Les 3 Rocks : musique et mauvaise foi

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 Voyage en salle obscure...

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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Mer 28 Sep 2016 - 14:38

Ah mince, il faut, quel film !
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 1 Oct 2016 - 6:27

@Nulladies a écrit:


Stop (e)motion

Un projet de Charles Kaufman, à l’écriture et à fortiori à la réalisation, est toujours surprenant et son pitch est à chaque fois soit informulable, soit d’une couleur insolite sans commune mesure. Si son nouveau film étonne aujourd’hui, c’est avant tout par la banalité affligeante de son sujet, la nuit dans un hôtel d’un homme marié, son désœuvrement et son infidélité d’un soir.
La question qui se pose d’emblée est celle du recours à l’animation en stop motion pour traiter d’un tel sujet : dans un premier temps, on y voit une coquetterie, le petit frisson un peu vain de la primeur, à savoir un film pour adulte, avec un langage ordurier, un magasin de sex toys, un homme nu, puis une relation sexuelle dont on n’épargne pas grand-chose.
Mais à mesure que le temps passe et que l’atmosphère s’impose, les choix esthétiques s’affinent. Il est bien évident que dans cette modulation sur les rapports humains très proche de Lost in Translation, la tristesse d’un monde régi par les manuels d’entreprise sied parfaitement aux pantins animés. Le protagoniste, grand prêtre de la relation client qui fait gagner 90 % de productivité à tous ses lecteurs, débarque dans une ville où tout le monde semble appliquer ses préceptes, dans une exposition en temps réel distillant une angoisse tout à fait inédite sur ce genre d’esthétique. Répétition des codes, aseptisation des décors, le tout à destination d’un quinqua qui n’y croit plus depuis longtemps, mais joue le jeu, tout comme avec sa famille.
L’animation a toujours permis de montrer ce que les images en live ne pouvaient restituer : un monde imaginaire, des personnages exemplaires, en bref, du merveilleux. Il est fascinant de voir les réalisateurs s’attacher à reproduire ici tout ce qui fait la maladroite banalité des individus. La rencontre avec Lisa, complexée et elle aussi terriblement commune, va en occasionner un grand nombre : trébuchements, tête qui se cogne contre le lit, partenaire qui s’appuie involontairement sur ses cheveux, position sexuelle inconfortable… de même que des corps aux bourrelets disgracieux ou la durée d’un rapport peu conventionnel dans un récit, tout est décapé pour donner à voir les pantins tristement risibles que nous sommes.
On pourrait y voir une certaine méchanceté, et le film n’en est pas dénué. De par sa conclusion, d’une lucidité noire, de par son formidable cauchemar aussi, lorgnant vers les labyrinthes de Lynch, mais qui permet aussi de révéler la naissance de l’amour : Michael Stone y comprend qu’en cet instant, le monde entier est une seule personne, amoureuse et possessive, tandis que Lisa s’en distingue. Un bel artifice avait déjà permis, dans le réel, de lui donner un attrait unique : sa voix. Dans cet univers standardisés, les mêmes visages occupent des fonctions différentes, toutes liées à la relation client, à l’exception de l’ex petite amie avec laquelle les retrouvailles seront un fiasco, à imputer à la rustrerie du protagoniste. Mais surtout, tous ont la même voix, y compris les femmes qui sont affublée d’une voix masculine. Sauf Lisa.
La séduction passera donc par cette voix d’une distinction bouleversante, sur le modèle de celle de l’OS dans Her, au sein d’une scène de séduction fantastique où l’homme perclus de désir obtiendra de sa conquête qu’elle lui chante un tube de Cindy Lauper.
(Spoils)
Instant suspendu, grêlé par les maladresses des deux amants conscients de leurs imperfections, mais touchants par elles : le film tourne autour de cette scène matrice, qui ne pouvait éclater sans les langueurs qui la précèdent, ni le noir réveil qui la brisera, dans une scène terrible de petit déjeuner où la voix déifiée la veille commence irrémédiablement à rejoindre la tessiture de la masse.
Qu’importe l’après, qu’importe la victoire du monde dans cet épilogue glacial où l’on a pour seul interlocuteur autour des gens « qui vous aiment », un autre pantin, plus étrange encore que celui qu’on est soi-même. Il y aura eu cela, de la même façon que les souvenirs amoureux sont le sel de la vie dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind :  cette déchirure dans la norme, cette anomalie qui portait le nom de Lisa, et qui chantait avec grâce :  « I want to be the one to walk in the sun ».

Finalement vu, assez fan des scénars existentialistes de Kaufman depuis Dans la peau de John Malkovich et je pas pourquoi j'avais tant remis à plus tard. Superbe chronique, on se rejoint tout à fait sur ce film d'ailleurs, dont les surgissements de mise en abîme existentiels (le visage qui se détache, ou la scène devant le miroir de la salle de bain) justifient également tout à fait le recours à l'animation, loin de l'exercice de style prétentieux que certains critiques y ont vu. Pour moi ce mal-être typique des personnages de Kaufman, en décalage avec l’insensibilité du monde qui les entoure, est toujours assez bouleversant.


Dernière édition par RabbitIYH le Sam 1 Oct 2016 - 7:17, édité 1 fois
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 1 Oct 2016 - 6:31

@RabbitIYH a écrit:
@Nulladies a écrit:


Stop (e)motion

Un projet de Charles Kaufman, à l’écriture et à fortiori à la réalisation, est toujours surprenant et son pitch est à chaque fois soit informulable, soit d’une couleur insolite sans commune mesure. Si son nouveau film étonne aujourd’hui, c’est avant tout par la banalité affligeante de son sujet, la nuit dans un hôtel d’un homme marié, son désœuvrement et son infidélité d’un soir.
La question qui se pose d’emblée est celle du recours à l’animation en stop motion pour traiter d’un tel sujet : dans un premier temps, on y voit une coquetterie, le petit frisson un peu vain de la primeur, à savoir un film pour adulte, avec un langage ordurier, un magasin de sex toys, un homme nu, puis une relation sexuelle dont on n’épargne pas grand-chose.
Mais à mesure que le temps passe et que l’atmosphère s’impose, les choix esthétiques s’affinent. Il est bien évident que dans cette modulation sur les rapports humains très proche de Lost in Translation, la tristesse d’un monde régi par les manuels d’entreprise sied parfaitement aux pantins animés. Le protagoniste, grand prêtre de la relation client qui fait gagner 90 % de productivité à tous ses lecteurs, débarque dans une ville où tout le monde semble appliquer ses préceptes, dans une exposition en temps réel distillant une angoisse tout à fait inédite sur ce genre d’esthétique. Répétition des codes, aseptisation des décors, le tout à destination d’un quinqua qui n’y croit plus depuis longtemps, mais joue le jeu, tout comme avec sa famille.
L’animation a toujours permis de montrer ce que les images en live ne pouvaient restituer : un monde imaginaire, des personnages exemplaires, en bref, du merveilleux. Il est fascinant de voir les réalisateurs s’attacher à reproduire ici tout ce qui fait la maladroite banalité des individus. La rencontre avec Lisa, complexée et elle aussi terriblement commune, va en occasionner un grand nombre : trébuchements, tête qui se cogne contre le lit, partenaire qui s’appuie involontairement sur ses cheveux, position sexuelle inconfortable… de même que des corps aux bourrelets disgracieux ou la durée d’un rapport peu conventionnel dans un récit, tout est décapé pour donner à voir les pantins tristement risibles que nous sommes.
On pourrait y voir une certaine méchanceté, et le film n’en est pas dénué. De par sa conclusion, d’une lucidité noire, de par son formidable cauchemar aussi, lorgnant vers les labyrinthes de Lynch, mais qui permet aussi de révéler la naissance de l’amour : Michael Stone y comprend qu’en cet instant, le monde entier est une seule personne, amoureuse et possessive, tandis que Lisa s’en distingue. Un bel artifice avait déjà permis, dans le réel, de lui donner un attrait unique : sa voix. Dans cet univers standardisés, les mêmes visages occupent des fonctions différentes, toutes liées à la relation client, à l’exception de l’ex petite amie avec laquelle les retrouvailles seront un fiasco, à imputer à la rustrerie du protagoniste. Mais surtout, tous ont la même voix, y compris les femmes qui sont affublée d’une voix masculine. Sauf Lisa.
La séduction passera donc par cette voix d’une distinction bouleversante, sur le modèle de celle de l’OS dans Her, au sein d’une scène de séduction fantastique où l’homme perclus de désir obtiendra de sa conquête qu’elle lui chante un tube de Cindy Lauper.
(Spoils)
Instant suspendu, grêlé par les maladresses des deux amants conscients de leurs imperfections, mais touchants par elles : le film tourne autour de cette scène matrice, qui ne pouvait éclater sans les langueurs qui la précèdent, ni le noir réveil qui la brisera, dans une scène terrible de petit déjeuner où la voix déifiée la veille commence irrémédiablement à rejoindre la tessiture de la masse.
Qu’importe l’après, qu’importe la victoire du monde dans cet épilogue glacial où l’on a pour seul interlocuteur autour des gens « qui vous aiment », un autre pantin, plus étrange encore que celui qu’on est soi-même. Il y aura eu cela, de la même façon que les souvenirs amoureux sont le sel de la vie dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind :  cette déchirure dans la norme, cette anomalie qui portait le nom de Lisa, et qui chantait avec grâce :  « I want to be the one to walk in the sun ».

Finalement vu, assez fan des scénars existentialistes de Kaufman depuis Dans la peau de John Malkovich et je pas pourquoi j'avais tant remis à plus tard. Superbe chronique, on se rejoint tout à fait sur ce film d'ailleurs, dont la surgissements de mise en abîme existentiels (le visage qui se détache, ou la scène devant le miroir de la salle de bain) justifient également tout à fait le recours à l'animation, loin de l'exercice de style prétentieux que certains critiques y ont vu. Pour moi ce mal-être typique des personnages de Kaufman, en décalage avec l’insensibilité du monde qui les entoure, est toujours assez bouleversant.

Ah, ça fait bien plaisir, ça ! cheers
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Otto Bahnkaltenschnitzel
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 1 Oct 2016 - 14:06



Deux ploucs du texas dans une amérique en loques tentent de récupérer l'argent que la banque a volé à leur mère agonisante.Avec un excellent Jeff Bridges en vieux flic à qui on ne la fait pas (on dirait qu'il a 80 piges)
Très bon malgré quelques petites ficelles qui dépassent.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 1 Oct 2016 - 14:40

Tiens il était dans mon collimateur celui-là. Ne serait-ce que pour la BO de Nick Cave et Warren Ellis.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 1 Oct 2016 - 14:42

@RabbitIYH a écrit:
Tiens il était dans mon collimateur celui-là. Ne serait-ce que pour la BO de Nick Cave et Warren Ellis.

Pareil Wink
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Zwaffle
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Lun 3 Oct 2016 - 10:00

@Otto Bahnkaltenschnitzel a écrit:


Deux ploucs du texas dans une amérique en loques tentent de récupérer l'argent que la banque a volé à leur mère agonisante.Avec un excellent Jeff Bridges en vieux flic à qui on ne la fait pas (on dirait qu'il a 80 piges)
Très bon malgré quelques petites ficelles qui dépassent.

vu également ce weekend, classique mais bien foutu

et la BO (que j'ai écoutée pendant mes vacances 2 semaines avant de voir le film) est cool
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guil
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Dim 9 Oct 2016 - 15:02



je me suis bien amusé

_________________
ça suffa comme ci
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Dim 9 Oct 2016 - 16:26

@guil a écrit:


je me suis bien amusé

Oui bien sympa mine de rien.
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Dim 9 Oct 2016 - 19:55

@Nulladies a écrit:


Ma souricière bien-aimée.

Il y a quelque temps, quelque part : l’exergue du dernier film de Dolan l’affirme avec un brin de malice et de provocation : ses sujets sont toujours universels, et partant, toujours identiques. La famille dévorée par ses névroses et ses non-dits, cette cellule dans laquelle les détenus sont obligés à cohabiter, surtout pour le pire.
En adaptant librement Lagarce, Dolan se fait épauler dans une thématique qu’il affectionne : celle de la confrontation au pire, ici, le retour après 12 ans d’absence d’un homme de 34 ans, gay et condamné par la maladie : il ne suffira pas d’assumer le silence qu’on a imposé, mais de le briser par l’annonce d’un nouveau silence, imminent définitif.
De silence, il sera paradoxalement beaucoup question dans ce huis clos verbeux, qui assume parfaitement de jouer la carte du théâtre filmé. Parce qu’il est trop tard pour rattraper le temps perdu et trop dur de dire les choses, on se livre à une mascarade qui ne cesse de différer la vérité. Rien n’est trop explicite pour Dolan, en quête obsessionnelle de tout le nuancier de l’indicible : les bégaiements, l’aboiement ordurier, les répétitions, les ratés. On se jauge, on aligne mécaniquement tous les duos possible : Louis et sa belle-sœur, sa sœur, sa mère, son frère, pour différer sans cesse, et au-delà du supportable, la vérité à déclarer.
Mommy était une sorte d’exception dans son lyrisme attachant : dès J’ai tué ma mère, Dolan a a entrepris de mettre en œuvre des personnages et des films peu aimables. Son succès croissant fait se bousculer à sa porte les candidats au portrait acide, et c’est le cinéma français qui se voit servi pour cet opus. Et chacun d’y aller de sa performance borderline. Certes, il ne faut pas confondre des personnages détestables avec les comédiens qui les incarnent, et oui, nous immerger dans un dimanche de province névrotique n’a pas  pour vocation de nous séduire. Mais dans la majeure partie des séquences, la sauce ne prend pas. Très écrit, souvent très faux, le malaise convoité est le plus souvent ressenti à propos du film et non de ses situations. Le film a beau ne durer que 95 minutes, on s’ennuie beaucoup.
D’autant que le cinéaste ne s’efface pas devant la sacralité du théâtre : ses tics esthétiques sont le sixième personnage, celui du père absent, pourrait-on dire, la figure du metteur en scène qui regarde s’agiter son petit théâtre de marionnettes. Longues focales pour effacer toute référence à l’extérieur et exacerber l’étouffement claustrophobique par des gros plans constants,  traitement du temps déraisonnable par de longues pauses lyriques étirées à l’envi, insistance à la limite du sadisme pour guetter la faille dans chaque visage, rien ne nous est épargné. La musique, constante, surligne inutilement ce sur quoi l’image insiste déjà. A cela s’ajoutent des séquences classiques chez Dolan, flashbacks pop et à la limite du sirupeux sur des hits qui veulent nous rejouer le sommet atteint sur Céline Dion dans Mommy : ici, une fois encore, l’effet est assez désastreux.
Tout pourrait se justifier : les montagnes russes du rythme et de la tonalité sont celles de cette famille maladroite qui, au lieu de laisser parler ce fils mutique, ne cesse de combler le silence qu’il leur offre. Sa posture, d’ailleurs, devient elle aussi irritante : l’homme de théâtre, de la capitale, l’homme de peu de mots à la diction précieuse, détenteur d’une sagesse inaccessible car au seuil de la mort n’est pas une figure à laquelle on a envie de s’identifier.
Et c’est là, paradoxalement, que le film prend enfin son envol. Par un échange avec la mère qui, au détour de quelques phrases, permet l’accès à l’envers de la façade hideuse qu’est son maquillage outrancier. Mais surtout dans l’unique sortie de la maison en voiture (mais toujours filmé de la même manière, cantonné à l’habitacle et sans accès à l’extérieur) avec son frère, Vincent Cassel à qui on offre son quart d’heure réglementaire. Son dynamitage de l’écrit, de la posture d’auteur, des perversions propres à l’intelligence de celui qui maitrise le langage permettent enfin une respiration, un accès à une vérité.
Mais il est bien tard pour que cela permette un rééquilibrage de tout ce qu’on nous a infligé jusqu’alors. Le final, cathartique en diable, rejoue avec le même pessimisme immature la carte de l’incommunicabilité, et finit par soulever une question essentielle, celle de l’intention du cinéaste. Car en maintenant ses personnages dans cet espace clos et cette prison névrotique, en auscultant avec une telle insistance les silences et l’impossibilité à émouvoir, Dolan construit son propre trône : par lui, l’émotion, par ses images, la satire au vitriol, par ses clips, l’accès à la vérité des êtres. Et pour le spectateur qui voit les coutures, c’est une manipulation qu’on n’est pas prêt à gober.

Juste au bout du monde Xavier Dolan
Bon film pour moi mais comme toujours pas banal, très contrasté.
Il y a une tentative d’écriture originale avec un ralentissement des scènes d’échanges qui prennent un temps fou d’autant plus que certaines sont parfois un peu attendues. J’ai souvent décroché, me suis perdu dans mes pensées personnelles, non pas mes listes de courses rôôo, mais des choses qui me touchent… ça m’arrive dans beaucoup de concerts que j’aime, mais au ciné ça fait curieux... On est dans quelque chose qui dépasse la narration et touche plus intimement, sensoriellement, ces visages qui vous prennent…

Spoiler:
 
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 22 Oct 2016 - 6:48



Il se souvient.

Il était temps : après les volets américains et italiens par le maitre archiviste Scorsese, Tavernier reprend le flambeau pour éclairer notre patrimoine national. Son Voyage à travers le cinéma français, fleuve de 3 heures et quart, opte pour une subjectivité qui désactive toute possibilité de muséographique poussiéreuse.
Comme il l’a expliqué avec force à l’issue de la projection, (et un franc parler qui a permis aux pénibles interventions sur le modèle du « je suis étonné de ne pas avoir vu mentionné Untel » de se modérer), il n’évoque pas le muet et s’arrête aux années 70, lorsqu’il commence à devenir lui-même cinéaste.
Le film se construit au fil de ses souvenirs de cinéphile, de ses premiers chocs visuels à son entrée dans le métier, notamment comme assistant de Melville. N’hésitant pas à évoquer ses plaisirs coupables, comme son fanatisme adolescent pour Eddie Constantine, ou à dénicher des cinéastes peu connus comme Edmond T.Gréville et Jean Sacha, il fait autant œuvre de mémoire sur les chefs d’œuvre qu’il parvient à susciter de nouvelles découvertes.
Le parti pris est aussi celui de la lenteur. En assumant ses choix qui laissent de côté des auteurs gigantesques comme Ophüls par exemple, dont on ne voit qu’un extrait, il accorde près d’une demi-heure à Jean Becker ou Jean Renoir, se laissant le temps d’analyses et d’extraits aussi minutieux que comparatistes : c’est dans ces passages, comme ceux consacrés à Melville ou Sautet, qu’on est le plus happés par l’enthousiaste du cinéphile, autant critique que cinéaste.
La mise en scène est ainsi décortiquée, avec un mot d’ordre d’autant plus important pour Tavernier, dont on connait l’érudition sur le cinéma américain : rendre au cinéma français ses lettres de noblesse et en révéler la puissante modernité. Les anecdotes qui parsèment son œuvre où la voix off omniprésente accompagne chaleureusement le spectateur accentuent la fluidité et la truculence de cet ensemble dont la longueur n’est jamais un handicap. Il se permet aussi quelques incursions du côté des acteurs – splendide éloge à Gabin- et des compositeurs français dont il veut qu’on reconnaisse enfin la valeur.
Le cinéphile navigue donc entre plusieurs formes d’enthousiasme : celui de voir exhumés des chefs d’œuvre, revalorisé un cinéma dont on fustige trop souvent l’inertie, et porté par un élan d’aller plus loin pour en découvrir les trésors cachés.
Une œuvre nécessaire et revigorante, qui se poursuivra à la télévision par une série de 8 ou 9 épisodes qui viendront combler les inévitables manques de ce luxuriant prologue.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Ven 28 Oct 2016 - 6:39



Light Spirit

Dans l’optique de redonner un coup de fouet à une chantilly qui peut avoir sérieusement tendance à s’affaisser, l’ouverture à des dimensions limitrophes n’est pas complètement stupides. L’infini des mondes – le multivers, donc - devient un nouveau terrain de jeu, dans lequel temps et espace deviennent modulables, autant d’occasion de pousser à fond les curseurs du numérique au risque d’un WTF généralisé, mais assumé.
Ne nous leurrons pourtant pas trop longtemps : un nouvel arrivant dans la galaxie Marvel n’est pas la garantie de nouveauté. Une nouvelle fois, Doctor Strange reste gangréné par son à chier des charges : romance vaine, humour light, saupoudrage de clichés ; ici, le Nepal et le folklore d’initiation dans un temple avec encens, capuches et entraînements sur le mode « Petit Scarabée, dis à ton corps que tout est possible et tout sera possible pour ton corps ». Ajoutons à cela les raccrochages bien pesants à la phase N du MCU (oh oh, ce petit truc brillant vert est donc une pierre d’infinité, ça faisait longtemps), des personnages au charisme d’un hygiaphone à la sécu un mardi matin, et une trame générale qui, accroche toi à ton siège fidèle spectateur, consiste à, dis moi pas que c’est pas vrai, je te le donne en mille, sauver le monde.
Dimension miroir, dimension noire, d’avant le temps, promesses d’immortalité, tout cela ne dépasse pas les dialogues qui, eux, nous font bien prendre conscience de la durée d’un film pourtant raisonnable –et pour cause, il ne raconte pas grand-chose. Le méchant, censé être une dimension à lui seule, ne peut s’empêcher d’avoir des yeux, une bouche et une voix caverneuse, les voyages dans les multivers continuent à se faire sur le modèle du vortex coloré (CGI + psychédélisme = risques épileptiques ou nauséeux) ou du kaléidoscope : on aurait tant aimé, tant qu’on est à quitter notre tristement connue dimension, découvrir quelque chose de nouveau…
Finalement, on comprend vite que tout est laborieusement cousu autour de certaines séquences maitresses, de la même façon qu’on écrit les James Bond après avoir déterminé les cascades nouvelles qui en seront les climax.
Reconnaissons un certain charme à ces deux principes fondamentaux que sont l’affranchissement de l’espace et du temps. La séquence d’ouverture et l’affrontement sur New York occasionnent de belles prises de vues, qui souffrent évidemment de la comparaison à Inception. Bien entendu, il s’agit d’en mettre toujours plus, et la surenchère, alliée à la rapidité proche de la bouillabaisse par instant, annihile comme souvent la possibilité d’une réelle fascination. Les façades de plient à l’envie, ça part dans tous les sens, et on finit souvent par arrêter de suivre. Quand on fait un film où l’on peut modifier le cours du temps, l’idée d’y instiller de la lenteur dans les scènes maitresses pourrait lui donner ce cachet unique qui le ferait sortir du lot.
Pour ce qui est du temps, l’habituelle facilité consistant à voyage à travers lui permet des grossièretés scénaristiques qui désactivent bien des enjeux (on pourra toujours revenir en arrière si jamais…), mais permettent aussi une idée assez amusante dans la lutte qui oppose le héros au big boss final. De même, l’idée d’un combat apocalyptique sur une ville en train d’exploser à l’envers est assez séduisante.
Tout n’est donc pas à jeter, mais tout ce qui pourrait donner un brin d’individualité au film impitoyablement broyé par des intérêts d’une franchise en pilotage automatique. Un dernier exemple, la cape : amusante et presque cartoon, cet accessoire quasi personnage n’a le droit qu’à deux ou trois apparitions, alors qu’elle semble au cœur de la construction du héros. Il y avait là de quoi exploiter un charme à l’ancienne, qui aurait vu Disney ré-exploiter ce qui a fait son génie il y a bien des décennies.
Doctor Strange permet donc quelques menues réjouissances, mais n’est finalement qu’un maillon supplémentaire d’une chaine de plus en plus pesante, et dont le spectateur tire le boulet avec une lassitude qui ne cesse de s’accroître.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Ven 28 Oct 2016 - 6:40



Résilience surveillée.

A mesure que se déploie une animation d’auteur, celle-ci investit des champs nouveaux : l’étude de mœurs pour adulte avec Anomalisa, la philosophie contemplative dans la Tortue Rouge, l’étude esthétique avec Tout en haut du monde… Autant de preuves que ce genre ne se limite pas à un divertissement enfantin de masse dans lequel on glisserait par intermittence des éléments parodiques ou ironiques destinés aux adultes.
Ma vie de courgette, réalisé en stop motion pendant près de deux ans, obéit à la même ambition : aborder de front des questions difficiles, comme l’enfance en foyer, l’abandon ou la mort des parents, et les mécanismes délicats de la reconstitution.
Le parti pris est pourtant de ne pas directement s’adresser aux adultes, en laissant la parole aux enfants, en filmant à leur hauteur, et les laissant exprimer à leur manière les failles qu’ils ont à combler.
On comprend dès lors bien des choix esthétiques de cette fable qui ne cherche jamais à établir une illusion réaliste. Au contraire, la simplicité épurée des décors, la rigueur austère d’une mansarde, l’insularité du foyer ou le caractère magique d’une montagne enneigée semblent directement émerger de la représentation que s’en fait l’enfance. De la même manière, les marionnettes animées s’imposent en premier lieu par leur artificialité ; c’est par la voix, l’interaction avec les autres et les ellipses qu’elles vont prendre vie, sous les yeux de spectateurs dont l’empathie va se construire progressivement.
L’animation est donc une sorte de défi tout à fait pertinent : en établissant certaines barrières préliminaires (une facticité assumée, le refus de la virtuosité, un discours épuré, des mouvements légèrement saccadés), Claude Barras établit la pudeur nécessaire pour aborder sans s’y fourvoyer un sujet aussi sensible. Céline Sciamma, à l’écriture, retrouve l’âge délicat de ses personnages de Tomboy et joue elle aussi sur les manques, la touchante maladresse propre à cet âge.
La dynamique fonctionne : les façades se craquellent et l’émotion surgit. Certes, l’écriture reste celle du conte (la tante vénale, le flic paternel, autant de figures toujours aussi extrêmes qui permettent de restructurer l’imaginaire enfantin), mais la justesse et l’authenticité l’emportent, notamment dans les éléments symboliques et silencieux qui établissent par mosaïque la communauté : la météo émotionnelle des enfants, des gestes ou des tics comme la raie qui cache le visage de l’une, l’attachement aux lunettes de ski de l’un, à une cannette de bière de l’autre, le rituel d’une fillette croyant voir venir sa mère dès qu’une voiture s’arrête… En abyme, les dessins de Courgette dans ses courriers soulignent cette quête de l’adulte aux commandes : retrouver ce geste primitif, à l’image de Picasso dans ses traits, pour laisser parler l’émotion de l’enfant, dont l’adulte à tant à apprendre : par sa fragilité, certes, mais surtout par les élans irrépressibles qui le mènent à la guérison.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 29 Oct 2016 - 6:58



Les arcanes du film social

Un atelier d’écriture de la salle communale de Newcastle. Table en formica, chaises décaties, des gâteaux secs, une fontaine et des gobelets en plastique.

- Bon, on sait tous comment Ken fonctionne, à part peut-être toi, Mary-Rose.
- Ne t’inquiète pas, j’ai vu tous ses films.
- Bon, ça devrait aller dans ce cas. L’idée de base, c’est le travail en amont qu’on fait Hayley et Fergus : de la documentation, de l’enquête sur le terrain.
- Voilà. On fait rentrer tout ça dans une trame, on émeut par des destinées de personnages et le tour est joué.
- Faut qu’ils meurent alors.
- Attends, Robbie.
- C’est un documentaire, mais avec la possibilité d’en rajouter quand ça nous arrange ?
- On peut voir ça comme ça. Ken aime les symboles, n’oubliez pas.
- On règle tout de suite le problème du casting : l’important, c’est l’accent. Vous prenez un vieux grande gueule, mais hyper gentil, une mère isolée…
- Elle meurt, la mère.
- Robbie, on verra ça après.
- Plutôt jeune, histoire qu’on puisse en faire une prostituée, non ?
- Bien vu.
- Et un noir pour la téci touch. Chaussures de sport, petit filou au grand cœur, roi de la débrouille.
- Voilà. On les plonge dans l’enfer kafkaïen de l’administration dont l’objectif est de les dégouter du système pour les pousser à le quitter.
- Et ne plus vivre aux crochets du système, ces salauds de pauvres.
- Oui, enfin ça c’est l’état d’esprit qu’on dénonce Les pauvres, c’est les victimes.
- Oui oui, j’avais bien compris. T’inquiète, ce sera limpide. On est chez Ken Loach, enfin, Linda !
- Excuse-moi, mais justement, Ken déteste l’ambiguïté. Fergus, on t’avait demandé une fiche sur les méchants ?
- Des patrons, des blancs, grands, parfois gros, avec des cravates. Des bureaucrates.
- Bien. Robbie, pour les gentils ?
- Noirs, femmes, vieilles, un avocat en fauteuil roulant. Pour ceux qui meurent, je m’étais dit…
- S’il-te plait, Robbie, on n’y est pas encore.
- Ok. J’avais pensé à faire deux contre-motifs : un vigile, donc plutôt côté peuple, qui soit un méchant en prétendant aider la femme pour la pousser à la prostitution, et un directeur de supermarché qui ferme les yeux sur un larcin.
- Elle vole quoi ?
- C’est le moment de penser au symbole. Des serviettes hygiéniques : féminité, nécessité, intimité, humiliation.
- Bien. Tant qu’on y est : le vieux, vous m’en faites un travailleur manuel ; un charpentier, un gars de l’ancien temps face à l’ére inhumaine d’internet.
- Il construit des mobiles pour les enfants.
- Et une étagère pour leur mère, pour des livres, pour qu’elle étude, s’émancipe et sorte la tête de l’eau.
- Mais elle y arrive pas.
- A cause du système.
- Et donc elle veut acheter des chaussures à ses enfants et elle frotte des carreaux qui tombent.
- Voilà.
- Et elle meurt ?
- Robbie, tu es lourd.
- Bon, elle a froid. Et faim alors. Mais genre trop.
- Voilà. Elle fait ses courses à la banque alimentaire et là, elle peut pas attendre, elle mange directement un fruit, dans la fébrilité.
- Oui, bof. C’est pas très symbole je trouve.
- Attends, attends. Elle a TELLEMENT faim qu’elle ouvre une boite de sauce tomate, quelle mange à pleine main.
- Le truc qu’a aucun sens. Elle en foutra partout.
- Bouleversant. La dignité qui s’effrite, la perte de repère, l’aliénation par le système, la…
- Oui, oui, Hayley, on a compris.
- Bon, c’est bien tout ça. Mais ça manque un peu de révolte, non ?
- C’est vrai. Dans les bandes annonces de Ken Loach, il y a toujours des scènes comme ça.
- Le vieux, on l’a dit, il a une grande gueule. Il fait remarquer que le système est pourri.
- Il écrit sur les murs et tout !
- Oui, et les gens s’arrêtent dans la rue et ils l’applaudissent comme dans les films américains.
- Et pour la mise en scène ?
- …
- …
- Tu veux encore un verre d’eau ? Va en chercher, la fontaine est là-bas, derrière le pilier.
- Bon, je crois qu’on a fait le tour du sujet.
- [SPOILS]
- Mais alors, il gagne ou pas contre le système ?
- Ah, oui, c’est vrai. Il faut que le spectateur comprenne qu’il n’y a aucune ambiguïté. Il DOIT gagner : l’avocat, les médecins, tous les gens gentils sont de son côté.
- Mais…
- Robbie, putain !
- Nan mais il a raison, Linda. On veut du poignant pour festival, non ?
- Oui, c’est vrai. Allez, Robbie, tu as le dernier mot.
- Génial. Vous serez pas déçus. Croyez-moi, on va bouleverser.

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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 29 Oct 2016 - 17:39




Captain Fantastic, un homme ordinaire, en fait, a décidé de mener une vie extra-ordinaire, hors des sentiers battus. Nous avons là a faire à une fable philosphico-écolo-familiale. Elle porte un regard décalé autant qu’incisif sur l’american way of life traditionnel. Ni militant ni apocalyptique ni moralisateur, Captain Fantastic se révèle riche en idées, en propositions, en contradictions tout en semant des interrogations sur des valeurs, des mécanismes, des habitudes tellement ancrés dans nos modes de vie qu’on finit par ne plus en avoir conscience. Quelque part entre Little miss Sunshine et le village – pour les interrogations sociétales et éducatives –, Captain Fantastic est aussi divertissant que stimulant – et parfois très émouvant – et peut se voir avec des enfants et ados à partir de 10/12 ans, échanges vivifiants à prévoir !

Au programme, point de livraison de pizza, point de tablettes ni de consoles, mais entraînements pour le moins sportifs, nécessaires à la survie en milieu éventuellement hostile, pratique de la chasse, de la cueillette et entretien du potager. Côté intellectuel, une éducation basée sur la découverte et l’étude des textes fondateurs de la démocratie américaine et des œuvres de philosophes ou écrivains plus hétérodoxes. En plus on construit des cabanes, on lit à la lumière du feu de bois et on joue de la musique tous ensemble. Bref, une famille complètement décalé avec des ados qui vont pas comprendre ce qui leur arrive quand ils vont découvrir leurs voisines de camping ou leurs cousins.
Ce monde à part, harmonieux, qu’on qualifierait volontiers de paradisiaque, va vaciller, voire menacer de s’effondrer quand la peite famille va devoir traverser les states pour aller à l'enterrement de leur maman et s’imposer à ses funérailles au Nouveau Mexique, auxquelles elle n’est pas forcément la bienvenue.

C’est le début d’un road movie initiatique, à la découverte du monde extérieur face auquel les convictions des uns et des autres risquent bien de se trouver remises en question.

Avec Viggo Mortensen, en père intransigeant dans ses choix de vie mais en proie au doute, entouré de jeunes comédiens, Captain Fantastic s’impose donc comme une réflexion sur les conséquences pour les enfants des choix de vie de leurs parents, une ode au pas de côté en douceur, dans le respect de la personnalité de chacun et même des oppositions des détracteurs, parcourue d’un souffle libertaire voire humaniste.
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Dim 30 Oct 2016 - 2:38

Vu aussi, un beau film sur l'éducation, la liberté et la quête de soi, effectivement de plus en plus complexe, ambivalent et comme tu dis riche en contradictions à mesure qu'on avance dans l'histoire (et finalement loin d'être une ode à la contre-culture comme on aurait pu le croire au début). Quelques bonnes vieilles ficelles par moments (c'est vrai qu'on pense à Little Miss Sunshine) mais cet effet feel good movie du road movie initiatique s'estompe assez rapidement au profit de subtilités sociétales inattendues. Et puis c'est bien fun, aussi, et Mortensen est plus vrai que nature en néo-hippie jusqu’au-boutiste confronté à ses obligations de père.
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Mer 2 Nov 2016 - 6:57



Clinquantes nuances de vrai.

S’il fallait définir l’intensité incommensurable des préliminaires et la supériorité du désir sur son contentement, Mademoiselle en serait un exemple éloquent. Explorant, comme à son habitudes, les sentiers retors de la séduction, de la manipulation et de la vengeance, Park Chan-wook fait à la fois montre d’une ambition nouvelle et d’un certain emprisonnement dans ses obsessions de prédilection.
L’ambition se situe sur le plan visuel qui atteint une indéniable maturité. En quittant pour la première fois l’époque contemporaine, le cinéaste opère un travail colossal sur la photographie et la reconstitution. Toute l’exposition qui permet la découverte d’une demeure colossale et de l’opulente richesse de la Demoiselle éponyme, riche héritière qu’il s’agit d’épouser avant de la spolier, occasionne ainsi un fantastique éventail des matières (les étoffes, le papier des cloisons, les bijoux) et des espaces que seule l’Asie sait à ce point organiser ; un trio mensonger se met en place dans lequel les places sont toutes réversibles : la demoiselle, poupée de sa femme de chambre, elle-même au service d’un prétendant vénal, intrigue aux multiples strates dont de nombreux flashbacks nous distillent progressivement les secrets. On observe, on épie, on écoute : toutes les cloisons de ce palais sont poreuses, et, du sous-sol aux draps, les soupirs eux-mêmes ne peuvent être que des masques supplémentaires.
Toute la première partie, sur les trois que compte le récit, est éblouissante : vénéneuse, sensuelle, elle emprisonne les personnages dans des tableaux anxiogènes comme le faisait Kubrick dans Barry Lyndon, et se permet quelques incursions du côté du dilettantisme des nantis, sur le modèle des catalogues de possessions qu’on pouvait croiser dans le Marie-Antoinette de Sofia Coppola. La voix off, murmurée, ajoute au double discours permanent, et l’esquisse d’une intrigue amoureuse sincère – un inévitable dans de telles intrigues, proche des Liaisons dangereuses – vient densifier les visages d’une aura nouvelle.
Le twist assez saisissant qui ouvre la deuxième partie nous propose une écriture sur le modèle du Rashomon de Kurosawa : il s’agira dès lors de revisiter le récit depuis un point de vue nouveau : l’exercice est ludique, et permet surtout, dans un premier temps, l’accès à un nouvel espace, celui de l’enfance de Mademoiselle, et de la personnalité perverse de l’oncle, maitre des lieux, focalisant son désir sur la lecture d’ouvrages pornographiques sont sa nièce est la voix. Nouvelle exploration du désir, à l’état de fiction, au fil de superbes scènes, tout à la fois désincarnées par une plastique superbe (la scène du mannequin de bois, les fantasmes SM des auditeurs…) et d’une sensualité trouble dans les inflexions de la liseuse, aussi éteinte soit-elle par son visage marmoréen. (À ce sujet, il est absolument primordial de voir le film en VO, par ailleurs sous-titré en deux couleurs pour nous permettre de reconnaitre lorsqu’on parle coréen ou japonais). Le regard des notables sur la jeune fille en performance, ce désir d’accès à une autre dimension du désir sans qu’on puisse briser le glacis d’une cérémonie rappelle les atmosphères vénéneuse d’Eyes Wide Shut, et conforte encore davantage l’assise d’un film décidemment impressionnant.

On pourrait, si tant est qu’on ait l’occasion de briser la force hypnotique de l’œuvre, se surprendre à se rappeler que tout cela peut paraitre bien sage au regard de ce dont nous a gratifié Park Chan-wook jusqu’à présent.
Et c’est là que ses démons se réveillent.
À mesure que le film, qui dure près de 2h30, dévoile ses twists et clarifie la position des personnages, le charme qui résidait sur le mystère et le non-dit tend à s’étioler. Les personnages perdent de leur pouvoir de fascination plus ils se dénudent, ou plus leur violence s’affirme : la séquence de torture, totalement inutile, en est un exemple assez triste.
Mais c’est surtout sur la sensualité que l’effet est dévastateur.
(légers spoils)
Le film comporte quatre séquences d’amours saphiques, dont l’explicite et la crudité vont croissant. Et c’est, de très loin, la première séquence qui l’emporte, un moment absolument renversant où il ne s’agit pourtant que de polir une dent. Mais la lenteur, l’ambiguïté et les silences de cette scène sont d’une maitrise totale, parce qu’elle contient un inaccessible, pour les personnages comme le spectateur. Ses déclinaisons suivantes ne cessent de l’appauvrir, jusqu’à un final en forme de porno soft à la lisière du ridicule, qu’on pourrait presque trouver dans les Nuances de Grey.

Certes, il en faudrait davantage pour faire sombrer toute l’édifice. Mademoiselle semblait parti pour explorer les arcanes du désir, et ne se révèle finalement qu’un thriller. De luxe, certes, et au service duquel la forme est souvent virtuose, ce qui, en somme, ne fait qu’accroitre notre propre frustration.
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Ven 4 Nov 2016 - 10:50

@Nulladies a écrit:


Les arcanes du film social

Un atelier d’écriture de la salle communale de Newcastle. Table en formica, chaises décaties, des gâteaux secs, une fontaine et des gobelets en plastique.

- Bon, on sait tous comment Ken fonctionne, à part peut-être toi, Mary-Rose.
- Ne t’inquiète pas, j’ai vu tous ses films.
- Bon, ça devrait aller dans ce cas. L’idée de base, c’est le travail en amont qu’on fait Hayley et Fergus : de la documentation, de l’enquête sur le terrain.
- Voilà. On fait rentrer tout ça dans une trame, on émeut par des destinées de personnages et le tour est joué.
- Faut qu’ils meurent alors.
- Attends, Robbie.
- C’est un documentaire, mais avec la possibilité d’en rajouter quand ça nous arrange ?
- On peut voir ça comme ça. Ken aime les symboles, n’oubliez pas.
- On règle tout de suite le problème du casting : l’important, c’est l’accent. Vous prenez un vieux grande gueule, mais hyper gentil, une mère isolée…
- Elle meurt, la mère.
- Robbie, on verra ça après.
- Plutôt jeune, histoire qu’on puisse en faire une prostituée, non ?
- Bien vu.
- Et un noir pour la téci touch. Chaussures de sport, petit filou au grand cœur, roi de la débrouille.
- Voilà. On les plonge dans l’enfer kafkaïen de l’administration dont l’objectif est de les dégouter du système pour les pousser à le quitter.
- Et ne plus vivre aux crochets du système, ces salauds de pauvres.
- Oui, enfin ça c’est l’état d’esprit qu’on dénonce Les pauvres, c’est les victimes.
- Oui oui, j’avais bien compris. T’inquiète, ce sera limpide. On est chez Ken Loach, enfin, Linda !
- Excuse-moi, mais justement, Ken déteste l’ambiguïté.  Fergus, on t’avait demandé une fiche sur les méchants ?
- Des patrons, des blancs, grands, parfois gros, avec des cravates. Des bureaucrates.
- Bien. Robbie, pour les gentils ?
- Noirs, femmes, vieilles, un avocat en fauteuil roulant. Pour ceux qui meurent, je m’étais dit…
- S’il-te plait, Robbie, on n’y est pas encore.
- Ok. J’avais pensé à faire deux contre-motifs : un vigile, donc plutôt côté peuple, qui soit un méchant en prétendant aider la femme pour la pousser à la prostitution, et un directeur de supermarché qui ferme les yeux sur un larcin.
- Elle vole quoi ?
- C’est le moment de penser au symbole. Des serviettes hygiéniques : féminité, nécessité, intimité, humiliation.
- Bien. Tant qu’on y est : le vieux, vous m’en faites un travailleur manuel ; un charpentier, un gars de l’ancien temps face à l’ére inhumaine d’internet.
- Il construit des mobiles pour les enfants.
- Et une étagère pour leur mère, pour des livres, pour qu’elle étude, s’émancipe et sorte la tête de l’eau.
- Mais elle y arrive pas.
- A cause du système.
- Et donc elle veut acheter des chaussures à ses enfants et elle frotte des carreaux qui tombent.
- Voilà.
- Et elle meurt ?
- Robbie, tu es lourd.
- Bon, elle a froid. Et faim alors. Mais genre trop.
- Voilà. Elle fait ses courses à la banque alimentaire et là, elle peut pas attendre, elle mange directement un fruit, dans la fébrilité.
- Oui, bof. C’est pas très symbole je trouve.
- Attends, attends. Elle a TELLEMENT faim qu’elle ouvre une boite de sauce tomate, quelle mange à pleine main.
- Le truc qu’a aucun sens. Elle en foutra partout.
- Bouleversant. La dignité qui s’effrite, la perte de repère, l’aliénation par le système, la…
- Oui, oui, Hayley, on a compris.
- Bon, c’est bien tout ça. Mais ça manque un peu de révolte, non ?
- C’est vrai. Dans les bandes annonces de Ken Loach, il y a toujours des scènes comme ça.
- Le vieux, on l’a dit, il a une grande gueule. Il fait remarquer que le système est pourri.
- Il écrit sur les murs et tout !
- Oui, et les gens s’arrêtent dans la rue et ils l’applaudissent comme dans les films américains.
- Et pour la mise en scène ?
- …
- …
- Tu veux encore un verre d’eau ? Va en chercher, la fontaine est là-bas, derrière le pilier.
- Bon, je crois qu’on a fait le tour du sujet.
- [SPOILS]
- Mais alors, il gagne ou pas contre le système ?
- Ah, oui, c’est vrai. Il faut que le spectateur comprenne qu’il n’y a aucune ambiguïté. Il DOIT gagner : l’avocat, les médecins, tous les gens gentils sont de son côté.
- Mais…
- Robbie, putain !
- Nan mais il a raison, Linda. On veut du poignant pour festival, non ?
- Oui, c’est vrai. Allez, Robbie, tu as le dernier mot.
- Génial. Vous serez pas déçus. Croyez-moi, on va bouleverser.


Ah la palme d'or encore une fois pour les gueux... Entre deux rots de champagne il doit être bien content Ken le valeureux pourfendeur du système qui vend son cul pour un Mc Do....


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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 5 Nov 2016 - 4:04

Pas encore vu mais vous êtes bien salauds avec Ken Loach. Pour moi pas mal de ses films des 15 dernières années font partie de ses meilleurs (en tête Route Irish, Sweet Sixteen, Ae Fond Kiss).
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 5 Nov 2016 - 4:17

@Nulladies a écrit:


Light Spirit

Dans l’optique de redonner un coup de fouet à une chantilly qui peut avoir sérieusement tendance à s’affaisser, l’ouverture à des dimensions limitrophes n’est pas complètement stupides. L’infini des mondes – le multivers, donc - devient un nouveau terrain de jeu, dans lequel temps et espace deviennent modulables, autant d’occasion de pousser à fond les curseurs du numérique au risque d’un WTF généralisé, mais assumé.
Ne nous leurrons pourtant pas trop longtemps : un nouvel arrivant dans la galaxie Marvel n’est pas la garantie de nouveauté. Une nouvelle fois, Doctor Strange reste gangréné par son à chier des charges : romance vaine, humour light, saupoudrage de clichés ; ici, le Nepal et le folklore d’initiation dans un temple avec encens, capuches et entraînements sur le mode « Petit Scarabée, dis à ton corps que tout est possible et tout sera possible pour ton corps ». Ajoutons à cela les raccrochages bien pesants à la phase N du MCU (oh oh, ce petit truc brillant vert est donc une pierre d’infinité, ça faisait longtemps), des personnages au charisme d’un hygiaphone à la sécu un mardi matin, et une trame générale qui, accroche toi à ton siège fidèle spectateur, consiste à, dis moi pas que c’est pas vrai, je te le donne en mille, sauver le monde.
Dimension miroir, dimension noire, d’avant le temps, promesses d’immortalité, tout cela ne dépasse pas les dialogues qui, eux, nous font bien prendre conscience de la durée d’un film pourtant raisonnable –et pour cause, il ne raconte pas grand-chose. Le méchant, censé être une dimension à lui seule, ne peut s’empêcher d’avoir des yeux, une bouche et une voix caverneuse, les voyages dans les multivers continuent à se faire sur le modèle du vortex coloré (CGI + psychédélisme = risques épileptiques ou nauséeux) ou du kaléidoscope : on aurait tant aimé, tant qu’on est à quitter notre tristement connue dimension, découvrir quelque chose de nouveau…
Finalement, on comprend vite que tout est laborieusement cousu autour de certaines séquences maitresses, de la même façon qu’on écrit les James Bond après avoir déterminé les cascades nouvelles qui en seront les climax.
Reconnaissons un certain charme à ces deux principes fondamentaux que sont l’affranchissement de l’espace et du temps.  La séquence d’ouverture et l’affrontement sur New York occasionnent de belles prises de vues, qui souffrent évidemment de la comparaison à Inception. Bien entendu, il s’agit d’en mettre toujours plus, et la surenchère, alliée à la rapidité proche de la bouillabaisse par instant, annihile comme souvent la possibilité d’une réelle fascination. Les façades de plient à l’envie, ça part dans tous les sens, et on finit souvent par arrêter de suivre. Quand on fait un film où l’on peut modifier le cours du temps, l’idée d’y instiller de la lenteur dans les scènes maitresses pourrait lui donner ce cachet unique qui le ferait sortir du lot.
Pour ce qui est du temps, l’habituelle facilité consistant à voyage à travers lui permet des grossièretés scénaristiques qui désactivent bien des enjeux (on pourra toujours revenir en arrière si jamais…), mais permettent aussi une idée assez amusante dans la lutte qui oppose le héros au big boss final. De même, l’idée d’un combat apocalyptique sur une ville en train d’exploser à l’envers est assez séduisante.
Tout n’est donc pas à jeter, mais tout ce qui pourrait donner un brin d’individualité au film impitoyablement broyé par des intérêts d’une franchise en pilotage automatique. Un dernier exemple, la cape : amusante et presque cartoon, cet accessoire quasi personnage n’a le droit qu’à deux ou trois apparitions, alors qu’elle semble au cœur de la construction du héros. Il y avait là de quoi exploiter un charme à l’ancienne, qui aurait vu Disney ré-exploiter ce qui a fait son génie il y a bien des décennies.
Doctor Strange permet donc quelques menues réjouissances, mais n’est finalement qu’un maillon supplémentaire d’une chaine de plus en plus pesante, et dont le spectateur tire le boulet avec une lassitude qui ne cesse de s’accroître.

D'accord sur le fond mais en pratique c'était pour moi une bien bonne tranche de fun. Certes Mikkelsen n'a pas l'once du charisme qu'il a pourtant partout ailleurs, certes Rachel McAdams est quasi inutile, certes trop d'effets détruit parfois l'effet (malgré une belle maîtrise visuelle dans l'ensemble et quelques audaces conceptuelles assez bluffantes) et je me suis fait mentalement la même comparaison avec Inception dont la parcimonie, les enjeux dramatiques et bien entendu la mise en scène rendaient les scènes de distorsion de l'espace et du temps bien plus impressionnantes... mais en ne se prenant pas au sérieux l'initiation kitsch au Népal ménage tout de même des moments sympathiques, la scène de l'opération m'a fait sourire pas mal de fois et la fin relève le niveau alors que c'est souvent le contraire chez Marvel. Donc voilà c'est sûr, pas un chef-d'oeuvre loin de là mais le meilleur Marvel depuis X-Men: First Class assurément - et surtout après des étrons comme Guardians of the Galaxy et le dernier Avengers, ça fait du bien.
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Mar 22 Nov 2016 - 6:35



Diesel & rust.

Il y a des moyens plus suicidaires que d’autres pour développer une franchise – c’est-à-dire, essorer jusqu’à dessèchement intégrale une poule aux œufs d’or - : les suites à répétition ayant tendance à épuiser le filon assez rapidement, on voit fleurir les prequel et autres spin-off, garantie d’un public acquis à la cause et d’une certaine liberté scénaristique.
J.K Rowling opte ainsi pour une nouvelle saga située quelques générations avant celle d’Harry Potter, et délocalisée aux USA, l’occasion de noter quelques différences avec la sorcellerie made in Europe. Les clins d’œil sont nombreux, et le fan retrouvera (avec plaisir ?) les codes en vigueur dans le cycle originel.
Le New York des années 20 est le prétexte à une photo légèrement sépia et jaunie qui n’est pas dénuée de charme, surtout pour le spectateur gavé jusqu’au gosier de blockbusters technologiques et rutilants : ici, un certain goût pour l’authentique traverse, du moins dans les intentions, l’esthétique et les idées : la pâtisserie contre la conserve, et des thèses discrètement écologiques sur l’extinction des espèces ou la nécessaire ouverture vers l’inconnu en lieu et place de son habituelle et aveugle destruction.
Le bestiaire promis est certes éclectique, mais on peine néanmoins à réellement surprendre : des aptitudes (invisibilité, ailes triples, cuirasse lumineuse…) au design, on quitte rarement le terrain connu, même si certaines séquences peuvent prêter à sourire, comme celle de la taupe cleptomane dans une bijouterie ou d’un serpent à plume à taille variable.
Reste donc à nous présenter tout cela, et mettre en place une intrigue. Le duo classique entre un sorcier et un non-initié se charge de l’exposition, et même si elle n’évite pas certaines lourdeurs, le personnage de l’impétrant boulanger est assez attachant, et leur valse avec deux sœurs sorcières sait ménager quelques échanges un peu malicieux.
Il n’en reste pas moins que ce pseudo nouvel univers accuse des lenteurs au démarrage d’un bon vieux diesel : le rythme est problématique, d’une mollesse assez surprenant en cette époque de montage frénétique, sans pour autant instituer une quelconque valeur à la lenteur : on s’ennuie un peu, on attend beaucoup.
Le problème est là : maintenant qu’on nous a annoncé que cet univers se déclinerait en cinq épisodes, il semblerait qu’on attende de nous une tolérance pour cette longue introduction. Les enjeux sont toujours les mêmes (les sorciers luttent pour rester inconnus des humains, certains sorciers ont des velléités guerrières), et la gradation vers les scènes spectaculaire assez vaine : on en revient toujours à ces fumerolles noires, signe d’une puissance dark side qui semble aussi ringarde qu’elle l’était dans Spiderman 3, c’est dire, le tout dans des destructions numériques de rues entières avec un sens de la répétition qui lasse rapidement.
On le sent bien, tout se prépare. Certes, l’imaginaire garde le pouvoir, occasionnant de belles idées (la valise et sa dimension interne défiant les lois les plus élémentaires de la géographie, la scène de condamnation à mort, correcte) comme des ratés (l’excitation nuptiale du rhino/néon, des combats à coup de baguette désormais vraiment éculés), mais les personnages manquent encore cruellement de chair. En ahuri gentiment barge, Eddie Redmayne lasse plus qu’il ne séduit, et sa side-kick Katherine Waterson peine à donner chair à un personnage assez inepte.
Des animaux, certes. Fantastiques…cela reste à prouver ; les producteurs ont le temps, et le savent : c’est là justement un des éléments qui irrite le plus.
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Otto Bahnkaltenschnitzel
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Jeu 24 Nov 2016 - 14:30



Sordi magnifique en grand gamin triste qui malgré ses dettes veut faire vivre madame dans le luxe.
Derrière le sourire ça grince, à l'italienne, en prime on peut voir le sosie du Juppé avec les sourcils de Fillon.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Jeu 24 Nov 2016 - 14:35

@Otto Bahnkaltenschnitzel a écrit:


Sordi magnifique en grand gamin triste qui malgré ses dettes veut faire vivre madame dans le luxe.
Derrière le sourire ça grince, à l'italienne, en prime on peut voir le sosie du Juppé avec les sourcils de Fillon.

Putain tu sais t'y prendre pour vendre du rêve.
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 26 Nov 2016 - 10:42

@Nulladies a écrit:


Diesel & rust.

Il y a des moyens plus suicidaires que d’autres pour développer une franchise – c’est-à-dire, essorer jusqu’à dessèchement intégrale une poule aux œufs d’or - : les suites à répétition ayant tendance à épuiser le filon assez rapidement, on voit fleurir les prequel et autres spin-off, garantie d’un public acquis à la cause et d’une certaine liberté scénaristique.
J.K Rowling opte ainsi pour une nouvelle saga située quelques générations avant celle d’Harry Potter, et délocalisée aux USA, l’occasion de noter quelques différences avec la sorcellerie made in Europe. Les clins d’œil sont nombreux, et le fan retrouvera (avec plaisir ?) les codes en vigueur dans le cycle originel.
Le New York des années 20 est le prétexte à une photo légèrement sépia et jaunie qui n’est pas dénuée de charme, surtout pour le spectateur gavé jusqu’au gosier de blockbusters technologiques et rutilants : ici, un certain goût pour l’authentique traverse, du  moins dans les intentions, l’esthétique et les idées : la pâtisserie contre la conserve, et des thèses discrètement écologiques sur l’extinction des espèces ou la nécessaire ouverture vers l’inconnu en lieu et place de son habituelle et aveugle destruction.
Le bestiaire promis est certes éclectique, mais on peine néanmoins à réellement surprendre : des aptitudes (invisibilité, ailes triples, cuirasse lumineuse…) au design, on quitte rarement le terrain connu, même si certaines séquences peuvent prêter à sourire, comme celle de la taupe cleptomane dans une bijouterie ou d’un serpent à plume à taille variable.
Reste donc à  nous présenter tout cela, et mettre en place une intrigue. Le duo classique entre un sorcier et un non-initié se charge de l’exposition, et même si elle n’évite pas certaines lourdeurs, le personnage de l’impétrant boulanger est assez attachant, et leur valse avec deux sœurs sorcières sait ménager quelques échanges un peu malicieux.
Il n’en reste pas moins que ce pseudo nouvel univers accuse des lenteurs au démarrage d’un bon vieux diesel : le rythme est problématique, d’une mollesse assez surprenant en cette époque de montage frénétique, sans pour autant instituer une quelconque valeur à la lenteur : on s’ennuie un peu, on attend beaucoup.
Le problème est là : maintenant qu’on nous a annoncé que cet univers se déclinerait en cinq épisodes, il semblerait qu’on attende de nous une tolérance pour cette longue introduction. Les enjeux sont toujours les mêmes (les sorciers luttent pour rester inconnus des humains, certains sorciers ont des velléités guerrières), et la gradation vers les scènes spectaculaire assez vaine : on en revient toujours à ces fumerolles noires, signe d’une puissance dark side qui semble aussi ringarde qu’elle l’était dans Spiderman 3, c’est dire, le tout dans des destructions numériques de rues entières avec un sens de la répétition qui lasse rapidement.
On le sent bien, tout se prépare. Certes, l’imaginaire garde le pouvoir, occasionnant de belles idées (la valise et sa dimension interne défiant les lois les plus élémentaires de la géographie, la scène de condamnation à mort, correcte) comme des ratés (l’excitation nuptiale du rhino/néon, des combats à coup de baguette désormais vraiment éculés), mais les personnages manquent encore cruellement de chair. En ahuri gentiment barge, Eddie Redmayne lasse plus qu’il ne séduit, et sa side-kick Katherine Waterson peine à donner chair à un personnage assez inepte.
Des animaux, certes. Fantastiques…cela reste à prouver ; les producteurs ont le temps, et le savent : c’est là justement un des éléments qui irrite le plus.  

Tiens j'ai bien aimé, au contraire on nous vend pas de la suite à tout va, c'est finalement plus le background que le scénario qui appelle une série tant le film se suffirait très bien à lui-même. Visuellement c'est assez réussi, on ne s'ennuie pas, les acteurs donnent un minimum de vie et de profondeur à leurs personnages unidimensionnels (plus que dans la saga Harry Potter en tout cas) et dans l'ensemble c'est meilleur que n'importe quel HP hormis le 3. Comme Doctor Strange un excellent divertissement donc, à condition de ne pas y chercher autre chose.
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 26 Nov 2016 - 16:29

@Nulladies a écrit:


Clinquantes nuances de vrai.

S’il fallait définir l’intensité incommensurable des préliminaires et la supériorité du désir sur son contentement, Mademoiselle en serait un exemple éloquent. Explorant, comme à son habitudes, les sentiers retors de la séduction, de la manipulation et de la vengeance, Park Chan-wook fait à la fois montre d’une ambition nouvelle et d’un certain emprisonnement dans ses obsessions de prédilection.
L’ambition se situe sur le plan visuel qui atteint une indéniable maturité. En quittant pour la première fois l’époque contemporaine, le cinéaste opère un travail colossal sur la photographie et la reconstitution. Toute l’exposition qui permet la découverte d’une demeure colossale et de l’opulente richesse de la Demoiselle éponyme, riche héritière qu’il s’agit d’épouser avant de la spolier, occasionne ainsi un fantastique éventail des matières (les étoffes, le papier des cloisons, les bijoux) et des espaces que seule l’Asie sait à ce point organiser ; un trio mensonger se met en place dans lequel les places sont toutes réversibles : la demoiselle, poupée de sa femme de chambre, elle-même au service d’un prétendant vénal, intrigue aux multiples strates dont de nombreux flashbacks nous distillent progressivement les secrets. On observe, on épie, on écoute : toutes les cloisons de ce palais sont poreuses, et, du sous-sol aux draps, les soupirs eux-mêmes ne peuvent être que des masques supplémentaires.
Toute la première partie, sur les trois que compte le récit, est éblouissante : vénéneuse, sensuelle, elle emprisonne les personnages dans des tableaux anxiogènes comme le faisait Kubrick dans Barry Lyndon, et se permet quelques incursions du côté du dilettantisme des nantis, sur le modèle des catalogues de possessions qu’on pouvait croiser dans le Marie-Antoinette de Sofia Coppola. La voix off, murmurée, ajoute au double discours permanent, et l’esquisse d’une intrigue amoureuse sincère – un inévitable dans de telles intrigues, proche des Liaisons dangereuses – vient densifier les visages d’une aura nouvelle.
Le twist assez saisissant qui ouvre la deuxième partie nous propose une écriture sur le modèle du Rashomon de Kurosawa : il s’agira dès lors de revisiter le récit depuis un point de vue nouveau : l’exercice est ludique, et permet surtout, dans un premier temps, l’accès à un nouvel espace, celui de l’enfance de Mademoiselle, et de la personnalité perverse de l’oncle, maitre des lieux, focalisant son désir sur la lecture d’ouvrages pornographiques sont sa nièce est la voix. Nouvelle exploration du désir, à l’état de fiction, au fil de superbes scènes, tout à la fois désincarnées par une plastique superbe (la scène du mannequin de bois, les fantasmes SM des auditeurs…) et d’une sensualité trouble dans les inflexions de la liseuse, aussi éteinte soit-elle par son visage marmoréen. (À ce sujet, il est absolument primordial de voir le film en VO, par ailleurs sous-titré en deux couleurs pour nous permettre de reconnaitre lorsqu’on parle coréen ou japonais). Le regard des notables sur la jeune fille en performance, ce désir d’accès à une autre dimension du désir sans qu’on puisse briser le glacis d’une cérémonie rappelle les atmosphères vénéneuse d’Eyes Wide Shut, et conforte encore davantage l’assise d’un film décidemment impressionnant.

On pourrait, si tant est qu’on ait l’occasion de briser la force hypnotique de l’œuvre, se surprendre à se rappeler que tout cela peut paraitre bien sage au regard de ce dont nous a gratifié Park Chan-wook jusqu’à présent.
Et c’est là que ses démons se réveillent.
À mesure que le film, qui dure près de 2h30, dévoile ses twists et clarifie la position des personnages, le charme qui résidait sur le mystère et le non-dit tend à s’étioler. Les personnages perdent de leur pouvoir de fascination plus ils se dénudent, ou plus leur violence s’affirme : la séquence de torture, totalement inutile, en est un exemple assez triste.
Mais c’est surtout sur la sensualité que l’effet est dévastateur.
(légers spoils)
Le film comporte quatre séquences d’amours saphiques, dont l’explicite et la crudité vont croissant. Et c’est, de très loin, la première séquence qui l’emporte, un moment absolument renversant où il ne s’agit pourtant que de polir une dent. Mais la lenteur, l’ambiguïté et les silences de cette scène sont d’une maitrise totale, parce qu’elle contient un inaccessible, pour les personnages comme le spectateur. Ses déclinaisons suivantes ne cessent de l’appauvrir, jusqu’à un final en forme de porno soft à la lisière du ridicule, qu’on pourrait presque trouver dans les Nuances de Grey.

Certes, il en faudrait davantage pour faire sombrer toute l’édifice. Mademoiselle semblait parti pour explorer les arcanes du désir, et ne se révèle finalement qu’un thriller. De luxe, certes, et au service duquel la forme est souvent virtuose, ce qui, en somme, ne fait qu’accroitre notre propre frustration.
Hello Nulla, je l'avais vu il y a 15 jours et n'avait pas eu le temps d'en parler. J'ai beaucoup aimé même si... oui les mêmes choses que toi, m’ont un peu interpellé. Je ne connais pas trop Park, juste Old Boy avec l’idée que la vengeance est une de ses thèmes de prédilection.

Et effectivement le ton décontenance… Mais est-ce vraiment une histoire de vengeance ? Un peu mais plus encore de manipulation ? Peu à peu le film perd effectivement en consistance dramatique au profit d’une jubilation dans la complexité, la ruse et développe c'est vrai une grande artificialité… Idem pour l’érotisme avec la première scène la plus extraordinaire, qui marque d’emblée un grand humour sur la chose. Les scènes suivantes plus explicites resteront des jeux, des ballets, de symétrie sexuelle, de double absolue où à tout moment chacun prend le rôle de l’Autre.

Oui le film perd en consistance dramatique et oui ne gagne pas en tension érotique, pour une jubilation double, érotique et distanciée, dont les hommes instigateurs du mal, de la violence, sortent absents, totalement perdants, s'autodétruisant d'eux-mêmes !! Cette sortie sexuelle très appuyée est finalement assez drôle.
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MessageSujet: Re: Voyage en salle obscure...   Sam 26 Nov 2016 - 18:08

@RabbitIYH a écrit:
Vu aussi, un beau film sur l'éducation, la liberté et la quête de soi, effectivement de plus en plus complexe, ambivalent et comme tu dis riche en contradictions à mesure qu'on avance dans l'histoire (et finalement loin d'être une ode à la contre-culture comme on aurait pu le croire au début). Quelques bonnes vieilles ficelles par moments (c'est vrai qu'on pense à Little Miss Sunshine) mais cet effet feel good movie du road movie initiatique s'estompe assez rapidement au profit de subtilités sociétales inattendues. Et puis c'est bien fun, aussi, et Mortensen est plus vrai que nature en néo-hippie jusqu’au-boutiste confronté à ses obligations de père.
Tout à fait, fun, bien plus nuancé qu'on ne pourrait le croire (comme tu dis, la contre-culture n'est pas mise sur un piédestal, finalement), assez juste sur les différentes places et scissions éventuelles qu'il peut exister au sein d'une fratrie malgré le(s) évident(s) lien(s) d'attachement. Mon film de l'année sans doute.
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