Les 3 Rocks : musique et mauvaise foi

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 En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....

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Nulladies
Cinéman


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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Jeu 18 Fév 2016 - 15:07



Les arcanes du blockbuster, chapitre 22

Paris, salle de conférence. Vue sur Seine. Dans la corbeille sur la table en acajou, des fraises tagada, un kebab, des cartes Pokemon, des pompot’ et une chaine en or.

- Bon, mes fiottes, on est plutôt en forme côté carton made in France.
- On a scoré dans la SF pour jeunes geeks…
- On a ramassé chez les racistes de tous bords…
- Et on s’est servi chez les handicapés.
- Donc, c’est bien, mais si on était là pour s’autosucer, autant rester à la maison avec de l’assouplissant, hein. Bryan, c’est quoi le projet d’aujourd’hui ?
- Un film familial. Un conte de Noël, genre.
- Oh putain non chef, pas…
- Ta gueule Kevin.
- Mais on sait pas faire ça en France, y’a que les ricains ! regardez la bande annonce du Père Noël avec Rahim, vous comprendrez.
- Il a raison, c’est horrible
- Il nous faut du remix, du bling-bling.
- Regardez les rappeurs, chef. Aujourd’hui, leur audience est dans les cours de récré.
- Ouala. Là ça commence à sentir la thune, ton idée.
- Bon, en conte on va prendre un truc qui peut faire caillera. Genre Aladdin, en mode berbère, comme ça les arabes peuvent voler sans qu’on nous emmerde.
- Pas mal. Mais enlève un d à Aladdin sinon les kids pourront pas le retrouver dans les moteurs de recherche.
- Et on prend l’idole des bacs à sable, Kev Adams.
- Bon ben voilà, c’est plié. Qu’il écrive aussi le scénar pour que ça fasse jeune. Vous avez une semaine.

La semaine suivante.

- Bon, le chef s’est pas déplacé, hein. Vous avez quoi ?
- Kev a participé à une séance d’écriture.
- Ah bien, ça.
- Ouais, enfin, il a envoyé un texto. « Vazi un remix de ouf, tu me mets en mode BG clip façon bollioud et une bonasse big natural stp »
- Ah ouais quand même. Et Julie, t’as quoi ?
- Vous allez kiffer : j’ai bossé ma race. Alors voilà, parodie, les mecs : les méchants bossent leur rire machiavélique, des fois ils partent dans des monologues qui veulent rien dire, on interrompt la musique solennelle avec un bruit de disque rayé, on met des sosies de Jamel et Darmon…
- Ouais, ok, t’as revu Mission Cléopâtre, en fait.
- Bingo ma couille. Parce que le public d’aujourd’hui, il était pas né au moment de sa sortie.
- Nice job comme ils disent. Mais bon, on fera moins subtil pour s’adapter à l’air du temps.
- Et pour notre branleur sous néon, Bryan ?
- Bon, alors en fait…
- Ma pute, dis-le si t’as rien foutu…
- Nan c’est pas ça mais franchement, les CM1, moi je connais plus. Alors j’ai eu une idée.
- Je crains le pire. Dis-moi que c’est resté légal.
- T’inquiète. Je suis allé dans les classes et j’ai organisé un concours autour d’Aladdin pour récolter des idées.
- Bien vu. Et ?
- Bon, comme ils savent plus écrire en primaire, on a fait des dessins, mais y’a de quoi faire, je vous ai fait un diapo.
- Putain ils ont de la ressource quand même ! Une flute dans le cul, excellent !
- Et un méchant qui pue de la gueule ! le kiff !
- Ahahah, ramener un Giant de Quick dans le désert !
- Et un gros black sans bite, j’adore !
- Et putain, les homos en prennent pour leur grade quand même, non ?
- Ouais, mais c’est normal. Jusqu’à 8 ans, tu considères ça comme une maladie, et je crois que Kev est assez d’accord. On garde.
- J’aime bien aussi l’idée que t’es une couille molle si t’arrives pas à baiser une femme parce qu’elle est trop moche. C’est plein de vraies valeurs sur l’amour. On dirait du Black M.
- Bonne idée, tiens, qu’il fasse un featuring.
- Bon, faut pas se leurrer, on risque de se faire allumer par la critique. Faudra gérer ça sur les réseaux. Les gamins qu’on fait des dessins, tu leur fait créer des comptes sur Allociné pour monter la note du film, OK ? Et en guise de bande annonce, tu leurs fous surtout des clips avec le mot CACA en relief dedans.
- Dément. On est brillants, quand même.
- MDR ! On va cacartonner !
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guil
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Jeu 18 Fév 2016 - 15:46

un truc m'échappe...
autant je peux me taper du blockbuster (San Andreas, par exemple, la veille de voir Into the Wild, c'est peu dire que j'ai fait le grand écart)

autant ce truc ? quel vice masochiste te pousse à t'infliger ça ??

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ça suffa comme ci
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Nulladies
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Jeu 18 Fév 2016 - 16:07

guil a écrit:
un truc m'échappe...
autant je peux me taper du blockbuster (San Andreas, par exemple, la veille de voir Into the Wild, c'est peu dire que j'ai fait le grand écart)

autant ce truc ? quel vice masochiste te pousse à t'infliger ça ??

Deux choses :
1. Mes gosses qui voulaient voir ça parce que c'est la tendance à l'école. (on a fait de la pédagogie, t'imagines même pas)
2. Comme pour Lucy et Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu, un angle sociologique : qu'est ce qui plait aux Français ? Qu'est-ce qu'un hit chez nous ?
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guil
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Jeu 18 Fév 2016 - 20:42

Nulladies a écrit:
guil a écrit:
un truc m'échappe...
autant je peux me taper du blockbuster (San Andreas, par exemple, la veille de voir Into the Wild, c'est peu dire que j'ai fait le grand écart)

autant ce truc ? quel vice masochiste te pousse à t'infliger ça ??

Deux choses :
1. Mes gosses qui voulaient voir ça parce que c'est la tendance à l'école. (on a fait de la pédagogie, t'imagines même pas)
2. Comme pour Lucy et Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu, un angle sociologique : qu'est ce qui plait aux Français ? Qu'est-ce qu'un hit chez nous ?

ah les gosses, je comprends....
par contre même pour la science, là ça dépasse les bornes !!! Very Happy

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Nulladies
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Mar 23 Fév 2016 - 6:43



Pioneer soundtracks

Certains jalons sont plus immortels que d’autres : avoir le mérite d’être le premier à aborder un sujet, briser un tabou ou occasionner un nouvel éclairage sur un thème est une chose, cela n’occasionne pas forcément un chef d’œuvre.
La fureur de vivre est en tout point un film iconique : il porte avec lui l’éclatante naissance du mythe James Dean, la fameuse course de voitures et l’attention portée à toute une génération, celle des adolescents en passe de devenir des personnages à part entière. De belles séquences disent avec justesse la façon dont le monde des adultes se fissure, à travers le portrait pathétique d’un père en mal d’autorité, ou la violence sourde d’une visite au planétarium (à laquelle semble faire écho l’une des belles scènes du Virgin Suicides de Sofia Coppola). Le jeu sur l’espace et la nuit, qui trouve sa pleine expression dans la villa déserte servant de refuge aux protagonistes, est intéressant dans sa quête de recréation d’un monde utopique, notamment par la symbolique de la piscine vide, promesse fallacieuse d’un avenir fantasmé.
La subtilité de certaines prises de vue n’en est pas moins atténuée par le jeu général, voire une psychologie assez grossière des personnages. Natalie Wood est assez peu crédible, tant dans son interprétation que par la façon dont elle passe d’un excès à l’autre, de la bande de voyous à l’amour adulte, et le personnage de Plato plus que pesant dans ses quêtes de parents ou de frère ainé.
C’est donc un ensemble relativement déséquilibré et assez irritant que ce film dont on ne peut nier l’importance, mais qu’il s’agit de recontextualiser. Englué dans certains excès et des archétypes qui ont mal vieilli, il a les maladresses de la transition qu’il introduit. Sa musique, très présente, fait d’ailleurs beaucoup penser à West Side Story qui aura l’intelligence d’exploiter, à travers la comédie musicale, le lyrisme de mise pour traiter de l’adolescence. Ici, la sobriété n’est pas encore de mise, époque oblige, et les successeurs qui lui doivent beaucoup dépasseront sans difficulté le pionnier en la matière.
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Mar 23 Fév 2016 - 7:14

Dans mon souvenir c’était un petit CO et le meilleur film de Nicholas Ray, mais ça fait longtemps, le fait que je n'ai pas souvenir des excès dont tu parles ou plutôt pas souvenir qu'ils ne soient pas totalement attribuables à la tonalité adolescente voulue par Ray ne me suffira pas donc pas à taper sur ta chronique. Razz
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Mar 23 Fév 2016 - 7:16

Ouf. Very Happy C'était vraiment lourd, en fait. Je crois vraiment pas persister du côté de Ray.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Ven 26 Fév 2016 - 8:16




Be kind, remind

Le titre français porte bien son nom : il s’agit d’un film sympa.
Sorte d’invitation à la fabrique de ses films, le récit force donc deux gentils losers à retourner des films effacés par erreur, avec les moyens du bord. Si le prologue est un peu long à se mettre en place, notamment focalisé sur un Jack Black en roue libre (phobique des ondes, complotiste et magnétisé dans une centrale électrique…), toute la partie centrale fonctionne à plein régime. En jeu, deux lignes de fuite : celle d’une revisite des chefs d’œuvre du cinéma suédés (néologisme assez génial et totalement improbable accolé aux films revus et bricolés, et qui ont donné lieu à la fortune des amateurs sur youtube depuis), usine fébrile à idées bricoleuse, ode à l’inventivité poétique. Le plan séquence enchainant les séquences maitresses de 2001, l’Odyssée de l’espace, King Kong ou Carrie est à lui seul un petit chef-d’œuvre, saturé de clins d’œil et d’hommages. L’autre quête, plus discrète, est celle du personnage joué par Danny Glover, décidé à sortir de la ringardise dans son immeuble voué à la démolition pour être standardisé et sa boutique de location de VHS. C’est donc une visite de ce que devient le monde, formaté, en numérique, d’un avenir aseptisé où le cinéma propose moins de diversité, par des gens en uniforme qui n’y connaissent rien. Ce goût très tarantinesque de la cinéphilie comme travail de mémoire (qui lorgne aussi du côté du non moins sympathique Clerks) irrigue tout le film qui prend dès lors les allures d’un conte. Convoquant les grandes œuvres du 7ème art comme les plus populaires (de Ghostbuster à Robocop), le rap et le jazz, Michel Gondry valorise l’esprit communautaire. Travail collectif, maelstrom culturel, retour aux sources par l’histoire de Fats Waller, c’est aussi une défense passionnée de la fiction, ce mensonge salvateur dans lequel se projettent toutes les tendresses humaines.
Rembobiner : un programme qui pourrait sembler réac et passéiste, mais qui ne glisse jamais sur cette pente, en évitant de même les excès inhérents au conte, à savoir un happy end qui verrait le rouleau compresseur capitaliste vaincu par les bonnes âmes. La dernière image est celle d’un envers d’une très belle symbolique : la toile sur laquelle le film était projeté pour les happy few à l’intérieur du vidéoclub est scrutée par le quartier entier de l’autre côté de la vitrine. Ce thème du message lisible dans les deux sens traverse tout le film : par le message cryptique de Fletcher sur la vitre du train, un temps illisible pour les deux écervelés, dans le travail sur la structure du film sur Waller lorsqu’on envisage de commencer par sa mort, et que le personnage de Black demande s’il faudra alors parler à l’envers, et enfin par la structure du méta-film lui-même, puisqu’il commence par les extraits du projet final des protagonistes sur Fats Waller. Gondry l’affirme donc avec malice : rembobiner, certes, ne pas s’adonner à l’idolâtrie d’une modernité insipide, mais pour mieux agir, fédérer un inventer ensemble une vie un peu plus savoureuse.
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Sam 27 Fév 2016 - 3:23

Oui c’était bien sympa ce film. Grosse affection pour Mos Def au ciné d'ailleurs malgré ses talents d'acteur limités, cf. ses rôles dans H2G2 I love you ou Braquage à l'italienne.
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Sam 27 Fév 2016 - 6:30



De l’autre côté du mouroir.

