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 [Cycle] Stanley Kubrick

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Nulladies
Cinéman


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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Mer 9 Juil 2014 - 22:43

Non, je te jure, pour une fois, j'ai vraiment eu l'impression de voir les coutures, et c'est suffisamment rare chez Kubrick pour que je le remarque. Je parle du final de Pyle, pas de ce qui précède, qui marche en effet très bien. Même si, comme je l'écrivais, c'est un peu bizarre d'avoir un gras incapable chez les marines, mais passons.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Mer 9 Juil 2014 - 22:56

Quand même assez d'accord avec Goupi Tonkin, surtout si tu faisais référence à la musique glaçante et désincarnée d'Abigail Mead qui soutient il me semble cette scène de suicide.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Jeu 10 Juil 2014 - 8:31



La fin de l’innocence.

Aborder Eyes wide shut ne se fait pas avec innocence.
A l’époque de sa sortie, c’était le film le plus attendu depuis quelques années, chant du cygne d’un réalisateur majeur, fruit d’une gestation laborieuse et précédé de rumeurs folles.
J’avais été ébloui.
15 ans plus tard, je ne sais pas dans quelle mesure je ne participais pas à un engouement médiatique et critique au sein duquel j’avais encore du mal à me forger une opinion propre. Le voir aujourd’hui, au terme d’une intégrale du maître (à l’exception de Spartacus), se fait encore moins dans l’innocence.
Il nous faudra rester sur ce film pour quitter Kubrick.

Eyes wide shut est en ce qui me concerne son film le plus déconcertant, et celui qui aura nécessité le plus long cheminement avant de voir naitre cette critique.
Bien des éléments le rendent a priori irritant : la trame narrative, dans son ensemble n’a rien d’original. Tom Cruise est assez insupportable. Le film semble trop long, les temps morts dans les dialogues démesurés, et la structure bipartite nuit/jour un peu trop didactique.
En fait, il est assez facile de détester ce film.
A partir de là, deux options :
- On accorde du crédit à toute la préparation obsessionnelle du maitre pour se dire que tout a du sens, de la même façon que tous ses amateurs considèrent ses faux raccords comme volontaires.
- On refuse cette posture qu’on considère comme malhonnête, et l’on s’en tient au ressenti, pour considérer ce film comme un échec.

Kubrick a presque toujours traité du grandiose, et l’ampleur de sa mise en scène l’a magnifié avec une cohérence impeccable. La surprise de Full Metal Jacket annonce en réalité celle d’Eyes Wide Shut : un regard clivé, à hauteur d’homme, et surtout, une position neutre qui ne guide plus le spectateur sur les visées morales du récit. Ce film n’est pas grandiose : il traite de la crise conjugale, mais surtout, de la définition même du grandiose dans le domaine du sexe tel que l’imaginerait un être assez médiocre : ses fantasmes.
Bill est américain jusqu’au bout des ongles. Ses sourires crispés, sa conversation mondaine, sa façon de répéter votre question avant de ne pas vraiment y répondre sont pour moi l’image que je me fais de Tom Cruise en pleine promotion. Impossible de les dissocier. Ce qu’on pourrait qualifier d’aveuglement de la part de Kubrick doit forcément avoir du sens.
Personnage passif, spectateur, Bill est un réceptacle : à la parole d’Alice, qui domine de bout en bout et brille par son absence de plus en plus grande. A ses phantasmes, de sexe, de danger et d’occulte, qui le font vibrer tout en accroissant la distance du spectateur à son égard.
Distance accrue par le jeu étrange de l’imagerie du film : un teaser démentiel du couple Kidman Cruise, et ce premier plan où l’icône féminine nous fait tomber sa robe. Puis, sa présence aux toilettes, son déodorant et l’irruption inattendue d’un quotidien qui sape le glamour.
C’est ici que se niche l’âme étrange et composite du film. Le couple, tenté par l’adultère dans ce qu’il a de plus romanesque (triolisme avec mannequins pour monsieur, superbe quinqua hongrois pour madame) va faire face à un dilemme crucial : traverser le miroir et devenir un personnage actif de son imaginaire sexuel, ou y renoncer pour consolider un réel déceptif.
Cette subtile position crée un point d’équilibre particulièrement instable pour le spectateur : les séquences auxquelles nous assistons sont oniriques, fantasmées, et il est de notre devoir de déterminer notre distanciation critique par rapport à elles. Aisé quant aux projections de Bill sur l’adultère potentiel de sa femme ; plus complexe lorsque l’ampleur de la mise en scène excite notre fascination pour une orgie gothique, des rues nocturnes ou le danger d’une filature.
La nuit de Bill est celle d’une quête étrange : spectateur constant, il tente d’intégrer la scène qui le fascine. Encore effaré et excité par l’aveu fantasmatique de son épouse, il va donc vouloir devenir un personnage de ce type de projection. Passer d’un rôle à l’autre n’est pas si difficile, pense celui qui brandit à tout bout de champ sa carte professionnelle pour revendiquer son statut. Les opportunités se déchainent, et la ville entière suinte de sexe, dans les rues, dans les boutiques, dans les bars. L’orgie en sera le point d’orgue, spectacle cérémonial auquel il aura accès pour mieux révéler à quel point il y est illégitime. Car au moment où il deviendra un acteur de la maison, celle-ci fera cercle autour de lui pour l’exclure, modifiant la trame de la nuit pour un spectacle dont il sera à la fois le personnage principal et l’exilé.
Non sans humour, la carte fantasmatique qui se dessine aligne les impasses pour le chaud bouillant Bill. Car c’est aussi par son mélange des registres qu’Eyes Wide Shut fascine : entre porno chic et grotesque (la boutique de costumes, les allusions homosexuelles), entre permissivité et évaporation des opportunités, tout se construit et s’effondre au même moment.
Incapable de concrétiser ses désirs, Bill refait son parcours au grand jour, mais la mort s’est invitée : sida, overdose, menaces. Là aussi, la dimension romanesque est à prendre comme une projection du spectateur devenu personnage. Si mort il y a, c’est surtout de celle d’un imaginaire dont on mesure les excès avec un rien d’embarras, notamment lorsque le phantasme rencontre le réel par l’entremise d’un masque posé sur l’oreiller à côté de son épouse.
Alors que les échanges devenaient de plus en plus lents, l’angoisse de Bill de plus en plus forte, la réalité sonne paradoxalement comme un soulagement, et c’est Alice qui le ramènera du bon côté du miroir. Pour, enfin, célébrer la vie du couple dans l’étreinte tant repoussée.
Plonger dans Eyes Wide Shut, c’est ouvrir les nôtres et nous interroger avec Bill sur nos attentes, la médiocrité de notre imaginaire et poser sur lui un regard nouveau. Attendri, analytique, et désormais un peu plus lucide. On comprend dès lors à quel point cette dernière œuvre de Kubrick peut être qualifiée de testamentaire.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Jeu 10 Juil 2014 - 8:33



Film à caractère informatif

Le début fait très peur : compilation de témoignages prestigieux sur le modèle des bonus de DVD qui ne sont que des rebus de promo (« He was the greatest », « it was amazing », etc., etc.,) on sent à plein nez l’hagiographie sans intérêt.
La suite est plus rassurante. Très convenu, suivant le fil des différentes œuvres de Kubrick, le film a pour vocation de restituer un parcours, en saupoudrant quelques remarques sur l’impact du cinéaste sur le public, la critique, et assorti de témoignages sur certains de ses collaborateurs et proches. Ceux-ci ont surtout pour mission d’atténuer l’image de control freak asocial qui colle aux basques du défunt maitre. Ce n’est pas qu’on s’en fout, mais en fait, si, un peu.
En 2h20, on aura donc fait le tour de la filmographie impressionnante de ce cinéaste de génie. Quelques informations intéressantes, mais très expédiées, sur les projets avortés de Kubrick, mais rien qui nous apporte beaucoup plus qu’une biographie dans n’importe quel ouvrage de référence.


Fin du cycle.
demain, en bonus / prolongement, A.I.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Jeu 10 Juil 2014 - 9:39

Sinon, j'envisage dans les prochains mois un cycle Wilder.
Dégainez vos tops 5 ou 6, histoire que je fasse du tri...
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Zwaffle
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Jeu 10 Juil 2014 - 10:04

@Nulladies a écrit:


La fin de l’innocence.

Aborder Eyes wide shut ne se fait pas avec innocence.
A l’époque de sa sortie, c’était le film le plus attendu depuis quelques années, chant du cygne d’un réalisateur majeur, fruit d’une gestation laborieuse et précédé de rumeurs folles.
J’avais été ébloui.
15 ans plus tard, je ne sais pas dans quelle mesure je ne participais pas à un engouement médiatique et critique au sein duquel j’avais encore du mal à me forger une opinion propre. Le voir aujourd’hui, au terme d’une intégrale du maître (à l’exception de Spartacus), se fait encore moins dans l’innocence.
Il nous faudra rester sur ce film pour quitter Kubrick.

Eyes wide shut est en ce qui me concerne son film le plus déconcertant, et celui qui aura nécessité le plus long cheminement avant de voir naitre cette critique.
Bien des éléments le rendent a priori irritant : la trame narrative, dans son ensemble n’a rien d’original. Tom Cruise est assez insupportable. Le film semble trop long, les temps morts dans les dialogues démesurés, et la structure bipartite nuit/jour un peu trop didactique.
En fait, il est assez facile de détester ce film.
A partir de là, deux options :
- On accorde du crédit à toute la préparation obsessionnelle du maitre pour se dire que tout a du sens, de la même façon que tous ses amateurs considèrent ses faux raccords comme volontaires.  
- On refuse cette posture qu’on considère comme malhonnête, et l’on s’en tient au ressenti, pour considérer ce film comme un échec.

Kubrick a presque toujours traité du grandiose, et l’ampleur de sa mise en scène l’a magnifié avec une cohérence impeccable. La surprise de Full Metal Jacket annonce en réalité celle d’Eyes Wide Shut : un regard clivé, à hauteur d’homme, et surtout, une position neutre qui ne guide plus le spectateur sur les visées morales du récit. Ce film n’est pas grandiose : il traite de la crise conjugale, mais surtout, de la définition même du grandiose dans le domaine du sexe tel que l’imaginerait un être assez médiocre : ses fantasmes.
Bill est américain jusqu’au bout des ongles. Ses sourires crispés, sa conversation mondaine, sa façon de répéter votre question avant de ne pas vraiment y répondre sont pour moi l’image que je me fais de Tom Cruise en pleine promotion. Impossible de les dissocier. Ce qu’on pourrait qualifier d’aveuglement de la part de Kubrick doit forcément avoir du sens.
Personnage passif, spectateur, Bill est un réceptacle : à la parole d’Alice, qui domine de bout en bout et brille par son absence de plus en plus grande. A ses phantasmes, de sexe, de danger et d’occulte, qui le font vibrer tout en accroissant la distance du spectateur à son égard.
Distance accrue par le jeu étrange de l’imagerie du film : un teaser démentiel du couple Kidman Cruise, et ce premier plan où l’icône féminine nous fait tomber sa robe. Puis, sa présence aux toilettes, son déodorant et l’irruption inattendue d’un quotidien qui sape le glamour.
C’est ici que se niche l’âme étrange et composite du film. Le couple, tenté par l’adultère dans ce qu’il a de plus romanesque (triolisme avec mannequins pour monsieur, superbe quinqua hongrois pour madame) va faire face à un dilemme crucial : traverser le miroir et devenir un personnage actif de son imaginaire sexuel, ou y renoncer pour consolider un réel déceptif.
Cette subtile position crée un point d’équilibre particulièrement instable pour le spectateur : les séquences auxquelles nous assistons sont oniriques, fantasmées, et il est de notre devoir de déterminer notre distanciation critique par rapport à elles. Aisé quant aux projections de Bill sur l’adultère potentiel de sa femme ; plus complexe lorsque l’ampleur de la mise en scène excite notre fascination pour une orgie gothique, des rues nocturnes ou le danger d’une filature.
La nuit de Bill est celle d’une quête étrange : spectateur constant, il tente d’intégrer la scène qui le fascine. Encore effaré et excité par l’aveu fantasmatique de son épouse, il va donc vouloir devenir un personnage de ce type de projection. Passer d’un rôle à l’autre n’est pas si difficile, pense celui qui brandit à tout bout de champ sa carte professionnelle pour revendiquer son statut.  Les opportunités se déchainent, et la ville entière suinte de sexe, dans les rues, dans les boutiques, dans les bars. L’orgie en sera le point d’orgue, spectacle cérémonial auquel il aura accès pour mieux révéler à quel point il y est illégitime. Car au moment où il deviendra un acteur de la maison, celle-ci fera cercle autour de lui pour l’exclure, modifiant la trame de la nuit pour un spectacle dont il sera à la fois le personnage principal et l’exilé.
Non sans humour, la carte fantasmatique qui se dessine aligne les impasses pour le chaud bouillant Bill. Car c’est aussi par son mélange des registres qu’Eyes Wide Shut fascine : entre porno chic et grotesque (la boutique de costumes, les allusions homosexuelles), entre permissivité et évaporation des opportunités, tout se construit et s’effondre au même moment.
Incapable de concrétiser ses désirs, Bill refait son parcours au grand jour, mais la mort s’est invitée : sida, overdose, menaces. Là aussi, la dimension romanesque est à prendre comme une projection du spectateur devenu personnage. Si mort il y a, c’est surtout de celle d’un imaginaire dont on mesure les excès avec un rien d’embarras, notamment lorsque le phantasme rencontre le réel par l’entremise d’un masque posé sur l’oreiller à côté de son épouse.
Alors que les échanges devenaient de plus en plus lents, l’angoisse de Bill de plus en plus forte, la réalité sonne paradoxalement comme un soulagement, et c’est Alice qui le ramènera du bon côté du miroir. Pour, enfin, célébrer la vie du couple dans l’étreinte tant repoussée.
Plonger dans Eyes Wide Shut, c’est ouvrir les nôtres et nous interroger avec Bill sur nos attentes, la médiocrité de notre imaginaire et poser sur lui un regard nouveau. Attendri, analytique, et désormais un peu plus lucide. On comprend dès lors à quel point cette dernière œuvre de Kubrick peut être qualifiée de testamentaire.
 
je me souviens qu'à l'époque on attendait un film ultra "chaud", impression renforcée par le trailer avec Cruise et Kidman nus devant leur miroir et le morceau de Chris Isaak
 
et en voyant le film pour la première fois, je m'étais dit que ce teaser était finalement un peu à côté de la plaque, enfin pas du tout représentatif du film
 
m'est avis qu'une bande annonce qui aurait eu pour musique la Valse de Chostakovitch (qui revient 2-3 fois dans le film) aurait donné une impression plus juste de ce qu'on allait voir (bon, manque de bol, à l'époque ce morceau était un peu trop connoté "musique de la pub pour les assurances")
 
sinon contrairement à beaucoup, j'ai beaucoup aimé le film (je me souviens que c'est le premier film que j'ai acheté en dvd) et il y a un point que tu n'as pas trop développé et qui est pour moi LE point important du film, c'est la question du rêve
 
le film est constitué de pleins de scènes un peu étranges, pas toujours très réalistes (et je pense que beaucoup des critiques viennent de là) mais à partir du moment où tu prends le film comme un rêve, tout prend son sens
 
c'est difficile de filmer des rêves sans en faire trop (genre à la Lynch) et de ce point de vue je trouve que le film est une réussite exemplaire: quand tu rêves, tu as rarement la révélation "ah mais oui je suis dans un rêve c'est pour ça que tout est bizarre" et là c'est pareil, tu vois le film en te disant "c'est un peu bizarre tout ça mais bon" mais Kubrick filme tout ça sans te donner la sensation de montrer un rêve
 
je ferai pas la liste de tous les symboles, tous les indices qui reviennent au long du film (il y en a une palanquée) mais au final c'est assez flagrant et magistralement mis en scène

on rappelera d'ailleurs que le film est une adaptation (assez libre quand même vu le matériau d'origine) de "Traumnovelle" de Schnitzler... aka "La nouvelle rêvée" (on était prévenus)
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Jeu 10 Juil 2014 - 10:08

Oui, c'est vrai, je n'ai pas assez explicité la différence entre rêve et fantasmes, que j'ai un peu fusionnés. Mais c'est de ça que je parle quand j'évoque l'étrangeté et la distance volontaire avec le spectateur, partagé entre recul et fascination.
Il y a plein de choses dont je n'ai pas eu le temps de parler, comme le fait qu'Alice raconte son rêve qui est précisément l'orgie à laquelle Bill a assisté, et le retour du masque sur l'oreiller...
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Jeu 10 Juil 2014 - 11:01

@Nulladies a écrit:
Sinon, j'envisage dans les prochains mois un cycle Wilder.
Dégainez vos tops 5 ou 6, histoire que je fasse du tri...
  cheers  cheers cheers Wilder, c'est que du bonheur, pas de déchets dans sa filmo ! Mais s'il faut en choisir 6 :

Boulevard du crépuscule
Assurance sur la mort
La garçonnière

certains l'aiment chaud
le gouffre aux chimères
La vie privée de Sherlock Holmes  

bonus track : Stalag 17, parce que ce film est injustement sous-estimé. J'adore ce film.
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Jeu 10 Juil 2014 - 11:34

@Nulladies a écrit:
Oui, c'est vrai, je n'ai pas assez explicité la différence entre rêve et fantasmes, que j'ai un peu fusionnés. Mais c'est de ça que je parle quand j'évoque l'étrangeté et la distance volontaire avec le spectateur, partagé entre recul et fascination.
Il y a plein de choses dont je n'ai pas eu le temps de parler, comme le fait qu'Alice raconte son rêve qui est précisément l'orgie à laquelle Bill a assisté, et le retour du masque sur l'oreiller...

Je trouve que tu t'en sors plutôt pas mal. Eyes wide shut est, pour moi, le film le plus complexe, le plus difficile à aborder et analyser, le plus casse-gueule et le plus labyrinthique de Kubrick. Et donc le plus fascinant, peut-être. Du moins pour moi... Il est assez facile de se perdre dans ce film lancinant, entre vécu rêvé et rêve vécu, qui regorge de chausse-trappes, de fausses pistes, de faux semblants, de rimes visuelles...

je ne l'ai pas encore relu mais je me souviens qu'à l'époque mon ressenti était assez raccord avec cet article :

http://www.horschamp.qc.ca/spip.php?article122
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Jeu 10 Juil 2014 - 12:34

@Goupi Tonkin a écrit:
@Nulladies a écrit:
Oui, c'est vrai, je n'ai pas assez explicité la différence entre rêve et fantasmes, que j'ai un peu fusionnés. Mais c'est de ça que je parle quand j'évoque l'étrangeté et la distance volontaire avec le spectateur, partagé entre recul et fascination.
Il y a plein de choses dont je n'ai pas eu le temps de parler, comme le fait qu'Alice raconte son rêve qui est précisément l'orgie à laquelle Bill a assisté, et le retour du masque sur l'oreiller...

Je trouve que tu t'en sors plutôt pas mal. Eyes wide shut est, pour moi, le film le plus complexe, le plus difficile à aborder et analyser, le plus casse-gueule et le plus labyrinthique de Kubrick. Et donc le plus fascinant, peut-être. Du moins pour moi... Il est assez facile de se perdre dans ce film lancinant, entre vécu rêvé et  rêve vécu, qui regorge de chausse-trappes, de fausses pistes, de faux semblants, de rimes visuelles...

je ne l'ai pas encore relu mais je me souviens qu'à l'époque mon ressenti était assez raccord avec cet article :

http://www.horschamp.qc.ca/spip.php?article122

Entièrement d'accord, c'est le plus délicat à analyser. Et je sais que le reverrai avec plaisir, et en y trouvant d'autres choses.
Je vais aller voir ton lien.
Et dans l'esprit de Room 237, je suis tombé sur ça.
Un titre complètement con et sans rapport avec le contenu, j'ai regardé parce que Michel Ciment intervient, mais c'est plus une caution de départ qu'autre chose. Pour finir, c'est souvent très vain, même si certaines remarques sur l'ensemble de la filmo de Kubrick peuvent être intéressants, comme l'enfant abusé par exemple.

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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Jeu 10 Juil 2014 - 12:59

@Goupi Tonkin a écrit:
@Nulladies a écrit:
Sinon, j'envisage dans les prochains mois un cycle Wilder.
Dégainez vos tops 5 ou 6, histoire que je fasse du tri...
  cheers  cheers cheers Wilder, c'est que du bonheur, pas de déchets dans sa filmo ! Mais s'il faut en choisir 6 :

Boulevard du crépuscule
Assurance sur la mort
La garçonnière

certains l'aiment chaud
le gouffre aux chimères
La vie privée de Sherlock Holmes  

bonus track : Stalag 17, parce que ce film est injustement sous-estimé. J'adore ce film.

Merci, je note.
J'ai vu les 4 premiers, et La garçonnière l'an dernier. Les trois autres, je les reverrai, et les autres, merci pour les réf. Je les avais déjà repérés, à part La vie privée, qui m'avait échappé.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Jeu 10 Juil 2014 - 21:41

@Zwaffle a écrit:

m'est avis qu'une bande annonce qui aurait eu pour musique la Valse de Chostakovitch (qui revient 2-3 fois dans le film) aurait donné une impression plus juste de ce qu'on allait voir (bon, manque de bol, à l'époque ce morceau était un peu trop connoté "musique de la pub pour les assurances")

Aha putain c'est vrai, impossible de s'empêcher d'y penser. Alors que le morceau dégage un tel tragique dans le film, ces scènes du quotidien de Cruise où commence à surgir le manque - d'excitation, de romanesque, d'amour... parce que Eyes Wide Shut est quand même avant tout un film d'amour, pour moi... si je devais résumer l'histoire en une phrase c'est Nicole Kidman qui tente de réveiller la flamme en plongeant dans le chaos tout ce que Tom Cruise tient pour acquis, une sorte de "film du remariage" lynchien où l'on ne réalise le prix de ce que l'on a qu'en se confrontant à la facilité qu'on aurait de le perdre. Je vois plus le film comme une errance mentale ou une allégorie que comme un rêve à proprement parler, le rêve ça n'est que la surface.

@Goupi Tonkin a écrit:
@Nulladies a écrit:
Sinon, j'envisage dans les prochains mois un cycle Wilder.
Dégainez vos tops 5 ou 6, histoire que je fasse du tri...
  cheers  cheers cheers Wilder, c'est que du bonheur, pas de déchets dans sa filmo ! Mais s'il faut en choisir 6 :

Boulevard du crépuscule
Assurance sur la mort
La garçonnière

certains l'aiment chaud
le gouffre aux chimères
La vie privée de Sherlock Holmes  

bonus track : Stalag 17, parce que ce film est injustement sous-estimé. J'adore ce film.

 cheers cheers  bis ! Une bonne quinzaine de films dans sa filmo que je qualifierais de chefs-d'oeuvre, record inégalé (et encore je n'ai toujours pas vu Stalag 17).

Bon vraiment pas fan de La vie privée de Sherlock Holmes par contre, pour moi c'est LE gros bas, film très surfait surtout appréciable pour les libertés assez crues que Wilder a prises avec le personnage. Mon top dans l'ordre :

1. The Apartment (La garçonnière)
2. Sunset Boulevard (Boulevard du crépuscule)
3. The Fortune Cookie (La grande combine)
4. Sabrina Fair (Sabrina)
5. Double Indemnity (Assurance sur la mort)
6. Avanti !
7. Kiss Me, Stupid (Embrasse-moi, idiot)
8. Irma La Douce
9. Love in the Afternoon (Ariane)
10. One, Two, Three (Un, deux, trois)
11. Fedora
12. The Major and the Minor (Uniformes et jupons courts)
13. Some Like It Hot (Certains l'aiment chaud)
14. Witness for the Prosecution (Témoin à charge)
15. The Front Page (Spéciale première)
16. The Lost Week-End (Le poison)
17. Ace in the Hole (Le gouffre aux chimères)
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Ven 11 Juil 2014 - 9:17

@RabbitIYH a écrit:
@Zwaffle a écrit:

m'est avis qu'une bande annonce qui aurait eu pour musique la Valse de Chostakovitch (qui revient 2-3 fois dans le film) aurait donné une impression plus juste de ce qu'on allait voir (bon, manque de bol, à l'époque ce morceau était un peu trop connoté "musique de la pub pour les assurances")

Aha putain c'est vrai, impossible de s'empêcher d'y penser. Alors que le morceau dégage un tel tragique dans le film, ces scènes du quotidien de Cruise où commence à surgir le manque - d'excitation, de romanesque, d'amour... parce que Eyes Wide Shut est quand même avant tout un film d'amour, pour moi... si je devais résumer l'histoire en une phrase c'est Nicole Kidman qui tente de réveiller la flamme en plongeant dans le chaos tout ce que Tom Cruise tient pour acquis, une sorte de "film du remariage" lynchien où l'on ne réalise le prix de ce que l'on a qu'en se confrontant à la facilité qu'on aurait de le perdre. Je vois plus le film comme une errance mentale ou une allégorie que comme un rêve à proprement parler, le rêve ça n'est que la surface.

@Goupi Tonkin a écrit:
@Nulladies a écrit:
Sinon, j'envisage dans les prochains mois un cycle Wilder.
Dégainez vos tops 5 ou 6, histoire que je fasse du tri...
  cheers  cheers cheers Wilder, c'est que du bonheur, pas de déchets dans sa filmo ! Mais s'il faut en choisir 6 :

Boulevard du crépuscule
Assurance sur la mort
La garçonnière

certains l'aiment chaud
le gouffre aux chimères
La vie privée de Sherlock Holmes  

bonus track : Stalag 17, parce que ce film est injustement sous-estimé. J'adore ce film.

 cheers cheers  bis ! Une bonne quinzaine de films dans sa filmo que je qualifierais de chefs-d'oeuvre, record inégalé (et encore je n'ai toujours pas vu Stalag 17).

Bon vraiment pas fan de La vie privée de Sherlock Holmes par contre, pour moi c'est LE gros bas, film très surfait surtout appréciable pour les libertés assez crues que Wilder a prises avec le personnage. Mon top dans l'ordre :

1. The Apartment (La garçonnière)
2. Sunset Boulevard (Boulevard du crépuscule)
3. The Fortune Cookie (La grande combine)
4. Sabrina Fair (Sabrina)
5. Double Indemnity (Assurance sur la mort)
6. Avanti !
7. Kiss Me, Stupid (Embrasse-moi, idiot)
8. Irma La Douce
9. Love in the Afternoon (Ariane)
10. One, Two, Three (Un, deux, trois)
11. Fedora
12. The Major and the Minor (Uniformes et jupons courts)
13. Some Like It Hot (Certains l'aiment chaud)
14. Witness for the Prosecution (Témoin à charge)
15. The Front Page (Spéciale première)
16. The Lost Week-End (Le poison)
17. Ace in the Hole (Le gouffre aux chimères)

eh ben, y'a du boulot ! Merci pour toutes ces suggestions, je vais faire mon marché.  Smile 
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Ven 11 Juil 2014 - 9:17



Les imparfaits du futur.

Pour conclure mon cycle sur Kubrick, j’ai voulu revoir ce film qui fut un de ses projets et qu’il confia à Spielberg.
Autant le dire d’emblée, A.I. est clairement un film signé du disciple. Même si l’on peut très bien comprendre l’intérêt qu’y portait Kubrick, et si les visuels qu’il avait fait réaliser sont ici à l’œuvre, l’esthétique générale est très clairement identifiable, et les échos à E.T. ou Rencontre sont assez nombreux, avec ce bleuté 80’s, ces forêts nocturnes et brumeuses, cette attention portée à l’enfance…
Certes, A.I. a du marquer son époque par son recours à l’imagerie numérique, confirmant l’attentisme de Kubrick par rapport aux nécessaires progrès technologiques pour mener son projet à terme. C’est propre, net, ambitieux, même si l’on a toujours ce sentiment d’être face à une copie de bon élève, jusque dans les plans séquences (dont celui, impressionnant il est vrai, qui suit le parcours dans les tribunes d’un employé transportant Teddy vers la caisse des objets trouvés).
C’est peut-être justement ce thème de la perfection qui le plus d’intérêt au film : David est l’enfant parfait, programmé pour aimer à la perfection. Ce visage finalement assez inquiétant prend de temps à autre sa dimension réellement robotique : lorsqu’il se susitue au téléphone, lorsqu’il mange. Cette frontière ténue entre perfection et monstruosité, idéalisation et altérité traverse la première partie, mais de façon un peu trop ténue. Face au programme, l’humanité se révèle dans toute sa cruauté : parents / consommateurs ingrats, foule ivre de tuerie dans une foire à la chair qui appuie les parallèles à l’holocauste dans un esprit à la Mad Max qui n’est franchement pas des plus heureux.
La visée satirique, par l’entremise de l’humanoïde joué par Jude Law, permet certes des explorations un peu acides sur la marchandisation du sexe. Cela n’équilibre pas pour autant les immenses pesanteurs du parallèle entre le récit et Pinocchio, la quête de la fée bleue, trame métaphoriquement intéressante, mais ici assenée et répétée ad nauseam.
Pourtant, A.I parvient encore à émouvoir, se délaissant progressivement de la parole et des couleurs criardes pour atteindre une épure assez intrigante. La longue séquence des retrouvailles avec le concepteur, la chute aquatique rompent les chaines du récit traditionnel. Et la séquence finale touche enfin du doigt le véritable sujet, qu’on a déjà vu exploité par Houellebecq, plus récemment dans Her et qui restitue ici les liens filiaux entre un robot et un clone, observés avec attention par des extraterrestres. Celui de la spécificité humaine, de l’indicible de ses sentiments, de son attendrissante et mélancolique imperfection.
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Zwaffle
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Ven 11 Juil 2014 - 9:50

@Nulladies a écrit:


Les imparfaits du futur.

Pour conclure mon cycle sur Kubrick, j’ai voulu revoir ce film qui fut un de ses projets et qu’il confia à Spielberg.
Autant le dire d’emblée, A.I. est clairement un film signé du disciple. Même si l’on peut très bien comprendre l’intérêt qu’y portait Kubrick, et si les visuels qu’il avait fait réaliser sont ici à l’œuvre, l’esthétique générale est très clairement identifiable, et les échos à E.T. ou Rencontre sont assez nombreux, avec ce bleuté 80’s, ces forêts nocturnes et brumeuses, cette attention portée à l’enfance…
Certes, A.I. a du marquer son époque par son recours à l’imagerie numérique, confirmant l’attentisme de Kubrick par rapport aux nécessaires progrès technologiques pour mener son projet à terme. C’est propre, net, ambitieux, même si l’on a toujours ce sentiment d’être face à une copie de bon élève, jusque dans les plans séquences (dont celui, impressionnant il est vrai, qui suit le parcours dans les tribunes d’un employé transportant Teddy vers la caisse des objets trouvés).
C’est peut-être justement ce thème de la perfection qui le plus d’intérêt au film : David est l’enfant parfait, programmé pour aimer à la perfection. Ce visage finalement assez inquiétant prend de temps à autre sa dimension réellement robotique : lorsqu’il se susitue au téléphone, lorsqu’il mange. Cette frontière ténue entre perfection et monstruosité, idéalisation et altérité traverse la première partie, mais de façon un peu trop ténue. Face au programme, l’humanité se révèle dans toute sa cruauté : parents / consommateurs ingrats, foule ivre de tuerie dans une foire à la chair qui appuie les parallèles à l’holocauste dans un esprit à la Mad Max qui n’est franchement pas des plus heureux.
La visée satirique, par l’entremise de l’humanoïde joué par Jude Law, permet certes des explorations un peu acides sur la marchandisation du sexe. Cela n’équilibre pas pour autant les immenses pesanteurs du parallèle entre le récit et Pinocchio, la quête de la fée bleue, trame métaphoriquement intéressante, mais ici assenée et répétée ad nauseam.  
Pourtant, A.I parvient encore à émouvoir, se délaissant progressivement de la parole et des couleurs criardes pour atteindre une épure assez intrigante. La longue séquence des retrouvailles avec le concepteur, la chute aquatique rompent les chaines du récit traditionnel. Et la séquence finale touche enfin du doigt le véritable sujet, qu’on a déjà vu exploité par Houellebecq, plus récemment dans Her et qui restitue ici les liens filiaux entre un robot et un clone, observés avec attention par des extraterrestres. Celui de la spécificité humaine, de l’indicible de ses sentiments, de son attendrissante et mélancolique imperfection.

je me souviens qu'à l'époque j'y allais avec un assez gros a priori (étant fan de Kubrick et pas tant que ça de Spielberg, ça peut se comprendre)

j'avais été finalement assez touché par ce film qui a ses défauts mais qui est loin d'être raté

à l'exception de la fin... je me souviens qu'au ciné, j'étais sur une bonne impression qui s'est dégradé au fur et à mesure de la séquence finale où je n'arrêtais pas de me dire "nooooon, stoppez ça! ça gâche touuuut!"

m'est avis que le film aurait eu une fin parfaite s'il s'était arrêté sur le plan de David sous l'eau dans son vaisseau avec la vierge en face, ça aurait été assez osé comme fin mais franchement ce qui suit m'a toujours paru complètement inutile (la représentation des extraterrestres est tellement peu originale)
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Ven 11 Juil 2014 - 9:54

La fin bloquée sous l'eau aurait eu un vrai impact, je suis d'accord, et j'avais aussi eu du mal avec l'épilogue la première fois. Mais là, finalement, je le trouve intéressante et assez touchante. Pas tant sur le fait que maman et fiston se retrouvent, mais sur ce qu'on pourrait sauver de l'émotion humaine lorsqu'elle est éteinte : c'est un clone et un robot qui la mettent en scène, c'est complètement programmé. Je ne suis pas sûr que la mélancolie houellebcquienne qui s'en dégage soit consciente de la part de Spielberg, mais en revanche, je vois bien du Kubrick là derrière et j'ai trouvé ça digne d'intérêt.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Ven 11 Juil 2014 - 11:47

@RabbitIYH a écrit:
@Zwaffle a écrit:

m'est avis qu'une bande annonce qui aurait eu pour musique la Valse de Chostakovitch (qui revient 2-3 fois dans le film) aurait donné une impression plus juste de ce qu'on allait voir (bon, manque de bol, à l'époque ce morceau était un peu trop connoté "musique de la pub pour les assurances")

Aha putain c'est vrai, impossible de s'empêcher d'y penser. Alors que le morceau dégage un tel tragique dans le film, ces scènes du quotidien de Cruise où commence à surgir le manque - d'excitation, de romanesque, d'amour... parce que Eyes Wide Shut est quand même avant tout un film d'amour, pour moi... si je devais résumer l'histoire en une phrase c'est Nicole Kidman qui tente de réveiller la flamme en plongeant dans le chaos tout ce que Tom Cruise tient pour acquis, une sorte de "film du remariage" lynchien où l'on ne réalise le prix de ce que l'on a qu'en se confrontant à la facilité qu'on aurait de le perdre. Je vois plus le film comme une errance mentale ou une allégorie que comme un rêve à proprement parler, le rêve ça n'est que la surface.

@Goupi Tonkin a écrit:
@Nulladies a écrit:
Sinon, j'envisage dans les prochains mois un cycle Wilder.
Dégainez vos tops 5 ou 6, histoire que je fasse du tri...
  cheers  cheers cheers Wilder, c'est que du bonheur, pas de déchets dans sa filmo ! Mais s'il faut en choisir 6 :

Boulevard du crépuscule
Assurance sur la mort
La garçonnière

certains l'aiment chaud
le gouffre aux chimères
La vie privée de Sherlock Holmes  

bonus track : Stalag 17, parce que ce film est injustement sous-estimé. J'adore ce film.

 cheers cheers  bis ! Une bonne quinzaine de films dans sa filmo que je qualifierais de chefs-d'oeuvre, record inégalé (et encore je n'ai toujours pas vu Stalag 17).

Bon vraiment pas fan de La vie privée de Sherlock Holmes par contre, pour moi c'est LE gros bas, film très surfait surtout appréciable pour les libertés assez crues que Wilder a prises avec le personnage. Mon top dans l'ordre :

1. The Apartment (La garçonnière)
2. Sunset Boulevard (Boulevard du crépuscule)
3. The Fortune Cookie (La grande combine)
4. Sabrina Fair (Sabrina)
5. Double Indemnity (Assurance sur la mort)
6. Avanti !
7. Kiss Me, Stupid (Embrasse-moi, idiot)
8. Irma La Douce
9. Love in the Afternoon (Ariane)
10. One, Two, Three (Un, deux, trois)
11. Fedora
12. The Major and the Minor (Uniformes et jupons courts)
13. Some Like It Hot (Certains l'aiment chaud)
14. Witness for the Prosecution (Témoin à charge)
15. The Front Page (Spéciale première)
16. The Lost Week-End (Le poison)
17. Ace in the Hole (Le gouffre aux chimères)

 Shocked Absolument pas d'accord sur La vie privée de Sherlock Holmes. Ce film est un bijou. Du scénario au casting, en passant par le score de Miklós Rózsa, tout est brillant et délicieux !!!

Pour moi, s'il faut chercher "un gros bas", comme tu dis, dans la filmo quasi parfaite de Wilder, c'est Le poison. Malgré des qualités de mise en scène indéniables, le film a pris un petit coup de vieux.

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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Ven 11 Juil 2014 - 12:51

@Nulladies a écrit:
@Goupi Tonkin a écrit:
@Nulladies a écrit:
Oui, c'est vrai, je n'ai pas assez explicité la différence entre rêve et fantasmes, que j'ai un peu fusionnés. Mais c'est de ça que je parle quand j'évoque l'étrangeté et la distance volontaire avec le spectateur, partagé entre recul et fascination.
Il y a plein de choses dont je n'ai pas eu le temps de parler, comme le fait qu'Alice raconte son rêve qui est précisément l'orgie à laquelle Bill a assisté, et le retour du masque sur l'oreiller...

Je trouve que tu t'en sors plutôt pas mal. Eyes wide shut est, pour moi, le film le plus complexe, le plus difficile à aborder et analyser, le plus casse-gueule et le plus labyrinthique de Kubrick. Et donc le plus fascinant, peut-être. Du moins pour moi... Il est assez facile de se perdre dans ce film lancinant, entre vécu rêvé et  rêve vécu, qui regorge de chausse-trappes, de fausses pistes, de faux semblants, de rimes visuelles...

je ne l'ai pas encore relu mais je me souviens qu'à l'époque mon ressenti était assez raccord avec cet article :

http://www.horschamp.qc.ca/spip.php?article122

Entièrement d'accord, c'est le plus délicat à analyser. Et je sais que le reverrai avec plaisir, et en y trouvant d'autres choses.
Je vais aller voir ton lien.
Et dans l'esprit de Room 237, je suis tombé sur ça.
Un titre complètement con et sans rapport avec le contenu, j'ai regardé parce que Michel Ciment intervient, mais c'est plus une caution de départ qu'autre chose. Pour finir, c'est souvent très vain, même si certaines remarques sur l'ensemble de la filmo de Kubrick peuvent être intéressants, comme l'enfant abusé par exemple.

Effectivement, le contenu est bien moins couillon que le titre. Pas mal de choses assez pertinentes mêlées tout de même à des théories un peu "hénaurmes" : les figurants au fond du magasin de jouets, par exemple, je n'y crois pas une seule seconde...

Même si le délire ( un peu paranoïaque ) sur le projet Monarch me laisse dubitatif ( j'ai vraiment beaucoup de mal à percevoir EWS comme un film crypté sur la manipulation mentale ), le doc m'a donné envie de revoir Un crime dans la tête, version Frankenheimer.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Ven 11 Juil 2014 - 13:34

AI pour moi vaut surtout comme brouillon esthétique de l'excellent Minority Report (film qui me touche infiniment plus d'ailleurs). Spielberg avait abordé maintes fois le même genre de sujet (bon ok, jamais dans la SF pure) avec plus de subtilité, et on ne retrouve effectivement pas grand chose de Kubrick là-dedans.

@Goupi Tonkin a écrit:

Shocked Absolument pas d'accord sur La vie privée de Sherlock Holmes. Ce film est un bijou. Du scénario au casting, en passant par le score de Miklós Rózsa, tout est brillant et délicieux !!!

J'avais trouvé ça poussif au possible dans le déroulement de l'histoire, plein de clichés pas assez décalés pour être drôles et finalement assez ennuyeux.

@Goupi Tonkin a écrit:

Pour moi, s'il faut chercher "un gros bas", comme tu dis, dans la filmo quasi parfaite de Wilder, c'est Le poison. Malgré des qualités de mise en scène indéniables, le film a pris un petit coup de vieux.

Certes, j'irais pas jusqu'à dire gros bas pour celui-là mais ça tient surtout sur le personnage et la performance. Bizarrement un de ses deux seuls oscar du meilleur film, on est pourtant loin de la finesse avec laquelle le fabuleux Days of Wine and Roses de Blake Edwards (qui lui n'avait eu qu'un oscar d'honneur) représente le tragique de la dépendance alcoolique.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Ven 19 Sep 2014 - 5:57



L’éphèbe de la glèbe à la plèbe.

Tout le monde le sait, l’incursion de Kubrick dans le monde très codé du péplum n’a rien d’un choix personnel : c’est un tremplin à sa carrière et un remplacement de dernière minute pour le projet de Douglas construisant un film à sa gloire.
On pourra néanmoins chercher dans ce film les germes de son esthétique ou les obsessions qui seront les siennes par la suite. La maitrise formelle est évidente, particulièrement dans les plans d’ensemble et la gestion des foules : une caméra qui passe à travers les corps en entrainement, qui survole la crête d’une mine de sel, ou un cadre qui donne à voir les légions romaines en formation avec une grande capacité de persuasion.
Sur la thématique propre au film, les indices d’un attachement à l’aliénation et à la mécanique du corps sont déjà bien présents : du formatage du gladiateur à son combat-spectacle, de la vente des corps à leur crucifixion, Kubrick exploite l’idéologie très prégnante de Trumbo dans l’image elle-même.
La naissance du héros est donc celle d’un homme qui commencera dénué de tout : de liberté, mais aussi de culture, de vie sexuelle et amoureuse ou d’amitié puisqu’il pourra avoir à tuer prochainement ses partenaires. Même s’il souffre des raccourcis et des excès propres à la machine hollywoodienne (une romance d’un lyrisme assez anachronique, et des capacités de stratège pour l’esclave affranchi à faire pâlir l’élite romaine), le parcours du protagoniste est celui de l’affirmation d’un individu par le prisme de la foule grandissante qui l’accompagne. On appelle cela un prophète. Toute l’articulation du scénario fleuve (3h20, et s’il faut admettre au film des longueurs, reconnaissons que la dynamique générale est plutôt cohérente) repose sur ces chevilles entre l’individuel et le collectif. D’un côté, la constitution d’une utopie où l’on s’attarde longuement sur la communauté des esclaves rebelles en pleine diaspora, insistant sur des visages et des scènes du quotidien laborieux que ne renierait pas le Ford des Raisins de la Colère, dans un panorama exhaustif incluant femmes, enfants, vieillards (et même un nain). De l’autre, l’incidence de ce souffle nouveau sur la politique romaine, repère des coulisses corrompues, de l’avènement d’un ordre nouveau qui fera vaciller les fondements politiques. Les échanges entre les nombreux personnages romains fonctionnent et traduisent bien l’enlisement d’une civilisation dans les excès de sa propre puissance. Les acteurs, de ce point de vue, sont tous à la hauteur, de Laughton à Olivier, en passant par Curtis. Jean Simmons peut se contenter d’un regard pour signifier son amour ou son mépris.
Le péplum est donc avant tout une question d’équilibre : concilier tête à tête, romance, violence, destin d’un pays tout entier, épopée collective et destinée individuelle. Spartacus est dans ce registre une véritable réussite, à laquelle on peut joindre la capacité qu’il a à entrer en résonnance avec les enjeux idéologiques d’une autre époque, où la lutte des classes et l’appel à la cohésion de la plèbe prend une autre dimension.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Ven 19 Sep 2014 - 18:00

@Nulladies a écrit:

Le péplum est donc avant tout une question d’équilibre : concilier tête à tête, romance, violence, destin d’un pays tout entier, épopée collective et destinée individuelle. Spartacus est dans ce registre une véritable réussite, à laquelle on peut joindre la capacité qu’il a à entrer en résonnance avec les enjeux idéologiques d’une autre époque, où la lutte des classes et l’appel à la cohésion de la plèbe prend une autre dimension.

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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Ven 19 Sep 2014 - 19:42

@RabbitIYH a écrit:
@Nulladies a écrit:

Le péplum est donc avant tout une question d’équilibre : concilier tête à tête, romance, violence, destin d’un pays tout entier, épopée collective et destinée individuelle. Spartacus est dans ce registre une véritable réussite, à laquelle on peut joindre la capacité qu’il a à entrer en résonnance avec les enjeux idéologiques d’une autre époque, où la lutte des classes et l’appel à la cohésion de la plèbe prend une autre dimension.


J'aime bien quand tu ramènes la peluche de chez toi. Wink
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Ven 19 Sep 2014 - 20:06

Ben ouais ils sont sympa nos smileys mais y a plus personne pour s'en servir. Laughing
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Ven 19 Sep 2014 - 21:30

Je n'ai vu Spartacus pour la première fois entièrement que l'année passée, et grosse claque !
Deux scènes par exemple :
- Le long traveling de trognes de gens du peuple sur le chemin .
- La scène finale avec là encore un chemin à perte de vue, de crucifiés au bord de la route et cette scène surréaliste entre Spartacus et sa femme ! Pas sûr d'avoir bien saisi le ou les sens de cette scène...

Celle là plus classique !
I'm Spartacus !
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