Les 3 Rocks : musique et mauvaise foi

disques • foot • films • séries • images • livres...
 
AccueilCalendrierFAQGroupesS'enregistrerConnexion
Compil Summer Tour 2017 ! liens dispo !

Partagez | 
 

 [Denoël] Le ciel entre le bleu et la mer - Susan Abulhawa

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Rorschach
sourcilman ^^
avatar

Nombre de messages : 6480
Date d'inscription : 10/02/2009
Age : 36

MessageSujet: [Denoël] Le ciel entre le bleu et la mer - Susan Abulhawa   Dim 2 Oct 2016 - 16:40



« Telle est la vie des hommes, quelques joies très vite effacées par d’inoubliables chagrins » Pagnol

« Le bleu entre le ciel et la mer » est un roman paru aux éditions Denoël de l’auteur palestinienne Susan Abulhawa. C’est un roman choral qui relate la vie d’une famille depuis 1947 en Palestine et en lien avec tous les événements historiques que ce territoire a vécu. Elle est née dans un camp de réfugiés palestiniens, ce qui peut d’ores et déjà nous suggérer que beaucoup de caractéristiques de l’œuvre seront probablement autobiographiques. On ne peut imaginer une histoire comme celle-ci sans penser une seule seconde que l’auteur ne s’est pas basée sur des souvenirs personnels. Ce livre a été traduit par Nordine Haddad.

1947. La famille Baraka vit à Beit Daras, village paisible de Palestine entouré d’oliveraies. Nazmiyeh, la fille aînée, s’occupe de leur mère, une veuve sujette à d’étranges crises de démence, tandis que son frère Mamdouh s’occupe des abeilles du village. Mariam, leur jeune sœur aux magnifiques yeux vairons, passe ses journées à écrire en compagnie de son ami imaginaire. Lorsque les troupes israéliennes se regroupent aux abords du village, Beit Daras est mis à feu et à sang, et la famille doit prendre la route, au milieu de la fumée et des cendres, pour rejoindre Gaza et tenter de se reconstruire dans l’exil.

Seize ans plus tard, Nour, la petite-fille de Mamdouh, s’est installée aux États-Unis. Tombée amoureuse d’un médecin qui travaille en Palestine, elle décide de l’y suivre. Un voyage au cours duquel elle découvrira que les liens du sang résistent à toutes les séparations – même la mort.

Ce livre traite d’une période très précise de la Palestine. L’histoire débute en 1947 avec l’invasion du territoire par Israël. Ainsi, lors de la lecture, on est confronté à l’histoire qui se déroule sur plusieurs générations. Même si l’auteur n’entre pas réellement dans les détails historiques, elle apporte un point de vue de l’ordre du témoignage. Souffrances et persécutions seront les mots pour décrire cette période aux yeux des palestiniens. Les petits moments de joie de la vie quotidienne, les petites victoires et cette fierté qu’ils ont vont leur permettre de tenir malgré les événements.

La famille est un des thèmes importants de ce livre. En effet, elle lie tous les personnages entre eux dans tous les lieux où ils vivent. Les péripéties vont pousser certains protagonistes à éprouver le besoin d’avoir une vraie famille aimante, d’autres se déchireront dans un ersatz de famille mais finiront par trouver la paix.

Elle sacralise la terre des origines

et l’importance des racines.

L’auteur traite de ce sujet sur plusieurs angles, elle évoque tout d’abord l’exil forcé à cause des forces d’oppression mais aussi elle aborde la vie de ceux qui s’exilent pour aller chercher un ailleurs dans le domaine des possibles. A travers cette thématique, Susan Abulhawa traite de la difficulté de changer de lieu. Elle sacralise la terre des origines et l’importance des racines. Elle nous fait ressentir l’importance d’être proche des siens malgré la distance et comme un devoir de mémoire, de veiller à ne pas oublier d’où l’on vient. Elle relate aussi les besoins intrinsèques que l’on peut ressentir à ne pas se sentir en adéquation avec ce que l’on est. Nour lutte contre quelque chose qu’elle a du mal à saisir, elle ne se sentira que bien et forte une fois qu’elle aura rejoint sa terre promise. A travers le Jiddo, nous affrontons aussi la difficulté des exilés qui doivent dans un premier temps apprendre à vivre dans un autre pays mais aussi à l’acceptation que le retour sera compliqué et même impossible. Le déracinement est un concept effroyable comme un voyage de non retour où la double identité et ses ravages prennent toute la place. Ni vraiment résident ni vraiment étranger… Un individu coincé entre deux mondes.

Ce livre est avant tout une galerie de portraits de femmes battantes. Même si les hommes jouent un rôle dans ce roman, l’auteur nous offre une magnifique fresque de femmes fortes et courageuses. Courageuses et insoumises, elles bravent toutes les épreuves pour aller au plus près de leurs convictions. L’entraide est primordiale chez elles et est un moteur pour aller de l’avant.

« Le bleu entre le ciel et la mer » est un livre choral où la parole est donnée à plusieurs personnages. Comme dit plus haut, cette histoire suit une famille avec ses ramifications de façon chronologique à partir de 1947. Si on s’impose une lecture sur le thème de l’exil alors 3 personnages peuvent apparaître avec trois positions différentes, Nazmiyé représente ceux qui sont restés, Jiddo celui qui s’exile et Nour la 2ème génération. De surcroît, la romancière est née dans la bande de Gaza, on peut clairement imaginer que certains personnages qu’elle a pu rencontrer ont du l’inspirer pour cette fresque humaine.

Nazmiyé est la figure principale de ce roman car elle est le lien entre le passé et le présent. Gardienne du temple familial, elle connaît tous les secrets et les histoires qui lient les individus entre eux. Maline et facétieuse, elle est un vrai bol d’air dans le marasme ambiant. Par ses jurons et ses moqueries, toujours respectueuses selon elle, elle incarne cette femme insoumise qui refuse sa condition malgré les événements tragiques qui l’entourent. Débordante d’amour, elle est prête à tous les sacrifices pour ceux qu’elle aime. Ce sentiment qui vit en elle a des répercussions très fortes dans la trame du texte. L’auteur nous décrit un archétype de grand-mère que tout le monde rêverait d’avoir. Aimante, maline et pleine de compassion, elle est respectée de tout le monde.

Nour est le symbole de cette 2ème génération, coincée entre le passé de son grand-père et l’avenir avec sa mère. Les choses bien évidemment ne tourneront pas comme dans un conte de fées. Dans sa tragédie se forge une femme au caractère fort et qui sait où elle veut aller. Son passé ne lui a été évoquée que par son grand-père à travers le livre à ruban bleu « Jiddo et moi »

Jiddo est le symbole de l’exil. Celui qui prend en considération sa condition et qui, intrinsèquement, veut s’élever. Pour cela, il fait le choix de partir vivre à l’étranger. D’abord parti au Koweït, il termine son chemin aux Etats-Unis. Débrouillard et courageux, c’est avec beaucoup de témérité, dans un pays aux antipodes d’où il vient, mais un pays « des possibles », qu’il va se battre pour récupérer sa petite fille et revenir là où son cœur est toujours resté : la Palestine. Je ne raconte pas toute l’histoire car je vous laisse découvrir son parcours.

Il est difficile d’écrire quelques lignes sur tous les personnages du roman car cela serait trop long mais Susan Abulhawa a décrit une galerie de personnages très attachants qui ne vous laisseront pas indifférents.

Doucement les pièces du puzzle s’imbriquent

les unes dans les autres.

Magnifique écriture d’une douceur amère sans pareil. Comme un puzzle, les pièces sont éparses dans le roman, les ellipses sont très présentes et vous laissent le soin d’imaginer ce qui a pu se passer. L’auteur promène son lecteur dans des périodes parfois chronologiques et d’autres fois complètement débridées. Concernant, les lieux, elle nous balade de Gaza aux USA en passant par l’Egypte. Ce qui d’emblée peut paraître désordonnée prend tout son sens quand doucement les pièces du puzzle s’imbriquent les unes dans les autres.

L’auteur offre à son lecteur de magnifiques descriptions. Très touchantes, elles viennent appuyer des moments précis où les émotions et les sentiments affleurent. Le choix du vocabulaire vient renforcer les descriptions pour nous immerger encore plus profondément dans un monde aux antipodes de nous où chaque jour est une petite victoire. Le travail sur le ton des personnages est très bien écrit, il vient apporter une touche de fraîcheur dans le malheur ambiant où la survie est un effort de tous les instants. La narration du livre est assez soutenue car les points de vue changent régulièrement, le lecteur devra s’accrocher parfois mais en fin de livre, il en tirera une grande satisfaction lorsque tous les points de vue viennent se compléter et donnent finalement une couleur soutenue et intense à ce très beau roman. Comme une ritournelle, ce « bleu entre le ciel et la mer » apparaît comme un refrain durant toutes les générations traversées par le récit. Coincé entre les limites que lui impose Israël, il ne reste que ce bleu…comme une aura apaisante, une allégorie de l’innocence. Cette caractéristique propre à certains membres de la famille apporte une touche de fantastique et de magie. Cet élément est une illustration de la pureté des enfants face aux horreurs qui les entourent, une manifestation surnaturelle de protection censée apaiser les tensions, c’est une image qui vient à contre-courant de la réalité ambiante violente et injuste. Le bleu est la couleur symbolique du rêve, elle est l’expression d’une certaine forme de sérénité et de calme intérieur. Comme la couleur de l’eau, elle exprime la vie et l’introspection personnelle. Synonyme de liberté, on peut aisément comprendre le choix de l’auteur dans ce roman.

Nous sommes en présence d’un sublime livre où la lutte dans tous les sens du terme prend tout son sens. Une vraie épopée de femmes battantes qui luttent. Ce livre est la cristallisation d’une lutte courageuse pour une forme d’indépendance. Si vous aimez les histoires de personnages qui résistent à l’adversité tout en restant dignes dans leurs combats, alors lisez-le. Cette fresque magnifique qui flirte souvent avec l’intime vous permettra de comprendre les motivations d’un peuple en résistance. Encore une fois, les éditions Denoël propose une œuvre sublime, loin du regard géopolitique habituel, pétri de petites histoires de combats de femmes dans la grande.

Ce livre vous apportera un grand questionnement sur vos origines, notamment à travers les réflexions de Jiddo qui nourrissent Nour au plus profond de son inconscient. Certaines réflexions m’ont vraiment questionné sur mon parcours et mes origines. Susan Abulhawa nous propose un roman puissant avec plusieurs niveaux de lecture.

Titre : Le bleu entre le ciel et la mer

Auteur : Susan Abulhawa

Éditeur : Denoël

ISBN : 9782207131015
Revenir en haut Aller en bas
 
[Denoël] Le ciel entre le bleu et la mer - Susan Abulhawa
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Interprétations et inspirations de Bleu Noir
» Tout sur "Bleu Noir" : News, avis, commentaires... (Part III)
» Petits suicides entre amis. Arto Paasolina.
» A vendre guitare basse Ibanez
» Thalassa : la Polynésie française.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Les 3 Rocks : musique et mauvaise foi :: Lire :: Livres après livres...-
Sauter vers: