les sacs, au lieu des shoes.
- Très bien, Léa ! Il y a en effet quelque chose du conte de fée dans l’univers de Lubitsch, auquel on ajoute une forme d’irrévér…
- Eh mais monsieur, la vérité, c’est des pervers quand même. Genre il la secoue et tout, pour avoir le larfeuille, après il palpe tranquille la blonde et la brune…
- Ouais comme elle l’allume celle-là ! Style « j’enlève mes bijoux, t’as vu comme je me désape, je te promets un booty shake en coulisses »
- Une formulation fleurie, Brian, mais qui met le doigt sur l’audace du propos.
- Ouais Brian y met souvent le doigt, Monsieur.
- Ça suffit, Kader. Je reprends. Nous sommes dans l’ère du pré-code Hays, et comme on le verra dans le chef d’œuvre suivant, Sérénade à trois, le trio amoureux…
- Moi j’trouve ça s’fait trop pas à la fin. Mariotte elle se fait lourder et les autres ils ont la thune.
- Mariette. Mais la thématique du vol est le sujet même du film, vous avez raison. Souvenez-vous de cette extraordinaire séquence de rencontre amoureuse entre les protagonistes. Ils font connaissance en constatant le talent de l’autre à avoir subtilisé des objets de plus en plus intimes, jusqu’à la jarretière. Le vol est un stimulant érotique, vous comprenez : tout ce qui motive la passion amoureuse passe par le fait de subtiliser : je te surprends, je te prends…
- Ouah monsieur, c’est trop hard !
- Non mais vous m’avez bien compris.
- Ouais, grave : Vas-y Kenza, j’te tire ton Iphone, j’peux te tirer ?
- Steve, tu vas trop loin.
- Ben j’traduis, quoi.
- N’oubliez pas le registre : c’est avant tout une comédie. Les personnages sont des illusionnistes, des caméléons qui rendent leurs méfaits jubilatoires : c’est exactement ce que fait Lubitsch lui-même, qui brille par son impertinence.
- Comme nous, quoi.
- Tout à fait. Affutez-là pour le film du mois prochain.
- C’est quoi, m’sieur ?
- Le Tango de Satan. Vous allez « kiffer ».
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Sam 7 Juin 2014 - 15:12

Laughing

(mon préféré au passage... ils ont aucun humour ces djeuns, en fait)
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Sam 7 Juin 2014 - 15:47

RabbitIYH a écrit:
Laughing

(mon préféré au passage... ils ont aucun humour ces djeuns, en fait)

Ouais, c'est une vengeance.
Rien de plus difficile que de faire comprendre le comique aux élèves...
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Mar 10 Juin 2014 - 6:36



L’union fait le divorce

Encore ! Voilà la seule conclusion possible à ces 80 minutes ébouriffantes de comédie, archétypales de la Lubitsch touch. Brillant, incroyablement rythmé, le récit invente ici une nouvelle exploration du couple dans son rapport à l’argent et au pouvoir, thèmes chers au cinéaste.
Les échanges entre le riche millionnaire et l’aristo désargentée (servis par des comédiens au top, what else ?) sont ciselés à la perfection : amour vache, screwball de luxe, le ping pong verbal est porté aux sommets. Un nombre impressionnant de scènes passent directement à la postérité : le baiser aux oignons, les coups de poings sur le menton, le baiser en camisole… Toute la folie amoureuse dans son versant comique est exploitée et rendue avec éclat.
On retrouve aussi avec bonheur un autre procédé classique chez Lubitsch, celui des mots clés. Rapidement, les running gag sur le pyjama, la baignoire de Louis XIV ou la Tchécoslovaquie instaurent une complicité profonde entre les protagonistes et le spectateur au profit de l’efficacité comique.
C’est enfin une réflexion audacieuse sur la guerre des sexes. Dans l’esprit retors des individus, gagner le cœur de l’autre revient à obtenir sa reddition, quitte à passer par le divorce. Les stratagèmes se multiplient, les mises en scènes s’échafaudent dans un univers finalement très théâtral. On rit de l’autre sans voir qu’on en est la dupe, on va chercher chez Shakespeare le courage de fesser son épouse ou l’on prévoit de faire boxer son mari. Improbables, entièrement construits sur les contrastes et l’insolite, les dialogues sont des chefs d’œuvre de densité et d’efficacité.
Satire du règne de l’argent, la huitième femme de bleue enchaîne les preuves d’amour qui ne peuvent se faire sans la destruction d’un cadre, celui de la fortune, au profit du cœur.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Mer 11 Juin 2014 - 6:36



