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 [Belfond] La petite barbare - Astrid Manfredi

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MessageSujet: [Belfond] La petite barbare - Astrid Manfredi   Dim 2 Oct 2016 - 16:46



« Nous appelons barbarie ce qui n’est pas de notre usage » (Montaigne)

Paru chez Belfond lors de cette rentrée littéraire, Astrid Manfredi nous livre son premier roman. Pour être franc, j’en ai beaucoup entendu parler sans pour autant avoir lu des critiques complètes dessus. Je n’étais pas spécialement attiré par ce genre de récit de prime abord et je gardais sous le coude ce livre pour plus tard. Aujourd’hui, j’ai fait l’erreur de l’ouvrir…et au grand dam de mon entourage, je n’ai pas réussi à décrocher de cette histoire. J’ai été littéralement scotché par ce récit.

Une jeune femme surnommée « la petite barbare » est en détention, elle revient sur son enfance et à force de souvenirs se remémore les dérapages d’une vie vouée à l’échec. Dans sa cellule, comme une thérapie, elle décide de prendre sa plume pour écrire. Raconter l’indicible, avouer sa lâcheté, tirer des conclusions, dresser un bilan de son gâchis à l’aube de la vingtaine. Son enfance est compliquée avec une vie en banlieue où aucune structure n’arrive à lui apporter un soutien nécessaire afin de grandir sereinement que cela soit du côté familiale ou scolaire. Que peut-elle espérer de la vie ? Et pourtant, elle garde espoir que quelque chose peut se passer. Elle va apprendre et suivre ses propres règles de vie plongeant de jour en jour dans une forme de décadence et d’autodestruction. Plus rien ne semble avoir de considération ou de prise sur elle, la petite barbare semble complètement déconnectée de la réalité avec toujours une absence de morale ou de recul sur ses actes. De difficultés en difficultés, elle rejoint un gang ou du moins un groupe d’individus qui se retrouvent comme des paumés. Grâce à sa beauté, elle va être l’appât afin que les autres membres puissent détrousser et violenter les victimes jusqu’à l’irréparable qui l’enverra sous les verrous.

« Toute méchanceté vient de faiblesse » (Rousseau)
Dans ce roman, plusieurs thèmes sont abordés. L’injustice sociale est très présente car c’est celle-ci qui va conditionner la trajectoire de l’héroïne. Astrid Manfredi décrit parfaitement, au travers du personnage principal, les rouages qui mènent l’existence au chaos. Avec ses mots emprunts de réalisme, elle dépeint une société à plusieurs vitesses où la vie n’est pas la même selon l’endroit où l’on naît. La mixité sociale n’existe pas aux yeux de la jeune fille. Cette injustice engendre dans ce roman de la violence et celle-ci se trouve dans plusieurs strates de lecture. Tout d’abord la violence primaire, celle qui fait mal, les coups, les insultes, les menaces mais aussi la violence du corps car la petite barbare a une vision du corps complètement ambivalente comme si sa chair était un double qu’elle abandonne. Elle le traite comme une marchandise car pour elle, tout à un prix. Elle déprécie sa condition sans prendre en compte le fait que la forme sert souvent le fond « Mens sana in corpore sano ». Ce corps malgré le fait qu’il soit un atout pour elle l’emprisonne dans ce qu’elle est car presque tous les hommes ne lui renvoient que cette image. La petite barbare est une insoumise que seule la prison arrivera à remettre dans le droit chemin. Cela vient se confronter au comportement masculin qu’elle rencontre tout au long de son histoire. Le temps et l’espace ont peu d’importance, tous les repères sont tronqués. Les hommes qu’elle trouve sur son chemin ne sont que des parasites qui n’ont qu’une idée en tête : le sexe. Il y a parfois un goût de « Voyage au bout de la nuit » dans son histoire, quand « la petite barbare » plonge dans le marasme du misérabilisme sexuel.
Astrid Manfredi nous fait entrer aussi dans le milieu carcéral, temps présent du récit. Sans exagérer le trait, la petite barbare nous décrit les us et coutumes du milieu carcéral. Avec ses codes et autres procédures (à plusieurs niveaux), on accède à un autre niveau de violence encore une fois. L’absence de pardon est aussi une clé de voûte du récit. Tout le monde attend quelque chose d’elle qu’elle ne conçoit pas. Comme un jugement supérieur qu’elle a mis en place dans son « surmoi », par force de conventions personnelles, elle n’arrive pas à s’excuser, tout est normal pour elle. In fine, tout est imbriqué dans la normalité qu’elle s’est construite.

« L’injustice appelle l’injustice ; la violence engendre la violence. » (Lacordaire)
La petite barbare est la narratrice du livre et on est projeté dans son récit autobiographique. Le lecteur est happé par ses paroles. Chose troublante dans le récit : à aucun moment, on ne connaît le nom de l’héroïne, ce qui peut permettre au lecteur de s’identifier à elle. Le livre que nous avons dans les mains est celui qu’elle a écrit dans sa cellule.
Elle a un caractère très fort car derrière ce personnage fier se cache un individu pour qui rien n’a été simple. Elle entre dans une catégorie de personne « sans foi ni loi ». On pourrait lui dire « ce n’est pas de ta faute » (en faisant référence à un certain film) même si cela n’excuse en rien ses actes. Elle a en elle une absence de filtres sociaux qui l’empêche de rester dans la norme. Tout le monde comprendra que cette petite est simplement née au mauvais endroit comme beaucoup de délinquants. Chômage, violence sociale, échec scolaire, injustice et exclusion, elle ne peut hélas sans remettre qu’à son seul atout : sa beauté. A ce niveau, elle va découvrir la violence des hommes. Cette fille hurle son désespoir et son mal-être avec les moyens qu’elle a. Chaque parole et actes doivent être interprétés comme un appel au secours malgré la violence des faits. Elle veut vivre et crier une liberté qu’elle croit cloisonnée car au fond d’elle même, il y a de la lumière qui veut jaillir.

L’écriture d’Astrid Manfredi est profonde. Dès les premiers mots, avec une intensité dans toutes les phrases et un débit ininterrompu, la romancière prend son lecteur par la main et l’emmène jusqu’à la dernière page. L’histoire est haletante, c’est une vraie descente aux enfers. L’écriture est à la première personne et vient faire résonance avec un autre livre que j’ai lu cette semaine « Les haines en moins » d’Eric Le Guilloux avec un personnage un peu paumé aussi mais avec la violence en moins. L’utilisation du « je » est vraiment approprié car il implique le lecteur, il prend part au récit car le narrateur / héros dialogue avec lui. Le débit de phrases nous trouble et dessine un profil psychologique fort chez le personnage, on sent quelque chose de troublant chez elle, un vrai mal-être où le silence angoisse. Les rares moments de silence de l’héroïne sont le paroxysme de sa descente notamment dans plusieurs scènes clés (je ne veux pas spoiler l’histoire). Semblant écrit d’une traite, ce livre est un concentré d’énergie et de rage. On retient son souffle durant tout le récit.

Un livre magnifique qui malgré la violence laisse entrevoir une grande sensibilité, il faut savoir lire entre les lignes pour découvrir cette histoire poignante. Bien sûr que le sujet est violent et ses actes répréhensibles mais on ne peut avoir que de la compassion pour elle. Ce personnage m’a touchée car au final, la petite barbare m’a fait de la peine. Astrid Manfredi écrit un livre sublime, dur mais touchant. Ce roman entre dans la catégorie des œuvres littéraires qui ne peuvent pas vous laisser insensibles. Un de mes coups de cœur de 2015 qui continue de me questionner une fois le livre fermé. La romancière a une très belle plume. Pour son premier roman, c’est un coup de maître, elle écrit une histoire qui ne passera pas inaperçue et ne laissera pas indifférent. « La petite barbare » est un livre poignant duquel on ne ressort pas indemne. En 2014, en premier roman, il y avait Adrien Bosc et son magnifique « Constellation », en 2015, on peut compter sur Astrid Manfredi et sa sublime « petite barbare ». Assurément, une romancière à suivre…

Titre : « La petite barbare »

Auteur : Astrid Manfredi

Éditeur : Belfond

ISBN : 978-2714459435
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