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 [Cycle] Sidney Lumet

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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Mer 23 Avr 2014 - 15:23

Citation :
"Je suis d'avis qu'on peut tout comparer..."

Ben voilà ! Tout s’explique. Je suis de l’avis absolument contraire et fâché à mort avec cette manie saugrenue de vouloir comparer tout et n'importe quoi. Je suis trop attaché aux spécificités du « genre » pour ne pas trouver absurde que l’on compare (en les mettant en compétition) un western  avec une comédie ou un film fantastique avec un péplum sous le spécieux prétexte qu'ils abordent plus ou moins les mêmes thèmes… D'ailleurs, ce n’est pas qu’une histoire de « genre », ça fonctionne aussi avec le « format » : comparer une série ( qui va s’étendre sur plusieurs saisons )  à un film ( qui va développer une histoire sur deux heures ), je trouve ça insensé.

Que l'on compare, sans les mettre en compétition, les spécificités de chaque genre pour exprimer la même idée, pourquoi pas. Il faut bien que les universitaires s'amusent un peu.... Very Happy  Mais que l'on joue à "celui qui pisse le plus loin" en mettant dos à dos deux films qui n' appartiennent pas au même genre et qui utilisent un langage, un ton, un rythme, des codes différents pour aborder plus ou moins les mêmes thèmes, je trouve cela faussé dés le départ.

Citation :
seulement le degré de subtilité

J’avais saisi. Le problème pour moi, c’est qu’il ne s’agit pas tout à fait du même film… La charge contre les médias est présente dans les deux films, mais pas au même "degré". Dans Network, elle n’est pas périphérique, elle au cœur du film, elle est le projet même du film. Network est une satire, le film ne procède pas par allusion ou suggestion, il cogne, c’est une entreprise de démolition. Quant au discours, même s’il est dit parfois sur le ton de la farce, il est visionnaire, toujours actuel et percutant 40 ans après la sortie du film. Perso, ça me suffit amplement comme « degré de subtilité »


Dernière édition par Goupi Tonkin le Mer 23 Avr 2014 - 22:34, édité 1 fois
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Mer 23 Avr 2014 - 18:23

Bah oui mais si on peut plus donner son avis sans passer pour celui qui veut pisser le plus loin...  bounce 
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Mer 23 Avr 2014 - 18:27

@RabbitIYH a écrit:
Bah oui mais si on peut plus donner son avis sans passer pour celui qui veut pisser le plus loin...  bounce 
ce n'est pas ce que j'ai dit. c'est pas toi "qui pisse le plus loin"... Laughing 
ce que j'ai dit c'est : je trouve absurde de comparer deux films au genre et au traitement différents pour savoir lequel (des deux films, donc ) pisse le plus loin
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Mer 23 Avr 2014 - 18:44

Avoue que c'était d'autant moins clair qu'on a du mal à s'imaginer un film muni de l'appareillage nécessaire.  Razz 
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Mer 23 Avr 2014 - 18:46

c'est pas faux
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Jeu 24 Avr 2014 - 8:07



Odieuse audience

Pamphlet sans concession sur la télévision, Network a un premier mérite, celui de son année de production. En 1977, les coulisses qu’il donne à voir sont encore peu connues du public, et font l’effet d’une bombe.
Lumet film au scalpel un monde bicéphale dans lequel on communique à outrance tout en travaillant sa surdité.
La trame principale relate l’inventivité de plus en plus malsaine des producteurs pour gagner des parts de marché dans l’audimat. Voyeurisme, nouveaux prêtres pour galvaniser les foules, Diana, Faye Dunaway vénéneuse à souhait, cherche "The Angry Prophet Denouncing the Hypocracies of Our Time" ayant compris que « les américains veulent qu’on prenne en charge leur rage ». De ce constat découle une nouvelle forme de télévision, qui mêle information et show, qui intègre dans ses programmes des actions terroristes réellement filmées pour les scénariser par la suite. Difficile de ne pas voir Lumet lui-même en prophète dénonçant les dérives de l’image de son temps… et annonçant très clairement les tendances du nôtre.
Tout le paradoxe est là : récupérer et digérer un discours antisystème d’un présentateur vedette pétant les plombs pour l’intégrer à ce même système. Au bord du gouffre, d’un cynisme total, la production semble surfer sur le fil du rasoir tant que le public suit.
Les coulisses présentent quant à elle les individus décisionnaires de cette négation de l’humanité. Incapable de suivre une communication unique, leur situation d’énonciation est sans cesse multiple. Devant un écran, mais au téléphone, en régie mais sans prendre conscience de ce qui se dit sur le plateau, à savoir l’annonce en direct d’un suicide, parlant boulot pendant l’amour, mêlant discours idéologique et contrat d’exclusivité : désaxés, branchés au pouls frénétique de la course à l’audience, les personnages ne peuvent que finir par hurler, se trahir et se dissiper.
C’est peut-être sur ce dernier sujet que Lumet manque un peu de finesse. La romance entre Dunaway et Holden, sans cesse soulignée par un discours forcé sur la mise en abyme du scenario et de la vie réelle est à la longue un peu poussive. De la même manière, le discours pamphlétaire est un peu sur le même fil que l’émission de Beale : pas tout à fait grotesque, pas entièrement crédible, elle oscille entre la farce cynique et le regard clinique, ce qui, notamment lors du dénouement, nuit un peu à la force de l’ensemble. En guise de comparaison (je sens que tu vas adorer, Dan, une comparaison avec un film qui n'est pas comparable  Very Happy ), la charge émotionnelle du final de Point Limite, tout aussi excessive, était pourtant parfaite.
Reste, dans ce jeu de massacre, le public : vaste troupeau dont on guette les moindres désirs, il semble peu représenté, à l’exception de la foule applaudissant facticement l’émission ou lors de cette très belle séquence où l’on sort la tête à la fenêtre pour obéir au gourou : la façade en plan large sur toutes les lucarnes est une image sans appel, donnant à voir les spectateurs enfermés dans leur cadre, et convaincus d’affirmer haut et fort le libre arbitre qu’on leur a dicté.
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Azbinebrozer
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Jeu 24 Avr 2014 - 9:47

