Les 3 Rocks : musique et mauvaise foi

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 [Cycle] Sidney Lumet

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Nulladies
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MessageSujet: [Cycle] Sidney Lumet   Sam 19 Avr 2014 - 7:01

Dans les prochains visionnages :

1. 12 hommes en colère, 1957
2. Point limite, 1964
3. Serpico, 1973
4. Un après midi de chien, 1975
5. Network, main basse sur la tv, 1977
6. Le verdict, 1982
7. A bout de course, 1988
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Sam 19 Avr 2014 - 7:27



L’avis éveille

Avant d’être un film, 12 hommes en colère est un texte, puissant plaidoyer sur les vertus de la parole et vibrante réflexion sur son ambivalence.
La première approche est celle de la tentative d’ordonner le discours dans un espace qui lui est entièrement consacré : enfermés, condamnés à s’entendre, les jurés doivent suivre un protocole. L’ironie, le dilettantisme ou l’indifférence mettront un certain temps à décanter, mais par un véritable combat en faveur d’un échange de fond, le débat pourra s’élever. Régulièrement, des saillies de résistance s’élèvent encore, dénigrant son pouvoir, le taxant de répétitif, d’inutile, de précieux. Autant d’arguments contre l’esthétique même de ce film dont le programme semble un déni de tout divertissement.
Personnage principal, la parole va être disséquée dans ses moindres inflexions : par l’échange, elle oblige à justifier, et la collectivité permet la remise en cause des préjugés. Par l’épanchement, elle génère la révélation des passions, rempart au jugement impartial. Par le silence, elle favorise l’effort et le questionnement. A plusieurs reprises, on souligne le rôle fondamental de l’écoute et de l’expression : le vieux explique ainsi comment le témoin âgé a pu savourer le fait qu’on l’écoute enfin, au détriment de la vérité. Fonda laisse aussi se révéler les non-dits par les discours haineux qui plaident en sa faveur : pris à leur propre pièges, les racistes, les violents et les intolérants apprennent à mesurer leur discours.
Alors qu’on refait le procès, qu’on décape le langage pour qu’il puisse enfin signifier, les masques tombent en même temps que les preuves de la culpabilité.
Certes, tout cela est une machine un peu trop bien huilée, d’une efficacité imparable et d’une théâtralité légèrement factice. Mais l’erreur serait de voir ce film comme un policier, voire un film de procès : ce n’est pas un hasard s’il se situe après, et qu’il donne la chance à des individus, forcés par la loi, d’appliquer les règles d’une démocratie dont ils jouissent sans véritablement le savoir.
Au-delà de cette exploration des vertus de l’échange et d’un échantillonnage social savamment dosé se pose la question du regard. Comment faire de ce récit, à l’origine une pièce télévisuelle, une œuvre cinématographique ?
On retrouve ici les vertus de la contrainte prônée par l’OuLiPo, notamment par le biais de Perec qui s’était astreint à écrire un roman entier, La Disparition, sans utiliser la lettre « e », la plus présente dans la langue française. Ici, le huis-clos, loin de brider Lumet, galvanise sa créativité. Plans-séquence virtuoses, notamment celui de la présentation première de la salle de délibération, travellings latéraux lors des votes, pluralité des angles permettent une organisation tout aussi méthodique des échanges que celle prônée par le président du jury. Le recours à des focales croissantes permet en outre une gradation dans l’étouffement, le décor semblant rétrécir autour de ses occupants.
Le principal élément de distinction du juré n°8 est, après son vote différent des onze autres, l’acuité de son regard, atout légendaire d’Henri Fonda. Attestant d’une capacité d’écoute phénoménale, il met ses interlocuteurs au pied du mur. Toute la progression du récit suivra ce processus, la parole vaine se raréfiant au profit d’une écoute de plus en plus aiguë. Les accusateurs les plus virulents devront ainsi finir par se justifier, et l’on détournera ostensiblement les yeux de celui qui prônera le racisme et l’intolérance. Cette mise en scène double bien évidemment celle de Lumet, accentuant les gros plans qui vont permettre l’accès aux menues inflexions d’un visage qui dira une vérité profonde, quand bien même niée par les mots : celle du surgissement du fameux doute raisonnable.
Ce grain de sable dans la mécanique, instillé par l’homme au costume blanc venu refaire le travail d’un avocat commis d’office, entraine dans son sillage non seulement 11 concitoyens, mais n’importe quel spectateur.
Entrée fracassante de Lumet dans le cinéma, 12 hommes en colère a tout de la brillante plaidoirie : rhétorique, humaniste, et esthétique.
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Sam 19 Avr 2014 - 8:49

Bonne idée de cycle.

( Je sais qu'il faut faire des choix, mais Le prince de New York et A la recherche de Garbo manquent cruellement à l'appel )
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Sam 19 Avr 2014 - 8:52

@Goupi Tonkin a écrit:
Bonne idée de cycle.

( Je sais qu'il faut faire des choix, mais Le prince de New York et A la recherche de Garbo manquent cruellement à l'appel )

Non, au contraire, ravi d'avoir des suggestions supplémentaires. Le Prince, je n'ai pas réussi à mettre la main dessus, pour le moment. A la recherche avait échappé à ma vigilance, merci des références.
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UnderTheScum

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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Sam 19 Avr 2014 - 10:02

cheers 

Au passage je signale qu'il y a eu une émission sur Lumet sur France Inter la semaine dernière : Les films de Sidney Lumet sont-ils du côté de la morale ou de la Loi?
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Sam 19 Avr 2014 - 10:31

@UnderTheScum a écrit:
cheers 

Au passage je signale qu'il y a eu une émission sur Lumet sur France Inter la semaine dernière : Les films de Sidney Lumet sont-ils du côté de la morale ou de la Loi?

Excellent ! Je suis abonné au podcast, mais je n'avais pas encore vu ce programme qui tombe à pic !
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Sam 19 Avr 2014 - 10:44

Bonne idée, il me manque Point limite à voir (et les deux de Goupi Tonkin). J'aurais rajouté le méconnu The Appointment (Le rendez-vous) que j'aime beaucoup malgré son esthétique un peu datée. Dans les plus récents, souvent moyens voire pire, 7h58 ce samedi-là est également très bon.
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Esther
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Sam 19 Avr 2014 - 10:56

Effectivement, idée fumante d'évoquer le cas Lumet.
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Sam 19 Avr 2014 - 13:02

@Esther a écrit:
Effectivement, idée fumante d'évoquer le cas Lumet.
8,79/10 pour ton "Laurent Ruquier staïle"
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Sam 19 Avr 2014 - 14:49

@Goupi Tonkin a écrit:
@Esther a écrit:
Effectivement, idée fumante d'évoquer le cas Lumet.
8,79/10  pour ton "Laurent Ruquier staïle"



esther ruquier : Effectivement, idée fumante d'évoquer le cas Lumet.
goupil tonkin : 8,79/10  pour ton "Laurent Ruquier staïle"
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Sam 19 Avr 2014 - 14:51

12 hommes en colère m'avait pas mal marqué

j'avais bien aimé "verdict" aussi avec pâulo newman, avec scénario de david mamet (la prisonnière espagnole)

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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Dim 20 Avr 2014 - 7:26



Regarde les hommes bomber.

Le cauchemar angoissant qui ouvre le film, vision expérimentale et tauromachique, a un premier objectif paradoxal et habile : celui d’être rapidement occulté. A la poussière, la sueur et la souffrance physique, visibles encore lors de séquences subreptices et singulières (comme la gifle à la séduisante cynique ou la visite chez le père alcoolique) succède l’univers clos et parfaitement maitrisé de la base militaire.
Décor désormais familier du film sur la guerre froide, ce centre de commande sera le lieu quasi unique de lien avec l’extérieur, auquel répondra l’abri du Président, plus exigu encore.
Le pari est de taille, et à la mesure du Lumet de Douze hommes en colère : pas de musique, pas de grands effets ; un huis clos minimaliste où les dialogue priment, où les enjeux se résument à trois triangles sur un écran noir et blanc.
Et de tout cela, faire surgir l’une des plus grandes tensions possible.

