Les 3 Rocks : musique et mauvaise foi

disques • foot • films • séries • images • livres...
 
AccueilCalendrierFAQGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 [Cycle] Clint Eastwood

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3  Suivant
AuteurMessage
RabbitIYH
Institut Royal Météorologique


Nombre de messages : 4707
Date d'inscription : 07/01/2014

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Jeu 11 Déc 2014 - 13:07

cheers pour L'homme des hautes plaines, à voir en VO pour ne rien louper de sa dimension ouvertement fantomatique (la fin en VF flirtant avec le contre-sens).

@Nulladies a écrit:
Musique (pas encore de Morricone, mais la filiation avec ce qui suivra est assez évidente)

Si si, je t'assure, c'est bel et bien le Maestro, peut-etre sous un pseudo je sais plus, mais c'est lui et ça s'entend.

@Nulladies a écrit:

Du plan fixe aux mouvements circulaires, du regard perçant à la composition des plans larges, Leone ne parle que d’une chose : son plaisir à filmer.

Et de vengeance, de deuil, d'humanité perdue, comme souvent. N'oublions pas que Leone est avant tout un (grand, très grand) auteur.

@Nulladies a écrit:

« Suite de « Pour une poignée de dollars ». C’est un peu moins mauvais, mais que c’est long. Leone, le réalisateur le plus surfait du siècle ».
(Alain Paucard dans le Guide des films de Jean Tulard.)

Aha je l'avais lue celle-là, mais quelle tanche ce Tulard. Laughing

@Nulladies a écrit:
Chambre d’écho de leurs turpitudes, l’Histoire projette sur le pays le mensonge, la violence et l’absurdité d’une boucherie interminable ; l’évolution des personnages permet ainsi un curieux renversement au cours duquel ils acquièrent, en dépit de toute leur bassesse et leur vénalité, une forme de sagesse aux regards de ceux qui font la guerre : leur service rendu au capitaine qui rêve de voir exploser le pont, et leur duel final dans un cimetière sans limite duquel on fait surgir l’or sonne alors à la fois comme une dénonciation et une révolte rusée contre la triste marche de la guerre.

Pour moi le contexte de l'Histoire et des personnages secondaires en général fait avant tout ressortir l'humanisme que les personnages principaux (et derrière eux, Leone) essaient de cacher, celui de Tuco quand il s'effondre discrètement contre un mur à l'annonce de la mort de sa mere, une des seules scènes de cinéma qui me colle encore les larmes au bord des yeux à la 100e vision, celui de Blondin quand il acquiesce à ses mensonges sur sa relation avec son frère, beaucoup de non dit fabuleusement humain dans ce CO, et effectivement cette détestation de la guerre et de la violence qui sous-tend toute sa filmo.

Ce qui me permet de répondre à Goupi Tonkin : non, non et non, jamais d'archétypes chez Leone, dont les premiers films ne sont pas moins mélancoliques qu'Il était une fois la Révolution (cf. El Indio dans Et pour quelques dollars de plus ou Morton dans Il était une fois dans l'Ouest), ils le crient juste moins sur les toits.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.indierockmag.com
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 40

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Jeu 11 Déc 2014 - 13:25

(ah ben j'suis bien content de ton retour, je craignais de ne plus te lire)
Revenir en haut Aller en bas
RabbitIYH
Institut Royal Météorologique
avatar

Nombre de messages : 4707
Date d'inscription : 07/01/2014
Age : 36
Localisation : Shanghai
Humeur : vitreuse

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Jeu 11 Déc 2014 - 14:14

Et moi de ne plus pouvoir passer vous voir mais le Great Firewall n'est finalement pas si terrible. Wink
Revenir en haut Aller en bas
http://www.indierockmag.com
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 40

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Jeu 11 Déc 2014 - 14:16

T'es donc en Chine ? J'ai raté un épisode, moi !
Revenir en haut Aller en bas
Esther
Yul le grincheux
avatar

Nombre de messages : 6078
Date d'inscription : 31/10/2013
Age : 43

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Jeu 11 Déc 2014 - 14:21

Tiens, mon meilleur pote vit en Chine depuis deux ans... (OSB).
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 40

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 12 Déc 2014 - 6:38



Gun of a preacher man.

