Les 3 Rocks : musique et mauvaise foi

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 [Cycle] Clint Eastwood

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Nulladies
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MessageSujet: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 5 Déc 2014 - 6:55


C'est parti pour 10 jours :

1. Pour une poignée de dollars (Leone) 1964
2. Et pour quelques dollars de plus (Leone) 1965
3. Le bon, la brute et le truand (Leone), 1966
4. Sierra Torride (Siegel) 1970
5. Les proies, Don Siegel, 1970
6. Dirty Harry, Don Siegel, 1971
7. L'homme des hautes plaines (Eastwood) 1973
8. Josey Wales hors la loi (Eastwood) 1976
9. Pale Rider (Eastwood) 1985
10. Impitoyable (Eastwood) 1992
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 5 Déc 2014 - 6:55



There’s a new man in town, and a new eye in frown.

Revoir Pour une poignée de dollars après des années de décantation de l’esthétique Leone a quelque chose de troublant : dès les origines, tout est là.
Le western est ici à son tournant, récupéré par une nouvelle génération qui ne va plus y chercher les repères d’une mythologie fondatrice, mais y voit l’occasion de déployer une vision bien plus acerbe de notre civilisation. Quelques années avant Peckinpah, Leone instaure donc un monde violent dans lequel aucune place ne semble accordée à l’humanité.
San Miguel, ville des veuves, ville désertée de toute vie quotidienne : c’est là que débarque l’étranger, Clint Eastwood franchissant le pas de la télé vers le (très) grand écran, est désertée de ses habitants. Il y deux types de personnages chez Leone : les tireurs, et les victimes. Ceux qui restent debout et ceux qui mordent la poussière.
La trame sera donc la suivante : qui tue qui, et surtout comment : la cinématographie au service de la danse macabre permet des circonvolutions jusqu’alors inédites. Puisque tout le monde, ou presque, va mourir, Leone oppose à cette finitude un élément paradoxal, et constitutif de toute l’entreprise esthétique : la maitrise du temps. Dilaté, scindé en visuels multiples avec un attrait particulier pour le gros plan, le cinéaste joue de la tension et atteste d’une fascination grandissante pour le mal. Attentif aux sourires sadiques de ses bourreaux, étirant jusqu’à l’obscénité les massacres généralisés, il noie sous les flammes, le plomb et le sang les restes d’une civilisation condamnée dès les premières minutes.
L’homme sans nom qui déboule dans cet enfer a pour lui ce qui fait évidemment son immense supériorité : un regard acéré. La place centrale de la ville, scène de théâtre sacrificiel, sera examinée sous tous ses angles, et peu à peu vidée de ses protagonistes. Si la parole est rare, c’est que les yeux ne manquent rien : du balcon, du cercueil, à cette place stratégique entre deux camps qui s’entredévorent. Eastwood est ainsi clairement la figure du cinéaste à l’égard du monde qu’il investit : toujours capable de garder la bonne distance pour apprécier avec lucidité, dans un cadre pertinent, les ravages de cette triste comédie humaine.
Musique (pas encore de Morricone, mais la filiation avec ce qui suivra est assez évidente), dilatation, trognes d’enfer, poussière : le cadre est posé. Certes, les maladresses du débutant sont encore présentes, comme cette tendance à grossir le trait des méchants (les massacres à rallonge, les passages à tabac avec rires tonitruants un brin répétitifs), ou le recours à la caméra subjective pour les vertiges du blessé qui n’est pas du meilleur effet.
Mais la déclaration esthétique n’en est pas moins tonitruante : un cinéaste est né, un personnage avec lui, et une nouvelle ère du western sous leur joug jubilatoire.
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Tony's Theme
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 5 Déc 2014 - 9:04

Je dois être le seul à penser à des guitares en entendant "Eastwood" Rolling Eyes
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 5 Déc 2014 - 9:51

Et moi je pense au titre de Gorillaz, c'est pas mieux Wink
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 5 Déc 2014 - 9:53

Au moins les gens connaissent.

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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 5 Déc 2014 - 10:01

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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 5 Déc 2014 - 10:18

Vous savez que je suis modo sur ce topic, bande de trolls fétides ? Very Happy
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Esther
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 5 Déc 2014 - 13:19

@Tony's Theme a écrit:
Je dois être le seul à penser à des guitares en entendant "Eastwood"  Rolling Eyes
http://www.eastwoodguitars.com/
Non, nous sommes deux.
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Tony's Theme
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 5 Déc 2014 - 15:13

@Esther a écrit:
@Tony's Theme a écrit:
Je dois être le seul à penser à des guitares en entendant "Eastwood"  Rolling Eyes
http://www.eastwoodguitars.com/
Non, nous sommes deux.
cheers

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Esther
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 5 Déc 2014 - 15:15

@Tony's Theme a écrit:
@Esther a écrit:
@Tony's Theme a écrit:
Je dois être le seul à penser à des guitares en entendant "Eastwood"  Rolling Eyes
http://www.eastwoodguitars.com/
Non, nous sommes deux.
cheers
La marque figurait en bonne place dans un dossier spécial "guitares atypiques" du magazine Guitare Part.
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Esther
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 5 Déc 2014 - 15:17

J'adore leur basse "Warren Ellis". Très classe.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 5 Déc 2014 - 16:10

Celle-là ?!

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Tony's Theme
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Ven 5 Déc 2014 - 16:42

@Esther a écrit:
J'adore leur basse "Warren Ellis". Très classe.
C'est pas une basse mais une guitare accordée comme un banjo quatre cordes.
Très belle en effet, fort inspirée de la Fender Mustang.

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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Sam 6 Déc 2014 - 6:58



Expansion du domaine de la joute.

Le deuxième volet de la trilogie du dollar suit un principe qui ne cessera jamais dans la filmographie de Leone : celui de l’expansion. Tout ce qu’annonçait le matriciel premier opus s’épanche ici, et explosera dans Le bon, le brute et le truand et Il était une fois dans l’Ouest.
La vision du monde reste donc la même : les hommes sont des brutes, et la loi de l’ouest est celle d’une jungle dans laquelle on trouverait de l’alcool et des biftons. Porté par une galerie de personnages aux trognes mémorables, iconisés par la sueur et la poussière, le récit passe avec bonheur de la bosse de Kinski au regard de fouine de Cleef, de la folie habitée de Volonté au mutisme ravageur d’Eastwood.
Leur échange procède sur un principe fondamental : l’intimidation. Les discours n’ont point d’effet, seul le culot compte : le saloon est ainsi un champ de bataille silencieux où l’on jauge l’ennemi et sa capacité à encaisser la provocation la plus ostentatoire. L’arme absolue à y joindre sera le temps : c’est parce qu’il attend que le tireur gagne, de même que c’est dans la dilatation que Leone emporte toute l’attention admirative pour son personnage.
La quête en elle-même est simplissime : celle d’un casse (qu’on aura présenté dans la chaire d’une église) et de la convoitise du magot, qui ne cesse de reculer à mesure qu’on l’approche, derrière un mur, dans un meuble, un coffre, un nouveau coffre, des sacs... Différer l’avènement pour accroitre le plaisir. Mais parce que le monde est cruel et les hommes avides, le récit compose une partition qui joue sur un motif récurrent, celui du renversement. Associations et trahisons, infiltrations et reconnaissance jalonnent un parcours semé de savoureuses embûches.
Souvent, le plan d’ensemble se déplace en travelling pour faire entrer dans le champ un flingue ou un personnage de dos qui vient remettre en question l’équilibre de la scène : c’est la toute la jubilation cinématographique de Leone, qui s’en donne à cœur joie.
C’est aussi bien entendu par son recours à la musique qu’il donne la pleine puissance de son cinéma : le thème à la guimbarde, le pendentif et sa mélodie lancinante, tout participe du même procédé de l’amplification, vers l’orchestration symphonique.

Du plan fixe aux mouvements circulaires, du regard perçant à la composition des plans larges, Leone ne parle que d’une chose : son plaisir à filmer. Ses personnages sont les héros de l’ouest par leur capacité à enlever les chapeaux ou cueillir des pommes avec leur flingue ; force est de constater que leur chef d’orchestre vise tout aussi juste, et avec le même panache.

Bonus track :
« Suite de « Pour une poignée de dollars ». C’est un peu moins mauvais, mais que c’est long. Leone, le réalisateur le plus surfait du siècle ».
(Alain Paucard dans le Guide des films de Jean Tulard.)
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Dim 7 Déc 2014 - 7:12



“When you have to shoot, just shoot. Don’t talk.”

La première chose à faire lorsqu’on entame la critique d’un tel film, c’est de se réfréner ; ne pas, influencé par le virtuose aux commandes, tomber dans le lyrisme échevelé et l’épanchement déraisonnable.
Leone a forgé son style, l’a mis à l’épreuve d’un film plus long et ambitieux que le précédent dans le deuxième volet de sa trilogie. Le troisième sera à la fois son point d’orgue et son entrée dans la cour des très grands.
La séquence d’ouverture annonce comme souvent le programme : silence, dilatation temporelle et surtout, fausse piste : cette splendide redirection latérale de ce qui s’annonçait comme un duel et devient une chasse à l’homme est la malice initiale confirmée par l’entrée en scène de Tuco, qui crève l’écran vitré de la baraque comme Leone le fait de la toile, invitation jubilatoire au carnage.
Tout le récit, fondé sur une quête toujours aussi linéaire, celle du magot, ne cessera de se déployer sur ces circonvolutions : l’obligation perverse de partager la moitié d’un secret avec son concurrent va générer un nombre impressionnant d’alliances et de trahisons, de chaises musicales qu’on a tendance à enlever non sous les fesses d’un fêtard, mais sous les pieds d’un pendu. Toujours aussi malmenés, les personnages vont encaisser les coups, les brûlures et la corde au cou, dans des situations de mort imminente que ne renierait pas Tex Avery, sauvés par des bombes, libérés par des trains roulant sur leurs chaines, emprisonnés par leurs sauveurs qui se révèlent des ennemis dont la poussière indiquait la mauvaise couleur d’uniforme…
Au centre du film, le trio imparable est caractérisé avec un sens de l’alchimie qui le propulse directement à la tête des personnages mémorables du 7ème art. Van Cleef est à ce point anguleux que ses iris eux-mêmes semblent taillés à la machette ; Eastwood, mutique et les sens aux aguets, ne perd rien des événements au point de voler aux beaux parleurs leurs répliques (« There’s two kind of… ») pour les faire entrer dans la légende ; et Wallach, gros marcassin fouisseur aux yeux exorbités et au signe de croix anthologique est l’une des figures les plus réjouissantes que le maestro ait pu inventer.
Tout cela suffirait à faire de ce dernier volet le sommet de la trilogie. Mais Leone veut faire de son western une épopée, et le mêler à l’Histoire qui va autant amplifier que réfréner la quête des protagonistes. C’est d’abord dans sa dimension spectaculaire qu’elle intéresse le cinéaste : aux duels dans les rues désertes des opus précédents, il substitue ceux dans une ville en ruines et sous le feu des bombardements ; pour traverser une rivière, il devient dès lors, paradoxe ultime, nécessaire d’en dynamiter l’unique pont… Foules, batailles, canonnades : Leone voit grand et projette avec autant de malice que d’ambition ses individus sur les terres ensanglantées d’une nation déchirée. La séquence en montage alterné entre le passage à tabac de Tuco et l’orchestre contraint dans le camp de prisonniers en est l’archétype : ce n’est finalement qu’une dilatation de médaille à gousset de « Et pour quelques dollars de plus »…
Chambre d’écho de leurs turpitudes, l’Histoire projette sur le pays le mensonge, la violence et l’absurdité d’une boucherie interminable ; l’évolution des personnages permet ainsi un curieux renversement au cours duquel ils acquièrent, en dépit de toute leur bassesse et leur vénalité, une forme de sagesse aux regards de ceux qui font la guerre : leur service rendu au capitaine qui rêve de voir exploser le pont, et leur duel final dans un cimetière sans limite duquel on fait surgir l’or sonne alors à la fois comme une dénonciation et une révolte rusée contre la triste marche de la guerre.
Construire une œuvre aussi imposante est avant tout une affaire de savant équilibre, et Leone l’a bien compris. Allégeant les lourdeurs sadiques des deux premiers volets, il ajoute une dimension comique qui vient parfaire l’architecture générale. Tuco est ainsi le personnage qui manquait à son univers, colorant d’une nouvelle jubilation des scènes déjà splendides. Mention spéciale à celle où il prend son bain et se retrouve en joue d’un chasseur de prime…

Je pourrais gloser pendant des heures sur la construction du duel final, son montage, le score de Morricone en osmose absolue avec la pellicule, le plissement des yeux, clin d’œil du maître à son propre savoir-faire… Mais si celui-ci est bien fondé sur l’absence de parole, si celui-ci fonctionne si bien, c’est parce qu’il dilate à deux reprises les préliminaires jusqu’à la déraison, reléguant la décharge finale à une convention dont on pourrait presque se passer.

Non, taisons-nous. Il filme comme ils tirent : le verbe est d’ailleurs le même en anglais, et Tuco le dit depuis son bain avec le panache d’un esthète philosophe :
“When you have to shoot, just shoot. Don’t talk.”
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Dim 7 Déc 2014 - 8:36

@Nulladies a écrit:

When you have to shoot, just shoot. Don’t talk.”

Shocked La tulipe est revenue! Very Happy

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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Dim 7 Déc 2014 - 8:48

(j'ai pas compris)
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Dim 7 Déc 2014 - 8:54

"when you shoot..." c'était la signature de la tulipe il y a quelques années. un ancien membre

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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Dim 7 Déc 2014 - 8:58

Séb a écrit:
"when you shoot..." c'était la signature de la tulipe il y a quelques années. un ancien membre

Ok !
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Dim 7 Déc 2014 - 17:45

Citation :
« Suite de « Pour une poignée de dollars ». C’est un peu moins mauvais, mais que c’est long. Leone, le réalisateur le plus surfait du siècle ».
(Alain Paucard dans le Guide des films de Jean Tulard.)

C'est un peu trop excessif et lapidaire dans la forme pour être totalement honnête. On sent trop le mec fiérot de déboulonner la statue, Leone étant LE cinéaste quasiment intouchable, capable de réunir dans la même ferveur le grand public et la cinéphilie pointue.

Maintenant si on y met un peu plus de nuances, le fond ne me parait pas si aberrant que cela. On est en droit de trouver qu'en dehors d' Il était une fois en Amérique ( pour moi, l'un des 5 plus grands films américains de ces 30 dernières années ) les films de Leone ne sont pas aussi bons que Tarantino le dit, que cette mise en scène parait parfois un tantinet systématique, appuyée voire  un peu grossière, que les films sont parfois bien trop longs et que l'on pourrait s'y faire un peu chier sans la musique de Morricone, et que tout ça est, comme disait je ne sais plus qui, "du western pour ceux qui n'aiment pas le western."

C'est un peu "facho-dogmatique", mais depuis la découverte de La Prisonnière du désert, Rio bravo, Winchester 73, Colorado Territory ou les films d'André De Toth, j'ai, avec le temps, un peu perdu mon enthousiasme devant les cowboys de Leone ( à l'exception de ceux d'Il était une fois la révolution, dont j'aime beaucoup la mélancolie un peu rosse ), cowboys que je trouve bien plus lourdement archétypaux que les archétypes classiques dont ils étaient supposés faire bouger les contours figés.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Dim 7 Déc 2014 - 17:50

Ce que tu dis est tout à fait juste. En fait, je me rends compte que je ne regarde pas vraiment les films de Leone comme les autres westerns, voire comme les autres films ; ça suppose clairement un certain état d'esprit, de la même façon qu'il vaut mieux avoir faim en attaquant une choucroute. Pour moi, le plaisir reste intact, mais je ne me les refais pas tous les ans non plus. La révolution est au programme prochainement... En revanche, Il était une fois en Amérique, intouchable pour moi. L'un des seuls films, avec La vie est belle, à pouvoir m'arracher des larmes.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Lun 8 Déc 2014 - 6:42



Les héros sont dézingués.

Enchainer la trilogie du dollar avec ce film est loin d’en faciliter le visionnage : difficile de redescendre après les sommets atteints chez Leone. Don Siegel a toutefois sa patte, et les audaces du nouvel Hollywood irriguent ce film avec suffisamment d’impertinence pour lui donner de l’intérêt.
Cela faisait longtemps qu’on ne voyait plus de romance dans le western, passée au crible de la vénalité par Leone, ou reléguée au souvenir, et donc au deuil. Ici, l’étrange association entre un cavalier solitaire (Eastwood) et une none (Shirley MacLaine) distille une sorte de screwball vraiment originale. Les nombreux détournements face à l’engagement religieux, le crucifix qui sert à éblouir les indiens ou faire taire un mourant sont autant de petites audaces assez savoureuses.
La trame du récit n’est certes pas originale, et un peu laborieuse avant de parvenir à son but, même si le duo fonctionne bien et que les péripéties sont assez surprenantes, soulignées par un score de Morricone des plus sympathiques.
[Spoils]
Alors que les masques tombent et que la none se révèle pute aux ambitions et à la grande gueule surprenantes, Siegel fait converger les quêtes sentimentales, financières et idéologiques (dans le contexte de la guerre au Mexique entre Juaristes et Français) autour de l’assaut de la caserne française, et se fait clairement plaisir. Montage frénétique, dynamite à tous les étages, on n’en finit pas d’investir les lieux, et tout le monde y trouve son compte.
D’un humour d’abord un peu épicé dans son flirt avec la religion, le film se dirige vers une véritable bouffonnerie finale à l’image de ce dernier plan où le couple opulent poursuit sa quête à dos de mule : c’est bien dans ce regard sardonique sur ces héros vénaux et immoraux que le nouveau western prend tout son intérêt.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Mar 9 Déc 2014 - 6:34



Smells like keen spirit.

Don Siegel poursuit l’aventure avec Eastwood en lui proposant de nouvelles terres de conquêtes, délaissant le western au profit d’un récit historique et psychologique.
A l’abris supposé de l’Histoire, ici la guerre civile américaine, une grande bâtisse sudiste recueille un soldat de l’union et lui prodigue les soins nécessaires à sa survie. Dans ce gynécée retors dont Eastwood va chambouler le fragile équilibre, l’autorité et la discipline semblait régner jusqu’alors, déserté par les hommes sacrifiés sur l’hôtel de la guerre ou de l’esclavage.
Les ingrédients sont donc multiples et complexes, et les personnages ont tous une part d’ombre que semble pouvoir dénier des désirs d’amour a priori irréprochables.
Ennemi autant caché qu’enfermé, autant désiré que kidnappé, le caporal transforme vite les lieux en un harem d’autant plus malsain qu’il va séduire la quasi-totalité des femmes, de la jouvencelle de douze ans à la patronne cougar.
Etouffant, le huis-clos souffle le chaud et le froid dans sa façon de distiller fantasmes érotiques, perversion et d’y insuffler par brutales incursions la violence du chaos historique qui rode au-delà de la clôture de la propriété. Les femmes se sont clairement construites à l’abri des hommes, sans pour autant totalement réfréner le désir qu’elles ont d’eux.
Dans cette maison aux escaliers multiples, aux portes fermées à clés et aux lits trop accueillants, Siegel met en place un jeu de clair-obscur fascinant, écho des désirs mêlant inextricablement éros et thanatos. A la lisière de l’expressionisme, ses prises de vues mettent le spectateur au niveau des personnages, incapable de se faire une idée précise de celui qu’on doit condamner ou celle auprès de qui l’empathie serait légitime.
Franchir les cloisons ne se fait pas sans risque, et c’est bien là le projet du cinéaste que d’éprouver notre curiosité, voire notre voyeurisme, nous menant jusqu’à l’amputation et l’inceste, l’empoisonnement et la pédophilie.
Berceau vénéneux des désirs en temps de guerre, sur un registre qui convoque autant la femme bergmanienne que la Kathy Bates de « Misery », « Les proies » explore les relents ambivalents et cruels du désir avec une efficacité implacable.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Mer 10 Déc 2014 - 6:38



L’enfer chez les hôtes.

L’homme des hautes plaines s’ouvre et se ferme sur un même plan : un horizon embrumé par la chaleur sur lequel apparait ou s’estompe la silhouette fantomatique d’un cavalier. Surgi de nulle part, dénué de nom et aux motivations troubles, le héros pénètre une ville à l’artificialité elle-même inquiétante, dans un long et silencieux défilé sous le regard torve d’habitants neurasthéniques.
Habitués que nous sommes à l’anonyme mutique de Leone, nous pensons retrouver là un archétype : petite malice d’Eastwood qui file la référence pour mieux lui tordre la bride. Les premiers plans quittent déjà le jaune au grain poisseux de sueur du maitre italien, pour lui substituer des façades brillantes, sous un ciel bleu d’une netteté immaculée. La réédition en Blu-ray rend parfaitement hommage au grand travail de la photographie qui déréalise avec pertinence cette fable noire.
Fort d’un ascendant que les mots peinent à formuler, le cavalier solitaire met la communauté au pas, qui s’exécute lorsqu’il exige qu’on donne à manger aux mexicains, qu’on distribue des couvertures aux indiens ou qu’on repeigne toutes les façades en rouge. Prophète infernal, argumentant avec les hommes à coups de flingue, avec les femmes à coup de reins, le seul fait qu’on le laisse faire dit moins sa puissance que la coupable soumission volontaire des habitants.
L’animation imposée par cette présence étrange transforme une ville mutique en une sorte de cirque qui ne ferait rire personne : le nain est propulsé shérif, et l’on prépare un repas collectif en attendant le retour de 3 truands sanguinaires qu’on espère pouvoir abattre.
Au cœur du film, la scène du trauma originel poursuite cette filiation avec le théâtre et le spectacle retors : la mise à mort d’un homme sous les coups de fouets et le regard passif de toute la communauté, statues de cire dans des obliques et un éclairage qui semblent vraiment annoncer les farces monstrueuses et clinquantes que réalisera Lynch par la suite.
D’une âpreté noire et lucide sur la nature humaine, L’homme des hautes plaines explore avec un regard acéré les thèmes du Dogville de Lars Von Trier, qui lui aussi livrait là son regard sur la collectivité américaine. Celle d’une zone originelle de non-droit, dans laquelle les morts n’ont même pas leur stèle.
Audacieux, original, à la lisière d’un fantastique parfaitement exploité pour faire éclater la vérité à propos de l’enfer sur terre, L’homme des hautes plaines est un coup de maitre : il pérennise le grand western tout en proposant une véritable singularité du jeune réalisateur qu’est Eastwood.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   Jeu 11 Déc 2014 - 13:07

cheers pour L'homme des hautes plaines, à voir en VO pour ne rien louper de sa dimension ouvertement fantomatique (la fin en VF flirtant avec le contre-sens).

@Nulladies a écrit:
Musique (pas encore de Morricone, mais la filiation avec ce qui suivra est assez évidente)

Si si, je t'assure, c'est bel et bien le Maestro, peut-etre sous un pseudo je sais plus, mais c'est lui et ça s'entend.

@Nulladies a écrit:

Du plan fixe aux mouvements circulaires, du regard perçant à la composition des plans larges, Leone ne parle que d’une chose : son plaisir à filmer.

Et de vengeance, de deuil, d'humanité perdue, comme souvent. N'oublions pas que Leone est avant tout un (grand, très grand) auteur.

@Nulladies a écrit:

« Suite de « Pour une poignée de dollars ». C’est un peu moins mauvais, mais que c’est long. Leone, le réalisateur le plus surfait du siècle ».
(Alain Paucard dans le Guide des films de Jean Tulard.)

Aha je l'avais lue celle-là, mais quelle tanche ce Tulard. Laughing

@Nulladies a écrit:
Chambre d’écho de leurs turpitudes, l’Histoire projette sur le pays le mensonge, la violence et l’absurdité d’une boucherie interminable ; l’évolution des personnages permet ainsi un curieux renversement au cours duquel ils acquièrent, en dépit de toute leur bassesse et leur vénalité, une forme de sagesse aux regards de ceux qui font la guerre : leur service rendu au capitaine qui rêve de voir exploser le pont, et leur duel final dans un cimetière sans limite duquel on fait surgir l’or sonne alors à la fois comme une dénonciation et une révolte rusée contre la triste marche de la guerre.

Pour moi le contexte de l'Histoire et des personnages secondaires en général fait avant tout ressortir l'humanisme que les personnages principaux (et derrière eux, Leone) essaient de cacher, celui de Tuco quand il s'effondre discrètement contre un mur à l'annonce de la mort de sa mere, une des seules scènes de cinéma qui me colle encore les larmes au bord des yeux à la 100e vision, celui de Blondin quand il acquiesce à ses mensonges sur sa relation avec son frère, beaucoup de non dit fabuleusement humain dans ce CO, et effectivement cette détestation de la guerre et de la violence qui sous-tend toute sa filmo.

Ce qui me permet de répondre à Goupi Tonkin : non, non et non, jamais d'archétypes chez Leone, dont les premiers films ne sont pas moins mélancoliques qu'Il était une fois la Révolution (cf. El Indio dans Et pour quelques dollars de plus ou Morton dans Il était une fois dans l'Ouest), ils le crient juste moins sur les toits.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Clint Eastwood   

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