Les 3 Rocks : musique et mauvaise foi

disques • foot • films • séries • images • livres...
 
AccueilCalendrierFAQGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Voyage en salle obscure...

Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1 ... 20 ... 37, 38, 39, 40  Suivant
AuteurMessage
Coda
pépé au fagot antisocial


Nombre de messages : 2194
Date d'inscription : 02/11/2011

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Dim 17 Jan 2016 - 21:02



Deux hommes aiment une femme, elle choisit. A travers l'histoire, dans les conséquences des décisions de chacun, dans les chemins qu'ils empruntent et ceux qu'ils délaissent, c'est tout le destin de la Chine d'aujourd'hui et de demain, entre 1999 et 2025, qui nous est raconté. Au-delà des montagnes allie la beauté d'un grand mélodrame et l'acuité d'un regard politique sur son époque. Jia Zhang-Ke, jauge l'état de son pays et de ses habitants. L'histoire s'étale sur deux générations, celle du trio puis de sa descendance, et nous conte l'itinéraire d'individus qui ont vu la Chine passer de la promesse d'une libération à l'aveuglement économique actuel. Jia Zhang-Ke réalise une fresque familiale entre passé proche et futur imminent, aussi simple que vertigineuse, aussi maîtrisée que profondément émouvante.

L'histoire se déroule en trois chapitres. Le premier se situe en 1999. La jeunesse danse alors sur Go West des Pet Shop Boys, scandé comme un hymne à la liberté d'un Occident fantasmé. Tout oppose les deux amis d'enfance qui courtisent Tao : Liangzi, au tempérament réservé, est un ouvrier modeste ; Zhang, le flambeur, a investi dans une station service lucrative. L'un trime à la mine, l'autre pas. Elle choisit le plus ambitieux, ...  Et assez vite, ce choix irriguera toute la vie de Tao du sentiment amer d'être passée à côté de quelque chose.
Les deuxième et troisième parties se déroulent respectivement en 2014 où s'approfondit l'atomisation du trio d'amis, puis en 2025 pour un déracinement sobrement futuriste situé en Australie, où le fils de Tao va connaîtra un sursaut affectif et identitaire.

Au-delà des montagnes avance comme une fable autant que politique, inquiète des imbrications que les mutations économiques provoquent dans nos manières de vivre et dans notre capacité à aimer.
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 41

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Mar 19 Jan 2016 - 6:40



Chantons sans appuis

Les portraits de femmes contraintes dans leur épanouissement sous le joug d’une société phallocrate et influencée par l’Islam fleurissent ces dernières années. Après la saoudienne Wadjda et son vélo, les sœurs turques de Mustang et le match de foot, les prostituées marocaines de Much Loved, place à la jeune Farah, tunisienne désirant chanter sans censurer ses paroles contestataires, à la manière des Chats Persans.
Situé avant le printemps arabe, à l’été 2010, le récit prend le pari d’adopter le point de vue de sa protagoniste, ainsi que celui de son groupe : la jeunesse est fougueuse, semble assez libre de ses mouvements, et l’on se prend à croire avec elle à cet état de fait. Certes, les regards de l’ancienne génération se crispent dans les cafés pour hommes, et quelques avertissements parentaux auquel on n’accorde pas trop de crédit viennent ponctuer les soirées, la boisson et les joints sur la plage.
Surtout, la musique aide à l’expression d’une énergie irrépressible. Les morceaux combinent avec talent folklore oriental et rock, sur une dynamique de la langueur et de l’explosion, emportant avec eux un public qui laisse alors parler son corps.
Leyla Bouzid suit son héroïne, electron qui se croit libre, et qui dévoile uns à uns les verrous autour de son parcours. Avant que la police politique ne sorte de ses planques, c’est le rapport à la mère qui cristallise les tensions. A la fois complice et rivales, les femmes sont le centre de toutes les attentions, dans ces intérieurs où tout se dit, mais où l’on étouffe simultanément. De la grand-mère matriarche qui décide des études de Farah à sa mère qui tente de la protéger contre elle-même, en passant par la jeune femme de ménage qui partage ses aspirations à la liberté, le gynécée en ébullition raconte une autre vérité du pays, celle que les hommes, presque absents, font tout pour museler.
La caméra, furtive, investit l’espace avec fluidité et contribue à ces élans du personnage : accompagnant ses déplacements dans les divers lieux clos (garage de répétition, appartement) ou durant les performances musicales, elle restitue avec force l’énergie de la jeunesse.
La perte des illusions n’en sera que plus ravageuse : rappel à l’ordre venu de toutes parts (le petit ami, le groupe, l’indic, la mère), les cloisons se referment brutalement autour de Farah. L’intelligence de Leyla Bouzid est de ménager des voies de traverses et un espoir infime reposant sur l’ouverture fondée sur l’échange : en ménageant la possibilité d’un échange entre les générations, le retour du père et la maturité, certes blessée, de la jeune fille, elle infuse dans le brûlot libertaire une solidarité humaniste face à l’adversité, entrainant plus d’un spectateur à sa suite.
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 41

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Dim 31 Jan 2016 - 7:00



Very blossom girls.