Eastwood réalisateur est désormais parvenu à une stature similaire à celles des maitres qui l’ont fait naitre en tant qu’acteur. Un nouveau western sera forcément vu à l’aune des superbes opus précédents.
L’ouverture de Pale Rider, alternance entre la vie de la communauté et l’irruption des pillards cite ostensiblement Josey Wales, tandis que l’arrivée providentielle d’un personnage sans nom reprend la trame de l’Homme des Hautes Plaines. Le magnétisme entourant ce personnage taiseux et au charme ravageur rappelle autant ce dernier que Les Proies de Siegel, notamment dans l’amour intergénérationnel qu’il génère.
Le monde vu par Eastwood est toujours aussi sombre et violent. S’ajoutent aux thématiques habituelles (viol, exactions, pillages) de nouvelles préoccupations écologiques et libérales, bien dans l’air du temps des années 80. Ici, les chercheurs d’or mettent au point des méthodes qui dévastent littéralement les paysages et étouffent les individus qui refusent de leur céder leur parcelle. Le capitalisme a clairement pris le relai de la guerre, et s’inscrit lui aussi comme un violent pilier de l’Amérique naissante.
Pale Rider bénéfice indéniablement du savoir-faire d’Eastwood, son regard bienveillant sur les petites gens et les paysages, entre cette rue unique qu’on nomme ville et cette rivière asséchée de laquelle devrait surgir la fortune.
Il n’empêche que les procédés sont un peu plus grossiers qu’à l’accoutumée ; l’arrivée ostensiblement miraculeuse sur son cheval blanc, l’invincibilité du personnage ont tendance à mettre le récit sur des rails. Il viendra à bout de tous les oppresseurs, et la multiplication des agressions (la tentative de viol avortée in extremis, le géant brisant le rocher, etc…) devient assez laborieuse. Les combats sont fort bien filmés, à l’image du massacre final, jeu de cache-cache assez proche du cartoon, où le pasteur n’est jamais là où on l’attend. Limiter toutefois la résolution à une mise à mort généralisée avant de reprendre la route est assez réducteur ; un peu engoncé dans son mythe, Eastwood le déshumanise et transforme son film en un récit d’action un peu clinquant, d’autant plus regrettable lorsqu’on connait son talent pour traiter de la complexité humaine.
Revenir en haut Aller en bas
Esther
Yul le grincheux
avatar

Nombre de messages : 6078
Date d'inscription : 31/10/2013
Age : 43

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 12 Déc 2014 - 6:49

J'adore ce film... Je te trouve sévère, même si c'est clairement pas son meilleur film...
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 40

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 12 Déc 2014 - 6:51

@Esther a écrit:
J'adore ce film... Je te trouve sévère, même si c'est clairement pas son meilleur film...

Oui, je sais, mais je suis sévère à l'échelle des autres western d'Eastwood. Je trouve L'homme des hautes plaines, Josey Wales et Impitoyable tellement au dessus... Celui là n'en reste pas moins un bon film, évidemment.
Revenir en haut Aller en bas
RabbitIYH
Institut Royal Météorologique
avatar

Nombre de messages : 4707
Date d'inscription : 07/01/2014
Age : 36
Localisation : Shanghai
Humeur : vitreuse

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 12 Déc 2014 - 9:33

Je l'avais beaucoup aimé la première fois (la candeur cinéphilique de l'ado aidant) mais j'en garde pas un si grand souvenir que ça, clairement en-deça des autres en effet (et de la plupart de ses films des années 80 qui regorgent de petits COs sous-estimés comme Honky Tonk Man ou Bronco Billy), c'est vrai qu'il s'autorecycle beaucoup sur ce film.

@Nulladies a écrit:
T'es donc en Chine ? J'ai raté un épisode, moi !

Oui, et sans doute pour un moment !

@Esther a écrit:
Tiens, mon meilleur pote vit en Chine depuis deux ans... (OSB).

Il est dans quel coin si c'est pas indiscret ?
Revenir en haut Aller en bas
http://www.indierockmag.com
RabbitIYH
Institut Royal Météorologique
avatar

Nombre de messages : 4707
Date d'inscription : 07/01/2014
Age : 36
Localisation : Shanghai
Humeur : vitreuse

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 12 Déc 2014 - 9:42

@RabbitIYH a écrit:
Et de vengeance, de deuil impossible, de culpabilité, de regrets, de fuite du temps, d’inadaptés face à la marche de l'Histoire, d’amitié ambiguë, d'humanité perdue, comme souvent. N'oublions pas que Leone est avant tout un (grand, très grand) auteur.

Voilà ça me va mieux comme ça, hier j’étais dans l'urgence. Very Happy Autant de thèmes présents dans tous ses films à divers degrés.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.indierockmag.com
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 40

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 12 Déc 2014 - 9:43

@RabbitIYH a écrit:
Je l'avais beaucoup aimé la première fois (la candeur cinéphilique de l'ado aidant) mais j'en garde pas un si grand souvenir que ça, clairement en-deça des autres en effet (et de la plupart de ses films des années 80 qui regorgent de petits COs sous-estimés comme Honky Tonk Man ou Bronco Billy)

Deux films qui reviennent souvent, va falloir que je les regarde, ceux-là !

Revenir en haut Aller en bas
Esther
Yul le grincheux
avatar

Nombre de messages : 6078
Date d'inscription : 31/10/2013
Age : 43

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 12 Déc 2014 - 10:31

@RabbitIYH a écrit:


@Esther a écrit:
Tiens, mon meilleur pote vit en Chine depuis deux ans... (OSB).

Il est dans quel coin si c'est pas indiscret ?
Aucune idée.
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 40

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Sam 13 Déc 2014 - 6:59

@RabbitIYH a écrit:
Je l'avais beaucoup aimé la première fois (la candeur cinéphilique de l'ado aidant) mais j'en garde pas un si grand souvenir que ça, clairement en-deça des autres en effet (et de la plupart de ses films des années 80 qui regorgent de petits COs sous-estimés comme Honky Tonk Man ou Bronco Billy), c'est vrai qu'il s'autorecycle beaucoup sur ce film.

@Nulladies a écrit:
T'es donc en Chine ? J'ai raté un épisode, moi !

Oui, et sans doute pour un moment !

Punaise, t'es fort quand même, il a suffit que tu arrives pour qu'ils deviennent officiellement la première puissance économique mondiale ! Bravo, beau boulot.
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 40

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Sam 13 Déc 2014 - 7:00



Josey Wales vers la Loi.

La séquence originelle de Josey Wales solde les comptes : alors qu’on s’étonne de voir un Eastwood père de famille labourant son champ, une figure aux antipodes de son mythe, l’extérieur et l’Histoire se chargent en quelques minutes de faire de lui le loner traditionnel : massacre, guerre, paix et concorde réglés à coups de gun machine : dépossédé, endurci, lessivé par le monde : Josey Wales est né. Cette ouverture annonce l’ambition et la grandeur de ce qui est sans doute l’un des plus grands films d’Eastwood : déceler dans la stature du personnage violent et impitoyable les lambeaux d’humanités ; ceux qui restent, et ceux qui pourraient ressurgir.
Contrepied supplémentaire aux films précédents, le personnage éponyme est ici avant tout un nom, connu de tous, pourchassé et craint, qui clame la haine, la vengeance et l’impossibilité de clore une guerre qui a déchiré la nation. Qu’importe que celle-ci soit achevée, d’ailleurs : l’humanité est un tel bourbier qu’il ne semble plus y avoir quoi que ce soit à en attendre. Violeurs, pilleurs, chasseurs de prime jalonnent la fuite du héros qui délaisse progressivement le monde de certaines de ses victimes. Un vieil indien, une indienne esclave, une jeune fille en passe d’être violée, sa mère, un chien. Contre son gré se constitue une communauté, contre le monde un refuge où, timidement, l’humour ose de temps à autre poindre, ou une danse au coin du feu s’esquisser.
Ce qu’il reste de beau, Eastwood le prend à bras le corps : les sublimes paysages se succèdent et convergent vers un Eden discret, ranch entouré d’arbres, appliquant le programme modeste de Candide désirant, au terme de son pathétique tour du monde, cultiver son jardin à l’abri de lui.
Eastwood comédien, le taiseux, laisse d’abord son double humaniste réalisateur porter un regard sur les autres. C’est lui qui laisse parler l’indien évoquant le triste sort de ses semblables, alors que son interlocuteur s’endort dans l’indifférence. Josey n’écoute pas, et semble avoir pour unique réplique un crachat noir qui macule tout sur son passage : insectes, chien, crâne de ses victimes au sol.
Alors que s’agrège à sa course contre la mort une collectivité qui l’empêtre et le ralentit, les langues se délient. Avec une touchante maladresse, Josey reprend l’usage des mots, regarde en face certaines personnes humaines et trouve enfin, à son corps défendant, une cause à défendre.
[Spoils]
L’éveil au langage est clairement celui d’un retour à une ébauche de civilisation. Alors que la guerre a tout détruit, Josey doit apprendre à parler pour qu’une paix durable advienne. C’est le cas dans le très bel échange avec Dix Ours, où l’on évite un massacre par la « parole de vie ». C’est enfin la vengeance établie, d’un calme nouveau, où l’Ennemi est tué avec son propre bras et son sabre, Josey semblant se désolidariser de l’acte meurtrier.
Le splendide épilogue est une véritable leçon politique : dépossédé de son nom, le hors-la-loi signe une déposition témoignant de sa séparation avec lui-même et fait du duel ultime avec Fletcher, son ancien comparse un échange purement verbal, où l’on parle de lui à la troisième personne, pour lui rendre hommage et ratifier cette concorde qui n’avait pu se faire que dans le sang. « I’ll tell him that the war is over », annonce Fletcher.
La guerre civile et le champ de bataille intime de Josey parviennent enfin à leur terme. La terre peut recouvrir les morts, se reposer dans l’espoir d’y voir enfin germer une semence nouvelle.
Western classieux, sombre et emprunt d’espoir, Josey Wales hors la loi est surtout un grand film qui permet d’explorer les cheminements retors de la paix, du deuil et de la rédemption.
Revenir en haut Aller en bas
RabbitIYH
Institut Royal Météorologique
avatar

Nombre de messages : 4707
Date d'inscription : 07/01/2014
Age : 36
Localisation : Shanghai
Humeur : vitreuse

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Sam 13 Déc 2014 - 10:14

cheers superbement dit, et immense film, sans doute mon favori d'Eastwood.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.indierockmag.com
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 40

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Sam 13 Déc 2014 - 10:42

Thanks l'ami. Il est vraiment magnifique, et sacrément riche pour l'analyse.
Revenir en haut Aller en bas
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 40

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Dim 14 Déc 2014 - 7:39



Le testament du tireur sans muse.

La carte postale qui ouvre et ferme Impitoyable, accompagnée d’un texte résolument littéraire, résume admirablement la splendeur noire qu’il programme. Au sein d’une image d’un classicisme à l’épreuve du temps, s’impriment sur un crépuscule flamboyant un arbre, une tombe et une silhouette.

Film crépusculaire, Impitoyable contamine tous les champs de sa narration. La superbe photographie distille un clair-obscur de scènes dilatées en intérieurs nuits, dialogues auxquels Eastwood n’avait jamais autant accordé de temps. Les visages sont souillés, tuméfiés, lacérés ; la nature est une flaque de boue ou une étendue neigeuse, une pluie infinie et même les bivouacs ont perdu de leur charme légendaire.

Le passé du western irrigue de son sang noir les destins et les mémoires. Il ne s’agit pas de regretter un âge d’or que l’injure du temps aurait décati, mais de revenir sur sa jeunesse avec le recul et l’acrimonie que confère le grand âge qu’on nomme la maturité. Will laisse derrière lui les démons de l’alcool et des meurtres en pagaille. A ceux qui l’interrogent sur ses légendaires faits d’armes, il oppose toujours la même réponse : « I can’t remember. I was drunk most of the time. »

Alors que se dessine pour lui la possibilité du fameux dernier coup, les personnages qui l’entourent ne cessent de revenir sur cette pesante et glacée légende qui fige le Far West. Du jeune Schofield Kid à English Bob, tout le monde s’octroie un nom de scène, et participe à la réécriture d’une réalité trop sale pour qu’on la perpétue. Au milieu, l’hagiographe Beauchamp, chargé d’imprimer la légende. Chez Ford, la légende permettait la concorde et l’établissement de la civilisation, et laissait dans les coulisses de l’histoire la bravoure émotionnelle, l’amitié et le sacrifice. Chez Eastwood, 30 ans plus tard, c’est une monumentale gueule de bois qui se dessine. Le cow-boy est une ordure sanguinaire, le shérif un dictateur.

L’heure des bilans résonne. Il ne s’agit plus de raconter au coin du feu la fougueuse jeunesse d’un monde dont on a bien conscience qu’il est né dans la violence et se perpétue dans la noirceur la plus totale, mais de tenter d’y drainer une dernière fois une vengeance, ou quelque dollars qu’on ira chercher jusque dans les chiottes d’un terrain vague. Si l’on parle beaucoup, c’est pour neutraliser la fascination d’une geste désormais désinvestie de toute foi. L’action opératique de Leone, les regards acérés des meilleurs viseurs de l’Ouest, les fusillades jubilatoires de Pale Rider : tout cela a fait long feu, et c’est bien un pétard mouillé qui scande l’affrontement final. Saturé d’ellipses (particulièrement au sujet de Ned, qu’il s’agisse de sa capture ou de sa mise à mort), Impitoyable vautre ses personnages dans la fange de leur histoire.

La quête reste entière, et l’on s’y traine en boitant : on voit mal, on n’ose plus tirer, et l’on prend conscience que la grandeur du passé n’est plus parce qu’on a pris le temps de s’humaniser depuis ; mais que pour servir la pute et empêcher ses enfants de devenir des orphelins, il faudra reconvoquer la rage. On mêle alors à la pluie le feu du whiskey, et on tire dans le tas. Sans panache. Avec haine, arme et violence. Pour que la carte postale réapparaisse, pour construire un avenir, pour financer la fuite des bas-fonds de la nation, il aura encore fallu y plonger les bras et s’y souiller.

(une micro réserve pour ce chef-d’œuvre : quelques surlignages dans la démonstration. Les trop nombreuses tentatives pour monter à cheval de Will, la rédemption trop verbeuse du jeune Kid ; un peu dommage mais sans graves conséquences)
Revenir en haut Aller en bas
Esther
Yul le grincheux
avatar

Nombre de messages : 6078
Date d'inscription : 31/10/2013
Age : 43

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Dim 14 Déc 2014 - 10:01

CO
Revenir en haut Aller en bas
RabbitIYH
Institut Royal Météorologique
avatar

Nombre de messages : 4707
Date d'inscription : 07/01/2014
Age : 36
Localisation : Shanghai
Humeur : vitreuse

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Lun 15 Déc 2014 - 3:55

L'un des deux meilleurs Eastwood des 90s. Le premier restera toujours pour moi Un monde parfait. I love you
Revenir en haut Aller en bas
http://www.indierockmag.com
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 40

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Lun 15 Déc 2014 - 7:14



Harry, un marri qui veut faire le bien.

C’est tout de même un sacré choc que de voir apparaitre Clint Eastwood en costume, ray ban et chewing gum après la trilogie du dollar et les précédents Siegel.
Le San Francisco des 70’s a beau ressembler sur bien des points au Far West, (on y braque des banques, on y impose la loi du bout de son flingue, on y méprise les femmes), le contexte invite forcément à un recul un peu plus grand. La violence – et surtout sa résolution- qu’on accepte sans ciller dans les westerns prend ici une tournure contemporaine qui invite à la réflexion. Disons le tout de suite, ce n’est pas tant inquiétant que risible : la testostérone irradiant chaque prise de décision, notre héros des temps modernes semble davantage préoccupé de satisfaire à sa mauvaise réputation que d’appliquer un programme politique. Convaincu contre à peu près le reste de l’humanité qu’il faut éradiquer le mal, il y va, et le scénario lui offre un beau paquet idéal qui devrait remporter l’adhésion du public : un homme qui court avec un couteau et une belle trique avec une femme n’a pas de bonnes intentions. Certes. Un tueur qui en réchappe et prend en otage un yellow bus non plus. Certes.
Tout au plus aura-t-on la décence de dissocier la fonction de l’individu dans le dernier plan, où il jette son insigne à la flotte qui enlise le cadavre du bad guy. C’est déjà ça.
L’intrigue de Dirty Harry est donc linéaire au possible, franchement peu passionnante, et finalement sans aspérités. Le méchant est très méchant, et le gentil a raison d’être méchant pour neutraliser le méchant.
Il n’empêche que Don Siegel n’est pas le dernier des manchots, et sait ménager quelques belles séquences, accompagné d’un Lalo Schifrin en bonne forme pour immortaliser ce témoignage d’une certaine vision de l’Amérique des 70’s. La très belle ouverture sur les toits de San Francisco, l’analyse minutieuse et silencieuse des lieux par l’inspecteur font de la ville un personnage à part entière, que l’on retrouvera ponctuellement dans certaines cages d’escaliers, ou durant l’arrestation au stade.
Dépourvu d’une réelle complexité, sans surprise, Dirty Harry laisse donc un sentiment de déception d’autant plus grand qu’il réunissait une fine équipe, qui ne semble pas parvenir à insuffler au XXè siècle finissant la verve qu’il avait investie dans le précédent, aux origines de son pays torturé.
Revenir en haut Aller en bas
RabbitIYH
Institut Royal Météorologique
avatar

Nombre de messages : 4707
Date d'inscription : 07/01/2014
Age : 36
Localisation : Shanghai
Humeur : vitreuse

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Lun 15 Déc 2014 - 8:29

Mouarg, top 3 de Siegel avec Un shérif à New York et L'invasion des profanateurs pourtant, un méchant manichéen certes mais pour mieux mettre en valeur toute l’ambiguïté qui fait l’intérêt du personnage de Callahan - lui même un pur produit de la violence sociale - dans ce premier volet : flic acharné mais asocial et sans intérêt pour l’intégrité du public qu'il défend, droit dans ses bottes mais amer, voyeur (comme le tueur), puritain (comme le tueur, bis), avec un goût prononcé pour la violence (comme le tueur, ter) et aucun respect pour l’autorité ou toute loi autre que la sienne (comme le tueur etc...), Harry devient malgré lui une espèce d'ange exterminateur par la force de l'inertie sociale, il fait ce qu'il fait parce que personne d'autre ne fait rien, adore son métier qui lui permet d'agresser les bad guys en toute impunité mais se déteste pour ça, et finira en retour par détester son job. Il fait d'ailleurs tout pour se faire haïr, laissant ses collègues le croire raciste alors que son meilleur pote dans le film est un médecin black si je me souviens bien.

Quant à cette dimension puritaine, elle s'illustre par plusieurs scènes opposant le flic et le tueur sur fond de crucifix ou d'enseigne chrétienne, quasiment filmées par moments comme la catharsis de deux frustrations sexuelles, de là à s'imaginer que Siegel fustige le puritanisme (le qualificatif "dirty" y trouverait un tout autre sens) comme cause à la fois de l'apathie bienpensante des uns (les flics et la justice qui donneraient presque plus de droits au tueur qu'à ses victimes) et des accès de violence des autres, il n'y a qu'un pas que je franchis volontiers en voyant même le film comme une métaphore de l'hypocrisie religieuse : Harry est un hypocrite qui s'ignore (comme le tueur, cf. tout le monologue "moi aussi j'ai des droits" Laughing ), un peu comme les bigots ignorent l'hypocrisie de leur doctrine derrière les oeillères d'une ferveur qui ne laisse par la moindre place au questionnement (celui d'Harry n'adviendra qu'à la toute fin du film, symbolise par cette scène où il balance son badge dans la fange).

Bref, en plus d’être un petit CO de mise en scène et d’atmosphère - la ville pour moi n'avait jamais été filmée de manière aussi anxiogène - Dirty Harry (contrairement à ses suites d'ailleurs) est donc loin d’être aussi simpliste. Dommage de balayer le recul de 40 ans d'analyse de ce film, heureusement réhabilité depuis les critiques assassines subies à sa sortie, pour le réduire comme à l’époque au bête polar réac et testostéroné qu'il n'est pas. scratch
Revenir en haut Aller en bas
http://www.indierockmag.com
Goupi Tonkin
la séquence du spectateur
avatar

Nombre de messages : 914
Date d'inscription : 21/11/2008

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Mar 30 Déc 2014 - 10:59

+1

top 5 Don Siegel

Les proies
L'invasion des profanateurs de sépultures
A bout portant
L'inspecteur Harry
Ça commence à Vera Cruz

j'aime aussi beaucoup l'évadé d'Alcatraz, très bon film de prison, sec et sans temps mort.
Et j'ajoute aussi le très sous-estimé Police sur la ville (Madigan ) avec un casting 5 étoiles.
Revenir en haut Aller en bas
RabbitIYH
Institut Royal Météorologique
avatar

Nombre de messages : 4707
Date d'inscription : 07/01/2014
Age : 36
Localisation : Shanghai
Humeur : vitreuse

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Mar 30 Déc 2014 - 12:18

@Goupi Tonkin a écrit:

j'aime aussi beaucoup l'évadé d'Alcatraz, très bon film de prison, sec et sans temps mort.
Et j'ajoute aussi le très sous-estimé Police sur la ville (Madigan ) avec un casting 5 étoiles.

+1 pour ces deux-la, très bons ! J'ai toujours pas vu Ça commence à Vera Cruz par contre, merci du rappel.
Revenir en haut Aller en bas
http://www.indierockmag.com
Goupi Tonkin
la séquence du spectateur
avatar

Nombre de messages : 914
Date d'inscription : 21/11/2008

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Mer 31 Déc 2014 - 11:31

je connais quelques vieux fans ultra de Siegel qui ne jurent que par Les révoltés de la cellule 11 et surtout Crime in the Streets ( un polar des années 50). Je ne connais pas du tout et ça donne méchamment envie.
Revenir en haut Aller en bas
RabbitIYH
Institut Royal Météorologique
avatar

Nombre de messages : 4707
Date d'inscription : 07/01/2014
Age : 36
Localisation : Shanghai
Humeur : vitreuse

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Mer 31 Déc 2014 - 12:51

Cassavetes dedans en plus, tu m’étonnes ! Pas vus non plus ces deux-là...
Revenir en haut Aller en bas
http://www.indierockmag.com
Nulladies
Cinéman
avatar

Nombre de messages : 2727
Date d'inscription : 28/12/2013
Age : 40

MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 2 Jan 2015 - 10:58

Ah mince, j'avais loupé vos réponses !

"Dommage de balayer le recul de 40 ans d'analyse de ce film" : c'est bizarre, comme reproche. Je ne fais pas de l'histoire de la critique, mais je chronique le film tel que je l'ai vu. Je ne fustige d'ailleurs pas tant son soi-disant fascisme (qui est en effet clairement à relativiser) que sa linéarité et son manque de relief. Je m'attendais à plus, ou moins, j'en sais rien, mais ce film m'a laissé assez froid finalement, contrairement à bien d'autres Siegel. Je note vos références, by the way.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   

Revenir en haut Aller en bas
 
[Cycle] Clint Eastwood
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 3Aller à la page : Précédent  1, 2, 3  Suivant
 Sujets similaires
-
» Iron Maiden et Clint Eastwood...
» Venez me creuser le fion
» Westerns
» Figurines 1/6ème
» DVD The Blues par Martin Scorsese

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Les 3 Rocks : musique et mauvaise foi :: Voir :: Films après films-
Sauter vers: