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 [Cycle] Stanley Kubrick

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Nulladies
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MessageSujet: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 6:31

Cycle Kubrick cette à partir d'aujourd'hui :

1. Fear & Desire
2. Le baiser du tueur
3. L'ultime Razzia
4. Les sentiers de la gloire
5. Lolita
6. Dr Folamour
7. 2001
8. Orange Mécanique
9. Barry Lyndon Shining
10. Full Metal Jackett
11. Eyes Wide Shut
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 6:35



A field in nowhere

61 minutes pour tout dire : telle semble être la pression imposée à Kubrick (probablement par lui-même) pour ce galop d’essai qu’il reniera plus tard. Film ambitieux, maladroit et hétérogène, Fear & Desire n’est pas raté, n’est pas bouleversant non plus. Tout au plus peut-on, du haut de notre position dominante que l’histoire nous accorde, y voir quelques promesses de l’œuvre à venir.
Dense et saturée d’intentions, sa fable sur une guerre universelle et atemporelle où un groupe restreint d’individus joue la comédie humaine offre des débuts un peu laborieux. Jeu théatral, expérimentations formelles un peu vaines (voix off superposées, gros plans des visages en cut, discours pseudo philosophiques et didactisme moral) déréalisent probablement volontairement le propos mais au détriment d’une immersion dans le récit.
Le lien central entre le soldat et la femme (néanmoins sublimée par les gros plans et la lumière sur ses yeux), la folie croissante sont à mon sens plutôt ratés.
Alors qu’on attend patiemment la fin de la copie, une tension fondée sur la convergence relance l’intérêt : autour d’un lieu final, le huis clos des généraux ennemis encerclé par l’équipée fragile prend soudain du sens, et l’affrontement qui en résulte est plutôt pertinent, de même qu’on appréciera les belles images de fin faisant de l’humanité un radeau à la dérive sur lequel un fou chante pour un agonisant.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 6:38



Séminal

Le jeune Kubrick veut tout dire, veut tout faire (réalisateur, caméraman, monteur) et il a une heure pour le prouver. La trame sera celle d’un film noir, avec ses codes, (un jazz constant, des types un peu figés) auquel il ajoutera un dénouement plutôt guilleret. Convenu, sans grande ambition, le récit semble un prétexte sur lequel vont se greffer les obsessions visuelles de l’apprenti. Tout au plus pourra-t-on remarquer un recours séduisant à la voix off, qu’on retrouvera dans l’Ultime razzia, et un travail sur le récit emboité avec le récit de la jeune femme et sa propre voix pour le relater.
Dès le départ, l’intrigue se fonde sur le vis-à-vis, à l’honneur dans Rear Window l’année précédente. Fenêtres et écrans se multiplient : en parallèle du dancing, le match de boxe crée un écho à deux chorégraphies qui vont converger, la première étape en étant la retransmission télévisuelle du match auquel assiste Gloria. Davey deviendra le voyeur de l’appartement de Gloria lorsqu’elle dort, puis du sien propre lorsque la police vient l’y chercher. Toutes les expériences visuelles se multiplient alors, avec plus ou moins de bonheur : vision à travers un aquarium, verre jeté sur la caméra qui se fend…
Mais c’est dans le rapport des protagonistes aux décors que Kubrick excelle. L’image récurrente des escaliers du dancing, point de fuite barré par l’écriteau « Watch your step » est en cela programmatique. La ville est une impasse, et chaque obstacle peut y faire chuter à tout moment celui qui l’arpente. La poursuite finale, avant le dénouement peu convaincant, alterne entre des extérieurs oppressants et barrés par l’orthonormé (fire escapes, buildings, impasses démesurées) et des intérieurs anxiogènes : entrepôts, ascenseurs, et bien entendu cette fameuse réserves de mannequins. Il est aisé de retrouver ici des ébauches de ce que seront les grands films à venir. Si la forme l’emporte sur le fond, la fascination est réelle et fortement prometteuse.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 7:44

Jamais vu le premier, c'est bien le seul mais visiblement je rate pas grand chose. Le second est effectivement prometteur dans la forme, plus maladroit dans le fond.

Dommage de pas passer par Spartacus (ta fameuse crainte des gros péplums ?), à mon avis bien plus indispensable que Les sentiers de la gloire ou Orange mécanique qui a très mal vieilli (le reste que du CO bien sûr).
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 8:05

RabbitIYH a écrit:
Jamais vu le premier, c'est bien le seul mais visiblement je rate pas grand chose. Le second est effectivement prometteur dans la forme, plus maladroit dans le fond.

Dommage de pas passer par Spartacus (ta fameuse crainte des gros péplums ?), à mon avis bien plus indispensable que Les sentiers de la gloire ou Orange mécanique qui a très mal vieilli (le reste que du CO bien sûr).

Oui, après un peu de mauvaise volonté pour Spartacus, j'ai finalement pas réussi à mettre la main dessus, et ce n'est donc pas une intégrale... J'aurais quand même voulu le voir, même si un péplum de trois heures où Kubrick remplaçait au pied levé me motivait très moyen.
Tous les autres, je les ai déjà vus, mais il y a bien longtemps.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 8:20

Comme Cléopâtre, ça reste un film assez personnel et l'un des tous meilleurs du genre (de mon point de vue, très certainement le meilleur), très subversif pour l'époque aussi. Kirk Douglas voulait Kubrick et s'est débrouillé pour que les studios lui laissent le plus de latitude possible, mais surtout le scénar est signé Dalton Trumbo, futur auteur du fabuleux Johnny Got His Gun. Adaptation d'un romancier blacklisté par un scénariste blacklisté, faut pas s'étonner que ce monument d'humanisme soit tout sauf révérencieux.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 8:23

Ah, j'ignorais pour Trumbo, c'est vrai que ça motive un peu plus.
Si je le croise dans une médiathèque, je lui donnerai sa chance.
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 8:43

Oui, Spartacus est un grand film qui va bien au-delà du genre. Un écrivain communiste adapté par un grand scénariste victime du maccarthysme, ça donne forcément un péplum un peu particulier, avec un sous-texte politique assez rare dans ce genre de grosses productions hollywoodiennes...

Le roman de Fast est très bon, d'ailleurs.

Et puis le film a un autre intérêt : c'est pratiquement le seul film de commande de Kubrick. C'est toujours passionnant de voir comment un très grand cinéaste s'en sort avec un projet qui lui est imposé.

Citation :
à mon avis bien plus indispensable que Les sentiers de la gloire
Autant je suis d'accord sur Orange mécanique, c'est le Kubrick que j'aime le moins, mais là tu déconnes à gros bouillons !!! Les sentiers de la gloire, CO!
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 9:03

Je le trouve excellent hein, mais un cran en-dessous du CO pour sa dimension historique et dénonciatrice un peu trop soulignée. Pinaillage sans doute...
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 10:24

Citation :
dénonciatrice un peu trop soulignée
Pinaillage, effectivement. D'autant plus que Kubrick, c'est pas tout à fait Costa-Gavras ou André Cayatte. On peut difficilement le soupçonner d'être un cinéaste militant ou d'être un auteur à thèse, avec des convictions très fortes. Ses contempteurs auraient plutôt tendance à le trouver distant et froid, voire trop neutre et parfois cynique.

Je cite Kubrick interviewé par Michel Ciment ( grand spécialiste Kubrickien, d'ailleurs. Son livre est une mine )

« Le film ne délivre pas de message. Ce n'est en aucun cas un film pour ni contre l'armée. Au maximum, c'est un film contre la guerre, qui peut placer les hommes dans de telles situations de conscience ».

ps :


j'adore ce livre, je le trouve vraiment bien foutu.


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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 10:28

Oui, on avait déjà évoqué ce bouquin, toujours pas réédité malheureusement...
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 10:35

Citation :
toujours pas réédité
J
Je ne savais pas. C'est étonnant ! Parce que c'est un must ce bouquin, et il a une sacrée bonne réputation.
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Zwaffle
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 10:51

Nulladies a écrit:


Séminal

Le jeune Kubrick veut tout dire, veut tout faire (réalisateur, caméraman, monteur) et il a une heure pour le prouver. La trame sera celle d’un film noir, avec ses codes, (un jazz constant, des types un peu figés) auquel il ajoutera un dénouement plutôt guilleret. Convenu, sans grande ambition, le récit semble un prétexte sur lequel vont se greffer les obsessions visuelles de l’apprenti. Tout au plus pourra-t-on remarquer un recours séduisant à la voix off, qu’on retrouvera dans l’Ultime razzia, et un travail sur le récit emboité avec le récit de la jeune femme et sa propre voix pour le relater.
Dès le départ, l’intrigue se fonde sur le vis-à-vis, à l’honneur dans Rear Window l’année précédente. Fenêtres et écrans se multiplient : en parallèle du dancing, le match de boxe crée un écho à deux chorégraphies qui vont converger, la première étape en étant la retransmission télévisuelle du match auquel assiste Gloria. Davey deviendra le voyeur de l’appartement de Gloria lorsqu’elle dort, puis du sien propre lorsque la police vient l’y chercher. Toutes les expériences visuelles se multiplient alors, avec plus ou moins de bonheur : vision à travers un aquarium, verre jeté sur la caméra qui se fend…
Mais c’est dans le rapport des protagonistes aux décors que Kubrick excelle. L’image récurrente des escaliers du dancing, point de fuite barré par l’écriteau « Watch your step » est en cela programmatique. La ville est une impasse, et chaque obstacle peut y faire chuter à tout moment celui qui l’arpente. La poursuite finale, avant le dénouement peu convaincant, alterne entre des extérieurs oppressants et barrés par l’orthonormé (fire escapes, buildings, impasses démesurées) et des intérieurs anxiogènes : entrepôts, ascenseurs, et bien entendu cette fameuse réserves de mannequins. Il est aisé de retrouver ici des ébauches de ce que seront les grands films à venir. Si la forme l’emporte sur le fond, la fascination est réelle et fortement prometteuse.

vus au ciné il y a quelques années

pas passionnant mais on sent vraiment que Kubrick tente des trucs avant les prochains films bien plus ambitieux ("The Killing" est clairement son premier grand film)
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Zwaffle
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 10:52

Goupi Tonkin a écrit:
Citation :
toujours pas réédité
J
Je ne savais pas. C'est étonnant ! Parce que c'est un must ce bouquin, et il a une sacrée bonne réputation.

en effet, excellent bouquin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 14:16

Goupi Tonkin a écrit:
Citation :
dénonciatrice un peu trop soulignée
Pinaillage, effectivement. D'autant plus que Kubrick, c'est pas tout à fait Costa-Gavras ou André Cayatte. On peut difficilement le soupçonner d'être un cinéaste militant ou d'être un auteur à thèse, avec des convictions très fortes. Ses contempteurs auraient plutôt tendance à le trouver distant et froid, voire trop neutre et parfois cynique.

Je cite Kubrick interviewé par Michel Ciment ( grand spécialiste Kubrickien, d'ailleurs. Son livre est une mine )

« Le film ne délivre pas de message. Ce n'est en aucun cas un film pour ni contre l'armée. Au maximum, c'est un film contre la guerre, qui peut placer les hommes dans de telles situations de conscience ».

Certes, quoique pour moi Kubrick était plus humaniste qu'il n'y paraît et ça se ressent toujours d'une manière ou d'une autre dans ses films, sauf peut-être Orange Mécanique justement et c'est aussi pour ça que le film me déplaît. Dénonciateur n'était peut-être pas le bon mot pour Les sentiers de la gloire mais certains des passages qui font aussi la force du film me chiffonnent en symbolisant cet humanisme un peu trop lourdement, comme la fameuse scène de la chanteuse allemande. C'est le moralisme distant et l'humaniste enrobé d'extrême pessimisme qui me parlent chez lui.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 14:56

RabbitIYH a écrit:
Goupi Tonkin a écrit:
Citation :
dénonciatrice un peu trop soulignée
Pinaillage, effectivement. D'autant plus que Kubrick, c'est pas tout à fait Costa-Gavras ou André Cayatte. On peut difficilement le soupçonner d'être un cinéaste militant ou d'être un auteur à thèse, avec des convictions très fortes. Ses contempteurs auraient plutôt tendance à le trouver distant et froid, voire trop neutre et parfois cynique.

Je cite Kubrick interviewé par Michel Ciment ( grand spécialiste Kubrickien, d'ailleurs. Son livre est une mine )

« Le film ne délivre pas de message. Ce n'est en aucun cas un film pour ni contre l'armée. Au maximum, c'est un film contre la guerre, qui peut placer les hommes dans de telles situations de conscience ».

Certes, quoique pour moi Kubrick était plus humaniste qu'il n'y paraît et ça se ressent toujours d'une manière ou d'une autre dans ses films, sauf peut-être Orange Mécanique justement et c'est aussi pour ça que le film me déplaît. Dénonciateur n'était peut-être pas le bon mot pour Les sentiers de la gloire mais certains des passages qui font aussi la force du film me chiffonnent en symbolisant cet humanisme un peu trop lourdement, comme la fameuse scène de la chanteuse allemande. C'est le moralisme distant et l'humaniste enrobé d'extrême pessimisme qui me parlent chez lui.

je sais plus qui j'ai lu récemment qui disait que la dernière scène des "Sentiers de la Gloire" (qui a toujours été une de mes scènes cultes) était bien plus ambigue dans l'esprit de Kubrick que ce qu'on imaginait, faudrait que je retrouve ça
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 15:00

Citation :
comme la fameuse scène de la chanteuse allemande

cette séquence est belle et touchante, et peut surprendre chez Kubrick,  mais...

Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 15:08

Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 15:18

Là je t'avoue que j'ai aucun souvenir de cette réplique, il faudra que je revoie ça !
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Lun 30 Juin 2014 - 15:38

La réplique est très courte, presque anodine, tout est sous-entendu... D'ailleurs pour en avoir souvent discuté avec pas mal de gens, certains ne l'interprètent pas comme ça... C'est open, quoi. Très ambiguë. En tout cas, c'est comme cela que certains critiques ( Michel Ciment, notamment ) interprètent cette dernière séquence. Ça me parait, quant à moi, vraiment raccord avec l'esprit du film... D'ailleurs, comme le précisait Zwaffle un peu plus haut, Kubrick voulait que le spectateur puisse aussi la lire ainsi.

je suis assez d'accord avec ça, par exemple :
Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Mar 1 Juil 2014 - 5:59

Vous fatiguez pas pour moi avec les spoilers, je l'ai déjà vu. En tout cas, merci de la prévenance.
Une autre remarque qui va dans votre sens, par Stéphan Krezinski dans le Dictionnaire des films Larousse : "Le regard de Kubrick est moins "généreux" que celui de Renoir dans La grande illusion et la réaction du colonel Dax à la fin, faisant retarder l'annonce d'une attaque, devant le spectacle de ses hommes épuisés, qui pleurent en écoutant une jeune fille chanter un air allemand, est aussi bien un geste de pitié que l'expression d'un mépris pour des sentimentalistes qui n'ont rien fait pour sauver leurs camarades."
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Mar 1 Juil 2014 - 6:01



Engrenages, braquage, carnage.

Pour son troisième film, Kubrick creuse la veine du film noir. Nouvelle déclinaison sur les codes du genre, cet opus se concentre sur l’avant, le pendant et l’après braquage, orchestrant un collectif choral d’archétypes : le brutal, le fourbe, la femme fatale, le gentil altruiste, la jolie cruche…
Mais sous le vernis du cahier des charges, Kubrick déploie une nouvelle fois sa maitrise formelle. Le recours à la voix off d’un narrateur externe donne le ton d’un spectacle avec lequel on garde ses distances : le film sera une dissection, une étude clinique d’un puzzle dont l’assemblage ne pourra s’achever. Kubrick évite ainsi le pathos un peu maladroit du Baiser du tueur et observe sa galerie d’impétrants à la richesse subite.
Pour peu qu’on accepte cette désincarnation volontaire et l’enfermement des personnages dans des types figés, on peut prendre la pleine mesure du projet. Kubrick travaille avant tout sur le montage et l’alternance, distribue à chacun un rôle spécifique dans une machine a priori parfaitement huilée. Film sur le collectif et le travail de groupe, il dissémine les indices comme il cache à certains le grand projet auquel ils contribuent, ne leur assignant que des tâches secondaires. C’est souvent le statut du spectateur qui ne comprend toute l’ampleur du casse qu’assez tardivement.
Cette construction s’accompagne d’une expérimentation sur le temps : en fonction des différents collaborateurs, la même séquence est montrée à plusieurs reprises et les retours dans le temps permettent de construire la dimension collective du braquage.
Attentif au timing, Kubrick ne l’est pas moins aux objets et aux éléments susceptibles de se transformer en grains de sable dans l’engrenage : le fusil, la valise, le caniche…
Convergeant vers le grand carnage, dans une tonalité des plus ironiques, L’Ultime razzia joue finalement cartes sur table : s’il on y traite de maitrise et de succès, c’est bien de ceux du cinéaste, grand architecte d’une machine imparable.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Mar 1 Juil 2014 - 9:37

Goupi Tonkin a écrit:
Citation :
dénonciatrice un peu trop soulignée
Pinaillage, effectivement. D'autant plus que Kubrick, c'est pas tout à fait Costa-Gavras ou André Cayatte. On peut difficilement le soupçonner d'être un cinéaste militant ou d'être un auteur à thèse, avec des convictions très fortes. Ses contempteurs auraient plutôt tendance à le trouver distant et froid, voire trop neutre et parfois cynique.

Je cite Kubrick interviewé par Michel Ciment ( grand spécialiste Kubrickien, d'ailleurs. Son livre est une mine )

« Le film ne délivre pas de message. Ce n'est en aucun cas un film pour ni contre l'armée. Au maximum, c'est un film contre la guerre, qui peut placer les hommes dans de telles situations de conscience ».

ps :


j'adore ce livre, je le trouve vraiment bien foutu.

D'ailleurs, si vous avez le temps et si ça vous intéresse : une introduction et une analyse de Philippe Rouyer ( qui assure comme souvent ) du livre de Michel Ciment consacré à Kubrick. C'est vraiment très bien.

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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Mar 1 Juil 2014 - 10:38

Citation :
L’Ultime razzia joue finalement cartes sur table : s’il on y traite de maitrise et de succès, c’est bien de ceux du cinéaste, grand architecte d’une machine imparable.

oui. Une partie d'échec hyper maîtrisée où chaque pion est posé où il faut...
Ce n'est pas le plus grand et le plus parfait des opus de Kubrick, mais je le trouve passionnant ce (3 éme) film. Il préfigure et pose toutes les bases de l'œuvre à venir : revisiter et s'approprier le film de genre, la géométrie quasi obsessionnelle de la mise en scène qui bien souvent enferme les personnages, la voix off, la faillibilité humaine et le grain de sable qui vient foutre le bordel dans la machine, l'anti-héros... On peut retrouver tous ces éléments dans pratiquement tous les films qui suivent.    ( Le plan quasi parfait de Sterling Hayden foire pour les mêmes raisons que foire, par exemple, le plan de carrière de Barry Lyndon : le facteur humain. )

PS : Dans le livre de Ciment, ces deux photogrammes sont sur la même page... :

L'ultime razzia

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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Stanley Kubrick   Mer 2 Juil 2014 - 6:54



Tranchée, ceci est ton sort.

La force dénonciatrice des Sentiers de la gloire est telle qu’on pourrait être tenté d’oublier le cinéaste aux commandes. En effet, difficile de rester insensible face à cette charge contre le système militaire en temps de guerre qui valut au film d’être privé de diffusion pendant 18 ans en France.
Afin de démontrer l’écart entre les décisionnaires et la chair à canon qu’ils dirigent, Kubrick crée un réseau fortement contrasté, (voire trop souligné) : d’un côté, les salons et les dorures de la République. De l’autre, la boue des tranchées. Cette dichotomie n’est cependant pas aussi manichéenne qu’on puisse le croire : entre les hommes de terrain eux-mêmes, les manipulations et mensonges vont bon train, à l’image de la nuit de reconnaissance et des arrangements qu’elle engendre sur la couardise du supérieur. De la même manière, la complicité des hommes, voire leur caractère infantile dans la scène finale peut autant prêter à l’attendrissement que justifier le mépris de leurs supérieurs…
Les sentiers de la gloire n’est pas tant un film de guerre qu’un pamphlet sur le pouvoir. La guerre en tant que telle est ici un catalyseur : objet politique, outil de promotion sociale et d’ambition personnelle, elle a perdu toute réalité du point de vue de ceux qui la conduisent. Un général peut ordonner de tirer sur ses propres troupes, et l’on peut finir le travail de l’ennemi en fusillant ses hommes pour l’exemple, afin, pense-t-on, de motiver les prochains candidats à l’assaut des lignes adverses. Foncièrement pessimiste, le film prend toute sa force dans le procès qui le conclut : parodie de justice, elle voit les tentatives de Dax de décoller vers une véritable rhétorique échouer les unes après les autres. Et pour enfoncer le clou, le général à qui il dénonce les agissements d’un supérieur lui offre sa place, pensant qu’il agit pour son compte depuis le début.
Dans un monde où la guerre dévore les corps, les consciences sont elles aussi malades. Une guerre absurde et béante comme les cratères des obus qui tombent durant les discours censés galvaniser les troupes, et dont le non-sens se propage dans les arcanes du pouvoir, sans épargner la complicité de la religion en la personne du prêtre tentant de légitimer la mort imminente de condamnés.
Si la révolte par la raison ne fonctionne pas en la personne du colonel Dax, reste le cri de douleur des hommes, qui n’ont survécu à l’enfer des tranchées que pour être exécutés par la patrie qu’ils défendaient. Par un sens du pathos mesuré, Kubrick décline les différentes réactions face au peloton d’exécution, et laisse s’épancher toute la bêtise humaine par ces trois poteaux et la rigueur protocolaire d’une cérémonie destinée à honorer la France.
Enfin, le dernier instrument de la révolte sera la présence discrète du cinéaste, qui ici encore forge ses armes avant les grands coups d’éclats de sa future filmographie. On notera le sens de la composition aigue lors du procès, où les positions des accusés et de leurs supérieurs dessinent avec virtuosité la hiérarchie et les enjeux de l’échange. On assiste aussi à la naissance de ses fameux travellings arrière, dans un splendide plan-séquence sur le parcours de Dax dans la tranchée. A ce mouvement répondra celui du travelling avant vers les poteaux d’exécution, d’autant plus effrayent qu’il se fait dans le calme et la sérénité, sous le regard d’une armée complice et satisfaite.
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