Mutins au mépris des soviets

Lorsque Lubtisch rencontre Garbo avec l’ambition de la faire rire à l’écran c’est un moment particulier de l’histoire du cinéma qui s’écrit.
Mais avant le chef-d’œuvre insurpassable qu’est To be or not to be, c’est davantage sa confrontation à l’histoire de son temps qui interpelle. Nous sommes en 1939, et le réalisateur va aborder de front l’idéologie communiste dans une comédie dont lui seul a le secret.
Les trois bolcheviques qui ouvrent le film en donnent le ton : sorte de Marx brothers, dans tous les sens du terme, ils s’émerveillent du luxe et de la brillance du monde parisien dont ils tardent à gouter les fastes. L’arrivée de Ninotchka, Garbo dans toute sa raideur, devrait les remettre dans le droit chemin.
Le film prend alors une nouvelle direction, celle de la confrontation entre deux civilisations. On pense aux Lettres Persanes dans le regard posé par la communiste sur la société parisienne, avec la malice propre à Lubitsch. Loin de se limiter à la propagande occidentale, il renvoie dos à dos tous les systèmes : celui de l’aristocratie russe exilée, des poncifs de la mondanité française et des excès totalitaires soviétiques. Comme toujours, les réparties sont brillantes et la comédie jubilatoire.
Lorsque la romance prend le relai, l’enjeu est de taille : alors que Ninotchka se propose d’étudier des spécimens occidentaux, elle se retrouve à découvrir sa propre humanité. Certes, le retournement est un peu rapide et la conversion peu crédible. Mais de la même manière qu’il relira l’histoire par le théâtre dans To be or not to be, Lubitsch use d’un mélo ostentatoire pour répondre à l’obscurité croissante de son temps. On se fusille à coup de bouchon de champagne, on répond à la censure des mots par la gestuelle amoureuse et l’on fait des discours dans les toilettes d’un restaurant parisien. Le communisme est réduit à la métaphore d’une omelette (chacun contribue par son œuf), on parvient à rire des purges (« The last mass trials were a great success. There are going to be fewer but better Russians. ») et on pousse l’audace jusqu’à faire sourire le portrait de Lénine.
Pétillante comme le champagne auquel s’initie Ninotchka, la comédie pourrait comme lui s’éventer rapidement. Mais les temps troublés qu’elle colore lui donne une force mémorable, à l’image de celle de Chaplin dans Le Dictateur : celle du rire contre l’obscur, de la vie contre sa dénégation rampante.
Enivrée avant sa nuit d’amour, Ninotchka tient à un public imaginaire ce discours qui semble dans un premier temps une relecture du Lac de Lamartine :
“Comrades, people of the world. The revolution is on march. I know bombs will fall, civilization will crumble, but not yet, please. Wait, what’s the hurry ? give us our moment, let’s be happy.”
Mais en 1939, la prophétie terrible qu’il contient nous bouleverse bien au-delà du mélodrame.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Mer 11 Juin 2014 - 20:27

cheers pour les deux, belle maîtrise du sujet !
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Mer 11 Juin 2014 - 20:48

RabbitIYH a écrit:
cheers pour les deux, belle maîtrise du sujet !

Merci mon lapin, d'autant que tu dois être le seul à les lire.  Very Happy 
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Ven 13 Juin 2014 - 7:05



Orgueils et délurés

Le carton initial nous vante les mérites d’une terra incognita sur laquelle l’homme, qui maitrise le monde entier, n’aurait jamais mis les pieds. La chute, lubitschienne au possible, nous montre la porte des « Ladies room ».
Une fois encore, il s’agit de mettre en scène la comédie perpétuelle des hommes et des femmes pour tenter de se comprendre, se défier et se reconquérir. Sous les vertiges tamisés de la psychanalyse, de l’art contemporain et de la libération sexuelle, Lubtisch fait tourner son monde avec un peu moins de vivacité qu’à l’accoutumée.
Les principes fondamentaux de sa comédie sont pourtant bien convoqués : une tendresse pour les orgueils et les petites failles de ses personnages, des mots clés (à votre santé en hongrois, le « kiks » dans le ventre) et des références assez drôles à Kafka devenue un grand patron du matelas, ou Hitler parodié par un « Heil Baker » censé signifier la reprise en main du couple par Mr Baker lui-même.
L’exploration du récit concerne avant tout la mise en scène : comment constater un parfait divorce devant témoin, comment feindre une maitresse dans la chambre d’à côté pour mieux reconquérir son épouse. Très proche de Marivaux, et vu isolément, le film serait plutôt une bonne surprise. Lubtisch compose une partition plutôt plaisante, mais qui n’a pas le rythme de ses chefs d’œuvres et manque de ce pétillant qui le caractérise.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Ven 13 Juin 2014 - 7:05



Le testament du dragueur m’amuse

Le fidèle de Lubitsch pourra être un temps troublé par le ton nouveau de cet opus testamentaire. Certes, le milieu reste le même, celui d’une haute société qui, débarrassée de ses soucis matériels, se préoccupe avant tout de ses plaisirs. Mais le principe du récit rétrospectif occasionne ici une mélancolie nouvelle. Henry pose sur lui-même et son parcours un regard sans concession : il a été un enfant avide de plaisir, manipulateur et incapable de résister au plaisir depuis son plus jeune âge. Le parallèle avec l’esprit pétillant de Lubitsch lui-même est évident, et colore encore d’une aura nouvelle son film qui sera l’un de ces derniers.
La finesse d’écriture est toujours de mise, et la satire des mondains ou des riches paysans du Kansas fait des merveilles. Le personnage d’Henry n’est pas l’électron libre que sera Cluny Brown, car il se fond dans le décor pour en obtenir ce qu’il souhaite. Opposé au modèle rigide d’Albert (qui quant à lui est l’exacte modèle du pharmacien Wilson de Cluny Brown) malin, d’un charme indéfectible, il est le comédien par excellence. Mais l’intelligence de ses conversations tient surtout à ce que personne n’étant dupe, tout le monde s’en sort avec les honneurs. Martha lui passe bien des écarts, parce qu’elle devance le diable pour considérer la bonté inhérente au personnage. L’humanité est immature, en quête de plaisir et de divertissement, autant faire avec : c’est bien là le message laissé par le grand-père, patriarche iconoclaste et jubilatoire.
Bouillonnant, mais toujours posé, menteur mais d’une sincérité désarmante, Henry est un illusionniste comme bien des personnages de Lubitsch, à ceci près que semble être venu le moment de dévoiler ses tours. La mélancolie, la conscience de la fuite du temps, le deuil nimbent le récit d’une atmosphère singulière. Que reste-t-il des plaisirs évanescents ? Une jubilation toujours renouvelée, celle de la mémoire, celle de la malice d’un récit juste et touchant où les générations se succèdent et la roue tourne.
Et purgatoire ou enfer, qu’importe quand on a eu Gene Tierney pour épouse, en couleur qui plus est : le paradis fut sur terre.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Ven 13 Juin 2014 - 18:17

Le second est l'un des plus beaux mais je m'offusque, il est excellent Illusions perdues, tout est dans le doute du spectateur sur les sentiments qu'éprouvent réellement les personnages derrière la façade de l'orgueil et de la manipulation, un film très pudique et touchant sous ses faux-airs dévergondés.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Ven 13 Juin 2014 - 18:59

RabbitIYH a écrit:
Le second est l'un des plus beaux mais je m'offusque, il est excellent Illusions perdues, tout est dans le doute du spectateur sur les sentiments qu'éprouvent réellement les personnages derrière la façade de l'orgueil et de la manipulation, un film très pudique et touchant sous ses faux-airs dévergondés.

mmmoui... c'est quand même mou du genou. Comme je disais, venant d'un autre, je trouverais ça vraiment bon, mais Lubitsch me donne des goûts de luxe.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Ven 13 Juin 2014 - 19:20

C'est le mois pour faire un cycle " le foot au cinéma " les copains !




Ça va, j'me casse, ça va ho !
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Ven 13 Juin 2014 - 19:49

ELSD a écrit:
C'est le mois pour faire un cycle " le foot au cinéma " les copains !




