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 Guillaume Musso : un étude exhaustive

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Nulladies
Cinéman
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MessageSujet: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Lun 23 Juin 2014 - 7:46




On m'a souvent reproché de tirer à boulets rouge sur une littérature sans vraiment l'avoir lue.
C'était assez vrai.
Dans le souci de pouvoir désormais la vilipender en connaissance de cause, j'ai procédé à une analyse précise des procédés littéraires et romanesque à l'oeuvre dans un roman pris au hasard (à vrai dire, offert pernicieusement par des élèves me mettant au défi de le lire), Que serais-je sans toi ? de Guillaume Musso.

[Avertissement : l’étude complète excédant les 10.000 mots, j’ai décidé de la scinder en 12 épisodes publiés quotidiennement.]

[Avertissement. TOUTES les citations sont rigoureusement authentiques, à la virgule près. Les numéros de pages renvoient à l’édition brochée.]

I. Un projet d’envergure

A. Le récit

Voici la quatrième de couverture :

"Gabrielle a deux hommes dans sa vie.
L’un est son père, l’autre est son premier amour.
L’un est un grand flic, l’autre est un célèbre voleur.
Ils ont disparu depuis longtemps, laissant un vide immense dans son cœur.
Le même jour, à la même heure, ils surgissent pour bouleverser sa vie.
Ils se connaissent, ils se détestent, ils se sont lancé un défi mortel.
Gabrielle refuse de choisir entre les deux,
elle voudrait les préserver, les rapprocher, les aimer ensemble.
Mais il y a des duels dont l’issue inéluctable est la mort.
Sauf si…

Des toits de Paris au soleil de San Francisco
Un premier amour qui éclaire toute une vie
Une histoire envoûtante, pleine de suspense et de féerie."

C’est peu de dire que nous en apprenons déjà beaucoup avant même d’ouvrir le livre. Un parti-pris d’ailleurs surprenant de la part de M. Musso. Nous pouvons y voir ce qui sera une des thèses défendues dans cette étude, à savoir la volonté acharnée de l’auteur d’être le plus explicite possible envers son lecteur. Vautré sur la plage, les deux mains huileuses, l’une du beignet à l’abricot et l’autre de crème solaire, abruti par la chaleur, interrompu par les enfants ou l’heure de l’apéritif, le lecteur est en situation difficile ; il a besoin qu’on l’accompagne et qu’on l’aide.
M. Musso a compris cela.
Pour information, la quatrième de couverture nous permet donc de savoir qu’Archibald le voleur est le père de Gabrielle, ce qui nous sera révélé à la p. 87.
Quant à Martin Beaumont, le flic / amant, il attendra quant à lui la p. 154 pour le découvrir. Nous aurons l’occasion de confirmer que ce personnage est un peu lent à la détente.
De fait, c’est à une véritable esthétique de l’étalage que nous invite M. Musso. Il s’agit de faire durer le plaisir. Ainsi, au début du roman, pendant 12 pages, Martin croit avoir sauvé de la noyade un Van Gogh qu’Archibald a jeté à la Seine, le sommant de choisir entre lui et l’œuvre. N’importe quel élève de CP aura compris qu’il s’agissait d’un faux pour faire diversion, mais pas Martin.
Martin a du mal.

B. Le cahier des charges

M. Musso est un ancien professeur d’économie.
M. Musso est aujourd’hui riche.
M. Musso est un entrepreneur qui a attaqué le marché du roman avec une idée, certes peu novatrice, mais très efficace : celle du cahier des charges. Certains critères sont inévitables pour s’assurer du succès.
Le public a des exigences. Il veut :

1. de l’action
2. peu de description
3. de l’amour
4. du sexe
5. des bas-fonds
6. de l’argent
7. de l’humanitaire
8. de l’américain
9. de l’international
10. du surnaturel

M. Musso leur offre donc :

1. De l’action :

Des courses poursuites en sens inverse sur l’autoroute, des personnages enfermés et bâillonnés dans un sous-sol, un saut individuel dans la seine depuis le Pont Neuf (p.57) auquel répond, surenchère oblige, un double saut dans le Pacifique depuis le Golden Gate Bridge de San Francisco (p. 232).

2. Peu de description :

« La cafétéria de l’hôpital était située au premier étage et dominait un petit parc enneigé » (p. 96) : Zola, sort de ce corps !
Un portrait, peut-être ?
« Elle lui trouvait des allures de jeune prince des villes, triste et tourmenté, quoi dégageait une beauté improbable, à la fois romantique et hardcore. » (p. 107)

« Dans son travail, elle combattait au quotidien l’anorexie, la boulimie, la dépression et les conduites dévastatrices qui conduisaient (1) les adolescentes au suicide.
Dès ses premiers mots, il avait senti que Sonia était quelqu’un de bien. » (2) (p. 122)

(1) Les conduites qui conduisaient : les mauvais esprits y verront une faute de goût. J’opte pour un jeu subtil du destin tragique des adolescentes par l’emploi malin d’un dérivé du polyptote. Non ?
(2) Difficile en effet d’être le contraire. Elle pourrait peut-être le faire bénévolement.

3. De l’amour :

Nous aurons bien entendu l’occasion d’y revenir. Deux citations en guise d’amuse-bouche :

« Sur les charriots, deux hommes, les yeux clos, dans le coma.
Deux hommes qui se sont battus au lieu de chercher à se comprendre.
Deux hommes qui, chacun à leur façon, aimaient la même femme.
Ou plutôt ne savaient pas comment l’aimer. » (p. 242)

« Il la regarda avec tristesse. Que l’on ait quinze ans, vingt ans, quarante ans, soixante-quinze ans(1) , c’était toujours la même histoire (2) : cette putain de maladie d’amour (3) qui dévastait tout sur son passage, ces moments de bonheur si fugaces qui exigeaient un prix exorbitant à payer (4)… » (p. 248)

(1) On s’excusera auprès des lecteurs dont la tranche d’âge n’est pas représentée. On peut penser, au vu de l’accumulation ici présente, que M. Musso cherche à nous dire que l’amour concerne à peu près tout le monde.
(2) Un rare moment de lucidité dans la carrière de l’auteur. Mais comme le prouve la phrase précédente, tout le monde est concerné, ce qui fait de cette rengaine un marché porteur.
(3) Les lecteurs les plus âgés noterons l’intertexte avec le tube de Michel Sardou, La maladie d’amour ; afin toutefois d’éviter un malentendu sur l’âge de l’auteur, celui-ci a jugé bon de moderniser la référence par un putain qui préserve la jeunesse et la fougue de son écriture.
(4) Le roman coûte en effet 19,90 €.

Pour le sexe, il faudra attendre l'épisode de demain.
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Nulladies
Cinéman
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Lun 23 Juin 2014 - 7:46

Que serais-je sans toi, épisode 2/12

I. Un projet d’envergure. B. Le cahier des charges.

4. Du sexe :

Entre les personnages, bien entendu, mais aussi avec d’autres. Nous avons aussi droit à une prostituée de l’est, la collègue undercover avec laquelle on guérit dans l’amour physique les blessures… physiques du travail, une agent coréenne aussi belle que dangereuse ( « Mademoiselle Ho, sexy comme une héroïne de manga dans sa nuisette satinée en dentelle turquoise », p. 227)  et des échanges par SMS particulièrement osés (mais coupés à temps : « Tu te souviens de ta tête dans mes mains, de ta langue dans ma… » p. 196).

Le sexe permet des audaces de style.

Au début, la peur infecte tout.
Au début, la peur fait peur (1) et donne envie de fuir.
Malgré tout, leurs mains se joignent et leur corps se plaquent l’un contre l’autre.
Elle s’accroche à lui comme à un radeau.
Il trouve la force de s’ancrer en elle.
Elle réussit à se nouer à lui. (p. 204)

(1) Oui, vous avez bien lu. La peur fait peur.

Le sexe autorise à parler jeune :

Elle sentit son regard sur elle et leva les yeux.
Il ne regardait ni ses seins, ni son cul, ni sa bouche.(1). Seulement ses yeux. (p. 164)

(1) Encore heureux : il s’agit tout de même de son père (ce qu’elle ignore encore), et c’est là une bien belle manière de nous montrer la spécificité humaine du rapport père-fille : on ne mate pas sa progéniture.

Mais le sexe n’est pas sale. Ce n’est pas que du sexe.

Elle lui passe les mains dans les cheveux ; il laisse sa langue fureter (1) sur sa poitrine.
Alors, bien sûr, on peut réduire leurs baisers à un échange de salive, à quelques grammes d’ivoire émaillé (2) qui s’entrechoquent.
Et pourtant…
Pourtant, le temps d’un battement de cils.(3)
Leurs corps tremblent et la peur reflue. (p. 204)

(1) On appréciera l’érotisme fulgurant du terme lorsqu’on se rappellera de son sens premier : Se livrer à la chasse dans (un lieu) avec un furet, et qui au sens figuré signifie Chercher, s'introduire partout avec curiosité dans l'espoir d'une découverte. (in Le Grand Robert). Voulons-nous en savoir plus ?
(2) On remarquera la préciosité de la périphrase.
(3) Audace stylistique : un complément circonstanciel de temps suivi d’un point. Sévèrement réprimé dans les rédactions de cinquième.

5. Des bas-fonds :

Pour satisfaire l’appétit du lecteur pour le danger. Beaumont est un héros sombre : il fume du shit et a des pornos dans sa dvdthèque, il a fait du undercover, y a laissé des plumes. Drogue, (écrite cekra, comprenez crack en verlan pour une immersion garantie dans les arcanes des milieux interlopes) mères héroïnomanes mortes en couches, cité lugubre, shit, oligarque mafieux et baron de la drogue… Nos héros semblent avoir regardé TF1, et avoir vécu dans leur véritable vie une semaine de son programme. « Leur histoire était ce qu’ils avaient connu de meilleure et de pire. Comme la dope. » (p. 63)

6. De l’argent :

Très important. Le lecteur veut du rêve. Pour oublier qu’on n’aura pas la clim dans la clio dans l’embouteillage du retour de plage, rien de tel que yacht, hélicoptère, hydravions privés, ou l’Aston Martin DB5. Une voiture que nous pouvons déjà imaginer chère, mais attention, celle-ci « avait une histoire très particulière puisqu’elle avait « joué » dans les premiers James Bond, Opération Tonnerre et Goldfinger ». En effet, « Considérant les voitures comme des œuvres d’art, Archiblad ne conduisait que des modèles uniques ». (p. 62). Afin que le rustre ne mésestime pas la valeur marchande d’un tel véhicule, M. Musso juge utile de préciser, quelques lignes plus tard, après avoir révélé que la voiture possède entre autre de vraies mitraillettes dissimulées dans les clignotants et des lames rétractables, que « la voiture avait été vendue pour plus de 2 millions de dollars à un mystérieux homme d’affaire écossais » (pour l’abruti, le mystérieux homme d’affaire est Archibald lui-même)
Et pour faire passer le gout d’éponge du Pan Bagnat,  les restaurants de luxe dont on détaille les menus saugrenus, grands crus et bouteilles à 40.000 dollars (dollars, bien sûr, c’est plus chic qu’euros) :

« Il regarde d’un air absent son saumon mariné « citron, caviar, vodka », tandis qu’elle déguste chaque bouchée de ses coquilles Saint-Jacques à la plancha. » (p. 109)

« Sur la desserte près de leur table, un serveur disposa un plateau d’argent (1) sur lequel était ordonné un assortiment d’appetizers (2) préparés dans des verrines (3) : huitres (4) glacées (5) au caviar (6), salade d’escargots aux cerises (7), crevettes grillées au beurre de cacahuètes, fusion de homard (Cool et de cuisses de grenouilles aux pistaches… » (p. 175)

(1) = riche
(2) = classe
(3) = tendance
(4) = riche
(5) = personne ne comprend, sauf les ultra riches des restaurants ultra tendance
(6) = riche
(7) = personne n’apprécierait, sauf les ultra riches des restaurants ultra tendance
(Cool = riche

Même dans le coma (nous y reviendrons), le luxe est là :

« Je me demande si avant le dessert, je ne vais pas me laisser tenter par le pigeonneau désossé au foie gras, dit-il en feuilletant le menu. » (p. 256)

Caviar, saumon, foie gras, huitre… les best-sellers de ce que le pauvre considérera comme le summum de la richesse sont présents.

Suite demain avec l’humanitaire, l’international, l’américain et le surnaturel.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Lun 23 Juin 2014 - 7:47

Que serais-je sans toi, épisode 3/12
I. Un projet d’envergure. B. Le cahier des charges.

7. De l’humanitaire :

Parce qu’il faut veiller à équilibrer la débauche de luxe et entretenir le capital sympathie des personnages. Ainsi, le voleur fait don de sa fortune à des associations, et rend visite en secret à sa fille pendant 30 ans, elle qui le croit mort. Le flic est un bad boy (qu’une jolie infirmière new yorkaise appelle handsome), certes, mais au grand cœur : il a ainsi sauvé d’une poubelle une fille sidéenne (par le cordon de sa mère)/overdosée (par le cordon de sa mère)/prématurée (parce que sa mère a coupé le cordon en mourant d’une overdose de cekra, donc) qu’il va voir chaque semaine depuis huit ans. Mais ce n’est pas tout : il paie une prostituée slave pour ne pas coucher avec elle, lui offrant ainsi de rares moments de répit dans une existence sordide. Prostituée qui d’ailleurs, droguée elle aussi, ne touche JAMAIS à l’argent qu’il lui donne, c’est sacré, elle préfère le garder sous son lit, lit sur lequel elle continue dans la joie le plus vieux métier du monde pour pouvoir toucher de quoi se payer ses doses de came. Une bien belle cohérence due au sens de l’honneur de nos tragédiens modernes.

8. De l’américain :

Fondamental. On vous renvoie au programme de TF1. Les anglicismes sont constants : le personnage est bodyguard, ses formules de politesse sont your’e welcome, et sa vie n’est pas difficile, elle est hardcore.

Le cool, qu’on se le dise, c’est les States : « Le lieu était sous la responsabilité du père Shake Powell, l’aumônier de l’aéroport : un grand black aussi massif qu’un catcheur qui portrait des Nike Air, un pantalon baggy, une veste de survêtement à capuche et un tee-shirt Yes we can à l’effigie d’Obama. » (p. 251)

L’auteur n’oubliera pas, d’ailleurs, de mentionner Les Experts ou Dr House. Mais nous reviendrons plus tard sur les références culturelles de l’ouvrage.

9. De l’international :

L’usage de l’hyperbole étant de mise lorsqu’il s’agit de susciter l’admiration ou le désir, l’auteur l’applique en accord avec son temps, celui de la mondialisation. Il s’agira dès lors de globaliser les actions des personnages : ainsi, Archibald suscite un émoi planétaire : depuis 20 ans, Interpol, le FBI, la mafia russe, et les cartels sud-américains le traquent. La collaboratrice coréenne a fait tomber les triades de son pays, et Svetlana, la prostituée slave, a une famille menacée au pays par les gangsters locaux.

10. Du surnaturel :

Parce que le réel a ses limites. Comme dans toute saga de l’été, un zeste de mystère permettra un frisson plus épicé.

- « La Clé du paradis, quésaco (1) ? demanda Loiseaux.
- C’est un diamant, répondit Martin. Un diamant maudit et mythique, entouré de mystère et de légende.(2) (p. 98)
- la Clé du paradis symbolise la pureté. La légende veut qu’il porte malheur s’il est acquis par quelqu’un d’infidèle ou de cupide. Dans le cas contraire, on prétend qu’il est source de vie et de bonne fortune. » (p. 101)

(1) Loiseaux est le supérieur hiérarchique de Beaumont. Supérieur veut dire qui a du pouvoir, mais qui ne comprend rien, et qui ajoute à son incompétence une certaine touche beauf. Toute cette complexité psychologique hors-norme se trouve ici résumée dans le terme quésaco : il dénote l’ignorance, bien entendu, mais surtout une pathétique tentative de la brandir avec un humour aussi peu efficace qu’inélégant.
(2) Certains mauvais esprits pourraient faire remarquer que maudit, mythique, mystère et légende sont des mots à peu de choses près identiques et que la phrase est redondante. On leur rétorquera que M. Musso cherchait probablement à travailler une allitération en [m], clin d’œil astucieux à ses propres noms et prénoms. Non ?

Ce diamant permettra bien des résolutions de l’intrigue. Il portera malheur aux cupides et révèlera la bonté d’âme de notre héros qui, bon prince, le jettera dans le Pacifique à la fin, allusion probable au dénouement du Titanic de James Cameron.
Le surnaturel est en outre diablement pratique lorsqu’on veut grossir le trait et nourrir un élément fondamental de la poétique de M. Musso, j’ai nommé :

C. Les rebondissements. [qui sera le sujet de notre quatrième épisode, demain]
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Lun 23 Juin 2014 - 9:13

Les rebondissements ? Ça promet.  geek 
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Mar 24 Juin 2014 - 6:56

C. Les rebondissements

Ainsi, lorsque les deux protagonistes qui, rappelons-le, chutent au terme d’une lutte épique du Golden Gate Bridge, tombant à la fois dans l’eau et le coma, M. Musso nous donne à voir ce qu’est la zone des départs. Pour faire court, ils se retrouvent dans un aéroport où chacun est affublé d’un billet d’avion (avec date, horaire, siège et tout, on y croirait) avec pour destination la « vie » ou la « mort ». (Souligné, italique et gras dans le texte. Sic.) Pour corser le tout, arrive en même temps qu’eux Lizzie, une jeune fille de 14 ans qui s’est suicidée aux médicaments parce que son boy friend l’a quittée. (Nous sommes à la p.243 sur 300, et ce personnage apparait pour la première fois. La considérer comme un grossier accessoire à l’intrigue ne serait pas fortuit) Dans ce purgatoire des temps modernes, c’est l’heure des bilans.
Et des rebondissements.
Archibald a un billet vie, Martin un billet mort. Et Lizzie, aussi.
Archibald donne son billet à Martin parce que de toute façon il a dans la vraie vie un cancer en phase terminale donc bon, ce serait gâcher.
Mais Martin, souvenez-vous, paie les prostituées pour les emmener au restaurant, et rend visite aux orphelines sidéennes. Alors, logique, il donne son billet vie à Lizzie.
Nous voilà prêts aux larmes devant une telle dimension christique, mais les pages de ce livre sont tendues au point de faire passer un trampoline du cirque de Pékin pour un marécage de Louisiane : on y rebondit jusqu’à l’ivresse.
C’est le moment qu’attend l’héroïne pour nous révéler que sa mère, que tout le monde croyait morte en lui ayant donné la vie est en fait dans le coma. Vous suivez ?
Elle croit que son père est mort. On croit que sa mère est morte. (Et d’ailleurs, la raison pour laquelle Gabrielle n’a jamais été au rendez-vous crucial et ultime avec Martin, treize ans plus tôt, dans un café de New York après un été torride d’amours ininterrompues, c’est parce qu’on venait de lui apprendre que sa mère n’était en fait pas morte. Plutôt que de le dire à Martin, elle préfère lui ménager une surprise à la hauteur de la sienne, et attend la dernière page pour qu’il comprenne et lui pardonne.)
Mais son père était vivant, maintenant dans le coma avec l’amour de sa vie.
Et donc, le père va retrouver dans l’aéroport des comateux (dans lequel, souvenez-vous on peut manger des pigeons au foie gras) son amour de toujours. Elle donne son ticket vie qu’elle a depuis 30 ans, mais bon, il faut croire qu’elle était bien dans la salle d’attente, à Martin qui donc finalement va vivre, et les vieux meurent, passez votre tour, y’en a d’autres qu’aimeraient faire des bébés.
Et ils prennent l’avion, donc, pour leur voyage, pile dans des sens opposés, ce qui tendrait à démontrer que la vie et la mort ne se trouvent pas sur le même continent.

« Au moment de se croiser, une sorte d’interférence secoua les deux appareils, rappelant aux voyageurs que l’amour et la mort n’avaient finalement que deux lettres de différence. » (p. 290)

Les lecteurs de cette étude doivent probablement être ébahis par la puissance de la remarque sur l’amour et la mort. La réaction du lecteur du roman est quant à elle quelque peu émoussée dans la mesure où on la lui a déjà faite ; mais nous y reviendrons car cette première occurrence n’est pas à prendre à la légère d’un point de vue stylistique.

[Demain : D. Une esthétique du topos.]
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Zwaffle
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Mar 24 Juin 2014 - 10:06

eh ben je dis chapeau pour cette étude passionnante et hilarante et qui me remplit d'effroi à l'idée que Musso semble encore pire que ce que j'imaginais

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Nulladies
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Mar 24 Juin 2014 - 10:39

Merci l'ami, ravi de vous divertir tout en vous épargnant la lecture de cette grosse merde.  Very Happy
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Zwaffle
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Mar 24 Juin 2014 - 10:50

ah ça pour le divertissement, je pense qu'on en profite plus que toi!
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ELSD
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Mar 24 Juin 2014 - 11:19



"..je vous emmerde !! "
                                     Guillaume

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Nulladies
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Mer 25 Juin 2014 - 7:40

ELSD a écrit:


"..je vous emmerde !! "
                                     Guillaume


 Very Happy 
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Nulladies
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Mer 25 Juin 2014 - 7:40

D. Une esthétique du topos

Le confort du lecteur est un souci permanent de l’entreprise de M. Musso. Or, si la surprise du rebondissement apporte du plaisir, les thèmes et les réflexions abordées ne doivent quant à eux pas brusquer les attentes.
Voilà sans doute la raison pour laquelle les sentiers battus se transforment en GR au fil des pages, et non par manque d’inspiration de la part de leur auteur.
On abordera pêle-mêle la thématique de l’affrontement…

« Alors, comme régénéré, Martin leva la coupe vers le ciel. Philosophe (1), il se dit que la valeur d’un homme se jugeait aussi à celle de ses ennemis.
Il avait perdu la première manche, mais la combat ne faisait que commencer.(2) » (p. 79)


(1) Oui, Martin a souvent du mal à comprendre, mais il est philosophe. Peut-être est-il le premier disciple d’Aristote qui lui a appris qu’il ne sait qu’une chose, c’est qu’il ne sait rien.
(2) On appréciera à sa juste valeur la référence au Général.

…celle du désir,

« Elle (1) ferma les yeux quelques secondes, lutta pour faire refluer son désir naissant. Elle savait que les sentiments étaient souvent plus destructeurs et dangereux qu’une balle de 9 mm ou que la lame tranchante d’un sabre. »(2) (p. 108)


(1) Il s’agit de Mademoiselle Ho, l’agent coréenne aussi belle que dangereuse. On ne sait pas trop pourquoi elle tombe amoureuse de Martin, probablement pour prouver à la lectrice que c’est vraiment un Prince des villes trop handsome.
(2) Dangereuse, mais pas invincible, notre beauté asiatique…

… ou de la gratitude :

« A présent, Svetlana (1) a des larmes dans les yeux, de celles qui lavent, qui font du bien et raniment un regard que l’on croyait éteint pour toujours. » (p. 132)

(1) C’est la prostituée que Martin paie pour ne pas coucher avec elle, souvenez-vous.

En matière de cliché, Archibald décroche la timbale. Contraint à ne pas voir sa fille à qui l’on a fait croire qu’il était mort, (parce qu’elle préfère probablement cette version à la vérité, qui en gros aurait été : Ton père a fait de la prison parce que dans un moment de douleur tragique il a tiré - mais par accident - sur un médecin le jour où ta mère te donnait naissance, voulant à tout prix la sauver, quel salaud quand même) il met en place des stratégies pour la voir à son insu. La stratégie étant l’apanage des auteurs, il est, à l’aune de M. Musso lui-même, capable de définir ce qui la distraira le plus possible, et quels seront ses besoins essentiels. Déjà, l’argent, puisqu’il efface discrètement ses dettes. Ensuite, la justice, puisqu’il arrange son compte à un amant grossier. Puis enfin, la romance et la poésie.

« Pour ne pas repartir bredouille sans avoir échangé quelques mots avec elle, il n’avait trouvé qu’un moyen : le travestissement.
23 décembre 1990, ce chauffeur de taxi qui la conduit à l’aéroport : c’est lui.(1)
23 décembre 1991, ce vieux monsieur excentrique avec qui elle reste coincée dans l’ascenseur d’un centre commercial : c’est lui. […]
23 décembre 1992, ce fleuriste qui vient lui livrer mille et une rose(2) de la part d’un admirateur secret : encore lui.
Lui, lui, lui… présent mais incognito (3) à chacun de ses anniversaires qui sont autant de réminiscences funestes (4) pour lui. » (p. 158)

(1) Un bien beau cadeau d’anniversaire, quand on y pense : un chauffeur de taxi dans le taxi qu’elle a commandé pour aller à l’aéroport.
(2) On peine à imaginer la taille de bouquet. Et quand elles fanent, ce doit être un sacré travail que de s’en débarrasser. Mais la romance ne s’embarrasse jamais de l’après.
(3) La dichotomie, ou l’antithèse sont élevées au rang de pratique athlétique par l’auteur. Nous y reviendrons.
(4) Parce qu’il ne faut pas oublier l’équation fondamentale des origines : naissance de Gabrielle = mort de maman (mais en fait non, juste coma, mais pour que les personnages se punissent au début, c’est mieux. Etrangement ils savent tous qu’elle est dans le coma, mais ne le mentionnent jamais).

Le lieu commun, c’est aussi cette petite formule familière, entendue mille fois et qui rassure le lecteur qui se découvre une profonde complicité avec l’auteur : ils partagent la même médiocrité, pourraient sans difficulté discuter au PMU du coin de la rue.

« En trois minutes de confrontation, il en avait plus appris sur lui qu’en près de quatre ans d’enquête. » (p. 74)

« Il n’avait pas vu Gabrielle depuis treize ans, mais c’était comme s’il l’avait quittée hier. » (p. 167)

« Il eut une moue dubitative. Elle continua :
- A présent, je suis prête. L’amour, tu vois, c’est comme l’oxygène, si on en manque trop longtemps on finit par en mourir. Tu m’as tellement aimée en quelques mois que j’ai eu des réserves d’amour pendant des années. Grâce à elles, j’ai pu affronter beaucoup de choses, mais j’arrive au bout de mes réserves, Martin » (p. 198) : L’insuffisance respiratoire comme métaphore filée de l’amour, un procédé littéraire à couper le souffle.

De ce point de vue, et à la lumière du talent de M. Musso, on ne peut que lui conseiller de se lancer dans la politique : son rapport au peuple est fusionnel : par lui, avec lui et en lui. Succès garanti.

[Demain : une littérature didactique]
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Esther
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Mer 25 Juin 2014 - 8:25

Bon, j'avoue, je n'ai pas lu ton étude en entier. Mais j'ai eu l'occasion de lire la moitié d'un chapitre de Musso et je pouvais sentir la perte de mes neurones par centaine à chaque ligne que je lisais. Au secours...
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Mer 25 Juin 2014 - 9:41

vous êtes bien courageux tous, à lire Musso ou Nulla à faire une telle dissert.

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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Mer 25 Juin 2014 - 9:54

Nulladies a écrit:
son rapport au peuple est fusionnel : par lui, avec lui et en lui.

Du moment qu'il met de la vaseline...  Laughing 
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Jeu 26 Juin 2014 - 6:38

E. Une littérature didactique

Ayons de la considération pour le lecteur de M. Musso. Assailli par les vagues de la méditerranée et les jets de sable du mioche de la serviette d’à côté, les arrêts du métro toutes les 35 secondes, les annonces de service dans l’aéroport où il attend son vol vers un Club de vacances avec buffet à volonté, soirées déguisées et karaoké à gogo, sa lecture n’est pas de tout repos. Un roman de gare doit par conséquent être facilité dans sa lecture. On peut dès lors remarquer la bienveillance profonde de l’auteur qui n’aura de cesse de rappeler, au fil des pages, les enjeux fondamentaux de son récit. Dans les séries de TF1, chaque épisode commence par un rappel des précédents. Dans les programmes télévisés, un petit encadré « Si vous avez manqué le début » est d’une aide précieuse pour le téléspectateur désemparé par les méandres du récit de Joséphine, Ange Gardien. M. Musso s’est semble-t-il inspiré de ces diverses techniques pour jalonner son parcours narratologique.
Afin d’être assuré que le lecteur a bien saisi les enjeux et les retournements identitaires de ses personnages, le point de vue interne, à focalisation variable, nous permet de ponctuelles séances de révision.

« Mais à présent les choses avaient changé. Ce n’était plus le voleur génial qui le fascinait, c’était le père de Gabrielle (1) et l’amant de Valentine (2). » (p. 172)

« Puis… Elle pleura toutes les larmes de son corps (3), convaincue que sa naissance avait bousillé quatre vies. Celle de sa mère d’abord, puis celle d’Archibald injustement envoyé en prison. La sienne ensuite, orpheline solitaire et maussade qui n’avait jamais vraiment trouvé sa place nulle part. Celle de Martin enfin, qu’elle avait fait souffrir malgré elle.(4) » (p. 186)

« La veille, par un curieux concours de circonstances (5), les deux hommes les plus importants de sa vie avaient refait surface au même moment.
Aujourd’hui, elle était bien résolue à ne pas les laisser repartir.
Elle espérait seulement ne jamais devoir faire un choix entre les deux… (6)» (p. 187)

- « Mais… pourquoi es-tu revenu, alors ? J’ai retrouvé mon père il y a quelques heures à peine et il faut déjà que je le quitte ! Pourquoi tu m’infliges ça (7) ? » (p. 216)

(1) Au cas où, à la p. 172, donc, nous aurions oublié ce qu’on nous avait expliqué dès la quatrième de couverture.
(2) Explication : Valentine est l’amour de la vie d’Archibald, morte (ou du moins c’est ce qu’on nous fera croire, mais vous êtes maintenant au courant) en donnant naissance à Gabrielle, parce qu’elle refuse d’avorter, ce qui pourrait la sauver. Pour enfoncer le clou et faire comprendre que l’avortement n’est vraiment pas une option, même de dernier recours, M. Musso nous gratifie du passé obscur de Valentine, avant Archibald, durant lequel elle s’amourache d’une violente star du rock qui l’obligea à avorter.
Deux fois.
(3) Encore une formule à rattacher au désir profond de ne pas brusquer le lecteur par des hyperboles innovantes et audacieuses.
(4) Ce paragraphe, qui pourrait à lui seul faire figure de quatrième de couverture, est un parfait condensé du roman. On pourrait l’intituler Musso pour les nuls.
(5) Vous apprécierez l’ironie du propos.
(6) Remarquez que nous sommes une page après l’extrait précédent. Il s’agit vraiment d’un passage capital.
(7) Au vu du style, le lecteur se pose la même question.


L’explicitation est aussi valable pour les symboles psychologiques, mais nous aurons l’occasion d’y revenir :

« Se maquiller, toujours. Pas pour se faire belle, mais pour se cacher. » (p. 173)

Le roman de M. Musso est donc un produit performant, un pack full HD remplissant efficacement les objectifs qui lui ont été assignés, soucieux de s’adresser au plus grand nombre par sa clarté et son registre didactique.
A la lumière de ces considérations, on peut le conseiller à un lectorat à partir de sept ans.

[Demain, nous aborderons la deuxième grande partie, consacrée au style]
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Jeu 26 Juin 2014 - 10:44

Nulladies a écrit:
Pour enfoncer le clou et faire comprendre que l’avortement n’est vraiment pas une option, même de dernier recours, M. Musso nous gratifie du passé obscur de Valentine, avant Archibald, durant lequel elle s’amourache d’une violente star du rock qui l’obligea à avorter.
Deux fois.

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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Ven 27 Juin 2014 - 6:38

II. Le style

Après avoir analysé la dimension narrative et les grandes thématiques du récit, attardons-nous sur son style. Trait distinctif de l’auteur, il offre une vision du monde, une tonalité que le lecteur retrouvera avec plaisir d’un roman à l’autre. M. Musso dont le sens de la formule n’est plus à démontrer, apprécierait sans doute celle que nous nous proposons de lui appliquer : « Montre-moi comment tu écris, je te dirais qui tu es. »

A. M. Musso est un jeune

Le romancier étant désireux de prendre le pouls d’une époque, le lexique utilisé est tendance. Nous avons déjà évoqué les nombreux anglicismes, auxquels nous pouvons ajouter les références fréquentes aux nouvelles technologies (disques durs, fichiers informatiques, dialogues par SMS…) et une langue de la jeunesse garantie comme telle par la mention « avec véritables gros mots dedans » :

« Il avait sous-estimé son adversaire : le vieux avait non seulement un cerveau, mais il avait des couilles. » (p. 73)

« Sans doute y avait-il quelque chose de biologique dans leur jusqu’au boutisme : cette putain de testostérone qui transformait les hommes en prédateurs, leur donnant des envies de domination. » (pp. 229-230)

« On croit toujours que certaines relations sont si fortes qu’elles pourront résister à tout, mais ce n’est pas vrai. La confiance qui s’étiole, la lassitude, les mauvais choix, les soleils trompeurs (1) de la séduction, la voix chaude des sales cons, les longues jambes des sales connes, les injustices du destin (2): tout concourt à tuer l’amour.(3) (p. 226)

(1) Jolie formule, qui n’appartient pas à l’auteur (elle est de Iossif Alveka, dans une chanson russe de 1937, reste à savoir s’il est au courant) mais qu’il affectionne au point de l’utiliser plusieurs fois dans le roman.
(2) S’étiole, soleils trompeurs, sales cons et sales connes. Une analyse plus poussée de ce paragraphe sous l’intitulé « Tradition et modernité dans la prose Mussoiste » serait à envisager.
(3) En effet, ce paragraphe inclus.

Autre élément, le langage technique qui n’est pas sans évoquer les conversations des Experts ou de Dr House, en l’occurrence :

« Elle suspectait une rupture du Wirsung associée à une lésion duodénale.
T’es pas verni, hein ? » (p. 275)

B. M. Musso est un fighter

La poétique de M. Musso est celle de la punchline : il est de notoriété qu’une réplique est d’autant plus efficace qu’elle est brève, comme un coup de poing dans la face du lecteur : bref, incisif, percutant.

« La réalité a fini par remporter son match sur l’illusion d’un amour hors du temps.
Et c’est brutal. Et ça fait mal.» (p. 21) Difficile, à la lecture de genre de répliques, de ne pas leur donner la voix des bandes annonces de blockbusters américains, caverneuses et brutales, à l’instar de celle de Sylvester Stallone ou Arnold Schwarzenegger, du moins dans leur version française.

« Il allait allumer le joint lorsqu’une force invisible le poussa à retourner sur la terrasse pour s’installer devant l’écran de l’ordinateur. Archibald était plus fort que le shit. » (p. 85)

De fait, les personnages eux-mêmes vont pouvoir se livrer à de véritables joutes verbales des temps modernes, où les réparties auront la force d’un fusil à pompe à canon scié :

« - Vous êtes au courant qu’il y a d’autres plaisirs dans la vie que de boire, fumer ou voler des tableaux ?
- Oh, ça va, ne viens pas me donner de leçons avec ton shit et ton Coca Zero. Si tu crois que c’est meilleur pour la santé ! » (p. 261)

Autre exemple, avec cours de psychologie amoureuse qui ferait pâlir Mme de Lafayette :

« - Quand une femme te dit non, ça veut souvent dire oui, mais j’ai peur.
- Mouais, continuez.
- Quand elle te dit peut-être, ça veut souvent dire non.
- Et quand elle dit oui ?
- Quand elle dit oui, ça veut dire oui, peut-être.
- Et pour dire oui tout court ?
Archie haussa les épaules.
- Oui tout court, ça n’existe pas en langage féminin.
Martin était dubitatif :
- A mon avis, vous êtes meilleur voleur que psychologue…
- Peut-être que je manque d’expérience, concéda Archibald.
- Et si on parlait plutôt de Gabrielle ?
- C’était d’elle qu’on parlait, p’tit gars, je croyais que tu l’avais compris… » (pp. 262-263)

La parade amoureuse des jeunes tourtereaux prendra alors une tournure bien belligérante :

« - Je croyais pourtant que tu étais différent des autres, que tu étais au-dessus de ça !
- Au-dessus de quoi ? Tu m’as brisé le cœur, Gabrielle !
- Non, Martin, c’est toi tout seul qui as bien voulu te le briser ! En le faisant, tu as aussi brisé le mien. » (p. 185)

… mais s’achèvera sur une chute renversante qui mettra tout le monde d’accord :

« - Tu as de la chance que je sois là. D’habitude, à cette heure-ci, je suis encore au boulot.
- Pourquoi es-tu rentrée plus tôt ?
- J’avais un truc à faire…
- Quoi ? demanda-t-il en se relevant.
- Ça, dit-elle en l’embrassant. » (p. 203)

[Demain : C. M. Musso est un entertainer et M. Musso aime faire du chiffre]
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Sam 28 Juin 2014 - 8:47

Que serais-je sans toi, épisode 8/12
II. Le Style.

C. M. Musso est un entertainer

Hors de question de susciter l’ennui. Les longueurs sont à bannir. Il faut être e-ffi-cace. Quelques recettes bien éprouvées :

L’italique : l’immersion dans l’esprit du personnage qui évite le « songea-t-il » [SC n’ayant toujours pas l’italique, je mets les passages en question entre crochet dans les citations]

« Depuis quand d’ailleurs ne s’était-il pas senti en accord avec lui-même ?
[Depuis elle…]
Il soupira de consternation (1) et fit quelques pas vers le « lac ». » (p. 165)

(1) Le lecteur vit alors un moment de profonde empathie pour le personnage.

Les phrases nominales à valeur de didascalies qui évitent d’avoir à chercher des verbes :

« Le milieu de la nuit dans une cité HLM de l’Essonne.
Un petit appartement, toutes lumières éteintes.
Sur la sonnette, un nom aux consonances slaves. » (pp. 132-133)

Le dialogue par SMS, voire le dialogue de théâtre avec les noms des personnages devant chaque réplique, Cf. pp. 109-113. L’extrême densité des répliques se suffit en effet à elle-même.

Martin (repoussant le chèque (1)) : Vous jouez à quoi, au juste ?
Mademoiselle Ho : Considérez cela comme une avance.

(1) Ah oui, le chèque, annoncé à grand renfort de trompettes et cymbales une ligne plus haut : « Le jeune flic la décacheta : l’intérieur se résumait [oh mince, se dit le lecteur, il n’y a donc pas grand-chose dans l’enveloppe] à un chèque [ah, chouette, de l’argent] à son nom provenant de la compagnie d’assurances Lloyd’s Brothers. Son montant était de 250000 euros. [ah oui, quand même.]
Dix ans de salaire d’un flic. [ah oui, quand même.] »


D. M. Musso aime faire du chiffre

Qu’on se le dise, la rédaction d’un roman est un investissement. A l’instar des smartphones et de leur renouvellement régulier, M. Musso sort une nouvelle version de son roman tous les ans. Mais c’est un entrepreneur honnête qui sait que le lecteur en veut pour son argent. Loin d’Amélie Nothomb proposant des romans de 80 pages en police pour malvoyants, M. Musso livre des romans tout à fait crédibles. Celui qui nous occupe, et dont nous avons oublié le titre, parce qu’il n’a finalement que très peu de rapport avec l’intrigue et pourrait très bien s’appliquer au cru 2008 ou 2010 de son auteur, fait donc 300 pages. Tout rond.
C’est vendeur, 300 pages, ça a son épaisseur dans le sac de plage, et on apprécie la couverture gaufrée avec le nom de l’auteur en relief. Et quand on le pose sur l’étagère à côté des versions des années précédentes, dans la bibliothèque du salon, ça a son petit effet.
Un doute étreint toutefois le lecteur consciencieux lorsqu’il referme l’ouvrage, au bout de quelques heures de lecture. Une intrigue qui tiendrait sur l’écran d’un Ipod Nano, presque aucune description, une économie savante des verbes… mais comment fait-il ?
Plusieurs procédés permettent à M. Musso d’atteindre les objectifs de fabrication de son produit.
- L’anaphore Simplement te dire 8 fois dans la lettre d’amour inaugurale
- Les répétitions lors des « résumés des épisodes précédents » (voir plus haut)
- L’importance fondamentale des points de suspension.
Comme son nom l’indique, ce signe de ponctuation est en lien étroit avec la notion même de suspense, qui est un des critères de tout bon roman populaire. Les points de suspension permettent un accroissement phénoménal du suspense, à l’image de ce que les américains, maitres en la matière de M. Musso, nomment le cliffhanger : avant la pause publicité, notre vaillant héros se retrouve suspendu à la falaise sans possibilité – apparente – d’en réchapper.

« Excédé, Martin se leva de table et… »

Le récit change alors de section, matérialisée par de petites étoiles qui jalonnent le récit et occasionnent à chaque fois un saut de ligne, avant et après, soit trois lignes de vide dans la page. On retrouve cette étoile souvent une fois par page, voire deux.

« Il n’y avait eu que des souffrances, du noir, de la peur, et… »(p. 233)

Nous sommes ici à la fin d’un chapitre. Le lecteur devra tourner deux pages blanches avant la partie suivante.
D’une façon générale, on l’aura deviné, M. Musso veut faire de son livre ce que la division marketing d’XO Editions (dont le slogan Lire…pour le plaisir est souvent diffusé sur RTL ou Europe 1 entre une publicité pour Carglass et une autre pour la promo sur le kilo de moules chez Auchan) appelle le page turner, nouvelle appellation du best-seller qui édulcore la dimension commerciale parce qu’il s’agit d’être poli lorsqu’on parle d’un produit culturel.
Les constants retours à la ligne permettent, outre l’efficacité de la punchline, une aération considérable de la page, ce qui n’est pas sans séduire le lecteur. Les pages blanches sont nombreuses et les parties s’enchainent à un rythme effréné. Nous ne possédons pas une version numérique du roman, mais il serait très instructif d’en connaître le nombre de signes et de le comparer à un roman plus classique annonçant un nombre identique de pages.
M. Musso atteint ainsi ce que les commerciaux à cravate célio appellent le win/win, comprenez le partenariat gagnant/gagnant : l’auteur en écrit le moins possible mais annonce un roman de 300 pages, ample justification de son prix. Le lecteur (peu habitué à Proust ou Montaigne, il faut l’admettre) avance vite et bien, fier de sa progression dans le récit. Pour finir, le livre ira grossir les rayonnages de son étagère Ikea, qu’il fallait bien remplir.

[Demain : M. Musso est un adepte de la dichotomie hugolienne]
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Sam 28 Juin 2014 - 9:27

Nulladies a écrit:

Nous sommes ici à la fin d’un chapitre. Le lecteur devra tourner deux pages blanches avant la partie suivante.
D’une façon générale, on l’aura deviné, M. Musso veut faire de son livre ce que la division marketing d’XO Editions (dont le slogan Lire…pour le plaisir est souvent diffusé sur RTL ou Europe 1 entre une publicité pour Carglass et une autre pour la promo sur le kilo de moules chez Auchan) appelle le page turner, nouvelle appellation du best-seller qui édulcore la dimension commerciale parce qu’il s’agit d’être poli lorsqu’on parle d’un produit culturel.
Les constants retours à la ligne permettent, outre l’efficacité de la punchline, une aération considérable de la page, ce qui n’est pas sans séduire le lecteur. Les pages blanches sont nombreuses et les parties s’enchainent à un rythme effréné. Nous ne possédons pas une version numérique du roman, mais il serait très instructif d’en connaître le nombre de signes et de le comparer à un roman plus classique annonçant un nombre identique de pages.
M. Musso atteint ainsi ce que les commerciaux à cravate célio appellent le win/win, comprenez le partenariat gagnant/gagnant : l’auteur en écrit le moins possible mais annonce un roman de 300 pages, ample justification de son prix. Le lecteur (peu habitué à Proust ou Montaigne, il faut l’admettre) avance vite et bien, fier de sa progression dans le récit. Pour finir, le livre ira grossir les rayonnages de son étagère Ikea, qu’il fallait bien remplir.

 Laughing bien vu tout ça.
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Dim 29 Juin 2014 - 8:20

E. M. Musso est un adepte de la dichotomie hugolienne

La dichotomie, expression littéraire de l’antithèse, est le regroupement de deux valeurs opposées au sein d’une même phrase, d’un même développement. Victor Hugo en est un fervent amateur. Le principe est simple : il s’agit de procéder à une révélation fracassante, sur le modèle de la chute, bousculant toutes vos croyances établies. En gros on vous annonçait A, et ben en fait, c’est B.
Dingue.
M. Musso pratique à l’envi ce système de retournements qui génèrent chez le lecteur un profond désir de s’arrêter, de lever les yeux vers le plafond pour savourer la puissance de la leçon et prendre un ton solennel en se disant : ouaaahhh…

« Mais après tout, certains disent que les plus belles histoires d’amour sont celles qu’on n’a pas eu le temps de vivre. (1) Peut-être alors que les baisers qu’on ne reçoit pas sont aussi les plus intenses…(2)» (p. 15)

(1) On saluera l’honnêteté intellectuelle de M. Musso qui reconnaît ne pas avoir inventé cet adage. Il aurait eu du mal à la faire tant on le trouve souvent dans les cahiers de poésie des élèves de CE1.
(2) Rassurez-vous, l’échange de salive et la salade de museau auront bien lieu, exactement trois pages plus loin.


« Martin se posa pour la première fois la question : dans cette chasse à l’homme, était-il certain de ne pas jouer le rôle de la proie ? » (p. 53) On vous avait prévenu : ouaaahhh…

Le lecteur lambda aura sans doute oublié rapidement la fulgurance de cette formule, car l’auteur nous la ressert par la suite, mais du point de vue de son adversaire :

« Son affrontement avec Martin atteignait un tel paroxysme que lui-même ne savait plus qui était le chasseur et qui était la proie. » (p. 229)

La dichotomie perdant/vainqueur, proie/chasseur (et à peu près tout ce qui trouve un opposé, on peut essayer avec mer/montagne, Mac/PC, Beatles/Stones, Essence/Diesel…) permet des aphorismes qui fleurent bon la parole du sage bouddhiste en haut de sa montagne, entouré d’encens et de plantes grimpantes.

« A vrai dire, ce n’étaient pas les tableaux qui lui appartenaient, mais lui qui appartenait aux tableaux. » (p. 69)

« Car désormais, les règles du jeu ont changé : ce n’est plus lui qui traque Archibald, mais Archibald qui cherche à l’attirer à lui.
Mais pourquoi ? » (p. 117)

« Il croit que c’est de la colère qui bout en lui.
Il ne sait pas encore que c’est de l’amour. » (p. 137)

« Une nuit qui aurait dû être celle de tous les bonheurs
Et qui fut celle de tous les drames. » (p. 144) [A prononcer, cette fois, avec l’intonation des journalistes de France 3 région, parodiés avec bonheur par ceux de Groland.]

« Administrés à haute dose, les antalgiques faisant leur effet, l’aidant à contenir la maladie et lui offrant une rémission de courte durée, mais qui lui laisserait peut-être le temps de parler à Gabrielle pour la dernière fois.
Une dernière fois qui serait aussi la première. » (p. 155)

« Il avait à la fois envie de le provoquer et de le protéger, de l’aider et de le fuir. » (p. 190)

Avec un peu de souffle, on atteint rapidement une dimension cornélienne :

« Alors, son cœur s’emballa et son esprit se brouilla, tiraillé par des désirs contraires.
L’envie de se prouver qu’il était capable d’arrêter Archibald.
Mais aussi l’envie d’en apprendre toujours davantage sur lui.
L’envie d’aimer Gabrielle parce qu’elle était son évidence.
Mais aussi l’envie de lui rendre le mal qu’elle lui avait fait (1).
Car votre âme sœur peut être en même temps votre âme damnée. (2)» (p. 174)

(1) On se servira aussi de cette citation pour illustrer le recours permanent au retour à la ligne.
(2) On ne peut qu’être séduit par ce brusque changement de la situation d’énonciation : le « vous » et le présent gnomique nous happent violemment vers une leçon universelle à laquelle nous ne pouvons que souscrire.

« Certains disent (1) qu’on reconnaît le grand amour lorsqu’on s’aperçoit que le seul être au monde qui pourrait vous consoler est justement celui qui vous a fait mal. Martin était son grand amour.
Et elle l’avait perdu.(2) » (p. 226)

(1) Une nouvelle marque de l’honnêteté intellectuelle de M. Musso déjà évoquée.
(2) Pas pour longtemps, qu’on se rassure : au matin, ils seront ensemble et pourront faire des bébés.


Sans vouloir ternir les effets de manche de l’auteur, admettons que certaines dichotomies peuvent pousser la logique dans ses retranchements.

« - Les perdants sont toujours battus par eux-mêmes, pas par leur adversaires, mais ça, je crois que tu le sais déjà. […]
- Parfois, il est plus facile de perdre que de payer le prix que réclame la victoire, n’est-ce pas ? » (p. 55)

Parfois, aussi, il est plus facile de jouer avec les antithèses qu’avec la cohérence et la logique.

« Car lorsque vous n’avez pas confiance en vous, finir par dire oui à quelqu’un peut signifier lui dire encore plus non que non. Elle savait que Martin comprendrait. » (pp. 205-206)

Heureusement pour lui, mais qu’on nous permette d’en douter. Nous avons déjà eu l’occasion de montrer à quel point il était long à la détente.
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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Dim 29 Juin 2014 - 9:08

Nulladies a écrit:

« Une nuit qui aurait dû être celle de tous les bonheurs
Et qui fut celle de tous les drames. » (p. 144) [A prononcer, cette fois, avec l’intonation des journalistes de France 3 région, parodiés avec bonheur par ceux de Groland.]

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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Lun 30 Juin 2014 - 10:12

F. M. Musso est un auteur français

Dernière catégorie, et non des moindres, le rapport de M. Musso à la culture.
M. Musso n’a pas eu de chance, il est né en France, (il n’a vraiment pas eu de chance, il a enseigné en Lorraine. Gothic, si tu me lis, spéciale dédicace…) rêvant tout petit déjà d’un destin à l’américaine, qu’il pourra vivre en vendant des glaces dans le New Jersey à l’âge de dix-neuf ans. Sa nationalité va l’obliger à quelques compromis. Au pays de Molière et de Racine, il est facile de tomber sous le feu des critiques acerbes de la part d’une élite totalement détournée des charmes de la littérature populaire.
Mais M. Musso est malin, est a sans doute appliqué à sa propre personne les adages de ses personnage, utilisant contre ses détracteurs leur propre culture.
Car M. Musso est un adepte de l’art, dont il fait l’éloge :

« Pour Martin, le vol d’un bien culturel n’était pas assimilable à celui d’un autre bien. Au-delà de sa valeur marchande, toute création artistique avait quelque chose de sacré et participait à la transmission d’un patrimoine culturel accumulé au cours des siècles. Le vol d’une œuvre d’art constituait donc une atteinte grave aux valeurs et aux fondements de notre civilisation.
Et ceux qui s’y livraient ne méritaient aucune indulgence. » (p. 40)

Son arme secrète ? La citation. L’exergue est chez lui permanente, on la retrouve en tête des 29 chapitres. Le win/win se perpétue : c’est toujours ça qu’il n’a pas à inventer lui-même, et ça donne un cachet indéniable à son ouvrage patronné par toutes les fines plumes libres de droit de la littérature mondiale.
Une tête de chapitre de M. Musso ressemble un peu à l’intérieur d’une papillote ou d’un apéricube : gratuitement, d’une façon souvent décrochée, on vous donne un peu de culture Trivial Pursuit. La littérature numérique a dû considérablement aider notre auteur, qui possède à n’en point douter www.dicocitations.com dans les favoris de son navigateur. Les mots clés « amour », « aimer » « vie » ou « mort » offrent en effet un large éventail de références. Il serait pénible de proposer l’intégralité des auteurs offerts ici en pâture au lecteur. Qu’il nous soit permis d’évoquer certains hautes personnalités de la liste prestigieuse des guests stars de M. Musso : Marc Aurèle, Chrétien de Troyes, Balzac, Proust, Cocteau, Pascal Quignard… du beau linge, comme on dit.
Bien entendu, les autres arts ne sont pas en reste et le name dropping fonctionne à plein régime : tout le catalogue d’Orsay et du Louvre y passe, le protagoniste étant un voleur de tableaux, avec une extension jusqu’à Jeff Koons. Les références cinématographiques vont de Truffaut à Tarantino en passant par Hitchcock, les musicales de Bach à NTM, sans oublier les hippies west coast de San Francisco, Grateful Dead, Mozart, Jacques Brel et la Traviata.

Pour conclure sur le style de M. Musso, deux citations. La première pour saluer son courage dans l’innovation littéraire :

« Elle est trempée de pluie. Elle a froid. Elle tremble un peu.
Il, Elle se reconnaissent. Il, Elle courent l’un vers l’autre.
Ils s’étreignent, le cœur battant, comme on fait la première fois, lorsqu’on y croit encore. » (p. 18)

La seconde en guise de bouquet final.
Ami lecteur, le mix de la mort qui tue, la pizza Gargantua aux quatorze ingrédients, la coupe glacée à 18 boules : l’anaphore + la dichotomie + les phrases nominales + les retours à la ligne + le cliché + la chute avec paronomase. (Pour cette dernière ; il est possible que M. Musso ne soit pas au courant, ce qui n’entame en rien la fulgurance de sa citation.)

« Deux bolides lancés l’un vers l’autre qu’un océan sépare encore.
Deux étoiles filantes qui vont entrer en collision.
Des retrouvailles dangereuses.
Car l’amour et la mort n’ont que deux lettres de différence. » (p. 138)

Comme nous l’avions annoncé, cette simili paronomase est reconduite par l’auteur. Nous précisons que cette occurrence est la première du livre, (l’autre se trouvant à la p.290) le lecteur étant donc d’autant plus impacté par sa force de persuasion.

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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Lun 30 Juin 2014 - 14:01

Nulladies a écrit:

« Pour Martin, le vol d’un bien culturel n’était pas assimilable à celui d’un autre bien. Au-delà de sa valeur marchande, toute création artistique avait quelque chose de sacré et participait à la transmission d’un patrimoine culturel accumulé au cours des siècles. Le vol d’une œuvre d’art constituait donc une atteinte grave aux valeurs et aux fondements de notre civilisation.
Et ceux qui s’y livraient ne méritaient aucune indulgence. » (p. 40)

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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Lun 30 Juin 2014 - 14:04

RabbitIYH a écrit:
Nulladies a écrit:

« Pour Martin, le vol d’un bien culturel n’était pas assimilable à celui d’un autre bien. Au-delà de sa valeur marchande, toute création artistique avait quelque chose de sacré et participait à la transmission d’un patrimoine culturel accumulé au cours des siècles. Le vol d’une œuvre d’art constituait donc une atteinte grave aux valeurs et aux fondements de notre civilisation.
Et ceux qui s’y livraient ne méritaient aucune indulgence. » (p. 40)

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MessageSujet: Re: Guillaume Musso : un étude exhaustive   Lun 30 Juin 2014 - 22:27

Nulladies a écrit:
F. M. Musso est un auteur français

Dernière catégorie, et non des moindres, le rapport de M. Musso à la culture.
M. Musso n’a pas eu de chance, il est né en France, (il n’a vraiment pas eu de chance, il a enseigné en Lorraine. Gothic, si tu me lis, spéciale dédicace…) rêvant tout petit déjà d’un destin à l’américaine, qu’il pourra vivre en vendant des glaces dans le New Jersey à l’âge de dix-neuf ans. Sa nationalité va l’obliger à quelques compromis. Au pays de Molière et de Racine, il est facile de tomber sous le feu des critiques acerbes de la part d’une élite totalement détournée des charmes de la littérature populaire.
Mais M. Musso est malin, est a sans doute appliqué à sa propre personne les adages de ses personnage, utilisant contre ses détracteurs leur propre culture.
Car M. Musso est un adepte de l’art, dont il fait l’éloge :

« Pour Martin, le vol d’un bien culturel n’était pas assimilable à celui d’un autre bien. Au-delà de sa valeur marchande, toute création artistique avait quelque chose de sacré et participait à la transmission d’un patrimoine culturel accumulé au cours des siècles. Le vol d’une œuvre d’art constituait donc une atteinte grave aux valeurs et aux fondements de notre civilisation.
Et ceux qui s’y livraient ne méritaient aucune indulgence. » (p. 40)

Son arme secrète ? La citation. L’exergue est chez lui permanente, on la retrouve en tête des 29 chapitres. Le win/win se perpétue : c’est toujours ça qu’il n’a pas à inventer lui-même, et ça donne un cachet indéniable à son ouvrage patronné par toutes les fines plumes libres de droit de la littérature mondiale.
Une tête de chapitre de M. Musso ressemble un peu à l’intérieur d’une papillote ou d’un apéricube : gratuitement, d’une façon souvent décrochée, on vous donne un peu de culture Trivial Pursuit. La littérature numérique a dû considérablement aider notre auteur, qui possède à n’en point douter www.dicocitations.com dans les favoris de son navigateur. Les mots clés « amour », « aimer » « vie » ou « mort » offrent en effet un large éventail de références. Il serait pénible de proposer l’intégralité des auteurs offerts ici en pâture au lecteur. Qu’il nous soit permis d’évoquer certains hautes personnalités de la liste prestigieuse des guests stars de M. Musso : Marc Aurèle, Chrétien de Troyes, Balzac, Proust, Cocteau, Pascal Quignard… du beau linge, comme on dit.
Bien entendu, les autres arts ne sont pas en reste et le name dropping fonctionne à plein régime : tout le catalogue d’Orsay et du Louvre y passe, le protagoniste étant un voleur de tableaux, avec une extension jusqu’à Jeff Koons. Les références cinématographiques vont de Truffaut à Tarantino en passant par Hitchcock, les musicales de Bach à NTM, sans oublier les hippies west coast de San Francisco, Grateful Dead, Mozart, Jacques Brel et la Traviata.

Pour conclure sur le style de M. Musso, deux citations. La première pour saluer son courage dans l’innovation littéraire :

« Elle est trempée de pluie. Elle a froid. Elle tremble un peu.
Il, Elle se reconnaissent. Il, Elle courent l’un vers l’autre.
Ils s’étreignent, le cœur battant, comme on fait la première fois, lorsqu’on y croit encore. » (p. 18)

La seconde en guise de bouquet final.
Ami lecteur, le mix de la mort qui tue, la pizza Gargantua aux quatorze ingrédients, la coupe glacée à 18 boules : l’anaphore + la dichotomie + les phrases nominales  + les retours à la ligne + le cliché + la chute avec paronomase.  (Pour cette dernière ; il est possible que M. Musso ne soit pas au courant, ce qui n’entame en rien la fulgurance de sa citation.)

« Deux bolides lancés l’un vers l’autre qu’un océan sépare encore.
Deux étoiles filantes qui vont entrer en collision.
Des retrouvailles dangereuses.
Car l’amour et la mort n’ont que deux lettres de différence. » (p. 138)

Comme nous l’avions annoncé, cette simili paronomase est reconduite par l’auteur. Nous précisons que cette occurrence est la première du livre, (l’autre se trouvant à la p.290) le lecteur étant donc d’autant plus impacté par sa force de persuasion.

[Demain, la troisième grande partie : « Le roman, vision de l’homme et vision du monde »]
Cette attente est insoutenable ! Enfin demain la révélation !  Wink 
C'est bien sympa ce boulot Nulla !
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