Un lent mouvement de caméra le long des façades, de celles où se logent ceux qui observent et qui jugent, accompagnait le départ de Carol White qui s’éloignait Loin du Paradis. C’est un mouvement similaire qui ouvre Carol, qui partage un prénom et une époque avec ce beau film : depuis une bouche d’aération jusque dans la rue animée, il embrasse avec lenteur la frénésie d’une vie new-yorkaise des 50’s, celle qu’on assimile habituellement à un âge d’or de la comédie sentimentale.
Mais la sublime photographie nimbe tout ce glamour d’une obscurité à l’épaisseur inédite. Le premier échange visible à l’écran est celui d’un silence : interrompues, les femmes se regardent, une main se pose sur une épaule de Thérèse, de face, avant de laisser place à une autre, celle d’un homme, sur l’autre épaule et de dos : la normalité semble avoir, avec une violence et une rapidité terribles, repris ses droits.
De ce ballet programmatique, Carol est la lente partition à rebours : de la rencontre aux affrontements avec le monde extérieur, le couple de femme ne cessera de composer sur cette mélodie essentielle : je te regarde, je te touche, je soutiens ou non ton regard…et je décide ou non de rester.
Carol est clairement un film de la maturité : son écriture n’est plus aussi inféodée qu’auparavant au glorieux modèle (de Sirk, par exemple), et sa charge satirique en sourdine au profit d’une exploration plus complexe des individus. Le personnage éponyme, sous les traits de la grandiose Cate Blanchett, n’a pas grand-chose à voir avec la soumise femme au foyer : femme forte, elle apparait alors que tout semble déjà joué : assumant son homosexualité, en instance de divorce, elle porte avec elle des années d’apprentissage sur le personnage qu’elle s’est patiemment écrit ; pour donner le change, pour supporter, pour ménager celle qu’elle est. En résulte un personnage dur, souvent en représentation, au glamour trop souligné, carapace parfaite pour gommer les fêlures. Face à elle, la candeur juvénile de Rooney Mara n’est pas en reste : elle suit, elle accepte, elle étonne et abolit progressivement la différence d’âge ou de statut social.
L’une des grandes intelligences de Carol est de ne pas traiter de la découverte : on ne découvre par son homosexualité, on ne crée pas vraiment le scandale, qui reste toujours cantonné au domaine du foyer : quelques hommes révoltés, qui ne pourront rien contre l’évidence. Certes, l’intrigue tisse un piège empêchant les amantes d’avoir droit au bonheur, par un chantage à l’image, la mère qu’est Carol se voyant refuser la garde de sa fille pour « clause de moralité ».
Mais cette épreuve, bien plus que celle du regard intolérant de la société, vise avant tout à définir les individus. A travers toutes ces vitres embuées, ce road trip ou ces parois de verre, à travers la lentille d’un objectif qui aime ou qui espionne pour mieux rattraper, Todd Haynes effeuille progressivement les écrans pour atteindre la vérité des êtres. Son récit dissèque les trajets, d’un train électrique qui tourne en rond à un voyage interrompu, jusqu’à ce face à face qui ouvrait le film, anticipation vers laquelle convergent les deux femmes. Carol est la captation de deux épanouissements : celui d’une femme qui décide d’être elle-même pour mieux être mère, celui d’une jeune fille qui décide de choisir, de s’affirmer et non de suivre.

C’est donc à la lumière de cette révélation que ce double dénouement prend tout son sens : il ne s’agit pas à proprement parler d’un happy end comme l’âge d’or hollywoodien savait nous en concocter. C’est, après l’adversité et le silence, l’unisson de deux décisions, l’accord d’une femme qui s’assume et d’une autre qui se connait suffisamment pour décider de l’accompagner. Tout cela formulé dans les lumières ouatées d’une salle de restaurant, sous la splendide musique de Carter Burwell, par deux regards, et un sourire.
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 41

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Lun 1 Fév 2016 - 6:42




Trash investigation

Retraçant l’enquête journalistique au long cours sur la façon dont l’Eglise a étouffé les scandales de pédophilie sur la ville de Boston, Spotlight impressionne avant tout par son sujet. Méticuleux, presque documentaire, le récit déverrouille un à un les mécanismes bien rôdés par l’institution pour faire tomber dans l’oubli ce qu’on peut presque considérer comme un crime de masse tant les prédateurs sont nombreux et leurs victimes murées dans un silence organisé.
Les diverses enquêtes de l’équipe d’investigation mettent ainsi à jour les collusions déjà soupçonnées entre l’Eglise et le pouvoir, qu’on connaissait dans les sphères politiques ou financières, et qui ici s’établissent sur les terres souillées du crime. Entre les témoins qu’on décrédibilise et les tenants du pouvoir intervenant pour museler la presse, de la responsabilité de salir une institution tellement rivée dans les pratiques sociales et confessionnelles aux interruptions médiatiques du 11 septembre, les journalistes partent dans une croisade souvent passionnante.
Force est de constater que c’est là la seule véritable qualité de film : filmé avec une certaine paresse, paré d’une interprétation au diapason, avec une mention spéciale pour Ruffalo qui pense que se gratter la tête ou crisper un demi-sourire fait de lui un candidat idéal au Pullitzer, le film s’efface clairement au profit de son scénario. On est étonné de constater à quel point tout le traitement est linéaire et les dialogues fonctionnels, habitués que nous sommes désormais à la dynamique d’un Sorkin pour rendre palpable la frénésie d’un milieu ou l’intelligence enquêtrice des journalistes. Tout est dans la nuance et la sobriété, à l'image du très bon et peu prolixe personnage de Liev Schreiber, initiateur discret de l'enquête.
Il faut donc accepter cette platitude qui peut finalement s’avérer un choix pertinent : non seulement, le sujet se suffit à lui-même et c’est faire œuvre de bon sens que de le mettre en avant sans le perdre dans des affèteries. Mais cela permet aussi d’éviter bien des attendus sur de tels films, que le scénario désactive de façon presque systématique : nulle surenchère par le thriller, nulle famille menacée ou enfant d’un journaliste impliqué, autant de menaces putassières qu’on voit poindre sans qu’elles puissent s’épanouir.
Choix étonnant, à quelques mois d'écart, entre le film d'auteur rebutant (El Club) et cette enquête au premier degré : un sujet aussi brûlant que la pédophilie des prêtres semble ne pas supposer de concessions.
En contrepoint de la frénésie poseuse et clipesque dont se pare l’époque, Spotlight fait donc office de film à l’ancienne ; si cela suppose certaines concessions du spectateur, c’est le plus souvent tout à son honneur.
Revenir en haut Aller en bas
Otto Bahnkaltenschnitzel
génération grenat (dîne)
avatar

Nombre de messages : 1187
Date d'inscription : 27/08/2014

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Mar 2 Fév 2016 - 17:53


Simple, beau.
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 41

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Ven 5 Fév 2016 - 6:31



Règlements de compte à OK Computer

Deux contre un : Sorkin à l’écriture, Fassbender à l’interprétation, permettent de contrer Danny Boyle aux commandes, cinéaste qu’il semble assez salutaire de ne plus suivre depuis, disons, vingt ans.
Soyons d’ailleurs de bonne foi pour le coup : les défauts du film ne sont lui sont pas vraiment imputables, tant il est ici en posture d’exécutant : qu’on lui retire le scénario et le montage, et il lui reste des travellings, quelques plans séquences en poursuite dans les coulisses de complexes de plus en plus rutilant, rien de plus, et on lui saura grès de ne pas s’être laissé aller à ses poisseuses habitudes sur ce nouveau projet qui ne lui appartient pas pleinement.
Les comédiens eux-mêmes s’en tirent avec les honneurs qu’ils méritent, ce qui a toujours été le cas avec Sorkin, dès The West Wing et dans le projet assez similaire de The Social Network qui plombe clairement de son ombre ce nouvel opus. Diction, finesse de la répartie, c’est dans la précision que Fassbender, Kate Winslet et même Seth Rogen se distinguent, plutôt que dans les excès généralement de mise pour ce genre de biopic.
C’est d’ailleurs une entreprise plutôt courageuse que d’avoir opté pour une telle structure : Steve Jobs ne se présente pas sous les atours de l’hagiographie d’un mythe américain, mais d’une expérience presque formaliste, fondée sur les répétition et échos d’une représentation très théâtrale. Trois temps, 1984, 1988 et 1998, quelques minutes avant la Keynote stratégique, qui conduira vers deux fours puis la gloire. La première séquence qui rappelle furieusement la longueur volontairement démesurée de l’ouverture du Glamorama de Bret Easton Ellis donne le ton : tout se jouera dans des points apparemment annexes, et les convergences, au fil des interventions et des répliques, permettront d’embrasser la personnalité complexe de Jobs. Retour, donc, sur une quinzaine d’années, de la fille non reconnue, du père de substitution, du frère renié et de l’assistante en épouse fidèle.
On ne s’étalera pas sur les lourdeurs psychanalytiques qui sous-tendent le propos général, entre le fils mal adopté qui devient père démissionnaire et égotiste redoutable au service d’un marketing de génie. Disons simplement que cette deuxième proposition n’intéresse pas vraiment Sorkin, et que les pauvres réflexions sur l’informatique sont du saupoudrage qui tente de faire oublier à quel point on passe à côté du véritable sujet, à savoir comment Apple est parvenu à créer du très cher, très fermé et a conquis les masses avec ce concept qui s’est tout d’abord pris les pieds dans le tapis. N’est pas Fincher qui veut : à trop reproduire la même formule que pour The Social Network, Sorkin accuse de sérieux signes de fatigue.
Fasciné par son sujet central, l’homme monstre, le rouleau compresseur de ses collaborateurs, le film en devient proprement épuisant. Verbeux, poseur, il s’acharne à étirer à l’envi des joutes verbales, ciselées et cyniques, dont on a compris rapidement les enjeux. Pour habiller le tout, la magie du montage navigue entre les époques en variant grain de l’image et perruques des comédiens, et la bande son nous accompagne la majorité des séquences d’une musique continue, censée surligner le stress du compte à rebours avant le début de la séquence.
Ce sentiment d’urgence permanent, cette course aux répliques qui tuent, cette manie de partir vers une porte avant de sortir LA phrase définitive vire à une sur-écriture particulièrement irritante. On a le sentiment d’assister à une bande-annonce permanente, de celles où justement, on vous aurait gardé les bonnes saillies verbales sur fond de musique entrainante.

Et une bande annonce de deux heures, c’est éreintant.
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 41

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Mer 10 Fév 2016 - 7:00



Stop (e)motion

Un projet de Charles Kaufman, à l’écriture et à fortiori à la réalisation, est toujours surprenant et son pitch est à chaque fois soit informulable, soit d’une couleur insolite sans commune mesure. Si son nouveau film étonne aujourd’hui, c’est avant tout par la banalité affligeante de son sujet, la nuit dans un hôtel d’un homme marié, son désœuvrement et son infidélité d’un soir.
La question qui se pose d’emblée est celle du recours à l’animation en stop motion pour traiter d’un tel sujet : dans un premier temps, on y voit une coquetterie, le petit frisson un peu vain de la primeur, à savoir un film pour adulte, avec un langage ordurier, un magasin de sex toys, un homme nu, puis une relation sexuelle dont on n’épargne pas grand-chose.
Mais à mesure que le temps passe et que l’atmosphère s’impose, les choix esthétiques s’affinent. Il est bien évident que dans cette modulation sur les rapports humains très proche de Lost in Translation, la tristesse d’un monde régi par les manuels d’entreprise sied parfaitement aux pantins animés. Le protagoniste, grand prêtre de la relation client qui fait gagner 90 % de productivité à tous ses lecteurs, débarque dans une ville où tout le monde semble appliquer ses préceptes, dans une exposition en temps réel distillant une angoisse tout à fait inédite sur ce genre d’esthétique. Répétition des codes, aseptisation des décors, le tout à destination d’un quinqua qui n’y croit plus depuis longtemps, mais joue le jeu, tout comme avec sa famille.
L’animation a toujours permis de montrer ce que les images en live ne pouvaient restituer : un monde imaginaire, des personnages exemplaires, en bref, du merveilleux. Il est fascinant de voir les réalisateurs s’attacher à reproduire ici tout ce qui fait la maladroite banalité des individus. La rencontre avec Lisa, complexée et elle aussi terriblement commune, va en occasionner un grand nombre : trébuchements, tête qui se cogne contre le lit, partenaire qui s’appuie involontairement sur ses cheveux, position sexuelle inconfortable… de même que des corps aux bourrelets disgracieux ou la durée d’un rapport peu conventionnel dans un récit, tout est décapé pour donner à voir les pantins tristement risibles que nous sommes.
On pourrait y voir une certaine méchanceté, et le film n’en est pas dénué. De par sa conclusion, d’une lucidité noire, de par son formidable cauchemar aussi, lorgnant vers les labyrinthes de Lynch, mais qui permet aussi de révéler la naissance de l’amour : Michael Stone y comprend qu’en cet instant, le monde entier est une seule personne, amoureuse et possessive, tandis que Lisa s’en distingue. Un bel artifice avait déjà permis, dans le réel, de lui donner un attrait unique : sa voix. Dans cet univers standardisés, les mêmes visages occupent des fonctions différentes, toutes liées à la relation client, à l’exception de l’ex petite amie avec laquelle les retrouvailles seront un fiasco, à imputer à la rustrerie du protagoniste. Mais surtout, tous ont la même voix, y compris les femmes qui sont affublée d’une voix masculine. Sauf Lisa.
La séduction passera donc par cette voix d’une distinction bouleversante, sur le modèle de celle de l’OS dans Her, au sein d’une scène de séduction fantastique où l’homme perclus de désir obtiendra de sa conquête qu’elle lui chante un tube de Cindy Lauper.
(Spoils)
Instant suspendu, grêlé par les maladresses des deux amants conscients de leurs imperfections, mais touchants par elles : le film tourne autour de cette scène matrice, qui ne pouvait éclater sans les langueurs qui la précèdent, ni le noir réveil qui la brisera, dans une scène terrible de petit déjeuner où la voix déifiée la veille commence irrémédiablement à rejoindre la tessiture de la masse.
Qu’importe l’après, qu’importe la victoire du monde dans cet épilogue glacial où l’on a pour seul interlocuteur autour des gens « qui vous aiment », un autre pantin, plus étrange encore que celui qu’on est soi-même. Il y aura eu cela, de la même façon que les souvenirs amoureux sont le sel de la vie dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind : cette déchirure dans la norme, cette anomalie qui portait le nom de Lisa, et qui chantait avec grâce : « I want to be the one to walk in the sun ».
Revenir en haut Aller en bas
ELSD
la drogue, c'est mal
avatar

Nombre de messages : 2574
Date d'inscription : 29/12/2013
Age : 45

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Mer 10 Fév 2016 - 8:28

Tu donnes envie de le voir
Ce qui n'est pas le cas de l'affiche
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 41

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Mer 10 Fév 2016 - 9:31

@ELSD a écrit:
Tu donnes envie de le voir
Ce qui n'est pas le cas de l'affiche

Pourtant ils font tout pour te faire comprendre que c'est un MASTERPIECE OH MY GOD IT CHANGED MY LIFE IT'S AMAZING", non ?
C'est chiant, cette place accordée aux critiques d'ailleurs. Tu regarde l'affiche de Made in France, c'est pareil, tu crois d'abord que le titre du film, c'est "BRILLANT"...
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 41

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Jeu 11 Fév 2016 - 6:29



Du passé faisons stable rage.