Ça va, j'me casse, ça va ho !


euh... j'ai vu que y'avait un film de foot et zombie qui sortait. Mais curieusement, j'ai pas envie de le voir.
Sinon, ça me fait penser qu'il doit y avoir de l'ambiance dans la section du forum où je vais jamais.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Ven 13 Juin 2014 - 20:15

De toute façon c'est un mai-aimé de sa filmo donc pas surpris, perso je le préfère de loin à la La huitième femme de Barbe-Bleue qui reste quand même assez surfacique, ce qu'il perd en rythme il le gagne ailleurs... après c'est clair que les autres sont insurpassables.

D'ailleurs en parlant de CO ils sont passés où Angel et The Shop Around the Corner ?  I love you 
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Ven 13 Juin 2014 - 20:57

Nulladies a écrit:
RabbitIYH a écrit:
cheers pour les deux, belle maîtrise du sujet !

Merci mon lapin, d'autant que tu dois être le seul à les lire.  Very Happy 
Meuh non il est pas tout seul....
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Ven 13 Juin 2014 - 22:01

RabbitIYH a écrit:
De toute façon c'est un mai-aimé de sa filmo donc pas surpris, perso je le préfère de loin à la La huitième femme de Barbe-Bleue qui reste quand même assez surfacique, ce qu'il perd en rythme il le gagne ailleurs... après c'est clair que les autres sont insurpassables.

D'ailleurs en parlant de CO ils sont passés où Angel et The Shop Around the Corner ?  I love you 

Le deuxième, je l'ai déjà vu et rapidement chroniqué l'an dernier.
Angel, je savais pas que c'était si bien. Je le regarderai donc, gaffe à tes longues oreilles si c'est pas bien.  albino 
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Sam 14 Juin 2014 - 9:25



Lubitsch, ton univers imparable.

Lubitsch est un univers singulier qu’on retrouve avec un plaisir croissant à mesure qu’on en fait la connaissance.
Un monde sur lequel les protagonistes posent leur regard iconoclaste dans un grand éclat de rire. Ici, deux figures atypiques, Cluny Brown et Belinski sont les grains de sable d’une société atrophiée et mortifère de la haute bourgeoisie britannique. Elle, une servante préférant la plomberie aux plats de porcelaine et racontant ses rêves au premier confident, occasionnant pléthores d’allusions sexuelles que le code Hays a malgré lui galvanisées. Lui, un personnage venu du continent européen phagocyté par le fascisme et préparant en 1938 la grande tragédie. Féru de psychanalyse, escroc bienveillant, Boyer et son accent français font des miracles face à une Jennifer Jones survoltée (et bien plus convaincante que dans Le Portrait de Jenny). Chacune de leur apparition exacerbe l’indignation figée des conventions et fouette d’un sang neuf une société elle aussi hilarante par son attachement à des conventions d’un autre âge.
Au-delà de la simple et déjà jubilatoire comédie, le personnage de Belinski est une véritable énigme narrative. Figure de l’émigré, voire du Persan, il recueille les confidences, suscite les vocations militaires et arrange les mariages. Nouveau valet de comédie moliéresque, psychanalyste à ses heures (« Stay angry and everything will be allright »), roublard quand il s’agit de soutirer quelques billets, il est finalement inactif dans ses propres intérêts, attendant des autres qu’ils soient prêts à franchir le pas, entre eux pour Andrew et Betty Cream, vers lui pour Cluny Brown. Cette posture originale montre l’aisance encore plus grande d’un Lubitsch en pleine possession de ses moyens, figure d’un cinéaste qui laisse le monde tourbillonner autour de lui pour en récolter toute la sève et nous laisser croire que sa révolution s’opère en toute autonomie : les ridicules se chargent de leur propre satire tandis que les amoureux se trouvent tout naturellement.
Dans son dernier véritable film, l’univers de Lubitsch est ainsi définitivement posé. Et la seule conclusion à en tirer, c’est qu’on désire y retourner au plus vite.


Dernière édition par Nulladies le Sam 14 Juin 2014 - 10:49, édité 1 fois
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Goupi Tonkin
la séquence du spectateur
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Sam 14 Juin 2014 - 10:47

guil a écrit:
Nulladies a écrit:
RabbitIYH a écrit:
cheers pour les deux, belle maîtrise du sujet !

Merci mon lapin, d'autant que tu dois être le seul à les lire.  Very Happy 
Meuh non il est pas tout seul....
Moi aussi, je les lis. Mais je n'ai pas toujours le temps ou le courage de commenter ou d'objecter quand je ne suis pas tout à fait d'accord. Les forums, c'est trop de taf pour moi.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Sam 14 Juin 2014 - 10:48

Goupi Tonkin a écrit:
guil a écrit:
Nulladies a écrit:
RabbitIYH a écrit:
cheers pour les deux, belle maîtrise du sujet !

Merci mon lapin, d'autant que tu dois être le seul à les lire.  Very Happy 
Meuh non il est pas tout seul....
Moi aussi, je les lis. Mais je n'ai pas toujours le temps ou le courage de commenter ou d'objecter quand je ne suis pas tout à fait d'accord. Les forums, c'est trop de taf pour moi.

Oui, je te comprends. C'était pas un reproche, moi-même je deviens de plus en plus sélectif, faute de temps.
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Gengis
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Sam 14 Juin 2014 - 10:52

Goupi Tonkin a écrit:
guil a écrit:
Nulladies a écrit:
RabbitIYH a écrit:
cheers pour les deux, belle maîtrise du sujet !

Merci mon lapin, d'autant que tu dois être le seul à les lire.  Very Happy 
Meuh non il est pas tout seul....
Moi aussi, je les lis. Mais je n'ai pas toujours le temps ou le courage de commenter ou d'objecter quand je ne suis pas tout à fait d'accord. Les forums, c'est trop de taf pour moi.
Je les lis également même si je ne connais pas 1/5 des films que tu chroniques. D'ailleurs, je lis tout ici !
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ELSD
la drogue, c'est mal
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Sam 14 Juin 2014 - 10:55

+1
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Sam 14 Juin 2014 - 10:56

Bon, faut que je vous récompense de votre fidélité alors.
Vous pouvez me soumettre un film que vous voulez que je chronique spécialement pour vous.

(euh, un bon, hein).
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Esther
Yul le grincheux
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Sam 14 Juin 2014 - 11:49

ELSD a écrit:
C'est le mois pour faire un cycle " le foot au cinéma " les copains !




Ça va, j'me casse, ça va ho !

Sur le sujet, j'ai vu A mort l'arbitre et Coup de Tête, mais je suppose qu'il en existe d'autres.
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Goupi Tonkin
la séquence du spectateur
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MessageSujet: Re: [Cycle] Lubitsch   Sam 14 Juin 2014 - 19:02

Esther a écrit:
ELSD a écrit:
C'est le mois pour faire un cycle " le foot au cinéma " les copains !




Ça va, j'me casse, ça va ho !

Sur le sujet, j'ai vu A mort l'arbitre et Coup de Tête, mais je suppose qu'il en existe d'autres.
Contrairement à la boxe, il n'y a pas, à ma connaissance, de grands films sur le foot.
( Le foot, c'est très télégénique mais bizarrement pas très cinégénique: 22 joueurs plus les arbitres, ça fait trop de monde dans le cadre... Laughing  Et puis le grand rectangle du terrain de foot est plus duraille à mettre en scène que le petit carré du ring... )  

Coup de tête est très bien ( j'aime beaucoup le scénar de Veber : belle galerie de personnages. Le film est corrosif mais la charge n'est jamais too much; elle est toujours désamorcée par la comédie. Dewaere est magique. Le reste du casting aussi d'ailleurs )

A mort l'arbitre, si on accepte l'aspect "low cost-loufoque-anar" du cinéma de Mocky, est un amusant jeu de massacre.

Sinon il y a aussi A nous la victoire de John Huston.


C'est un minuscule Huston qui frise une peu le nawak parfois, mais très rigolo à regarder grâce au casting : derrière Stallone, Michael Cain et Max Von sydow, il y a de véritables footeux 70's :Pelé, Osvaldo Ardiles, Bobby Moore...

Après il y a plein de films qui ont le foot comme lointaine toile de fond genre Looking for Eric, mais un VRAI et GRAND film sur le foot, je n'en connais pas. Il n'y a pas pour ce sport d' équivalent à Fat city ( immense film sur la boxe du même John Huston )  Gentleman Jim (  I love you  I love you  I love you  ) Plus dure sera la chute ou Nous avons gagné ce soir...


Dernière édition par Goupi Tonkin le Sam 14 Juin 2014 - 19:24, édité 1 fois
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[Cycle] Lubitsch
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