Point Limite est tout d’abord un film sur la machine. La guerre froide fonctionne par logique dissuasive : il s’agit d’exhiber sa capacité de destruction et de placer sur le globe ses pions permettant une paix de position. C’est tout l’enjeu de la première partie, qui voit les hauts responsables de l’armée américaine expliquer leur stratégie et contrôler le monde depuis un écran. Déjà, les débats sur l’autonomie technologique et la responsabilité humaine pointent, mais la parole de l’expert semble pouvoir pour le moment botter en touche.
L’accident, élément perturbateur tant attendu, est en soi d’une intelligence machiavélique : c’est une aberration dans le système, une perversité qui va mettre les deux camps à égalité : tout le monde est responsable technologiquement, donc personne ne l’est.
Dès lors, on lutte contre ses propres armes, effrayés de voir à quel point tout a été froidement et brillamment pensé pour qu’elles atteignent leur objectif.

Le film double alors son exploration de la machine d’une analyse profonde de la parole.

Dans un premier temps, les échanges américains multiplient les expertises, divaguent sur les conduites à tenir, encore tentés par une perspective de stratèges pour nier la catastrophe en cours. A ce stade, on parle à la place de l’ennemi, on postule sa réaction, ce qu’il pense, voire ce qu’il pense que l’on pense. Et sur l’écran, le petit triangle avance, fidèle au programme.
La mise en scène, assez statique, pose un cadre sobre et propice à l’angoisse, souvent en légère contre plongée pour souligner l’effrayante responsabilité octroyée aux décisionnaires.

L’étape suivante consiste à ouvrir enfin le dialogue, dont le traitement narratif est brillant. L’échange russo-américain s’occulte par un nombre incalculable de filtres : les écrans, les liaisons téléphoniques, les interprètes. En ces temps d’apocalypse technologique, la voix humaine est destituée : on demande à l’interprète, de traduire, mais aussi d’interpréter psychologiquement la tonalité et le degré de conviction de l’interlocuteur, tout comme on a entrainé les pilotes à ne plus répondre aux ordres verbaux, qui pourraient être des ruses de l’ennemi. Et lorsqu’on demande aux officiers américains de coopérer avec l’ennemi, la gorge se noue, incapable de donner les informations si jalousement gardées jusqu’alors pour l’annihiler.
Restent les souffleries, la tonalité métallique des voix en attente du bruit d’un combiné qui va bientôt fondre.

[Spoilers majeurs]
Le rythme implacable de la progression du bombardier est la victoire du pire : la technologie, à partir du moment où elle est activée, est sans faille. Dès lors, c’est avec la même impartialité qu’on partage le monde en sacrifiant deux villes pour sauver les autres, logique glaçante d’une humanité devenue folle mais incapable de revenir en arrière.
Dans ces heures dernières de la résignation, la perspective de plus en plus prégnante d’une fin partielle du monde dévaste le spectateur : c’est là que la parole lui sera enfin adressée : non plus diplomatique, mais un vibrant et désespéré plaidoyer pour le désarmement.
La structure peut enfin revenir par pallier à ses débuts : l’extérieur, sous forme de quasi photogrammes de New York ponctué par le compte à rebours avant son anéantissement, et le rêve du pilote qui se concrétise.

Complément indispensable à La Bombe de Watkins qui sortira l’année d’après, Point Limite est un film d’utilité publique, à montrer dans les lycées et au plus grand nombre.
Chef d’œuvre d’efficacité et de tension, il parvient par son regard clinique et méticuleux à souffler son spectateur, qui peinera à se remettre du silence sur lequel il s’achève.


