Les 3 Rocks : musique et mauvaise foi

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 [Cycle] Les liaisons dangereuses

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Nulladies
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MessageSujet: [Cycle] Les liaisons dangereuses   Jeu 17 Avr 2014 - 6:47

Micro cycle Laclos aujourd'hui.
Question de rangement et de cohérence, je commence par ne pas respecter le topic en mettant un livre, puis trois de ses adaptations.
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Nulladies
Cinéman
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MessageSujet: Re: [Cycle] Les liaisons dangereuses   Jeu 17 Avr 2014 - 6:49



L’initiation sentimentale

Œuvre unique sur bien des aspects, Les Liaisons dangereuses marque durablement celui qui en entreprend la lecture.
D’abord, par l’intelligence de sa structure : le genre épistolaires permet une construction diffractée d’une intelligence confondante : alternant les personnages, les réactions, différant certaines lettres quand il en perd d’autres, anticipant la réaction de certains destinataires, l’auteur tisse un écheveau à la mesure des arachnéens libertins.
Les lettres, ensuite, ont rarement été exploitées avec autant de malice : lieu de la confidence intime, on y voit l’épanchement adolescent de Cécile corrompu par la complicité vénéneuse de Merteuil, le désespoir moral de Tourvel résister à des assauts de moins en moins vindicatifs de Valmont.
La polyphonie permet dans un premier temps à Laclos une démonstration de force, celle de la maitrise de tous les tons et des nuances les plus fines dans la psychologie et la caractérisation. C’est aussi une plongée dans les eaux troubles de la rhétorique libertine : le lecteur se voit confronté à une langue manipulatrice, mensongère et ciselée comme le diamant qu’utilisent les cambrioleurs aux vitres de leur victime.
La fréquentation de cette langue admirable initie le lecteur attentif à un système d’une telle ampleur qu’il en devient, un temps, libertin lui-même : de la même façon qu’on prend inconsciemment parti pour l’horreur dans La Mort est mon métier de Merle, on jubile dans un premier temps de toute cette intelligence déployée au service de l’immoralité. Dans le secret, on occupe cette place omnisciente qui nous fait rire du ridicule et de la fragilité des roués, comprenant davantage qu’eux leurs aveux inconsients sur la voie royale de la dépravation.
Mais le génie de Laclos est de progressivement, et insidieusement gripper la machine : puisque nous sommes devenus experts dans l’analyse des victimes, pourquoi ne pas faire celle des bourreaux ? La relation entre Merteuil et Valmont, l’amour pris dans les rets de l’orgueil, du pouvoir et de la réputation mènent la fin du roman vers des sommets.

Jouissif, décapant, le roman est à l’image des libertins : il sait nous séduire par ses éclats pour nous éduquer à notre insu, et nous faire prendre le parti inverse de ceux qu’on avait idolâtrés, soudain bouleversés par une émotion authentique, sincère et sans calcul. Peut-on trouver meilleur moyen pour véhiculer une morale que l’excitant discours de l’immoralité ?
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Nulladies
Cinéman
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MessageSujet: Re: [Cycle] Les liaisons dangereuses   Jeu 17 Avr 2014 - 6:50



Les bons, les putes et les truands

L’adaptation d’un œuvre aussi complexe et retorse que le chef d’œuvre épistolaire de Laclos suppose des choix. En s’appuyant sur la version théâtrale du roman, Frears permet un compromis qui va permettre aux singularités cinématographiques de se mettre au service du texte.
La film s’attache, comme toute grosse production hollywoodienne, à reconstituer avec précision une époque. Jardins la française, châteaux, opéra, intérieurs dorés à l’or fin, rien ne manque à l’écrin des libertins ; cette première fascination du spectateur est accrue par la longue ouverture où l’on donne à voir le parement des individus, corsetés, maquillés et coiffés, enfilant leur armée pour aller affronter la société mondaine.
De l’intrigue, le film respecte les enjeux majeurs, délaissant légitimement les excroissances tentaculaires du roman, raccourcissant les conquêtes et les évolutions des personnages.
Mais du glissement dramaturgique à la mise en image, la grande réussite de Frears réside moins dans la débauche de décors et de figurants que dans la possibilité de recourir au gros plan. A l’implacable et savoureuse rhétorique des libertins dans leur lettre, le cinéaste substitue l’art de la séduction par les visages, à la fois marmoréens par leur blancheur et dotés d’un pouvoir de séduction illimité. Valmont est un serpent fielleux dont le regard se colore de plus en plus de sincérité. Merteuil voit Glenn Close appliquer à la lettre tous les préceptes énoncés dans la fameuse lettre 81, où la maitrise absolue d’un rictus ou de la tension d’un cil terrasse l’adversaire.
C’est donc dans l’intimité des alcôves que se joue la plus grande partie du film, qui privilégie les face à face et accorde davantage de place au couple central Merteuil-Valmont qu’aux autres, faisant de la blessure d’orgueil de cette dernière un élément plus explicite que dans le roman.
Une séquence particulière, celle du concert chez Mme de Rosemonde, synthétise cette approche : uniquement focalisée sur les regards, elle s’attarde sur les portraits de Merteuil, Valmont et Tourvel et instaure, sans dialogue, la dichotomie entre les jeux de pouvoir libertins et la découverte du sentiment amoureux.
Porté par des comédiens qui ont l’intelligence de comprendre que c’est dans la mesure que se niche l’intensité, Les liaisons dangereuses allie toutes les qualités du film à gros budget à la subtilité de son propos.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Les liaisons dangereuses   Jeu 17 Avr 2014 - 6:51



Certains l’aiment sot

J’ai pour habitude d’être un mauvais critique lorsqu’il s’agit d’une adaptation d’un chef d’œuvre de la littérature : Mme Bovary de Chabrol ou La Bête Humaine de Renoir n’ont pas trouvé grâce à mes yeux.
Pour Valmont, le défi est double : s’inscrire dans le sillage de Laclos, et rivaliser avec Frears, qui s’en était, huit mois plus tôt à l’époque, plutôt bien sorti
Là où Frears jouait sur l’épure de l’écriture théâtrale et intimiste, Forman mise sur les gros moyens de la reconstitution historique. Tout est prétexte à d’amples scènes d’extérieur (marché, bal, opéra, mariage…) où la foule des figurants le dispute à la précision des décors. Pour ce qui est du récit, il faut reconnaitre à Forman le mérite de l’audace. Par l’entremise de Carrière, c’est davantage une relecture qu’une fidèle adaptation de Laclos qu’il nous propose. Plus affranchi du modèle, auquel il ne donne d’ailleurs pas le titre originel, il se concentre autour de la figure de Valmont, séducteur souriant et s’adonnant à des petits manèges de comédie, entre Marivaux et Musset : on se cache dans les escaliers, on feint la noyade, et l’on tombe bien vite amoureux de Mme de Tourvel. De son côté, Merteuil tranche aussi : à la femme marmoréenne à la lisière de la maturité de Frears, on oppose ici une veuve joyeuse et solaire, riant sans cesse, minaudant ses perfidies.
Bien plus romanesque, Valmont gagne en rythme et ce qu’il perd en épaisseur psychologique. Les aménagements avec le récit, notamment dans la relation avec Mme de Tourvel qui se borne à un adultère passager, voire une romance assez kitsch, affadissent considérablement le propos. Nulle tension, aucune complexité si ce n’est l’illustration d’un jeu qui finit un peu mal.
A l’aise dans le film d’époque, (comme pour le précédent Amadeus) Forman semble prisonnier de son décorum, trop amoureux des dorures et du vernis pour oser les décaper.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Les liaisons dangereuses   Jeu 17 Avr 2014 - 6:52



Valmont et merveilles.

Laclos sauce teenage : le plaisir premier sera donc de retrouver les passerelles entre le roman et l’époque contemporaine, ainsi que le glissement d’un genre (épistolaire et libertin) à un autre (le pop soap).
C’est amusant cinq minutes, notamment pour la justification des lettres. En 1999, on parle encore de « l’internet », et on préfère écrire des lettres, car « emails are for geeks and pedophiles ».
La grande erreur du film est celle de vouloir jouer la surenchère de la vulgarité pour souligner le subversif de son propos, en témoigne la belle intelligence française visant à traduire le titre « Cruel intentions » en « Sexe intentions ». Ainsi du prix du pari que Merteuil/Buffy annonce lascive et allongée sur un lit à Valmont/Endive : « You can put it anywhere »

Classe, je vous dis, les libertins du XVIIIe siècle peuvent aller se rhabiller.

Ensuite, c’est salade de museau, beau black, pédés honteux, blowjob et rédemption via l’icône du puritanisme, Reese Witherspoon.

Accompagné d’une musique PERMANENTE, le film suit plutôt fidèlement la trame originelle, les lettres étant remplacées par un journal intime de toute beauté pour un tombeur comme Valmont qui semble plus adepte d’Hello Kitty que du gonzo.

Donc, c’est drôle. Ce qui gêne le plus, c’est que c’est vraiment atrocement joué, au point que même la VO donne le sentiment d’être face à un doublage ouigour. On est face à des adolescents jouant les adultes avec une crédibilité avoisinant celle de votre neveu qui joue le chou rouge dans le spectacle de fin d’année des CE1 sur la pyramide alimentaire.

Il existe un Sexe intention 2, qui est le prequel, toujours avec Sebastian Valmont et Kathryn Merteuil.
Et un 3, avec Cassidy Merteuil.

I can’t wait.
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Goupi Tonkin
la séquence du spectateur
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MessageSujet: Re: [Cycle] Les liaisons dangereuses   Jeu 17 Avr 2014 - 8:01

Il y a celui-là aussi

Dans mes souvenirs, c'est pas le pire film de Vadim, mais ça bouscule pas un train de marchandises. Ça vaut surtout pour les acteurs, quelques dialogues de Vailland et le jazz de la bande son...
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Les liaisons dangereuses   Jeu 17 Avr 2014 - 9:20

Nulladies a écrit:


Certains l’aiment sot

J’ai pour habitude d’être un mauvais critique lorsqu’il s’agit d’une adaptation d’un chef d’œuvre de la littérature : Mme Bovary de Chabrol ou La Bête Humaine de Renoir n’ont pas trouvé grâce à mes yeux.
Pour Valmont, le défi est double : s’inscrire dans le sillage de Laclos, et rivaliser avec Frears, qui s’en était, huit mois plus tôt à l’époque, plutôt bien sorti
Là où Frears jouait sur l’épure de l’écriture théâtrale et intimiste, Forman mise sur les gros moyens de la reconstitution historique. Tout est prétexte à d’amples scènes d’extérieur (marché, bal, opéra, mariage…) où la foule des figurants le dispute à la précision des décors. Pour ce qui est du récit, il faut reconnaitre à Forman le mérite de l’audace. Par l’entremise de Carrière, c’est davantage une relecture qu’une fidèle adaptation de Laclos qu’il nous propose. Plus affranchi du modèle, auquel il ne donne d’ailleurs pas le titre originel, il se concentre autour de la figure de Valmont, séducteur souriant et s’adonnant à des petits manèges de comédie, entre Marivaux et Musset : on se cache dans les escaliers, on feint la noyade, et l’on tombe bien vite amoureux de Mme de Tourvel. De son côté, Merteuil tranche aussi : à la femme marmoréenne à la lisière de la maturité de Frears, on oppose ici une veuve joyeuse et solaire, riant sans cesse, minaudant ses perfidies.
Bien plus romanesque, Valmont gagne en rythme et ce qu’il perd en épaisseur psychologique. Les aménagements avec le récit, notamment dans la relation avec Mme de Tourvel qui se borne à un adultère passager, voire une romance assez kitsch, affadissent considérablement le propos. Nulle tension, aucune complexité si ce n’est l’illustration d’un jeu qui finit un peu mal.
A l’aise dans le film d’époque, (comme pour le précédent Amadeus) Forman semble prisonnier de son décorum, trop amoureux des dorures et du vernis pour oser les décaper.

Je saurais pas bien comment le défendre, vu depuis trop longtemps. Si ce n'est de dire que j'avais adoré comme souvent chez Forman la façon qu'à la mise en scène d'épouser la personnalité, en l'occurrence les marivaudages faussement innocents, du personnage principal. Mais je l'avais trouvé bien plus subtil que la version de Frears quoi qu'il en soit, tout participant du masque de légèreté et de moralité que les actes réfutent.
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