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 [Cycle] Akira Kurosawa

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Nulladies
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MessageSujet: [Cycle] Akira Kurosawa   Mar 6 Jan 2015 - 6:37

1. La légende du grand judo, 1943
2. L'ange ivre, 1948
3. Le Duel Silencieux, 1949
4. Chien enragé, 1949
5. L'idiot, 1951
6. Vivre, 1952
7. Les sept samouraïs, 1954
8. Vivre dans la peur, 1955
9. Le château de l'araignée, 1957
10. La forteresse cachée, 1958
11. Les salauds dorment en paix, 1960
12. Le garde du corps, 1961
13. Sanjuro, 1962
14. Entre le ciel et l'enfer, 1963
15. Barberousse, 1965
16. Dodes'kaden, 1970
17. Dersou Ouzala, 1975
18. Kagemusha, 1980
19. Ran, 1985
20. Dreams, 1990


Dernière édition par Nulladies le Ven 9 Jan 2015 - 6:43, édité 1 fois
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Mar 6 Jan 2015 - 6:37



Regard martial.

Le premier film d’Akira Kurosawa, en dépit du grand succès qui l’accompagne, peine dans un premier temps à s’imposer : amputé par la censure, d’une durée de 1h15, il pourrait n’être vu que dans une perspective encyclopédiste pour qui voudrait connaitre le maitre japonais à ses débuts. Elliptique (forcément, et à son insu), un brin superficiel dans ses portraits, il est tout de même judicieux de lui accorder le regard qu’il mérite.
Le récit ne cesse de jouer sur la dualité et les parcours en demi-tour. Associé à une bande, le protagoniste rejoint le camp adverse. Partisan du jujitsu, il devient le champion d’une nouvelle discipline, plus jeune et mal vue, le judo. En face du maitre vénéré, il se distingue par sa fougue et son immaturité, et tombe amoureux de la fille de son adversaire. Les voies retorses de son initiation sont certes bien rapides, elles établissent un dédale qui, comme on le verra dans toute la tradition des films à venir sur les arts martiaux, mêlent accomplissement personnel et philosophie universelle.
Au-delà de la dimension humaine, le film vaut surtout pour certaines séquences qui posent clairement les jalons du grand cinéma à venir. Une bataille dans la neige, l’omniprésence de l’eau (dans laquelle on jette les ennemis, mais aussi où se plonge le disciple pour se mortifier et méditer face à un nénuphar lumineux une nuit durant) et des combats d’une grande précision attestent d’une maitrise incontestable. Cadrage, poursuite des regards d’une foule qui converge vers l’assaillant jeté sur les parois, le regard est profondément dynamique et s’oppose aux plans fixes des visages, notamment celui de la dulcinée qui ébranle le protagoniste.
La dernière séquence fera oublier bien des réserves, tant elle récompense le spectateur. Duel à mort dans les herbes hautes, éclairées avec virtuosité, ondulant dans un scintillement plus proche de l’Ordet de Dreyer que de la luxuriance de l’Onibaba de Shindo, cet affrontement sublime élève le film vers les cimes d’un cinéma qui devra désormais compter avec son jeune auteur.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Mar 6 Jan 2015 - 8:20

Bah bah bah... CO, déjà, point barre. geek La perfection de l’épure, perso dans sa veine d’époque j'en vois pas beaucoup des meilleurs jusqu'aux deux merveilles des dernières années qui feront tes 17 et 18. La forteresse cachée peut-être.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Mer 7 Jan 2015 - 1:24

Sinon pour voir une vraie curiosité du Kurosawa qui se cherche (parce que bizarrement ce premier film est quand même particulièrement personnel et abouti - c'est l'un des films japonais les plus cités comme influence d'ailleurs, mètre-étalon du film d'arts martiaux mais aussi l'un des favoris de Johnnie To qui lui rend hommage à plusieurs reprises très ouvertement), il y a Les hommes qui marchent sur la queue du tigre, celui-là aurait très bien pu être un premier film pour le coup ! J'en garde pas grand souvenir ceci dit, sinon qu'il m'avait fait sourire parfois, et plongé dans l'ennui, souvent.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Jeu 8 Jan 2015 - 6:58

@RabbitIYH a écrit:
Sinon pour voir une vraie curiosité du Kurosawa qui se cherche (parce que bizarrement ce premier film est quand même particulièrement personnel et abouti - c'est l'un des films japonais les plus cités comme influence d'ailleurs, mètre-étalon du film d'arts martiaux mais aussi l'un des favoris de Johnnie To qui lui rend hommage à plusieurs reprises très ouvertement), il y a Les hommes qui marchent sur la queue du tigre, celui-là aurait très bien pu être un premier film pour le coup ! J'en garde pas grand souvenir ceci dit, sinon qu'il m'avait fait sourire parfois, et plongé dans l'ennui, souvent.

Oui, bon, vu que je vais probablement en rajouter encore un, je vais peut-être en rester là, 20, c'est pas mal. Smile
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Jeu 8 Jan 2015 - 6:59



L'ange ivre.