RabbitIYH, je pèse mes mots : ce film est indispensable.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Dim 20 Avr 2014 - 8:38

@RabbitIYH a écrit:
Bonne idée, il me manque Point limite à voir (et les deux de Goupi Tonkin). J'aurais rajouté le méconnu The Appointment (Le rendez-vous) que j'aime beaucoup malgré son esthétique un peu datée. Dans les plus récents, souvent moyens voire pire, 7h58 ce samedi-là est également très bon.

J'ai vu son dernier, j'avais bien aimé.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Dim 20 Avr 2014 - 9:00

Merci, je note pour ce Point limite ! Jusque là mon préféré c'est de très loin Un après midi de chien.
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Dim 20 Avr 2014 - 11:00

Pour moi, c'est le prince de new york et Network
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Dim 20 Avr 2014 - 12:32

@Goupi Tonkin a écrit:
Pour moi, c'est le prince de new york et Network

Je l'ai trouvé à 4€ hier, je le verrai donc un peu plus tard, le temps qu'il arrive et qu'il rejoigne la file d'attente.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Mar 22 Avr 2014 - 6:59



Try Hard

Le flic des seventies est dans l’imaginaire collectif celui que les séries télévisées de l’époque ont façonné : intègre, héroïque, efficace et charmeur. Serpico propose un regard autrement plus abrasif sur le sujet en abordant de front la corruption généralisée de la police new-yorkaise.
La mise en scène épurée et proche du documentaire s’attarde sur les visages brillants de sueur dans une ville lépreuse dont chaque rue semble une impasse. L’arrivée de la jeune recrue Serpico commence comme un coup de vent frais. Excentrique, appréciant aussi bien la danse que les discussions philosophiques des hippies de son temps dont il reprend le code vestimentaire, le jeune flic dénote. Mais s’il est rendu attachant par Lumet dans sa vie privée, c’est pour mieux devenir le mouton noir de son milieu professionnel.
Al Pacino transmet à son personnage l’empreinte indélébile d’une personnalité hors-norme.
Sa moustache et sa tignasse, signes libertaires autant qu’atout professionnels pour se mêler dans la foule qu’on le charge de surveiller, font de lui un proscrit. Confondu avec les escrocs qu’il traque, il aura tôt fait de constater les bavures et les excès de ses collègues.
Dès lors, la machine est mise en place. Seul contre tous, Serpico s’isole et toutes les composantes de son héroïsme se retournent contre lui. Son intégrité est le grain de sable, voire l’insulte au système qui va s’échiner à l’écraser. Pacino, comme à son habitude, sait moduler avec finesse les inflexions entre l’euphorie et la paranoïa, la résistance et l’accablement. Embarquée kafkaïenne dans les arcanes d’un système clos jusqu’à son sommet, où les bakchich cèdent le pas aux querelles du pouvoir politique, le film suit la destruction lente d’un individu qui souhaitait simplement faire honnêtement son travail.
Criminel aux yeux de ses pairs, Serpico confond de plus en plus son apparence avec le camp adverse, ne s’adresse plus qu’aux rares compagnons de confiance, son chien, une souris ou un perroquet.
Jusqu’aux désillusions d’une enquête elle-même biaisée par les ambitions personnelles et carriéristes, Serpico voit se déliter sa vie personnelle et son parcours professionnel ; les récompenses qu’on lui proposera achèveront d’officialiser le fonctionnement abject du système.
Reste, de bout en bout, le regard du protagoniste, d’une intensité unique. Béant, dévorant avec indignation les affres du réel, et leur offrant en retour un silence qui impose le respect.
Autant d’indices sur celui que Lumet pose lui-même sur son sujet.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Mar 22 Avr 2014 - 9:11

Belle chronique ! Et CO bien sûr.

Sinon pour déconner on peut presque voir Serpico comme un film sur la méthode Lee Strasberg (Actor's Studio).  geek  En tout cas Serpico a davantage la sensibilité d'un acteur que d'un flic.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Mar 22 Avr 2014 - 9:15

@RabbitIYH a écrit:
Belle chronique ! Et CO bien sûr.

Sinon pour déconner on peut presque voir Serpico comme un film sur la méthode Lee Strasberg (Actor's Studio).  geek  En tout cas Serpico a davantage la sensibilité d'un acteur que d'un flic.

C'est clair que ses changements de look et sa technique de caméléon par l'immersion y font beaucoup penser.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Mer 23 Avr 2014 - 7:01



Les bras cassés braquent

De même que Serpico proposait un regard nouveau sur la mythologie du flic, Un après-midi de chien propose de décaper l’aura du braqueur. Tous deux inspirés d’une histoire vraie, tous deux portés par un Pacino habité, ces deux films pourraient être considérés comme un diptyque abrasif sur les légendes hollywoodiennes.
La première tonalité du film est celle de la comédie. Ratés, maladresses s’accumulent au fil d’un braquage durant lequel l’instigateur ne cesse pourtant de montrer sa connaissance du terrain. Poseur, enthousiasmé par son propre effroi, il compense sa gaucherie par une chorégraphie hystérique. A côté de lui, Cazale aussi mutique que limité semble reprendre son rôle lunaire du Parrain.
Très vite, le pactole avorté est oublié au profit de ce spectacle nouveau et la logique du récit se déplace : ce qui compte désormais, c’est l’échange entre un huis clos tout en travelings latéraux et l’extérieur aux amples prises de vues, souvent en plongée vue du ciel. Au dehors, l’amateurisme semble être le même : on menotte un otage libéré, sans doute parce qu’il est noir, on éructe des ordres à tout va. A l’intérieur, Lumet s’attarde épisodiquement et avec une authenticité remarquable sur les otages : amusés, exténués, voire autoritaires et parentaux avec le malfrat débutant.
De ce ridicule généralisé, une troisième instance va se délecter : le public. Foule qui converge en masse vers le lieu de l’événement, réactive et partisane, elle achève la désacralisation des enjeux traditionnels. Pas de manichéisme, seul le divertissement compte : car si l’on braque des flingues sur les preneurs d’otage, les caméras prennent vite le relai. Le livreur de pizza devient une star, et Sonny galvanise la foule ravie de voir en lui un prêtre contestataire.
Tout se digère, se récupère et s’exploite : Lumet le dira de façon encore plus claire dans Network, mais l’annonce ici. La participation des médias, l’intervention des proches de Sonny qui semblent venir sur le plateau d’un reality show déballer la médiocrité de leur existence conduisent le récit vers la farce satirique.
Lorsque la tension semble se décanter, c’est pour laisser affleurer les nœuds du drame. Motifs confus, sexualité parallèle, la tentative de dérouler l’écheveau complexe de la personnalité de Sonny met en échec les autorités tout en émouvant le spectateur. La prise d’otage devient le centre névralgique d’une névrose qui semble contaminer la ville tout entière, et que rien ne semble pouvoir vraiment circonscrire. Dès lors, c’est la dilatation et l’épuisement qui prennent en charge le rythme. Les visages en sueur (une constant chez Lumet), la faim, la fatigue étirent le temps et diffèrent un dénouement qu’on sait par avance dramatique.
Fidèle à ses principes, Lumet prend son temps, ne s’embarrasse pas d’effets superfétatoires comme la musique, et progresse pratiquement en temps réel.
[Spoils]
Aux éructations, aux aboiements du chien fou succède une parole plus mesurée, qui déborde du cadre, d’abord par téléphone, puis avec la sérénité d’un discours testamentaire. Dès lors, la lente fuite vers l’extérieur ne fait plus illusion, et c’est toujours doté de la même lucidité que Lumet nous conduit au final, sec et tendu comme le réel, stupide et définitif comme une balle dans la tête.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Mer 23 Avr 2014 - 9:21

Chef-d'oeuvre absolu. Sa vision de la société-spectacle est bien plus subtile que celle de Network je trouve, bien qu'à l'époque ce dernier ait dû être une bombe il m'avait paru vieillir assez mal.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Mer 23 Avr 2014 - 9:26

@RabbitIYH a écrit:
Chef-d'oeuvre absolu. Sa vision de la société-spectacle est bien plus subtile que celle de Network je trouve, bien qu'à l'époque ce dernier ait dû être une bombe il m'avait paru vieillir assez mal.

Je devrais pouvoir te dire ça demain...
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Goupi Tonkin
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Mer 23 Avr 2014 - 10:12

@RabbitIYH a écrit:
Chef-d'oeuvre absolu. Sa vision de la société-spectacle est bien plus subtile que celle de Network je trouve, bien qu'à l'époque ce dernier ait dû être une bombe il m'avait paru vieillir assez mal.
 Laughing Pas d'accord, bien évidemment... Contrairement à Un après-midi de chien qui aborde le thème de manière plus ou moins allusive, Network traite frontalement de la société du spectacle. Forcément, ça dépote un max. Et puis Network est une farce, un jeu de massacre un peu foutraque, une charge corrosive. Les intentions ne sont pas les mêmes. Comparer le discours d'un drame (inspiré d'ailleurs d'un fait réel ) et celui d'une farce, qui par essence vise le grotesque, l'humour noir et l'excès, ça me parait un peu casse-gueule.

Network est un film  prémonitoire. Le long, terrifiant et hilarant monologue de Ned Beatty a 40 ans d'avance.
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Mer 23 Avr 2014 - 13:05

Je suis d'avis qu'on peut tout comparer, d'ailleurs Un après-midi de chien manie aussi la satire et l'excès avec une certaine finesse. Mais en l'occurrence je ne comparais pas l'intention, seulement le degré de subtilité. Dans le contexte de l'époque c'était sans doute nécessaire de mettre le points sur les "i", aujourd'hui à côté d'une série comme Newsroom (tout aussi sévère en filigrane avec le public et les institutions), ça paraît un peu bulldozer quand même.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Sidney Lumet   Mer 23 Avr 2014 - 15:23

Citation :
"Je suis d'avis qu'on peut tout comparer..."

Ben voilà ! Tout s’explique. Je suis de l’avis absolument contraire et fâché à mort avec cette manie saugrenue de vouloir comparer tout et n'importe quoi. Je suis trop attaché aux spécificités du « genre » pour ne pas trouver absurde que l’on compare (en les mettant en compétition) un western  avec une comédie ou un film fantastique avec un péplum sous le spécieux prétexte qu'ils abordent plus ou moins les mêmes thèmes… D'ailleurs, ce n’est pas qu’une histoire de « genre », ça fonctionne aussi avec le « format » : comparer une série ( qui va s’étendre sur plusieurs saisons )  à un film ( qui va développer une histoire sur deux heures ), je trouve ça insensé.

Que l'on compare, sans les mettre en compétition, les spécificités de chaque genre pour exprimer la même idée, pourquoi pas. Il faut bien que les universitaires s'amusent un peu.... Very Happy  Mais que l'on joue à "celui qui pisse le plus loin" en mettant dos à dos deux films qui n' appartiennent pas au même genre et qui utilisent un langage, un ton, un rythme, des codes différents pour aborder plus ou moins les mêmes thèmes, je trouve cela faussé dés le départ.

Citation :
seulement le degré de subtilité

J’avais saisi. Le problème pour moi, c’est qu’il ne s’agit pas tout à fait du même film… La charge contre les médias est présente dans les deux films, mais pas au même "degré". Dans Network, elle n’est pas périphérique, elle au cœur du film, elle est le projet même du film. Network est une satire, le film ne procède pas par allusion ou suggestion, il cogne, c’est une entreprise de démolition. Quant au discours, même s’il est dit parfois sur le ton de la farce, il est visionnaire, toujours actuel et percutant 40 ans après la sortie du film. Perso, ça me suffit amplement comme « degré de subtilité »


Dernière édition par Goupi Tonkin le Mer 23 Avr 2014 - 22:34, édité 1 fois
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[Cycle] Sidney Lumet
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