Il fallait bien un labyrinthe pour organiser ce tortueux carrefour entre histoires et Histoire, entre contes et réel. Le labyrinthe de Pan est une odyssée tout à fait passionnante, un double parcours qui parvient à un point d’équilibre ténu entre le fantastique et l’historique, au profit d’une émotion authentique.
En faisant de son héroïne une enfant, del Toro permet ce point de bascule : le récit ne cessera d’aller et venir entre sa quête, rivée au conte de fée, et le décor extérieur dans lequel les conséquences de la guerre civile espagnole font rage.
Mais, loin d’en constituer une échappée un peu vaine, l’incursion dans l’imaginaire en est davantage le miroir déformant : l’horreur est partout, est l’un des grands mérites du film est de ne pas avoir fait de concession dans l’objectif d’élargir son public. On a beau traiter des enfants et de leur univers onirique, le réel s’invite et le contamine. De ce fait, l’organique, la bave, la boue, le sang, sont les souillures nécessaires à l’initiation qui ne se fera pas sans douleur. L’imagerie est aussi belle qu’effrayante, renvoyant aux toiles de Goya, inventive dans ses créatures (très belle idée de ces yeux dans les mains qu’on pose ensuite sur le visage), visions outrées d’un drame qui se joue dans la cellule familiale.
Car l’extérieur, renvoyant au film historique, plonge tête baissée dans les horreurs d’une guerre civile. Alors que la nation se déchire dans une lutte fratricide, la cellule familiale semble en pleine décomposition, n’en déplaise aux curés qui voudraient garantir une stabilité de facade. La famille d’Ofelia est à la fois recomposée et décomposée, pourrie dès l’origine par des mystères étranges sur l’origine du couple, tout comme le rapport du beau-père à son propre père qui semble le hanter. Dans cette demeure sylvestre, nimbée d’une splendide photographie, la nuit n’est pas tant le relai vers l’imaginaire (cantonné à la seule jeune fille, qui a la possibilité de tracer des cloisons à la craie pour s’en extraire) que vers la forêt des clandestins, deux mondes qui cohabitent et créent tout un réseau de double jeu.
Violente, pessimiste, saturée de nuit, la fable a tout du cauchemar éveillé : une course au sacrifice, une imagerie à la fois gore et tragique, dans lequel toutes les factions (nationales, familiales, fraternelles) s’entretuent. Reste l’acceptation de la mort, et de ce fait, le dénouement, qui n’est rien d’autre qu’un retour à l’image première, est à double tranchant : une victoire, certes, mais aussi et surtout une illustration radicale de ce que supposerait le passage de l’enfance au monde des adultes et des hommes : une mise à mort, symbolique ou non, par ceux qui la peuplent et vous initient à sa violence barbare.
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Sam 27 Fév 2016 - 11:52

Cool on arrive encore à s'entendre par moments. cheers Mon Del Toro préféré avec Cronos, trop sous-estimé celui-ci par contre.
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Lun 29 Fév 2016 - 6:37

Allez mon lapin, on crève l'abcès et on en parle plus après :



On ne cabotine pas avec l’amour

Il est certaines filmographies qu’on suit depuis si longtemps qu’il nous vient l’envie irrépressibles de combler ses petits manques. Des frères Coen, il ne me manquait que celui-ci, et le suivant, à la réputation encore pire, Ladykillers.
Les Coen, c’est un peu comme Woody Allen : pour peu qu’on ait gouté et apprécié leur univers, on a foncièrement envie d’y retourner. Ici, le prologue annonce la couleur : grotesque et outrancier, le monde matrimonial et ses manigances entre avocats ne va pas s’embarrasser de psychologie ou de finesse.
Au centre des débats, Clooney cabotine comme rarement et son endive de comparse, Zeta Jones se contente de laisser ses cheveux jouer à sa place.
Le film se voudrait une relecture des comédies de remariage mâtiné d’un screwball, et c’est tout sauf réussi. Pesant, très rarement drôle, incohérent au possible, il est en tout point indigne du talent des frangins en matière de comédie, qu’elle soit grinçante (Fargo) ou loufoque (The Big Lebowski), absurde (Barton Fink) ou bon enfant (Le Grand Saut).
Le problème majeur réside dans l’absence évidente de distance par rapport au sujet. Si, par exemple, Burn After Reading était aussi un opus mineur, il s’attachait à portraiturer des imbéciles et pouvait brandir l’excuse de la parodie. Ici, la tournure de romance que prend le récit fait des personnages des fantoches dénués de toute substance, désactivant tout attachement à leurs frasques ineptes qu’ils tentent de compenser dans des grimaces fatigantes.
Il reste un point positif à ce film : les coups de mou peuvent exister sans pour autant condamner une carrière entière : succèdera à cette période des splendeurs comme No Country for Old Men ou Inside Llewyn Davis. Leur retour récent à la comédie avec Avé Cesar, s’il n’est pas non plus un sommet dans leur potentiel comique, reste honorable par rapport à cette petite chose oubliable.
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Lun 29 Fév 2016 - 8:37

Nulladies a écrit:
des splendeurs comme No Country for Old Men ou Inside Llewyn Davis

Mouarf, leur film le plus inintéressant avec Ladykillers (qui a mérité sa réputation lui). Pour le reste ouais même pas la peine de t'en parler je crois, je m'interroge simplement sur l’intérêt de chroniquer un film que l'on n'a de toute évidence pas cherché à comprendre.

Nulladies a écrit:
le récit fait des personnages des fantoches dénués de toute substance

... voire de parler de cinéastes que l'on a pas vraiment compris parce que justement tout est là, depuis le début, le sujet même du cinéma des frères Coen, des personnages confrontés à la prise de conscience de leur propre néant existentiel. Dans ce film tout tient dans une scène, d'une tristesse absolue, et il faut remonter au Grand Saut, loin d’être "bon enfant", pour retrouver dans leur filmo une œuvre dont chaque détail visuel, chaque décor, chaque situation, chaque tournure du récit est une métaphore de ce vide et de la seule chose qui peut lui donner un sens, l'amour et l'empathie pour un personnage tout aussi dénué de substance. Donc non "le récit" ne "fait" pas des personnages des fantoches dénués de toute substance, il les confronte à une situation qui va leur en donner suffisamment, de la substance, pour se sauver les uns les autres de cet abime existentiel devenu insupportable.
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Lun 29 Fév 2016 - 9:13

mouais. J'ai vu vraiment aucun indice qui permette de me donner cette clé.
Et c'est quoi la scène en question ?
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Mar 1 Mar 2016 - 7:10

Bah tu es bon pour revoir tout le film alors, parce que c'est de loin leur meilleur la décennie passée. Ce qui est dommage avec Le grand saut comme avec celui-là c'est que leur manque apparent de sérieux les empêche d’être pris suffisamment au sérieux pour qu'on veuille bien prendre la peine d'en interpréter les métaphores de scénario, de dialogue ou de mise en scène. Barton Fink c'est certes plastiquement superbe (moins que Le grand saut mais bon), Turturro est génial (moins que Tim Robbins mais bon) mais si on le considère unanimement comme un chef-d’œuvre c'est tout bonnement parce que la crise existentielle du personnage est le sujet ouvertement proclamé du film. Il aborde pourtant la question avec infiniment moins de profondeur que les deux films sus-nommés.

La scène en question sinon c'est celle du speech à la convention d'avocat bien sur, où Clooney - qui est formidable dans chacun des films des Coen il faut le dire car absolument personne d'autre au monde ne pourrait incarner ce mélange de stupidité absolue, de classe fake et de désespoir sous-jacent - fait passer toute cette prise de conscience dont je parlais plus haut. Il faut lire entre les mots, et surtout sur son visage qui exprime enfin ce que le vernis du poseur recouvrait jusqu'ici.
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Mar 1 Mar 2016 - 7:12

Si je le revois un jour, ce sera en pensant à toi, promis. Wink
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Mar 1 Mar 2016 - 7:13



Ghosts in the jail

Le génie en roue libre comporte toujours son lot de surprise. Depuis que Coppola fait ce qu’il veut, il réinvente le temps et le langage (L’homme sans âge), expérimente toutes les esthétiques possibles (Tetro), et le voilà qui s’attaque au film d’horreur.
Quoi qu’on en dise, le fil rouge existe bien entre ses trois derniers délires : un primat très net accordé à la forme, un fond plutôt obscur, à la fois référentiel et atypique.
Le mérite de Twixt, en comparaison avec la prétention des deux essais précédents, réside dans sa dérision. Dès l’introduction, l’absurde le dispute à l’horrifique, le conte noir à l’enfilade de clichés, et c’est avant tout à un jeu de piste que semble nous convier le cinéaste.
L’univers est d’autant plus codifié que les moyens pour le signifier sont outrés : noir et blanc lustré duquel émergent d’uniques couleurs, souvent le rouge, (un rappel en expansion des expériences de Rusty James) plans obliques, accompagnés d’un grand travail sur le son.
Les références sont à peines voilées, tantôt aux labyrinthes de Lynch sur les beautés vénéneuses et oniriques de Lost Highway ou Mulholland Drive, ou au Shining de Kubrick quant à la panne d’inspiration de l’écrivain alcoolique, voire au Vertigo d’Hitchcock par les escaliers escarpés menant au clocher.
La question est de savoir si quelque chose émerge de la menace constante du grotesque généralisé. Pour peu qu’on s’immerge dans les méandres insolubles et qu’on laisse cette imagerie fantastique se déployer, oui. Une fascination, une certaine mélancolie, même. Dans les arcanes de l’inspiration, le jeu des lieux communs (la jeune fille blafarde et spectrale, le motard marginal citant Baudelaire, le prédateur d’enfants) est une réponse à la vie réelle, une expansion de ses drames, d’un mariage raté, d’une carrière minable et du deuil de l’enfant.
Ce mélange d’amateurisme assumé sur le plan narratif et de travail outré sur la forme accouche d’une œuvre hybride qui marque le spectateur, tant par son audace un peu délirante que par certaines fulgurances visuelles.
On ne sait pas si c’est là le dernier film de Coppola, mais quoi qu’il en soit, on attend avec une véritable excitation le suivant : tout est désormais possible. Et, lorsqu’on constate à que point certains maitres ne parviennent qu’à refaire indéfiniment le même film, à l’instar de Woody Allen, on ne peut que s’en réjouir.
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Mar 1 Mar 2016 - 7:25

Oh non... sérieux... aux deux chefs-d'oeuvre précédents (qui n'ont rien de "délires", non mais franchement Shocked ) tu préférés ce film ultra-bancal, kitsch et plus grotesque encore dans le propos que dans la forme ? Je meurs un peu à l’intérieur en te lisant, là... Sad  Je crois qu'il faut remonter à Jack pour retrouver un truc aussi foireux et repoussant dans sa filmo.

Nulladies a écrit:
Si je le revois un jour, ce sera en pensant à toi, promis. Wink

Je perds pas espoir qu'un jour quand les Coen seront vraiment compris (on a trop tendance à les considérer comme des touches à tout ayant une patte mais pas d'univers) on célébrera enfin ces films soi-disant mineurs comme on vante aujourd'hui Un, deux, trois ou Kiss Me Stupid de Wilder, démontés par la presse en leur temps. Des exemples pas choisis au hasard parce que si le scenar peut faire illusion c'est bien avec Wilder, cinéaste de l'empathie comme remède au vide existentiel et des fêlures sous le vernis social, qu’Intolérable Cruauté a dans le fond le plus de points communs, pas avec Lubitsch ou Hawks.
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Mar 1 Mar 2016 - 7:28

Je sais pas, c'est tellement outré qu'il en ressort quelque chose de malade et de presque touchant. Evidemment, c'est une expérience à faire une fois, puis on passe à autre chose, mais c'est vrai que Coppola et son parcours me fascinent.

Pour les Coen, je suis d'autant plus d'accord avec toi que j'ai revu, comme tu l'as vu, le Grand Saut et ça m'a frappé de voir à quel point ce film est grand, caché sous sa tonalité de petite comédie innocente. Alors voilà, promis, je lui redonnerai sa chance un jour.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Mar 1 Mar 2016 - 7:44

Ah tant mieux alors ! Faudra faire pareil avec Burn After Reading. geek

Moi les deux Coppola précédents m'ont bouleversé, mais on en est loin avec avec celui-là, entre les gros plagiats qui tiennent plus du pastiche que de la référence (on y voit beaucoup de Mario Bava, aussi), la photo DV totalement hideuse et le gothique de pacotille, pour moi rien à voir avec un Tetro et sa magnificence visuelle absolue. Par contre pour être honnête et toute réaction à chaud mise à part j'admets avoir été touché par certains aspects du film, la rencontre avec Edgar Poe notamment, et bien entendu toute cette laideur est justifiée puisqu'elle n'est finalement qu'une extension des névroses du personnage, écrivain d'horreur de seconde zone. Le film ose, c'est clair, mais comment préférer un film qui fait feu de tout bois sans peur du ridicule et se prend les pieds dans le tapis à deux films qui osaient bien plus - L'homme sans age surtout dans sa construction, son ambition visuelle, les multiples incarnations des personnages - et avec une telle classe formelle et narrative ? D'autant que ces deux films m'ont énormément travaillé après leur visionnage au contraire de Twixt finalement plus facile d’accès et dont on a vite fait le tour pour n'en retenir que les défauts.
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Mar 1 Mar 2016 - 9:08

RabbitIYH a écrit:
Bah tu es bon pour revoir tout le film alors, parce que c'est de loin leur meilleur la décennie passée.
affraid

RabbitIYH a écrit:
Clooney - qui est formidable dans chacun des films des Coen
affraid affraid

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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Mar 1 Mar 2016 - 13:42

Aha je savais que ça ferait réagir. geek
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Jeu 3 Mar 2016 - 6:24



Compromissions impossibles

Revoir une Séparation peut ne pas lui rendre service. Lors de sa découverte, ce fut un choc assez terrible, quelque peu nuancé depuis par le prolongement du Passé qui exhibait avec un peu trop de lourdeur sa mécanique d’écriture, et qu’on est tenté de retrouver ici, passé l’enthousiasme premier.
C’est sur les fausses pistes que se construit ce récit, autant de fils et de repères qui vont progressivement interagir au point de former un écheveau inextricable. Dans un premier temps, le spectateur occidental plaque son regard critique sur une société dont il faut fuir à tout prix. C’est ce que semble indiquer cette première séquence en plan fixe, filmée du point de vue du représentant administratif, où l’on demande à l’épouse les raisons qu’elle a de vouloir quitter le pays et divorcer de son mari qui refuse d’y abandonner son père.
Le sujet est déjà assez puissant pour qu’on y voie la trame principale, mais il n’en sera rien. Alors que le mari peut passer pour un réactionnaire, la suite du développement le montre au contraire on ne peut plus progressiste avec sa fille de 11 ans, et préoccupé à juste titre du sort de son père, atteint d’Alzheimer.
Mélange des générations dans cette cellule familiale presque bourgeoise, et tentée en partie par les opportunités qu’offrirait l’occident. Asghar Farhadi va alors ajouter l’élément qui manquait, l’intrusion d’une autre classe sociale, plus populaire et pieuse, par la femme de ménage et son mari.
Les sujets sont désormais légion : le poids de la religion dans les pratiques, le travail des femmes, la fracture sociale, la façon de gérer un débat, entre la violence primaire de l’homme du peuple et la rhétorique condescendante, voire machiavélique de l’intellectuel.
Farhadi enferme sa petite communauté dans une série de lieux aussi clos que son intrigue retorse : l’appartement, admirablement filmé, avec ses parois vitrées et ses cloisons étouffantes, le bureau trop exigu du juge ou les couloirs bondés où l’on patiente. Les comédiens sont tous impeccables, et la valse des partis pris proprement vertigineuse : formatés qu’il est à vouloir à tout prix déterminer à qui donner tort ou raison, le spectateur suit et revire au gré de ce véritable thriller moral.
Chaque personnage ment. Chaque personnage à ses raisons. Chacun se compromet. Tout au plus peut-on sauver l’épouse et son désir de rétablir la vérité, ou la fille. Le plus terrible réside sans doute dans la lucidité portée sur cet enfer pavé de bonnes intentions : la façon, par exemple, dont on ne cesse de dire à la fille que c’est à elle de choisir, qu’on rétablira la vérité si elle le demande, procède d’un chantage proprement intenable, tout comme on utilise la foi puissante des plus démunis pour les coincer en les menant au parjure sur le Coran.
Une séparation n’est pas un film sur la société iranienne ou sur la corruption du système : il explique avec une radicalité exténuante que les individus se débrouillent très bien tout seul pour s’entredéchirer.
Dans ces débats sans fin et ces twists (un brin forcés sur la fin), l’essentiel se joue dans le silence : c’est le regard noir de la fillette porté sur les adultes qui la tourmentent, les larmes de celle qui pourrait être sa grande sœur et qui doit choisir entre son père et sa mère. Car cette première intrigue éponyme qu’on avait presque oubliée refait surface et prend une nouvelle tournure : personne ne gagne dans cette mécanique maléfique.
Il y a de quoi jubiler lorsqu’on veut fustiger la médiocrité humaine, mais on peut aussi se questionner sur la facilité à mettre en place une telle structure : la critique est aisée, mais l’art de vivre difficile.
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Jeu 3 Mar 2016 - 6:25



Very mad trip

Avant même de se pencher plus avant sur ses abîmes, Wake in Fright a tout pour séduire : un long sommeil depuis sa sortie, une aura de film sans concession, des scènes réelles de massacre de kangourous et une plongée dans les bas-fonds de la nature humaine, entre biture, baston et canicule.
Le propos est universel : à l’écart du monde git l’homme primal, et lui rendre visite ne fait pas du bien. Sur cette trame proche du Delivrance de Boorman, Ted Kotcheff dresse une galerie de portraits bruts, tous portés par une interprétation imparables. Virilité alcoolisée, nymphomanie désœuvrée, la parenthèse désenchantée du personnage principal, instituteur coincé dans ce lieu de perdition, a tout du film d’horreur. Les décors participent largement à ette atmosphère, alternance entre l’outback australien, nature aride constellée de pustules, bicoques insalubres dans lesquelles se terrent des hommes à l’état sauvage. Le plan initial, qui présente à 360° le désert et deux baraques de bois, ne dit pas autre chose : un western sans action, une scène délaissée depuis longtemps par la geste héroïque.
On pourra s’indigner sans difficulté de cette immersion quasi documentaire aux racines du mal qu’on appelle l’humanité, et dans laquelle le climat semble favoriser les déviances, à l’image du Twenty-nine palms de Dumont. Violence, excès, abrogation du langage, échanges fondés sur les coups et la fureur suffisent à dresser le portrait nihiliste de notre race humaine.
Mais il faut décaper Wake in Fright de tous le vernis culte qui l’engonce pour saisir ce qui en fait une véritable pépite noire.
Contrairement au western ou au film d’horreur, son parti pris est de ne jamais réellement juger ses personnages, de ne proposer aucune catégorisation. Alors que le spectateur est sans cesse dans l’attente d’une révélation frontale propice à la condamnation, le récit ne cesse d’emprunter des voies de traverse : la violence avec laquelle on réagit quant Grant refuse un verre en est le symptôme : on y voit des psychopathes, ce ne sont que des hospitaliers. Il en va de même pour l’unique personnage féminin, qu’on considère d’abord comme une victime, avant de déceler en elle une attitude libertaire et, selon le médecin, en accord avec elle-même. Ce dernier est d’ailleurs la figure la plus fascinante, médecin alcoolique sans attache, moitié clochard, moitié noceur, ayant trouvé son équilibre dans la crasse et la débauche, philosophe à la marge accepté par ses semblables.
Tout semble affaire de consentement : de ce point de vue, Bundanyabba fait figure de contre-Eden : un enfer permissif où l’on reprendrait contact avec ses racines. Éphémère pour l’homme civilisé, permanent pour ceux qui l’ont invité avec insistance. Et c’est bien dans cette posture ambivalente que se situe toute l’intelligence retorse de ce trip aussi malade que roboratif.
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Jeu 3 Mar 2016 - 8:22

Ouais Une séparation c'est pas mal du tout mais c'est tout à fait l'impression que j'avais eue, déjà, loin d'un choc me concernant. Et puis ça manque de singularité tout ça, dans le paysage saturé des films intimistes sur fond politico-social.
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MessageSujet: Re: En visionnage : DVD / Divx / vhs / Super 8....   Jeu 3 Mar 2016 - 8:44

Tu as vu Wake in fright ? Parce ce que ça vaut le coup.
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