Le troisième âge est finalement peut traité en trame principale au cinéma : c’est généralement une toile de fond, un écho aux protagonistes dans la fleur de l’âge. Dans 45 ans, titre renvoyant à un anniversaire, certes, mais de mariage, la génération d’après n’a pas sa place. Vieux couple sans enfant, le (formidable) tandem Courtenay/Rampling vit du quotidien de cet âge : sexualité en berne, rituels immuables, habitudes tenaces, agacements réciproques ou complicité apparemment à toute épreuve.
L’heure de la célébration approche, indice supplémentaire de l’importance du protocole. Tout est réglé, de la disposition des tables aux choix des musiques. On devise sur les photos, absentes de la maison, sans doute faute d’enfants. Insidieusement, l’heure des bilans s’impose : la réunion des anciens collègues de l’usine, qu’on fustige mais à laquelle on se rend quand même, la fête à laquelle on se prête de plus ou moins mauvaise grâce : complices et victimes de cette grand-messe du temps qui passe, les personnages jouent ce double jeu dévoilé ici avec une aridité presque extra lucide : cette distance affichée par rapport au commun des mortels, et ce besoin de se fondre tout de même dans la masse des humains, si vulnérables à leur heure dernière.
Sur cette triste comédie de l’âge, le récit va greffer une ultime coquetterie vénéneuse par le retour inattendu du passé. Le mari apprend qu’on a retrouvé, 50 ans après, le corps de son premier amour prisonnier dans un glacier des alpes suisses ; et son épouse de prendre conscience qu’elle aura sans doute été toujours un second choix.
Point d’effusions et de ravages à la Cassavetes chez Andrew Haigh, qui revendiquerait sans doute davantage Bergman comme influence. Les colères sont rentrées, les non-dits omniprésents. Habile à capter l’oisiveté propre à cet âge et les temps morts vecteurs d’angoisses au long cours, le cinéaste évite à son couple les grandes scènes de bilan : des tiers s’en chargement maladroitement pour eux, de l’amie qui promet les larmes du mari lors de son discours, au maitre de cérémonie attendant l’attendrissement de circonstance de la foule des invités.
Une séquence maitresse, qui tranche avec la mise en scène assez sage, concentre tout le propos du récit : dans le grenier, l’épouse exhume des diapositives dans une projection au cadrage remarquable permettant, par transparence de la toile, de voir conjointement ce qu’elle contemple et son visage effaré éclairé par ces clichés révélateurs, scène terrible où la vie perdue irrigue la mort en attente de ceux qui sont restés en vie.
Résolument pessimiste, le film sait tirer parti d’une autre mise en scène que la sienne, celle des hommes : le contraste entre l’esprit festif et le regard terriblement dur de Charlotte Rampling lors de ce qui devrait être l’apothéose de la rédemption vaut non seulement tous les discours, mais les supplante, eux qui voulaient faire table rase du passé aux yeux du monde.
L’apparence aura été sauve face à aux invités. Mais le spectateur, lui, aura été convié à un regard autrement plus douloureux sur la vérité des êtres.
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 41

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 13 Fév 2016 - 6:54



Pôle danse.

On va finir par parler d’exception culturelle tant l’animation française parvient à tirer son épingle du jeu ces dernières années, de Phantom Boy à Avril et le monde truqué, pour ne citer que des exemples récents.
Tout en haut du monde est un enchantement : aux antipodes de la 3D rutilante qui domine le marché, il décline ses paysages en aplats fauves, avec une simplicité du trait confondante. En adéquation avec sa forme, c’est la pudeur qui domine dans cette histoire qui mêle aventure, émancipation féminine, quête géographique et filiale.
L’héroïne, Sasha, fait tous les apprentissages : de la vie de labeur, à travers une très belle séquence de sommaire qui la voit s’initier au rude quotidien de serveuse, elle qui sort des salons aristocrates du St Petersbourg de la fin du XIXème siècle ; de l’aventure marine à travers la quête du pôle nord, de l’expérience du deuil et de l’adversité climatique.
Sans emphase, par la grâce d’une mèche blonde qui court le long du visage où de couchers de soleils sur la banquise, Rémi Chayé atteint un point d’équilibre d’une rare délicatesse : aux thèmes essentiels de tout récit initiatique se superposent les beautés saisissantes de décors grandioses. C’est une leçon essentielle du cinéma d’animation que de rendre ainsi palpables le froid, la vague et le découragement d’un équipage face à la ténacité d’une jeune fille solaire et téméraire.
Pour parfaire la composition, la musique, sur un thème de violoncelle ou empruntant à Syd Matters deux de ses plus beaux titres, dit toute l’élégance d’une telle entreprise.
Une splendeur à défendre.
Revenir en haut Aller en bas
RabbitIYH
Institut Royal Météorologique
avatar

Nombre de messages : 5100
Date d'inscription : 07/01/2014
Age : 37
Localisation : Shanghai
Humeur : vitreuse

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 13 Fév 2016 - 9:13

@Nulladies a écrit:
Danny Boyle aux commandes, cinéaste qu’il semble assez salutaire de ne plus suivre depuis, disons, vingt ans.

Mouais, 28 jours plus tard et même Trance sont pourtant infiniment meilleurs que ses premiers films pleins de tics branchouille irregardables aujourd'hui, Trainspotting et La plage en tête (je garde une certaine affection pour le débile et kitsch mais rigolo Une vie moins ordinaire).

@Nulladies a écrit:

Les comédiens eux-mêmes s’en tirent avec les honneurs qu’ils méritent, ce qui a toujours été le cas avec Sorkin, dès The West Wing et dans le projet assez similaire de The Social Network qui plombe clairement de son ombre ce nouvel opus. Diction, finesse de la répartie, c’est dans la précision que Fassbender, Kate Winslet et même Seth Rogen se distinguent, plutôt que dans les excès généralement de mise pour ce genre de biopic.

J'irai voir par moi même mais en fan absolu de Sorkin sur petit écran je trouve que son écriture ne fonctionnait pas si bien dans The Social Network, ça sonnait souvent antinaturel chez ces acteurs et surtout ces personnages loin d'avoir l'intelligence qui se prête aux échanges, à l'humour et au rythme sorkiniens en général.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.indierockmag.com
RabbitIYH
Institut Royal Météorologique
avatar

Nombre de messages : 5100
Date d'inscription : 07/01/2014
Age : 37
Localisation : Shanghai
Humeur : vitreuse

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 13 Fév 2016 - 10:34

Au passage et en retard, mon top ciné de l’année 2015 :

1. Inherent Vice - Paul Thomas Anderson
2. Birdman or (The Unexpected Virtue of Ignorance) - Alejandro González Iñárritu
3. Sicario - Denis Villeneuve
4. Carol - Todd Haynes
5. Inside Out (Vice-versa) - Pete Docter
6. Tomorrowland (À la poursuite de demain) - Brad Bird
7. American Sniper - Clint Eastwood
8. Ex Machina - Alex Garland
9. The Martian (Seul sur Mars) - Ridley Scott

... et en 10 mais vraiment parce que j'ai pas vu grand chose cette année :

10. The Hateful Eight (Les huit salopards) - Quentin Tarantino


Au rayon incompréhension, l'accueil fait à un Mad Max aussi kitsch et décérébré que d'habitude, sauvé par Charlize Theron dans son premier tiers avant de verser dans l'ennui profond.

Au rayon déception, un Star Wars trop nostalgique, mal dialogué et surtout trop pompé sur la trilogie originelle pour émouvoir.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.indierockmag.com
guil
blacksessions.com
avatar

Nombre de messages : 3975
Date d'inscription : 31/08/2011
Age : 46
Humeur : fatigué

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 13 Fév 2016 - 12:36

@Nulladies a écrit:


Pôle danse.

On va finir par parler d’exception culturelle tant l’animation française parvient à tirer son épingle du jeu ces dernières années, de Phantom Boy à Avril et le monde truqué, pour ne citer que des exemples récents.
Tout en haut du monde est un enchantement : aux antipodes de la 3D rutilante qui domine le marché, il décline ses paysages en aplats fauves, avec une simplicité du trait confondante. En adéquation avec sa forme, c’est la pudeur qui domine dans cette histoire qui mêle aventure, émancipation féminine, quête géographique et filiale.
L’héroïne, Sasha, fait tous les apprentissages : de la vie de labeur, à travers une très belle séquence de sommaire qui la voit s’initier au rude quotidien de serveuse, elle qui sort des salons aristocrates du St Petersbourg de la fin du XIXème siècle ; de l’aventure marine à travers la quête du pôle nord, de l’expérience du deuil et de l’adversité climatique.
Sans emphase, par la grâce d’une mèche blonde qui court le long du visage où de couchers de soleils sur la banquise, Rémi Chayé atteint un point d’équilibre d’une rare délicatesse : aux thèmes essentiels de tout récit initiatique se superposent les beautés saisissantes de décors grandioses. C’est une leçon essentielle du cinéma d’animation que de rendre ainsi palpables le froid, la vague et le découragement d’un équipage face à la ténacité d’une jeune fille solaire et téméraire.
Pour parfaire la composition, la musique, sur un thème de violoncelle ou empruntant à Syd Matters deux de ses plus beaux titres, dit toute l’élégance d’une telle entreprise.
Une splendeur à défendre.

Ça fait tres envie

_________________
ça suffa comme ci
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 41

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Dim 14 Fév 2016 - 7:49



Les arcanes du blockbuster, chapitre 21

Collège Francis Lalane, cours de français, vendredi de 15h35 à 17h30, vous savez bien, les dernières heures de la semaine où qu’ils sont bien fatigués.
Atelier d’écriture.
Groupe de Bryan Feneck, Coralie Mustelle, Kevin Furray et Pierre-Alexandre Roccenchart.

- Putain ouais.
- Et, attends attends, genre l’histoire d’amour elle lui fout des godes ceinture et tout.
- Grave.
- Avec des expériences pour être superhéros, il devient moche mais genre la gueule qu’on a vue sur les maladies en SVT, t’souviens, donc il peut plus baiser, et après il la sauve, quoi et elle fait l’effort de remettre la langue.
- Trop.
- En même temps, si elle l’encule, elle a pas besoin de voir sa gueule.
- Ta gueule, Cora. Bon ben voilà. Qu’est-ce que t’en dis, Pierral ?
- On aura pas la moyenne.
- Putain mais grave si ! On a un « anti héros », une « tonalité patriotique »
- C’était « parodique ».
- Ta gueule, Cora. Mais c’est vrai quand même, Bryan, c’était parodique. Ça veut dire quoi, Pierral ?
- Qu’il faut détourner les codes habituels du genre. Là, vous avez choisi les super héros Marvel, et il faut s’en moquer.
- Ben ouala : il sauve pas le monde, il en fait qu’à sa gueule
- Oué : rienaft des autres et tout.
- Et il les insulte.
- Et il vanne, genre mais trop tout le temps. Vanne vanne vanne vanne, moi j’te dis.
- Et on pourrait voir les seins de sa bombasse.
- Grave.
- Mais c’est mince non ?
- C’est qu’est-ce que le sujet demande, non ?
- « Ce que » le sujet demande.
- Ouais, c’est qu’est-ce que j’dis.
- Passons.
- Mais là on a quatre lignes, les mecs.
- On met du sang, des morceaux de cervelle, des ralentis.
- Et de la vanne.
- Putain mais tu dis toujours de la vanne mais on sait pas lesquelles.
- Genre tu lui fous une coloc’ marrante.
- Ah ouais, une vielle qui fait des fucks.
- Trop. Une vieille aveugle.
- Putain, une vielle aveugle black.
- Attends, attends, UNE VIEILLE AVEUGLE BLACK QUI MONTE DES MEUBLES IKEA.
- LOOOOOOOOOOL. Je kiffe, tu sais avec les noms chelous là, excellent.
- Vas-y Coralie, cherche les noms en mode furtif sur ton tél, elle regard pas la prof
- HURDAL, UNDREDAL, MORVIK…
- On pourrait pas revenir sur…
- ASKVOLL, KVIKNE
- Putain le kiff, c’est avec des K à chaque fois ?
- On aura pas la moyenne.
- Vas-y alors, dis-nous toi, l’intello.
- On a pas vraiment rempli les critères sur la parodie.
- On a qu’a foutre du méta.
- Du méthane ? Putain trop, il pète et…
- Du méta, connard. Tu sais, genre on dit qu’on sait qu’on est dans un film et tout.
- Ah ouais. Puissant. Pierral, on fait comment ça ?
- On fait un générique au début où on montre qu’on sait que c’est des clichés, genre « Réalisé par un baltringue », « avec un BG et une bombasse » « et plein d’effets spéciaux »
- MAIS PUTAIN TROP ! Eh Cora, c’est d’l’a bombe nan ?
- NORNÄS, STOLMEN…
- Laisse là, ça l’occupe.
- Donc, le héros il parle à la caméra, il dit qu’il genre pas comme les autres, t’as vu, il pette la gueule aux méchants en dansant, il tire par le cul, il…
- Oué et on lui fout d’autres hyperhéros genre X-men et il se fout tout le temps de leur gueule.
- Genre trop ils sont clichés à être gentil et tout.
- Et à la fin, on dit que c’est la fin parce que c’est fini.
- En fait, on fait de la merde, mais comme on dit qu’on sait que c’est de la merde, genre on est intelligent. C’est ça méta ?
- Voilà.
- Putain, on va cartonner alors.
Revenir en haut Aller en bas
Gengis
Yes, he can.
avatar

Nombre de messages : 12323
Date d'inscription : 18/11/2008

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Dim 14 Fév 2016 - 9:16

cheers cheers cheers Very Happy Very Happy Very Happy
Revenir en haut Aller en bas
ELSD
la drogue, c'est mal
avatar

Nombre de messages : 2574
Date d'inscription : 29/12/2013
Age : 45

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Dim 14 Fév 2016 - 12:27

Excellent ! Smile
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 41

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Dim 14 Fév 2016 - 22:05

Merci les copains. Very Happy
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 41

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Dim 21 Fév 2016 - 6:50



Boulevard des groupuscules.

Un petit vacillement opère à la découverte de ce nouvel opus des Coen bros, dont la filmographie bien garnie nous fait vibrer depuis plusieurs décennies déjà : et si le syndrome Woody Allen guettait ? Si cette installation dans le champ des sorties, certes moins régulières, finissait par se laisser gangrener par la paresse et l’autocitation ?
On savait depuis la bande annonce sur quel pan de leur œuvre les frangins allaient faire vibrer l’une de leurs nombreuses cordes : comédie, bouffonnade, et satire, dans la lignée d’un Lebovski ou Burn after reading, le tout dans un contexte déjà visité dans l’un de leur sommet, Barton Fink.
On a beau savoir que la légèreté a droit de cité dans leur cinéma, et qu’elle est souvent le levier vers des questions plus graves qui avancent joyeusement masquées, ce nouvel opus souffre de nombreuses maladresses pour qu’on lui accorde trop grand crédit.
Certes, les questions traditionnelles à leurs obsessions affleurent ici et là : un débat théologique dont ils ont le secret (rappelant l’écriture incise d’A Serious Man), une coexistence de forces opposées (le capitalisme clinquant contre l’idéologie militante des communistes, la joie en technicolor contre l’éblouissante bombe atomique), une direction d’acteur permettant contre-emplois (jolie performance d’Alden Ehrenreich) et scènes écrites au cordeau (la répétition entre ce dernier et Ralph Fiennes), et enfin quelques petites saillies absurdes, comme une réunion marxiste ou la rencontre avec un sous-marin soviétique.
Tout cela estampille sans conteste le label Coen, auquel s’ajoute une caution autrement plus ambitieuse, celle de marcher dans les pas des ainés en recréant les morceaux de bravoure de l’âge d’or hollywoodien. Savant exercice d’équilibre que de laisser aller son enthousiasme dans le pastiche tout en maintenant la distance propre à la tonalité générale du film, et qui ne fonctionne pas toujours. Il est un peu grossier de procéder toujours de la même manière, à savoir une immersion dans le genre avant de le briser par une chute brisant l’illusion (avec Scarlett et sa couronne, Clooney et sa réplique, etc.), facilité qui s’applique finalement au film entier. D’autant que certaines citations sont de bonne facture : le western acrobatique et surtout la comédie musicale avec Tatum fonctionnent admirablement, tout comme l’ampleur pompière du péplum. On ne peut en dire autant du ballet aquatique de synthèse et du parallèle entre la grâce de la vedette à l’écran opposée à sa rustrerie à la ville, antienne déjà éculée depuis Chantons sous la pluie ou Roger Rabbit.
L’hommage est joliment chromé, et l’on parvient à distinguer clairement deux pistes, celles de l’émerveillement des héritiers post-modernes, et leur insolence polie à vouloir gratter le vernis de cette époque qui avait tout de la chape de plomb. D’autres, comme Ellroy, l’ont fait bien mieux avant eux, et surtout, on en vient à se demander s’il ne conviendrait pas d’aller directement revoir les modèles pour retrouver intact le plaisir qu’ils tentent de réactiver.
Parce que tout l’emballage est paresseux, la structure branlante, échafaudage malhabile qui ne cherche même pas à faire cohabiter au nom d’une cohérence générale cette succession de sketches et de guests. Il est tout de même assez désolant de constater qu’on puisse nous faire du remplissage sur un film d’1h46, comblant les vides entre les morceaux de bravoure, notamment par le personnage de Mannix, dont la vie familiale ou les possibilités de reconversion sont tout sauf utiles à la trame générale.
La comédie est un art délicat, et s’il est des artistes qui peuvent donner des leçons sur sa subtile alchimie, les frères Coen en sont de fiers porte-parole : le recours qu’ils ont ici au cabotinage assez pénible de Clooney est un autre signe de fatigue et d’autocitation qu’il faudra songer à renouveler au plus vite.
Mais l’espoir subsiste : contrairement à l’annuel Allen, les frangins ont un mérite qui permet qu’on vibre à chaque annonce de leur nouveau projet : celui de jouer sur un spectre si large que tout soit possible pour la suite : ils peuvent se le permettre.
Revenir en haut Aller en bas
Otto Bahnkaltenschnitzel
génération grenat (dîne)
avatar

Nombre de messages : 1187
Date d'inscription : 27/08/2014

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Lun 22 Fév 2016 - 20:22

Bon et ben je vais pas y aller...Font caguer les frangins... Vivement le prochain.
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 41

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Mar 23 Fév 2016 - 6:42



Wild Wild Nest.