Le vieil homme et la mare.

Remonter aux origines de la filmographie de Kurosawa révèle son talent pour évoquer ses contemporains ainsi qu’un flair inné pour dénicher les comédiens de talent. Bien avant la prestigieuse collaboration qu’on connait, ce film réunit déjà, en 1946, les grands Mifune et Shimura dans un duo fantastique.
La gueule d’ange yakusa (Mifune) se voit contrainte de s’imposer les services d’un médecin colérique et porté sur la bouteille (Shimura). Dans cette association mal assortie, chacun a donc sa part d’ombre, et nul ne consent à céder du terrain à celui qui d’un côté frappe, de l’autre éructe.
En extension de leurs orageuses rencontres, le quartier qui les entoure est dévoré par une gigantesque mare d’eau croupie, métaphore maladive de la tuberculose qui ronge le caïd, mais aussi des activités criminelles qui gangrènent le quartier.
Film sur la rédemption et tragédie sur l’impossibilité de totalement s’extraire, qui d’une dépendance, qui d’un cercle mafieux, L’Ange Ivre bénéficie de toute la finesse et l’empathie de Kurosawa pour ses personnages. Complexes, attachants dans leurs contradictions, chaque individu tente à sa manière d’infléchir les lois d’un milieu qui résiste de toute son inertie. Le passé menace à travers la sortie de prison d’un criminel, le futur affirme l’avancée de la maladie, tandis que le présent se délite et révèle les signes violents de la fin du règne, dans les bars, au dancing, dans la rue. A de nombreuses reprises, la rechute et le retour du tragique ponctuent ce parcours qui semblait se diriger vers la lumière et ne sera qu’une descente d’autant plus infernale qu’elle s’accompagne d’une lucidité croissante.
Autour des deux personnages complémentaires, la figure féminine se décline : la mante religieuse, qui acte le passage de relai d’un chef de quartier à un autre ; l’ancienne victime traumatisée sur la voie de la rédemption (l’assistante du médecin) mais rattrapée par son passé : dans cet univers binaire, il faut choisir son camp, celui des criminels ou des victimes.
Crescendo dense et rageur vers les abimes, L’ange ivre converge vers un affrontement grotesque et violent, où les deux caïds sur vautrent dans la peinture, s’échangent et perdent tour à tour leur lame sans parvenir à garde une contenance ou une quelconque prestance.
L’échec semble donc être celui qui conclura Vivre, dans un autre registre. Mais avec la même finesse, Kurosawa substitue à la mort spectaculaire du protagoniste la rémission discrète et solaire d’un personnage secondaire, une jeune fille de 17 ans sauvée par les soins du médecin.
La mare est toujours là, et elle en fait le tour en courant pour lui annoncer la nouvelle, dans ce panorama urbain dont le cinéaste a le secret, aussi désenchanté que puissamment humaniste.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Ven 9 Jan 2015 - 6:45



Les plus désespérés sont les gens les plus beaux.

En grand humaniste, Kurosawa a souvent utilisé la figure du médecin dans ses films, qu’il s’agisse de l’Ange Ivre ou bien entendu la somme Barberousse. Dans cet opus des débuts, qui succèdes à l’Ange Ivre et réunit une nouvelle fois le duo Mifune/Shimura, la figure du soigneur est à nouveau mise à mal, par un démon intérieur autrement plus insidieux que celui de l’alcool ou de la rage qui ravageait Shimura. Infecté par erreur durant une opération en temps de guerre, le médecin incarné par Mifune revient à la vie civile avec la syphilis et se mure dans la honte silencieuse. Prolongeant ses fiançailles avec la femme qu’il aime en espérant guérir, il finit par lui annoncer son refus, le virus ne quittant pas son corps.
C’est donc dans l’altruisme et le sacrifice d’une activité incessante, épaulé par son père (Shimura) dans leur clinique, que Kyoji noie sa détresse.
Tout le talent de Kurosawa est déjà présent pour caractériser en quelques scènes les personnages secondaires qui vont venir épauler le protagoniste, et le plus souvent parler pour lui : l’infirmière évoluant de la haine à la solidarité, le père, soutien infaillible, et la femme aimée, déchirée par cet amour qu’on force à s’achever. Autour d’eux, quelques scènes sur les malades occasionnent cette galerie de portraits chers au cinéaste, empathie pudique et lumineuse sur les enfants, les vieillards, et qui prendront une place prépondérante dans Barberousse.
Le Duel Silencieux est clairement une tragédie, et c’est peut-être là que son équilibre vacille légèrement. La rencontre avec Nakata, l’infecteur, permet une évolution assez intéressante du récit : malade insouciant, égoïste et provocateur, il a tout de l’evil twin du personnage principal. Lui n’a renoncé à rien, et infecté ainsi son épouse et leur enfant à naitre, que le médecin s’acharnera à soigner comme il le pourra. Ce duel contre le malade, cette aide à son insu est ce qui faisait déjà la force de l’Ange Ivre. C’est ici un peu plus manichéen, et la tragédie associée au mélo occasionne quelques échanges un peu sur-explicités, voire répétitifs.
Mais Kurosawa sait dépasser ces maladresses dans un final d’une grande pudeur, où la paix sacrificielle et la vie alentour semblent reprendre leurs droits pour poser la vraie question qui pourrait s’appliquer à bien des personnages héroïques de sa filmographie : « S’il avait été heureux, il serait peut-être un homme ordinaire ».
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Ven 9 Jan 2015 - 9:26

Pas vu celui-là, je note... sans lire pour le moment donc. Wink
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Sam 10 Jan 2015 - 6:58



Chronique d’une mort magnifiée

Watanabe n’apprendra que tardivement que tous ses collègues le surnommaient « La momie ». Mutique, prostré sur son bureau, au sein d’un service municipal qui lui aussi ploie sous une pile insondable de dossiers, il fait corps avec l’administration, sans lever la tête, résigné et « mort depuis 25 ans ». Délivrée par la voix off, cette conclusion ne pouvait l’être par lui-même, ayant perdu la parole face aux autres, mais surtout renoncé à écouter toute aspiration individuelle au bonheur.
Difficile de ne pas penser à L’Ombre d’un Homme à la découverte de ce personnage fabuleusement incarné par Takashi Shimura : le zoom sur un être invisible est le même, et l’empathie toute aussi puissante. A la retraite du film anglais répond un impératif autrement douloureux, celui d’une mort annoncée, à la fois par le narrateur et un inconnu dans une salle d’attente, terrible tirade qui dévoile une vérité que même les médecins préféreront taire.
Face à l’ultimatum, la première réaction est celle de rattraper le temps perdu : l’épicurisme dépensier semble être de mise, et notre handicapé social se lance à l’assaut de la ville et ses plaisirs : jeux, alcool, compagnie féminine, panorama festif qui rappelle les fastes de l’Aurore, mais qui ne dure qu’un temps fugace : même la collègue solaire et mutine semble se faner à son contact.
[Nombreux spoils]
Kurosawa a toujours cherché la vérité de ses personnages, que ce soit dans L’Idiot ou L’Ange Ivre : soit en les dévisageant, soit en leur accordant la durée pour s’exprimer. Face à cet être inaccessible, il propose un parcours fondé d’abord sur le silence, puis l’illusion et enfin la révélation. Décidé à aider les autres, Watanabe se lance dans la création d’un parc, en réponse à un groupe d’habitants qu’on renvoyait d’un bureau à l’autre dès le début du film et que le spectateur lui-même avait fini par oublier.
Dans toutes les sphères, la communication est entravée. Si la mairie multiplie les services comme autant de barrière face aux citoyens, la dimension familiale souffre des mêmes travers : incapable de révéler à son fils sa condamnation, Watanabe laisse un malentendu s’installer sur sa dépense pour une maitresse, et se mure encore davantage dans le silence.
A ce point de ce long film de près de deux heures et demie, la rédemption semble atteinte, et l’on pense pouvoir en rester là. C’est d’ailleurs ce que semble acter la narration qui propose une ellipse brutale de cinq mois pour nous mener aux funérailles du protagoniste.
Alors que les collègues et l’échevin lui-même saluent poliment la mémoire du défunt, un récit assez proche de Rashomon se met en place : kaléidoscope de souvenirs et de témoignages divers, il reconstitue par fragments la quête ultime de celui qui est devenu un héros très discret. Conversation posthume avec celui qui ne délivra que quelques bribes de lui-même, on prend progressivement la mesure de son parcours, de sa maladie et de son sacrifice, lui érigeant le temps d’une soirée de plus en plus extatique et alcoolisée une statue éphémère.
Watanabe peut être considéré comme un prolongement de Sanada, le médecin colérique de l’Ange ivre interprété aux antipodes par le même et décidemment génial Shimura : celui-ci hurlait contre les enfants qui jouaient près de la mare croupie, alors que le fonctionnaire va silencieusement l’assécher pour y planter des balançoires.
La séquence résolument prolixe des funérailles a ceci d’habile qu’elle oppose deux formes d’expression : d’un côté, la reconnaissance posthume d’un muet ; de l’autre, la récupération politique et dévoyée de ses actes, à travers le personnage de l’échevin qui fait taire les critiques et impose un mérite usurpé. Face à lui, l’irruption du peuple et de ses larmes sincères consolidera encore la charge dénonciatrice de Kurosawa. Celle-ci ira plus loin encore lorsque, de retour au bureau, on verra se reproduire l’inertie et l’indifférence face aux nouvelles requêtes.
C’est donc dans le silence que tout s’achève, mais un silence riche de contradictions fécondes : celui du pouvoir politique qui se maintient dans le mensonge et la manipulation, de ses sbires qui se soumettent sans dignité ; mais aussi et surtout celui d’un homme qui meurt sur une balançoire en chantonnant, initiant un mouvement que les enfants reprendront à leur compte sous l’œil ému d’un témoin unique. Inscrit dans ce plan si cher à Kurosawa, une contre plongée urbaine où le ciel occupe un large espace derrière la silhouette, le collègue se fait, toujours en silence, passeur de gratitude face à ce mouvement modeste certes, futile même, mais nécessaire et rédempteur.
Un immense film.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Sam 10 Jan 2015 - 9:11

cheers
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Dim 11 Jan 2015 - 7:25



Ecran total

Quand on s’attelle au chef-d’œuvre d’un des plus grands cinéastes de l’histoire, l’humilité et la fébrilité paralysent quelque peu ; le film total qu’est Les 7 samouraïs mérite davantage qu’une modeste critique, et les remarques ci-dessous sont autant d’esquisses qui pourraient renvoyer aux chapitres d’un livre entier à son sujet.

Film d’aventure, humaniste et flamboyant, Les 7 samouraïs frappe avant tout par sa structure. Autour d’une intrigue finalement très simple, la préparation d’un groupe de samouraïs à la défense d’un petit village paysan attendant avec crainte le retour de pillards, le récit fleuve de 3h30 va littéralement hypertrophier son exposition. Loin de saboter sa dynamique, c’est par ce principe même que le film va passer d’un simple western revisité à la nippone à un chef d’œuvre humaniste intemporel.

« Une bataille sans or ni gloire »
Kurosawa a, dès les débuts de son œuvre, accordé une importance capitale à ses personnages, notamment par l’attention visuelle portée sur leur visage. La double exposition des paysans et des samouraïs ne déroge pas à la règle, et nous rend progressivement complice de cette très vaste galerie de personnages que chaque séquence va contribuer à caractériser avec un tact et un sens du portait rarement égalés, si ce n’est par le maitre Ford dans ses films les plus empathiques comme Quelle était verte ma vallée ou Les Raisins de la Colère. Spectateurs passifs, les paysans édentés et soumis vont se prendre en main et mettre en branle un casting de héros censé les seconder : cette originalité va conduire toute la dynamique du film, sur le statut des samouraïs, non seulement à leur service pour pouvoir se nourrir, mais aussi en rivalité avec eux. S’interdisant toute vision binaire, Kurosawa s’attarde sur la cohabitation et les méfiances de deux castes obligées par nécessité de vivre avec l’autre : on se méfie de l’ascendant sur les femmes des uns, on fustige la cupidité des autres, on craint la violence des héros quand ceux-ci se sentent manipulés et proie au mensonge.
Une invention géniale parmi tant d’autres réside dans le personnage de Mifune, qui signe là l’une de ses interprétations les plus jubilatoires : transfuge social assurant la transition entre le monde paysan et celui des samouraïs, c’est par le cabotinage et la provocation qu’il permet l’entente cordiale. Ingrédient indispensable au film total, il n’est pas seulement le garant du comique : bondissant, porté par l’envie d’en découdre, ne craignant jamais le ridicule, il est la figure du bouffon shakespearien, le sang qui irrigue le film, et l’énergie qui le propulse vers l’assaut final, qu’il fasse rire les enfants ou le village entier lorsqu’il tente de monter à cheval, ou qu’il renvoie les samouraïs à leurs contradiction, leur imposant une leçon d’analyse historique brillante sur les conditions de vie des paysans.

« La défense est plus dure que l’attaque. »
A la tête des samouraïs, le personnage de Shimura est l’incarnation de la sagesse. Bienveillant, réfléchi, il est l’artisan de la stratégie. La très longue préparation à l’assaut est fascinante à bien des égards. C’est d’abord l’entreprise de civilisation d’un fief paysan, qu’on va redessiner et transformer en forteresse. Dans cette guerre à venir conditionnée par la moisson, vie et mort se mêlent sous l’égide de l’intelligence. Le rôle de l’écrit est d’ailleurs fondamental : on dresse un plan, on compte les morts, et l’achèvement de l’utopie sera planté aux quatre vents par l’oriflamme, synthèse de la solidarité contre la barbarie. Les rangs se forment, les bambous s’aiguisent et la montée en puissance est d’autant plus efficace qu’elle est humanisée par tous les protagonistes. C’est aussi l’instauration d’une discipline, l’apprentissage des concessions par l’abandon des maisons excentrée, anticipation d’une perte mobilière qui se doublera rapidement de celle des pertes humaines. C’est enfin l’exploration des psychés, tout l’éventail des émotions constellant cette petite communauté, de la naissance d’une idylle dans un champ de fleurs à la vengeance de l’aïeule, en passant par les retrouvailles avec l’épouse disparue ou les réminiscences de l’enfance dans cette splendide séquence de Mifune portant l’enfant dans ses bras. Exhaustif, le scénario n’oublie personne, mais avec un sens du détail qui côtoie un tact infini : nulle pesanteur, mais un sens aigu et parfaitement équilibré dans la fresque de cette comédie humaine.

« C’est lorsqu’on se sent en sécurité qu’on est en danger »
Alors que la compagnie de la communauté nous la faisait presque oublier, l’assaut survient enfin. Annoncé par deux séquences d’action très originales dans leur recours au ralenti (que les experts qui auront eu le courage de lire jusque-là m’éclairent : s’agit-il d’une première annonçant les Peckinpah et Woo futurs, ou y a-t-il des précédents ?), les combats sont l’occasion d’une véritable débauche visuelle. A cheval, de nuit, à pied, déployant des trésors de stratégie, l’exploration de l’espace et du mouvement est exhaustive, millimétrée et jubilatoire. Boue, sang, flammes et larmes se mêlent dans un final à la hauteur des 3 heures d’attente, déroulé en tableaux somptueux sur des toits ployant sous la fournaise ou une roue à aube tournant dans les flammes. La caméra franchit les barricades, multiplie les points de vue, affronte les pluies diluviennes et le galop pour ce ballet mythique de la mort et des lames.

C’est un dernier tableau qui conclut l’épopée : celui d’une colline sur laquelle s’amoncellent les monticules de fraiches sépultures.
La contre plongée magnifie les sacrifiés et invite à l’humilité : celle des belligérants, certes, mais surtout celles des spectateurs, convaincus de contempler les dernières lueurs d’un monument atemporel.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Dim 11 Jan 2015 - 12:55

Grand film certes, très grand film, son plus influent certainement, un chef-d’œuvre à coup sur mais son chef-d’œuvre ? Officiellement peut-être, pour moi c'est loin d’être le cas. Mais tu apprécies visiblement plus que moi cette empathie que tu décris bien pour le genre de galerie de personnages qui ne m'en touche pas une chez Ford, et que Kurosawa déploie à mon avis avec bien plus de profondeur émotionnelle et de subtilité dans Barberousse (top 3 perso celui-là pour le coup).

@Nulladies a écrit:
s’agit-il d’une première annonçant les Peckinpah et Woo futurs, ou y a-t-il des précédents ?

Certainement. A mon avis Kurosawa -> Leone -> Peckinpah -> John Woo -> Johnnie To mais Kurosawa est le seul auquel tous reviennent directement. Quelque part aussi, Kurosawa -> Melville -> John Woo.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Dim 11 Jan 2015 - 16:28

Citation :
Leone -> Peckinpah -> John Woo
3 cinéastes très surestimés selon moi  Razz

Citation :
Kurosawa -> Melville ->
J'ai toujours trouvé ce rapprochement très "tarte à la crème"

Ça n'engage que moi, oeuf corse, mais j'ai toujours trouvé qu'à l'instar d'Orson Welles, Kurosawa était souvent cité mais qu'il n'avait pas de filiation directe. Mais je me trompe peut-être.

Citation :
et nous rend progressivement complice de cette très vaste galerie de personnages que chaque séquence va contribuer à caractériser avec un tact et un sens du portait rarement égalés, si ce n’est par le maitre Ford dans ses films les plus empathiques comme Quelle était verte ma vallée ou Les Raisins de la Colère.
Très bien vu, Les 7 samouraïs, c'est beau comme du grand Ford.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Dim 11 Jan 2015 - 17:19

@Goupi Tonkin a écrit:
Mais je me trompe peut-être.

Surement même  Razz  bien que tous ces cinéastes aient justement eu le bon gout et le talent de s'inspirer sans l'imiter. Et puis chez Johnnie To quand même c'est souvent évident.

Par contre c'est très juste pour Welles.

@Goupi Tonkin a écrit:
c'est beau comme du grand Ford.

Un cinéaste infiniment surestimé selon moi. Razz
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Dim 11 Jan 2015 - 18:22

@RabbitIYH a écrit:
@Goupi Tonkin a écrit:
Mais je me trompe peut-être.

Surement même  Razz  bien que tous ces cinéastes aient justement eu le bon gout et le talent de s'inspirer sans l'imiter. Et puis chez Johnnie To quand même c'est souvent évident.

Par contre c'est très juste pour Welles.

@Goupi Tonkin a écrit:
c'est beau comme du grand Ford.

Un cinéaste infiniment surestimé selon moi. Razz

Normal. Je vais jouer l'intégriste de service mais pour moi c'est, il était une fois en Amérique exclu, impossible d'aimer le maniériste toc Leone quand on aime vraiment  l'humaniste, élégiaque et sobre Ford. J'aurai toujours plus de passion pour l'anar-conservateur et humaniste que pour le gros rital faussement cynique aux gros doigts gourds.

je donne tout Leone pour le dernier plan de la prisonnière du désert, pour le travelling-avant super court et beau sur John Wayne de Stagecoach.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Dim 11 Jan 2015 - 18:27

Pour le rapprochement avec Melville, y'a au moins les transition dites ''en volet" que personnellement je déteste, mais qui sont communes et abondantes chez les deux (et dont Lucas va décliner à l'envi toutes les possibilités dans Star Wars)... Very Happy

Et sinon, j'aime les deux : Leone et Ford. L'un pour l'emphase baroque et lyrique, l'autre pour l'autre pour l'authenticité imparable. Mais en matière d'émotion et de films qui m'en apprennent sur l'humanité, le second l'emporte. (même si ce que dit Leone dans Il était une fois en Amérique me ravage, littéralement).
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Dim 11 Jan 2015 - 19:19

Citation :
les transition dites ''en volet"
un truc aussi laid que les zooms de Visconti, les ralentis de Peckinpah, les gros plans moches de Leone et les split-screen de Brian De Palma... Laughing

Chez Lucas, ce que j'aime c'est pas l'esthétique, j'ai Bresson Max Ophüls et Albert Lewin pour ça, mais la fantasy avec un putain de Y majuscule.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Dim 11 Jan 2015 - 20:12

@Goupi Tonkin a écrit:
Citation :
les transition dites ''en volet"
un truc aussi laid que les zooms de Visconti, les ralentis de Peckinpah, les gros plans moches de Leone et les split-screen de Brian De Palma... Laughing

Chez Lucas, ce que j'aime c'est pas l'esthétique, j'ai Bresson Max Ophüls et Albert Lewin pour ça, mais la fantasy avec un putain de Y majuscule.

Razz
et Albert Lewin, shame on me, rien vu de lui. Un indispensable ?
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Azbinebrozer
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Dim 11 Jan 2015 - 21:12

@Goupi Tonkin a écrit:
@RabbitIYH a écrit:
@Goupi Tonkin a écrit:
Mais je me trompe peut-être.

Surement même  Razz  bien que tous ces cinéastes aient justement eu le bon gout et le talent de s'inspirer sans l'imiter. Et puis chez Johnnie To quand même c'est souvent évident.

Par contre c'est très juste pour Welles.

@Goupi Tonkin a écrit:
c'est beau comme du grand Ford.

Un cinéaste infiniment surestimé selon moi. Razz

Normal. Je vais jouer l'intégriste de service mais pour moi c'est, il était une fois en Amérique exclu, impossible d'aimer le maniériste toc Leone quand on aime vraiment  l'humaniste, élégiaque et sobre Ford. J'aurai toujours plus de passion pour l'anar-conservateur et humaniste que pour le gros rital faussement cynique aux gros doigts gourds.

je donne tout Leone pour le dernier plan de la prisonnière du désert, pour le travelling-avant super court et beau sur John Wayne de Stagecoach.
CQQFD Nulla : + 1 du vieux ! Vu que ce cadrage de Ford sur la porte a été mon avatar ici, fan de Ford, oui Leone ça ne me concerne pas, même si je n'ai rien contre Leone.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Dim 11 Jan 2015 - 22:34

@Nulladies a écrit:
@Goupi Tonkin a écrit:
Citation :
les transition dites ''en volet"
un truc aussi laid que les zooms de Visconti, les ralentis de Peckinpah, les gros plans moches de Leone et les split-screen de Brian De Palma... Laughing

Chez Lucas, ce que j'aime c'est pas l'esthétique, j'ai Bresson Max Ophüls et Albert Lewin pour ça, mais la fantasy avec un putain de Y majuscule.

Razz
et Albert Lewin, shame on me, rien vu de lui. Un indispensable ?
Lewin, homme  à la culture admirable, fut surtout le plus brillant des conseillers littéraires du plus grand producteur de tous les temps : Irving Thalberg... Bref, une grande figure du grand Hollywood que je vénère tant.
Il n'a fait que 6 films en tant que réal mais tous sont des Co ou presque ( je n'ai pas vu le dernier : the living idol et je n'ai pas revu Saadia depuis longtemps )

The Private Affairs of Bel Ami  cheers  cheers  cheers
Pandora   cheers  cheers  cheers
Le Portrait de Dorian Gray   cheers  cheers  cheers
The Moon and Sixpence  cheers  cheers  cheers

4 MUST absolues !!!! Albert Lewin, c'est du Mankiewicz ( un esthète et un intellectuel à Hollywood, disons les choses) en moins bavard: un sens de l'image qui marque incroyable

Merveille des merveilles ! Pour moi, l'un des plus beaux films des années 50 du grand Hollywood. ( ha, ces putain d'année 50, je suis né trop tard !)


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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Lun 12 Jan 2015 - 6:44

Ah, génial, je note tout ça, merci !
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Lun 12 Jan 2015 - 6:45



Les aventuriers de l’arme perdue.

Chien enragé pourrait a tout du film noir, d’un polar sombre dont la trame n’est pas faite pour surprendre, puisqu’elle consiste à restituer la traque d’un malfaiteur à travers une enquête minutieuse, le tout sous la fournaise d’une ville harassée.
Il est cependant impressionnant de constater à quel point Kurosawa va greffer sur ce canevas un nombre impressionnant de thèmes, épaississant progressivement son film de couches supplémentaires.
Le parcours du personnage principal est d’emblée complexifié par sa responsabilité dans les crimes de celui qu’il pourchasse, puisqu’il agit avec son pistolet qu’on lui a dérobé. L’implication de son affect, tout comme celui de tous les personnages qu’il questionne, comme la petite amie qui aurait motivé les larcins par son désir d’une robe vue dans une vitrine, établit un climat assez proche de Dostoïevski ou de Tchekhov, où la culpabilité se répand comme une gangrène et paralyse les personnages. Toujours en empathie avec eux Kurosawa offre à son flic torturé un partenaire âgé qui distille avec sagesse un recul bienveillant sur le monde. Cet humanisme n’a rien de didactique, et se distille toujours à travers le regard du cinéaste : des enfants qui dorment dans leur chambre sous le regard ému des adultes, un veuf arrachant les plants de tomates de sa défunte épouse, les cadrages d’une ville dont le ciel lourd promet des orages rédempteurs, des corps de danseuses perlés de sueur et une attention aigue portée aux visages.
A cette dimension intime répond en outre une ambition clairement documentaire, qui tente de circonscrire avec une acuité proche des néoréalistes italiens l’état de la société japonaise au sortir de la deuxième guerre mondiale. Américanisée (le cabaret, le baseball), traumatisée, elle occasionne des échanges sereins sur « l’après-guerre » (étonnamment en français dans les échanges) et sur le choix imposé aux citoyens : le crime ou la loi.
La culpabilité individuelle, la transition collective : on en oublierait presque qu’il s’agissait d’un polar, ce que Kurosawa nous rappelle lors de belles séquences : la traque dans un stade bondé de 50000 personnes, le duel final dans les herbes d’un terrain vague qui semble une vision contemporaine et forcément décatie de celui qui clôturait La Légende du Grand Judo, et surtout la scène du téléphone. Superbement construite, distribuant ses protagonistes dans un espace ultra codifié (les pas dans l’escalier, la cabine de téléphone, l’interlocuteur impuissant à l’autre bout de la ligne, la pluie diluvienne au dehors…) elle annonce Hitchcock et surtout De Palma par sa dilatation temporelle au service d’une esthétique de l’apogée.
Film d’une densité édifiante, Chien enragé établit avec brio l’étendue du talent de son réalisateur, épaulé par son comédien Toshiro Mifune ; ceux-ci ne sont encore qu’à l’aube de leur fructueuse collaboration.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Lun 12 Jan 2015 - 12:34

j'ai une tendresse particulière pour celui-là, celui qui m'a fait découvrir et adorer les polars urbains de Kurosawa. Les deux chefs-d’œuvre du genre restent à venir mais c'est déjà du très très grand.

@Goupi Tonkin a écrit:
Citation :
les transition dites ''en volet"
un truc aussi laid que les zooms de Visconti, les ralentis de Peckinpah, les gros plans moches de Leone et les split-screen de Brian De Palma... Laughing

Le zoom de Visconti est laid, mais ses films ne parlent que de déliquescence donc l'un dans l'autre...  geek
Les ralentis de Peckinpah ne sont ni laids ni beaux, ils ne magnifient rien contrairement à ceux de John Woo, mettant simplement en exergue la laideur des actions humaines... il ne manquerait plus qu'ils soient beaux.
Les split-screens de De Palma.... hum... celui de Carrie est assez moche, d’ailleurs le film, bien qu'excellent, n'a rien du CO de mise en scène que certains prétendent. Mais c'est presque toujours utilisé à bon escient, pour mêler voyeurisme, fantasme, tension du plan séquence et action/réaction (cf. Dressed To Kill) avec des résultats parfois sublimes narrativement (Sisters, le final de Blow Out) voire même visuellement (Snake Eyes, le puzzle photo de Femme fatale).
Quant à Leone, j'ai collé des mandales pour moins que ça, oh joie d'internet qui nous permet à tous de raconter n’importe quoi en toute impunité.  Very Happy

@Goupi Tonkin a écrit:

Normal. Je vais jouer l'intégriste de service mais pour moi c'est, il était une fois en Amérique exclu, impossible d'aimer le maniériste toc Leone quand on aime vraiment  l'humaniste, élégiaque et sobre Ford. J'aurai toujours plus de passion pour l'anar-conservateur et humaniste que pour le gros rital faussement cynique aux gros doigts gourds.

Si tu t'imagines encore que Ford est le plus humaniste ou élégiaque des deux tu ne mérites même pas la punition de revoir son œuvre du début à la fin.  Rolling Eyes  Il était une fois en Amérique n'est que la continuation du reste, l'humanisme ça n'est pas du paternalisme patriotique et révisionniste à la noix, c'est faire avec la nature humaine, creuser ses contradictions jusqu’à y trouver le soupçon d'empathie et de fragilité qui s'y cache pour mourir, c'est l'Homme sans nom qui frappe Julián pour lui sauver la vie et laisse s'enfuir Marisol au péril de la sienne sans même vraiment savoir pourquoi dans Pour une poignée de dollars, c'est l'ultime dialogue entre l'Homme sans nom et le Colonel, les rêves tourmentés de culpabilité d'El Indio et son suicide par procuration dans Et pour quelques dollars de plus, c'est Blondin qui laisse Tuco mentir sur l'amour que son frère lui porte ou donne un cigare au capitaine mourant en lui disant d'admirer le spectacle dans Le bon la brute et le truand, l'empathie de la caméra pour un industriel pourri jusqu’à l'os qui se meure sans avoir vu l’océan, le Cheyenne qui plaque Jill pour qu'elle ne le voit pas mourir et l'Homme à l'harmonica qui l'accompagne en silence dans ses derniers instants dans Il était une fois dans l'Ouest, c'est le dernier regard de Juan pour John dans Il était une fois la Révolution. Bref...

@Nulladies a écrit:
Pour le rapprochement avec Melville, y'a au moins les transition dites ''en volet" que personnellement je déteste, mais qui sont communes et abondantes chez les deux (et dont Lucas va décliner à l'envi toutes les possibilités dans Star Wars)... Very Happy

Je pensais pas à un truc aussi futile pour ma part, plutôt à la fameuse action immobile, le samouraï, sa solitude et son code d'honneur anachronique qu'on retrouve aussi dans certains films urbains de Kurosawa, cette relation ambiguë voire quasi assimilation des flics et des truands, personnages presque interchangeable dans leur psychologie et leur misère humaine (ça doit sembler plus clair après Chien enragé auquel rendait aussi hommage Kathryn Bigelow dans le troublant Blue Steel, il y a de ça aussi dans Entre le ciel et l'enfer), bref là encore la filiation me semble évidente.

@Goupi Tonkin a écrit:
pour le travelling-avant super court et beau sur John Wayne de Stagecoach.

Putain Stagecoach, ce tout petit film à peine divertissant avec une structure narrative archaïque, des personnages en carton-pâte et une vision ultra-traditionnaliste du genre, un CO du western... ça me fera toujours marrer de lire des trucs pareils. Laughing

@Goupi Tonkin a écrit:

4 MUST absolues !!!! Albert Lewin, c'est du Mankiewicz ( un esthète et un intellectuel à Hollywood, disons les choses) en moins bavard: un sens de l'image qui marque incroyable

Shocked  mouais, j'en ai vu deux, faut rien exagérer. Le portrait de Dorian Gray est excellent mais je l’échangerais contre aucun CO de Mankiewicz perso, pas même pour l'aspect visuel.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Mar 13 Jan 2015 - 7:58

Continuez à échanger, les gars, je me délecte. geek


Dernière édition par Nulladies le Mar 13 Jan 2015 - 13:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Cycle] Akira Kurosawa   Mar 13 Jan 2015 - 7:58



Des visages défigurent.

Lorsqu’on voit l’importance des thèmes de la culpabilité, du choix et des frontières poreuses entre le bien et le mal qui occupent les films précédents de Kurosawa, il est peu surprenant de le voir s’attaquer à l’adaptation de Dostoïevski. Face à l’un de ses romans les plus profus, le cinéaste opère une série de choix assez intéressants. Dans un Japon contemporain, tout au long d’un hiver qui ne finit pas de geler la terre et de s’accumuler sur les toits, il resserre résolument le cadre pour filmer au plus près son personnage principal, l’idiot et les ravages qu’il occasionne sur un trio qui deviendra quatuor dans la deuxième partie.
Très littéraire, voire théâtral, le film s’articule autour de grands blocs séquentiels qui se délaissent progressivement des seconds rôles. Au départ, une foule assiste aux enjeux sociétaux, à savoir le mariage et l’argent, qui s’annulent ou finissent dans le feu. La construction alternée d’échanges intimes en gros plan sur les visages tend à faire oublier le nombre d’auditeurs, qui ressurgissent de temps à autre et créent un intéressant déséquilibre attestant de la maitrise du cinéaste.
Le mystère de l’homme, son rapport à la faute et sa soif de rédemption, la passion qui le ravage et ses impossibles choix avaient obsédé Dostoïevski. Pour retranscrire ces flux et reflux, Kurosawa fait de son personnage un voyant hors pair : à plusieurs reprises, on est embarrassé de la façon dont il dévisage les gens, mise en abyme évidente du rapport entre le cinéaste et ses personnages. A la lisière de l’expressionisme, le visage dilaté de Masayuki Mori, contrepoint au regard dur et à la voix caverneuse de Mifune composent la partition de toutes les émotions, d’autant que ce duo se retrouve dans son versant féminin avec les personnages de Taeko et Ayako.
Les scènes de discussions, très longues, oppressent autant les personnages que les spectateurs, et il faut reconnaitre que le film peut s’avérer pesant sur ses 2h45 (qui apparemment auraient en outre subi des coupes des producteurs…). En guise de respiration, Kurosawa offre des séquences d’échappées vers l’extérieur dont il a le secret : l’errance urbaine avant la tentative de meurtre et la crise d’épilepsie, et surtout un bal masqué sur glace aux flambeaux de toute beauté.
Fondé sur les contrastes, entre une épaisseur verbale presque opaque et des séquences plus contemplatives (à l’image du thé avec la mère du personnage interprété par Mifune, poétique et humble), L’Idiot est un film exigeant, mais qui restitue avec une réelle vibration les explorations complexes de la psyché humaine par le maitre russe.
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