@Nulladies a écrit:


Odieuse audience

Pamphlet sans concession sur la télévision, Network a un premier mérite, celui de son année de production. En 1977, les coulisses qu’il donne à voir sont encore peu connues du public, et font l’effet d’une bombe.
Lumet film au scalpel un monde bicéphale dans lequel on communique à outrance tout en travaillant sa surdité.
La trame principale relate l’inventivité de plus en plus malsaine des producteurs pour gagner des parts de marché dans l’audimat. Voyeurisme, nouveaux prêtres pour galvaniser les foules, Diana, Faye Dunaway vénéneuse à souhait, cherche "The Angry Prophet Denouncing the Hypocracies of Our Time" ayant compris que « les américains veulent qu’on prenne en charge leur rage ». De ce constat découle une nouvelle forme de télévision, qui mêle information et show, qui intègre dans ses programmes des actions terroristes réellement filmées pour les scénariser par la suite. Difficile de ne pas voir Lumet lui-même en prophète dénonçant les dérives de l’image de son temps… et annonçant très clairement les tendances du nôtre.
Tout le paradoxe est là : récupérer et digérer un discours antisystème d’un présentateur vedette pétant les plombs pour l’intégrer à ce même système. Au bord du gouffre, d’un cynisme total, la production semble surfer sur le fil du rasoir tant que le public suit.
Les coulisses présentent quant à elle les individus décisionnaires de cette négation de l’humanité. Incapable de suivre une communication unique, leur situation d’énonciation est sans cesse multiple. Devant un écran, mais au téléphone, en régie mais sans prendre conscience de ce qui se dit sur le plateau, à savoir l’annonce en direct d’un suicide, parlant boulot pendant l’amour, mêlant discours idéologique et contrat d’exclusivité : désaxés, branchés au pouls frénétique de la course à l’audience, les personnages ne peuvent que finir par hurler, se trahir et se dissiper.
C’est peut-être sur ce dernier sujet que Lumet manque un peu de finesse. La romance entre Dunaway et Holden, sans cesse soulignée par un discours forcé sur la mise en abyme du scenario et de la vie réelle est à la longue un peu poussive. De la même manière, le discours pamphlétaire est un peu sur le même fil que l’émission de Beale : pas tout à fait grotesque, pas entièrement crédible, elle oscille entre la farce cynique et le regard clinique, ce qui, notamment lors du dénouement, nuit un peu à la force de l’ensemble. En guise de comparaison (je sens que tu vas adorer, Dan, une comparaison avec un film qui n'est pas comparable  Very Happy ), la charge émotionnelle du final de Point Limite, tout aussi excessive, était pourtant parfaite.
Reste, dans ce jeu de massacre, le public : vaste troupeau dont on guette les moindres désirs, il semble peu représenté, à l’exception de la foule applaudissant facticement l’émission ou lors de cette très belle séquence où l’on sort la tête à la fenêtre pour obéir au gourou : la façade en plan large sur toutes les lucarnes est une image sans appel, donnant à voir les spectateurs enfermés dans leur cadre, et convaincus d’affirmer haut et fort le libre arbitre qu’on leur a dicté.
La chronique publié à 8 h 00 passée ?... ça sent bon les vacances !  Wink 
Permanência boa !
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Jeu 24 Avr 2014 - 9:56

pour ma défense, il était 7 heures à Lisbonne.  Very Happy 
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Jeu 24 Avr 2014 - 10:23

@Nulladies a écrit:


Odieuse audience

Pamphlet sans concession sur la télévision, Network a un premier mérite, celui de son année de production. En 1977, les coulisses qu’il donne à voir sont encore peu connues du public, et font l’effet d’une bombe.
Lumet film au scalpel un monde bicéphale dans lequel on communique à outrance tout en travaillant sa surdité.
La trame principale relate l’inventivité de plus en plus malsaine des producteurs pour gagner des parts de marché dans l’audimat. Voyeurisme, nouveaux prêtres pour galvaniser les foules, Diana, Faye Dunaway vénéneuse à souhait, cherche "The Angry Prophet Denouncing the Hypocracies of Our Time" ayant compris que « les américains veulent qu’on prenne en charge leur rage ». De ce constat découle une nouvelle forme de télévision, qui mêle information et show, qui intègre dans ses programmes des actions terroristes réellement filmées pour les scénariser par la suite. Difficile de ne pas voir Lumet lui-même en prophète dénonçant les dérives de l’image de son temps… et annonçant très clairement les tendances du nôtre.
Tout le paradoxe est là : récupérer et digérer un discours antisystème d’un présentateur vedette pétant les plombs pour l’intégrer à ce même système. Au bord du gouffre, d’un cynisme total, la production semble surfer sur le fil du rasoir tant que le public suit.
Les coulisses présentent quant à elle les individus décisionnaires de cette négation de l’humanité. Incapable de suivre une communication unique, leur situation d’énonciation est sans cesse multiple. Devant un écran, mais au téléphone, en régie mais sans prendre conscience de ce qui se dit sur le plateau, à savoir l’annonce en direct d’un suicide, parlant boulot pendant l’amour, mêlant discours idéologique et contrat d’exclusivité : désaxés, branchés au pouls frénétique de la course à l’audience, les personnages ne peuvent que finir par hurler, se trahir et se dissiper.
C’est peut-être sur ce dernier sujet que Lumet manque un peu de finesse. La romance entre Dunaway et Holden, sans cesse soulignée par un discours forcé sur la mise en abyme du scenario et de la vie réelle est à la longue un peu poussive. De la même manière, le discours pamphlétaire est un peu sur le même fil que l’émission de Beale : pas tout à fait grotesque, pas entièrement crédible, elle oscille entre la farce cynique et le regard clinique, ce qui, notamment lors du dénouement, nuit un peu à la force de l’ensemble. En guise de comparaison (je sens que tu vas adorer, Dan, une comparaison avec un film qui n'est pas comparable  Very Happy ), la charge émotionnelle du final de Point Limite, tout aussi excessive, était pourtant parfaite.
Reste, dans ce jeu de massacre, le public : vaste troupeau dont on guette les moindres désirs, il semble peu représenté, à l’exception de la foule applaudissant facticement l’émission ou lors de cette très belle séquence où l’on sort la tête à la fenêtre pour obéir au gourou : la façade en plan large sur toutes les lucarnes est une image sans appel, donnant à voir les spectateurs enfermés dans leur cadre, et convaincus d’affirmer haut et fort le libre arbitre qu’on leur a dicté.

Que tu sois à coté de la plaque sur l'efficacité de la farce et que tu fasses des comparaisons à la croque-moi-le zobi, c'est pas très grave  Very Happy   ( c'est pas la première fois que tu tombes de vélo : La bête humaine, Touchez pas au grisbi...    Razz  ) En revanche, que tu parles assez peu de mise en scène me frustre toujours un peu ( notamment l'emploi assez particulier des éclairages que j'ai trouvé perturbant et un peu appuyé la première fois que j'ai vu le film et que j'ai ensuite trouvé génial à la deuxième vision, la rareté des mouvements de caméra jusqu'à l'emballement final, la façon dont est mis en scène le monologue de Ned Beatty... Avec le Prince de New York, Network me semble être la mise en scène la plus travaillée et pensée de Lumet )
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Jeu 24 Avr 2014 - 10:28

C'est vrai, le statisme est motivé. Mais bon, comme tu le dis, peut-être qu'on ne s'en rend compte qu'au deuxième visionnage ?  Wink
Et puis, mes critiques sont déjà longues, si je voulais être exhaustif, ça se transformerait en mémoires...
D'ailleurs, tu sembles penser que je n'ai pas aimé le film, ce n'est pas le cas. J'ai simplement quelques réserves sur un aspect, celui de la romance.
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Azbinebrozer
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Jeu 24 Avr 2014 - 10:58

@Nulladies a écrit:
pour ma défense, il était 7 heures à Lisbonne.  Very Happy 
 cheers 

(on n'avait pas dit 6 h ?!...  Twisted Evil )
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Jeu 24 Avr 2014 - 11:05

Sans surprise je suis assez d'accord avec toi Nulladies, faut pas croire j'aime également beaucoup le film et je lui trouve les mêmes forces (dont la mise en scène à mon sens est loin de faire partie) et les mêmes faiblesses.
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Jeu 24 Avr 2014 - 11:50

@Nulladies a écrit:
C'est vrai, le statisme est motivé. Mais bon, comme tu le dis, peut-être qu'on ne s'en rend compte qu'au deuxième visionnage ?  Wink
Et puis, mes critiques sont déjà longues, si je voulais être exhaustif, ça se transformerait en mémoires...
D'ailleurs, tu sembles penser que je n'ai pas aimé le film, ce n'est pas le cas. J'ai simplement quelques réserves sur un aspect, celui de la romance.
Non, non, j'ai compris que tu avais aimé le film... (  En tout cas, dans mes souvenirs, cette romance n'était pas un obstacle pour apprécier pleinement le film...    )

Tiens, il y a une sélection Lumet sur l'excellent site DVDclasik :

http://www.dvdclassik.com/article/top-sidney-lumet

Je n'ai lu que la moitié des notes pour l'instant, mais c'est vraiment  pas mal, comme d'hab'
( J'ai très envie de voir le Prêteur sur gage. Très alléchant )

c'est court mais je m'y retrouve bien :
http://www.dvdclassik.com/critique/network-main-basse-sur-la-t-v-lumet
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Ven 25 Avr 2014 - 7:05

@Goupi Tonkin a écrit:
@Nulladies a écrit:
C'est vrai, le statisme est motivé. Mais bon, comme tu le dis, peut-être qu'on ne s'en rend compte qu'au deuxième visionnage ?  Wink
Et puis, mes critiques sont déjà longues, si je voulais être exhaustif, ça se transformerait en mémoires...
D'ailleurs, tu sembles penser que je n'ai pas aimé le film, ce n'est pas le cas. J'ai simplement quelques réserves sur un aspect, celui de la romance.
Non, non, j'ai compris que tu avais aimé le film... (  En tout cas, dans mes souvenirs, cette romance n'était pas un obstacle pour apprécier pleinement le film...    )

Tiens, il y a une sélection Lumet sur l'excellent site DVDclasik :

http://www.dvdclassik.com/article/top-sidney-lumet

Je n'ai lu que la moitié des notes pour l'instant, mais c'est vraiment  pas mal, comme d'hab'
( J'ai très envie de voir le Prêteur sur gage. Très alléchant )

c'est court mais je m'y retrouve bien :
http://www.dvdclassik.com/critique/network-main-basse-sur-la-t-v-lumet

dvdclassik est vraiment une référence. Leurs tops me permettent aussi de voir ceux que j'ai loupés de Lumet... Le Prêteur, mais aussi The Offense, dont je n'avais entendu parler nulle part ailleurs. Merci du lien.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Ven 25 Avr 2014 - 7:06



Et on taira tous les aveux.

Par bien des points, le Verdict semble inspirer ce qui sera L’idéaliste de Coppola : regard sans concession sur le monde des avocats, détrousseurs de détresse, rédemption par une affaire démesurée où s’affronteront le pot de terre et le pot de fer, dans deux conceptions de la justice, celle de notre protagoniste conservant une dimension humaniste.
De ce point de vue, on peut considérer ce film comme l’un des plus convenus de Lumet (comme ce sera aussi le cas pour celui de Coppola). La trame bien connue n’offre pas de réelle surprise, même si l’acharnement à l’échec qui marque la quasi-totalité de la procédure est assez éprouvant et donne une image du système peu reluisante. On retrouve là des thèmes chers au réalisateur, qui de Serpico à Un après-midi de chien, en passant par Network, se plait à révéler les arcanes d’un système qui dévore les individus. Le lobbying, le travail de l’image, la présence médiatique ou le choix d’un noir dans l’équipe sont autant de leçons de communication et de cynisme qu’on connait bien chez Lumet. La collusion complexe entre les intérêts financiers et les idéaux humanistes contamine aussi le récit. Souvent, on reproche à Galvin de vouloir aller au procès par avidité, comme s’il n’était plus possible, dans un tel système, d’agir pour le bien et la justice, « to make things right ».
Cette ambivalence est renforcée par ce qui fait la principale différence avec les films classiques du genre, dans lesquels on peut aussi ranger Erin Brokovich : le portrait d’un homme brisé, alcoolique et inefficace, rendu crédible et touchant par Paul Newman remplaçant Redford qui n’avait osé se compromettre sur un tel rôle.
Dans ce monde où tout s’achète et se manipule (jusqu’aux excès, la romance entre Newman et Rampling n’étant pas particulièrement subtile en matière de démonstration), c’est par le regard hagard d’un homme en attente de rédemption que l’émotion va pouvoir sourdre. De longues scènes silencieuses, de beuverie ou de flipper, mettent en place une solitude que va combler un motif frappant, celui de l’image, un polaroid de la victime qui va soudain faire revivre la vocation à plaider.
Pour ce parcours et ses accidents, pour l’interprétation à la fois sobre et intense, Le Verdict est un film attachant, mais tout de même à l’ombre de bien des chefs-d’œuvre de Lumet.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Ven 25 Avr 2014 - 8:27

Tout à fait d'accord sur ce film aussi, qui tient surtout sur le personnage et le jeu de Paul Newman.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Ven 25 Avr 2014 - 8:31

@RabbitIYH a écrit:
Tout à fait d'accord sur ce film aussi, qui tient surtout sur le personnage et le jeu de Paul Newman.

Bon, ça va pas cette harmonie, va falloir que je chronique d'autres Bergman  Razz 
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Ven 25 Avr 2014 - 8:56

J'aurais bien aimé mettre un peu d'agitation dans ce consensus lénifiant  mais pour une fois, et ça m'écorche un peu la gueule de le dire, je suis plutôt ok avec vous  Laughing 
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Ven 25 Avr 2014 - 15:21

@Nulladies a écrit:
@Goupi Tonkin a écrit:
@Nulladies a écrit:
C'est vrai, le statisme est motivé. Mais bon, comme tu le dis, peut-être qu'on ne s'en rend compte qu'au deuxième visionnage ?  Wink
Et puis, mes critiques sont déjà longues, si je voulais être exhaustif, ça se transformerait en mémoires...
D'ailleurs, tu sembles penser que je n'ai pas aimé le film, ce n'est pas le cas. J'ai simplement quelques réserves sur un aspect, celui de la romance.
Non, non, j'ai compris que tu avais aimé le film... (  En tout cas, dans mes souvenirs, cette romance n'était pas un obstacle pour apprécier pleinement le film...    )

Tiens, il y a une sélection Lumet sur l'excellent site DVDclasik :

http://www.dvdclassik.com/article/top-sidney-lumet

Je n'ai lu que la moitié des notes pour l'instant, mais c'est vraiment  pas mal, comme d'hab'
( J'ai très envie de voir le Prêteur sur gage. Très alléchant )

c'est court mais je m'y retrouve bien :
http://www.dvdclassik.com/critique/network-main-basse-sur-la-t-v-lumet

dvdclassik est vraiment une référence. Leurs tops me permettent aussi de voir ceux que j'ai loupés de Lumet... Le Prêteur, mais aussi The Offense, dont je n'avais entendu parler nulle part ailleurs. Merci du lien.
oui, c'est un excellent site... Et leur classement final me plait bien ( mes Lumet préférés sont plutôt bien classés :
12 hommes en colère, Serpico,  le prince de New York, Network et a bout de course dans les six premiers )

The offence, je l'ai vu il y a très longtemps, vagues souvenirs de gosse d'un film assez brutal qui m'avait un peu foutu les jetons. Vu leur enthousiasme, c'est vrai que ça donne très envie ( 12 euros le dvd sur Amazone, c'est quasi cadeau )
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Sam 26 Avr 2014 - 7:41



Itinéraire d’un repentant brisé.

Lorsque commence Le Prince de New York, nous sommes en terrain connu : cette cage d’escalier, ces poursuites, cette ville crasseuse, ces fire escapes et ce grain légèrement orangé des 70’ sont autant de signatures du brillant portraitiste qu’est Lumet.
Pourtant, la fluidité de cette scène d’ouverture, la mécanique que rien ne semble gripper, le succès et l’enthousiasme collectif dénotent fortement : Danny serait un flic qui, à l’inverse de Serpico, a trouvé sa place dans la famille des flics, en est même à la tête.
Les contrepoints des inserts sur les fiches d’identité des protagonistes et les citations de répliques à venir sont les premiers à briser les élans d’un bon film de voleurs et gendarmes. L’ambiance est administrative, et tout ce que vous direz le sera dans le cadre d’une déposition.
Pire, la séquence suivante donne à voir les coulisses des coups d’éclat : celles où le flic doit fournir en héroïne ses indics, quitte à dépouiller l’un pour rassasier l’autre. Soudain, la sueur, les vomissures ou les coups sont les mêmes que dans les débuts de Serpico.

« On appartient aux gens qu’on poursuit »
Le Prince de New-York suit, durant près de trois heures, le parcours d’un flic qui se souvient des raisons pour lesquelles il est entré dans la police. Un Serpico qui aurait cédé, car tout le monde le fait, et qui voudrait se racheter.
Lumet dépeint avec toujours autant de précision les ressorts d’un milieu schizophrène, où la façon la plus efficace de servir la loi passe par sa transgression.
L’autre scission est celle des flics de la rue contre leurs supérieurs et les instances de régulations : police des polices, enquêteurs, FBI. Autant de costards donneurs de leçon qui ne semblent rien connaitre du milieu dans lequel travaillent ceux qu’ils surveillent.
Ciello prend ce mouvement spontané de sa part comme un jeu : pour être véritablement héroïque, il semble qu’il faille attaquer un autre gibier que la racaille de la rue et taper dans ses propres rangs. Il le fera, marquant son corps par le dispositif d’écoute, persuadé que tout le monde sortira grandi de ce nettoyage ciblé qui devrait épargner, croit-il, ses frères d’arme.
L’intelligence de Lumet, grande marque de fabrique de ses films, est de ne pas céder face au réel en transigeant sur les ficelles traditionnelles du protagoniste ou de son parcours. Ciello a le mérité d’être allé voir les enquêteurs, mais a menti dès le départ pour se couvrir. Lentement mais sûrement, la situation pourrit et l’étau se resserre.
A mesure que la rédemption semble se déployer, son univers s’étiole et se décompose : ses amis, son épouse, ses partenaires, ses collègues tombent avec lui. Et ses nouveaux camarades le quittent aussi, promus grâce à ses aveux et au ménage qu’il provoque. De la même façon qu’il s’enrichissait sur le crime, ils tirent parti des personnes sur lesquelles ils enquêtent : regard lucide sur un monde qui ne change pas, même s’il parait avoir les mains plus propre.
Entouré de gardes de corps, ne parlant plus qu’à travers des micros, Ciello cède et contribue finalement à un procès majeur : le sien.
La complexité narrative, ses ramifications et ses enquêtes au long cours assorties de l’implication affective des différents protagonistes a quelque chose de The Wire dans son regard impartial et d’une acuité terrible. Lumet ne cherche pas à dénoncer unilatéralement un système, il prend acte des pièges inhérents à celui-ci. Et s’attarde avant tout sur l’humain, ses petites bassesses, mais surtout sa fragilité. On le dit clairement : la seule différence entre un flic et un voyou, c’est que le flic a des remords, qui le font avouer spontanément, voire se brûler la cervelle.
[Spoilers]
Les dernières séquences nous renvoient aux origines de la carrière de Lumet, à travers une délibération qui rappelle fortement 12 hommes en colère. Il s’agit de statuer sur le parjure et de mettre en balance ses fautes passées avec son dévouement présent.
Fausse happy end que celle de sa grâce : ce qui reste n’est pas le regard des enquêteurs qui retournent dans les bureaux de Washington, mais bien le terrain sur lequel Ciello tente de retourner. Devenu instructeur, il fait face au mépris des jeunes recrues qui voient en lui une balance. L’image se fige sur le sourire triste de Ciello face au départ tonitruant d’un élève, qui ne veut rien apprendre de lui, mais face à un spectateur qui en a bien plus appris sur son métier et sa difficulté que dans la quasi-totalité des films jusqu’alors.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Dim 27 Avr 2014 - 7:49



L’acmé des ombres

C’est lorsqu’on est privé de quelque chose qu’on prend la mesure de sa valeur. Quel plus poignant récit d’adolescence imaginer que celui proposé ici ?
Danny vit tous les élans de son âge : l’avenir, par le choix d’une faculté. L’accès à une certaine société par son raffinement et son talent. L’amour et l’intimité par la rencontre de Lorna. A mesure que se dessinent les passerelles structurantes de sa vie en germe, l’étau de son existence se resserre.
En liberté, Danny vit comme un prisonnier : celle-ci n’est ni provisoire, ni conditionnelle, ni surveillée : elle est clandestine. Lumet met admirablement en place la mécanique tragique d’une famille ayant appris à vivre cachée, et à mettre en place les conditions de sa propre détention. On se surveille, et la solidarité étouffante de ce microcosme lui permet de se maintenir, jusqu’au prochain départ.
Danny a donc un double regard sur le monde : spectateur méfiant de sa propre vie, il laisse les autres fonder sur lui des espoirs et des projets qu’il sait condamnés. Tout lui sourit pourtant, et sa trajectoire, banale s’il en est, prend dès lors une intensité rare.
De nombreuses scènes constituées de plans d’ensemble posent l’adolescent au sein d’amples décors naturel : étendues sablonneuse, forêts, plage, bientôt accompagné de Lorna.
Le monde est une gigantesque partition en attente d’être jouée, sans qu’il lui soit possible de le faire. La métaphore est d’ailleurs filée par le rapport de Danny à la musique : seul moyen d’expression, parce qu’il permet l’épanchement sans les mots qui compromettent, elle occasionne de superbes séquences : chez Lorna, lors de l’audition, avec sa mère, enfin, où tout se dit par un duo mélancolique.
Chez lui, Danny s’entraine sur un clavier, sans le son, mise en abyme aussi poétique que désenchantée de son existence.
Outre l’interprétation flamboyante et subtile de River Phoenix, le film doit sa réussite au même équilibre : sur un canevas permettant tous les excès du pathos et du thriller, Lumet compose une partition fine où les rapports humains, et surtout familiaux, l’emportent sur les facilités inhérentes à un tel sujet. Les contacts sporadiques avec le passé, qu’il soit militant ou familial dessinent un archipel de deuil et de regrets. Le rythme volontairement irrégulier, entre un quotidien reclus et de brutales saillies d’émotion comme la rencontre entre Annie et son père après 14 ans de séparation permet d’apprécier toute l’intensité de ces rapports humains. De la même façon, les rares moments où l’on oublie sa condition font surgir avec évidence la beauté à portée de main, à l’image de la séquence d’anniversaire en compagnie de Lorna.
Loin d’idéaliser la famille, Lumet prend soin d’en explorer les contradictions : le père, libertaire sans concession, s’empêtre dans un rôle ambigu, où l’on enseigne avec autorité la contestation, et semble plus proche de l’adolescent que son fils qui ne demande qu’à grandir. Lorna quant à elle a les moyens de son adolescence : elle peut contester en toute impunité et fustiger le modèle parental en s’étonnant du silence mesuré de Danny, dont chaque mot fait l’objet d’une réflexion préalable.
Le récit suivra donc les modulations d’une pièce musicale qui prendrait progressivement la mesure du public auquel elle s’adresse, de plus en plus vaste. Au carrefour de sa destinée, on laisse à Danny la possibilité de rester et de se sédentariser, promesse paradoxale d’une vie de tous les possibles.
Lumet n’aura finalement rien fait d’autre qu’illustrer le parcours chaotique et lumineux de tout adolescent, les moyens détournés de la tragédie en accentuant les brillances et les ravages.

Fin du cycle Lumet
(jusqu'à ce que je mette la main sur The Offence et Prêteur sur gage)
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Dim 27 Avr 2014 - 9:02

CO.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Dim 27 Avr 2014 - 9:13

Yep. J'ai toujours du mal avec les films sur la famille et l'adolescence. Là, tout fonctionne à merveille.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Jeu 29 Mai 2014 - 7:40



Welcome to my nightmare

S’il fallait – encore – démontrer l’intérêt de ne rien connaitre d’au film avant de le voir, de ne pas lire jusqu’à sa jaquette ou son pitch, la séquence d’ouverture de The Offense constituerait un argument puissant. Après un prologue où le personnage principal met au tapis ce qui semble être des flics dans un commissariat, il est difficile de déterminer s’il fait partie des flics ou des suspects. La séquence suivante, la sortie d’une école dans une épaisse et silencieuse paranoïa multipliant les angles du vues sur Connery et les regards torves qu’on lui jette parachève l’ambivalence : prédateur ou enquêteur ?
Si le récit qui s’installe définit clairement son rôle, le voile est jeté. Dans une Angleterre glauquissime, Lumet filme une humanité souillée et pourrissante. D’une noirceur imparable, son film décape tous les poncifs du polar pour clairement annonce celui qu’illustreront les grands noms du roman noir des décennies suivantes, David Peace et James Ellroy. Dévoré par la violence qu’il côtoie, le flic cherche autant à sauver le monde qu’à exorciser toute son horreur qui s’est infiltrée en lui.
Les extérieurs sont des terrains vagues sous un ciel bas et lourd.
Les intérieurs claustrophobes deviennent immanquablement des salles d’interrogatoire, qu’on soit au boulot, face au prévenu ou son patron, chez soi face à son épouse. Film sur l’échange, poussant dans ses retranchements les vertus de la communication par le dialogue, The Offense est aussi oppressant qu’il est efficace. Le retour sur l’interrogatoire initial et les manipulations du prévenu sur le flic, les revirements entre confessions et mensonges, cet excès nauséeux de mots fait rappelle les échanges du Limier de Mankiewicz, auxquels on aurait retiré toute ambition comique et jubilatoire.
Au centre, un homme qui feint dans un premier temps d’écouter l’autre, pour tenter de contenir les élans de confession désespérée qui l’assaillent. Cette solitude absolue, qu’on retrouvera dans Serpico ou Le Prince de New York se double ici d’un pessimisme radical, qui annihilait le monde collectif dans Fail Safe & The Hill et se concentre ici sur une unique psyché malade. “Nothing I have done can be one half as bad as the thoughts in your head”, lui assène le suspect.
Connery, à l’origine du projet en en deal avec les studios qui le lui accordent en échange d’un James Bond, donne la pleine mesure d’un véritable rôle de composition : massif, inquiétant, déchiré. Le film sera d’ailleurs un échec cinglant. L’inquiétante étrangeté qui nous fait perdre pied avec lui n’est pas sans rappeler celle d’un des premiers Altman quelques années plus tôt, That cold day in the Park, et entérine l’irruption de l’ambiguïté dans le cinéma américain qui se fait dès lors âpre, étouffant, et profondément marquant.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Ven 30 Mai 2014 - 7:37



Ils m’ont dit de m’essouffler là-haut sur la colline…

The Hill. Comme bien souvent, le titre original est chez Lumet d’une densité parfaite. Tout se résume en effet à cette colline, construction artificielle au sein d’un camp d’emprisonnement, que les détenus sont condamnés à gravir et redescendre en guise de châtiment. Dévorant ses petits Sisyphe, la colline est l’archétype de l’absurdité, de l’effort inutile ; la discipline dans ce qu’elle a de plus arbitraire et qui gangrène tout cet univers grillagé.
Après le pessimisme d’une humanité globale vouée à s’entre-atomiser dans Fail Safe, Lumet revisite la même thématique en l’incarnant : à la cellule anti atomique du président succède celle de soldats, dans la chaleur, la sueur et les larmes.
La foule est partout, normée, rangée, en exercice. Même les repas se prennent au trot. L’idée est limpide : briser l’individu, le fondre dans un corps collectif à coup de beuglements, d’humiliation et d’épuisement. Les séquences d’ouverture, particulièrement longues, instaurent avec une grande efficacité cet implacable système.
Lumet, qu’on a connu plus sobre, opte ici pour une mise en scène virtuose et très formelle. L’ouverture à la grue occasionne un plan séquence d’anthologie, de la colline au camp tout entier, annonce d’une première partie fondée sur le plan général et la perdition des nouvelles recrues dans un espace prêt à les broyer de toute part.
On a rarement vu Lumet à l’œuvre avec des foules : c’est ici magistral, notamment dans la scène de l’émeute, où l’occupation de l’espace confiné, la variété des angles de vues et la distinction entre chefs et les détenus est menée de main de maitre.
Progressivement, les plans se resserrent et à mesure qu’ils se délitent, les individus sont isolés, prennent chair, souvent en contre plongée.
Si le ton monte, c’est pour mieux se transformer en aboiement. Si la tension s’exacerbe, c’est pour diviser les co-détenus. La lâcheté, le racisme, le courage, la haine s’entremêlent autour du noyau dur qu’est Roberts, le personnage joué par un Sean Connery viril et minéral, encaissant avec dignité, durcissant son regard en même temps que celui du spectateur.
La hiérarchie elle-même se voit affectée par la propagation du mal. A la manière dont McQueen l’explorait dans 12 years a slave, Lumet questionne ici les ravages du pouvoir absolu sur les autres. Les victimes en sont aliénées (à l’image de cette poignante évolution du détenu noir, qui finit par jouer au singe avant de se déclarer civil, grain de sable dans l’engrenage), les matons ravagés, gravissant eux-mêmes la colline de nuit.
[Spoils]
Comme souvent chez Lumet, c’est la dynamique du collectif, donc du pire, qui l’emporte. Alors que semble se dessiner la possibilité de l’émergence d’une enquête et d’un contact avec l’extérieur, le réalisateur pousse ses personnages toujours plus profondément dans leur cellule. Là, Roberts, immobilisé, assistera au déchainement de violence ruinant tout espoir de retour d’une justice dépassionnée dans ce monde animal.
Anti 12 hommes en colères, tant par sa dynamique que son pessimisme radical, The Hill est un coup de poing magistral.
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