Dans le flot continuel dont nous inonde le marché du long métrage pour la jeunesse, il convient désormais de distinguer le mérite de ceux qui proposent l’exposition d’un nouvel univers. Zootopie n’est pas le énième volet d’une franchise, une adaptation d’un manga, d’un jeu vidéo ou de jouets quelconque, mais bien une idée originale.
Toute la première partie permet donc la découverte d’une ville où cohabitent les espèces animales, civilisées comme pourraient l’être (du moins officiellement) les hommes. Outre l’intrigue et les ressorts humanistes de l’utopie, c’est surtout la cartographie du lieu (présentée via un monorail qui reprend fortement l’une des plus belles séquences d’A la poursuite de demain) qui réserve sa petite part d’enchantement : la profusion des espèces, une répartition climatique par quartiers, occasionnant une variété des décors servis par une animation de qualité, et dans le détail, un jeu constant sur les différentes proportions des habitants. Dans la plupart des séquences, on jouera sur la richesse de ces potentialités : une course poursuite dans sourisville par deux protagonistes qui y semblent des godzillas, un jeu sur les clichés attribués à chaque espace (les paresseux, les loups ne pouvant s’empêcher d’hurler) ou sur la taille, évidemment : du sexisme dont est victime la lapine principale à l’arnaque possible avec un fenec gangsta feignant d’être un enfant en bas âge, les idées fusent en permanence.
L’intrigue est certes assez linéaire, et semble un moment ronronner avant de prendre des directions relativement intéressantes : il s’agit conjointement de désactiver les mythes inhérents l’utopie, tout en renversant les pôles traditionnels de la domination des forts par les faibles : les réflexions lancées çà et là sur la force du nombre (les « proies » étant 10 fois supérieures aux « prédateurs », la manipulation et le pouvoir par la peur sont plutôt bien amenées.
Une autre qualité est aussi à chercher dans la trempe de ses personnages : le duo de ce buddy movie lapin/renard fonctionne tout à fait, et même s’il est cousu de fil blanc, sur les traces d’un Rox & Rouky, on nous donne les moyens et le temps de s’y attacher.
Certes, quelques facilités dans la vanne censées séduire les parents dans la salle ne sont pas toujours très fines (les références au Parrain, ou à Breaking Bad par exemple), et le foisonnement des décors et des retournements peut perdre un peu les plus jeunes du public. Mais on est bien loin de l’ironie putassière devenue coutumière dans l’animation, en témoignent les bandes annonces énucléantes vues en début de séance.
Fraicheur, découverte, attendrissement : Disney reste dans la course, avec un retour à l’enfance qui peut s’avérer salutaire.
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 41

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Mar 23 Fév 2016 - 6:42

@Otto Bahnkaltenschnitzel a écrit:
Bon et ben je vais pas y aller...Font caguer les frangins... Vivement le prochain.

Après c'est peut-être moi, aussi. Je suis sur que le lapin va y trouver des trucs hyper subtils. Razz
Revenir en haut Aller en bas
RabbitIYH
Institut Royal Météorologique
avatar

Nombre de messages : 5100
Date d'inscription : 07/01/2014
Age : 37
Localisation : Shanghai
Humeur : vitreuse

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Mar 23 Fév 2016 - 7:29

@Nulladies a écrit:
@Otto Bahnkaltenschnitzel a écrit:
Bon et ben je vais pas y aller...Font caguer les frangins... Vivement le prochain.

Après c'est peut-être moi, aussi. Je suis sur que le lapin va y trouver des trucs hyper subtils. Razz

Bah presque toujours chez les Coen. Razz  Sinon en parlant d'hommage à l'âge d'or, tu n'as toujours pas vu Intolérable Cruauté ? Leur meilleur film depuis un autre hommage à l'âge d'or, Le grand saut, puisque leurs comédies - qui ne sont jamais de pures comédies - sont en effet presque toujours leurs films les plus subtils.

Sinon ces derniers temps j'ai vu The Revenant, moins audacieux que Birdman mais qui permet à Inarritu de retrouver des obsessions plus personnelles (perte, colère, vengeance, deuil, foi) sur un terrain beaucoup plus classique qu'à l’accoutumée mais classique avec un grand C, émaillé de scènes de bravoure très crues qui ne sont pas là pour épater la galerie (c'est à peine si l'on remarque que l'attaque des Indiens est pratiquement le fait d'un unique plan séquence) et emmené par des acteurs au top, DiCaprio en tête pour une performance très physique (bon dans la vraie vie il serait mort dix fois quand même  Laughing ).

Bridge of Spies, encore un CO pour Spielberg qui aurait gagné à être un poil plus sombre mais Tom Hanks est plus qu'impeccable et cette leçon d'humaniste qui a le bon goût de n'avoir rien d'une leçon est surtout une superbe réussite de mise en scène et d’écriture, sur fond d'empathie pour ces personnages orphelins - de leur famille, de leur patrie, de leurs valeurs - tels que les affectionne l’Américain.

Legend, bête chronique mafieuse d’époque aux personnages et situations déjà vus en mieux chez Scorsese entre autres, et qui ne vaut guère que pour la "performance" de Tom Hardy, cabotineur jouissif pour le coup mais c'est c'est ça qui est bon.

Steve Jobs, j'ai arrêté au tiers, bien du mal à m’intéresser à ce microcosme et ces personnages d'autant que la mise en scène est impersonnelle au possible. Les dialogues de Sorkin sont brillants mais ça a l'air de tourner à vide, à voir si je lui redonne une chance plus tard ou non.


Dernière édition par RabbitIYH le Mar 23 Fév 2016 - 7:34, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.indierockmag.com
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 41

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Mar 23 Fév 2016 - 7:32

@RabbitIYH a écrit:
@Nulladies a écrit:
@Otto Bahnkaltenschnitzel a écrit:
Bon et ben je vais pas y aller...Font caguer les frangins... Vivement le prochain.

Après c'est peut-être moi, aussi. Je suis sur que le lapin va y trouver des trucs hyper subtils. Razz

Bah presque toujours chez les Coen. Razz  Sinon en parlant d'hommage à l'âge d'or, tu n'as toujours pas vu Intolérable Cruauté ? Leur meilleur film depuis un autre hommage à l'âge d'or, Le grand saut, puisque leurs comédies - qui ne sont jamais de pures comédies - sont en effet presque toujours leurs films les plus subtils.

Sinon ces derniers temps j'ai vu The Revenant, moins audacieux que Birdman mais qui permet à Inarritu de retrouver des obsessions plus personnelles (perte, colère, vengeance, deuil, foi) sur un terrain beaucoup plus classique qu'à l’accoutumée mais classique avec un grand C, émaillé de scènes de bravoure très crues qui ne sont pas là pour épater la galerie (c'est à peine si l'on remarque que l'attaque des Indiens est pratiquement le fait d'un unique plan séquence) et emmené par des acteurs au top, DiCaprio en tête pour une performance très physique (bon dans la vraie vue il serait mort dix fois quand même  Laughing ).

Bridge of Spies, encore un CO pour Spielberg qui aurait gagné à être un poil plus sombre mais Tom Hanks est plus qu'impeccable et cette leçon d'humaniste qui a le bon goût de n'avoir rien d'une leçon est surtout une superbe réussite de mise en scène et d’écriture, sur fond d'empathie pour ces personnages orphelins - de leur famille, de leur patrie, de leurs valeurs - tels que les affectionne l’Américain.

Legend, bête chronique mafieuse d’époque aux personnages et situations déjà vus en mieux chez Scorsese entre autres, et qui ne vaut guère que pour la "performance" de Tom Hardy, cabotineur jouissif pour le coup mais c'est c'est ça qui est bon.

Steve Jobs, j'ai arrêté au tiers, bien du mal à m’intéresser à ce microcosme et ces personnages d'autant que la mise en scène est impersonnelle au possible. Les dialogues de Sorkin sont brillants mais ça a l'air de tourner à vide, à voir si je lui redonne une chance plus tard ou non.

D'accord pour le Spielberg et le Boyle. The Revenant, c'est pour la semaine à venir. Legend me tentait pas du tout, et Intolérable cruauté, comment dire, je l'ai vu, je l'ai même vagument chroniqué mais j'ai pas eu le temps de la publier, et peut-être pas l'envie tellement ça va t'énerver Twisted Evil
Revenir en haut Aller en bas
RabbitIYH
Institut Royal Météorologique
avatar

Nombre de messages : 5100
Date d'inscription : 07/01/2014
Age : 37
Localisation : Shanghai
Humeur : vitreuse

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Mar 23 Fév 2016 - 7:36

@Nulladies a écrit:
Intolérable cruauté, comment dire, je l'ai vu, je l'ai même vagument chroniqué mais j'ai pas eu le temps de la publier, et peut-être pas l'envie tellement ça va t'énerver Twisted Evil

Pas étonné, t'as jamais aimé les Coen pour les bonnes raisons. geek
Revenir en haut Aller en bas
http://www.indierockmag.com
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 41

MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Jeu 25 Fév 2016 - 6:53



♫ Worst I was afraid, film was petrified…♫

L’attente était simple : savoir si The Revenant peut se substituer à toute la promo qui est en faite, et qui brandit comme un trophée tout le storytelling autour de ses conditions de fabrication ; à savoir la même question que celle posée avec Birdman et ses fameux plans-séquences.
Le changement de sujet laissait pourtant présager le meilleur : en s’attaquant à la nature, en simplifiant sa ligne narrative, en faisant, apparemment, de la contemplation l’argument principal, Iñárritu allait pouvoir exploiter pleinement sa virtuosité.
Bien entendu, cette dernière est indiscutable : la photographie est magnifique, les séquences d’ouverture vibrantes, et l’osmose entre les échelles d’une pertinence totale : la distribution du chaos sur la rive lors de l’attaque indienne, la violence et la fuite sont le fruit d’un travail incroyable. La plongée dans la sauvagerie naturelle n’est pas en reste : la lumière naturelle (l’un des grands hits, depuis Barry Lyndon, sur les secrets de fabrication assénés à longueur d’interview) occasionne des plans sublimes, et il est indéniable que certains d’entre eux ont pour objectif de rivaliser avec le naturaliste Malick, mais surtout le panthéiste Tarkovski que les spectres de l’Enfance d’Ivan ou d’Andrei Roublev hantent avec insistance.
Il n’est pas innocent qu’on s’attache tant à ces premières séquences : parce qu’elles sont flamboyantes, certes, mais surtout parce qu’elles cueillent le spectateur au bon moment, avant qu’il ne commence à demander où tout cela va le conduire. Contempler la nature est une chose, y instaurer un récit une autre. En greffant sur cette beauté primale un survival ultraviolent, Iñárritu opère un mélange des genres discutable. Dans Gravity, Cuarón ne perdait pas de vue son objectif premier, l’assumant au point de réduire la dimension auteuriste de son film. Ici, c’est beaucoup plus trouble. Pour saluer la grandeur et l’hostilité de la nature, Dersou Ouzala ou Jeremiah Johnson, voire le splendide documentaire Grizzly Man, disent tout. Pour délirer dans une violence contemplative et hallucinogène, on peut aller pêcher du côté du Valhalla Rising de Refn.
Ici, tout est clairement inféodé à la performance : des acteurs (oui Di Caprio est excellent, bien sûr, mais on l’a connu dans des rôles où il avait autre chose à défendre que des glaçons sur sa barbe et de la bave surgissant de ses dents déchaussées), des conditions extrêmes et une barbarie généralisée. Il suffit de voir la longueur du film pour s’en convaincre : on a bien ¾ d’heure de surplus, tout à fait injustifié par un catalogue poussif au possible de tous les sévices à subir, au point qu’on s’étonne que l’avalanche finale ne vienne pas ensevelir notre martyre.
Et pourtant, nulle empathie pour eux : leur animalité les réduit à une geste physique qui ne touche pas, ce qui rend le temps plus long encore. On a beau nous faire comprenre que la vengeance est le moteur de la survie, et recourir à des flashbacks grotesques et particulièrement mal intégrés de poésie sentimentale, rien n’y fait.
Régulièrement, on se demande l’intérêt de tels mouvements, de tels plans. La scène sur la cascade gelée, exemple entre tant d’autres : pourquoi, après l’avoir filmée, (elle est très belle, cette image, tout comme le vrombissement de l’eau, là n’est pas la question, ou peut-être si, justement), avoir suivi le parcours des personnages, revenir suivre l’eau qui s’engouffre avant le raccord ? A part prouver l’ostentatoire plan séquence qui montre qu’il peut le faire, no reason.
Le film est saturé de ce genre d’affèteries, au point qu’on finit, et c’est assez rare pour le signaler, par ne voir que la caméra. On se demande comment elle parvient à s’accrocher à un cheval au galop, on la voit plonger avec les personnages, sa vitre est embuée par leur souffle court, souillée de sang, de neige, et elle se prend même des coups dans l’affrontement final. Tout est dit : Iñárritu ne parvient pas à s’effacer au profit de son œuvre, et s’y montre en permanence, s’invitant dans la danse, dans une transgression esthétique qui écrase ses personnages et les enjeux émotionnels de son film.
C’est beau, c’est puissant, c’est éprouvant. Mais le film est comme la vengeance : plat, et il se mange froid.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   

Revenir en haut Aller en bas
 
Voyage en salle obscure...
Revenir en haut 
Page 38 sur 40Aller à la page : Précédent  1 ... 20 ... 37, 38, 39, 40  Suivant
 Sujets similaires
-
» Voyage en salle obscure...
» David Crosby, Voyage (coffret 3 CD)
» Salle Pleyel 2009-2010 (programme)
» Franz Schubert - Die Winterreise (Le Voyage d'Hiver)
» _Ne pas se faire prendre l'appareil photo à l'entrée ou dans la salle.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Les 3 Rocks : musique et mauvaise foi :: Voir :: Ciné, télé, etc-
Sauter vers: