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 [Cycle] Animation japonaise

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Nulladies
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MessageSujet: [Cycle] Animation japonaise   Dim 23 Mar 2014 - 16:41

A partir de demain, une semaine animation japonaise :


1. Jin-Roh, la brigade des loups, Okiura, 1999
2. Les enfants loups, Ame & Yuki, Hosoda, 2012
3. Le tombeau des lucioles, Takahata, 1988
4. Perfect Blue, Kon, 1997
5. Paprika, Kon, 2006
6. Akira, Otomo, 1988
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RabbitIYH
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Dim 23 Mar 2014 - 17:21

Pas mal, 4 chefs-d'oeuvre perso, du 2 au 5. Les deux autres sont excellents, mais j'ai toujours eu un peu de frustration avec Akira après avoir lu le manga, que le film se contente de réduire à sa dimension la plus "efficace"en tranchant dans le lard, laissant de côté la plupart des aspects les plus intéressants de l'histoire.

Ça manque d'un Mamoru Oshii quand même.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Dim 23 Mar 2014 - 17:22

RabbitIYH a écrit:
Pas mal, 4 chefs-d'oeuvre perso, du 2 au 5. Les deux autres sont excellents, mais j'ai toujours eu un peu de frustration avec Akira après avoir lu le manga, que le film se contente de réduire à sa dimension la plus "efficace"en tranchant dans le lard, laissant de côté la plupart des aspects les plus intéressants de l'histoire.

Oui, je m'y attends aussi, j'ai lu les 14 volumes plusieurs fois. Cela dit, ça fait bien 10 ans que je ne m'y suis pas replongé.
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Nulladies
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Lun 24 Mar 2014 - 6:49



La petite trappe aux tons rouges

[Critique contenant des spoilers]
Dans un Japon uchronique et totalitaire, c’est du sein d’émeutes fluides et parfaitement montées que surgit l’être qui va tout changer. Ce petit chaperon rouge au regard comme seuls les mangas savent les dilater va être la réponse au casque intégral et aux yeux rouges électriques du soldat qui la tient en joue. De ce face à face originel découle la double direction du récit, plutôt habile dans sa première moitié.
D’un côté, l’humanisation du soldat d’élite, dont les entrainements futurs sont contaminés par l’imagerie du conte : la jeune fille, les loups, et l’amour naissant pour un être fragile.
De l’autre, les arcanes de l’espionnage, des complots et des jeux de pouvoir, matérialisés par les allées souterraines des égouts, où tout se joue, se noue et se règle par le sourd fracas des mitrailleuses automatiques. Ces séquences, obscures et oppressantes, très travaillées dans leur structure et leur architecture sonore, sont l’une des grandes réussites du film.
Le parcours opaque du protagoniste, entre sentimentalisme et dévouement militaire, se complexifie lorsqu’on apprend que la jeune fille survenue sur son chemin n’y est pas intervenue par hasard. Lors de leur rencontre, le mystère a changé de camp : lui tête nue, elle couverte de sa capuche, il est prêt à faillir devant l’arme inattendue du charme. La romance fabriquée devient elle-même un enjeu de pouvoir et va progressivement se délester de sa vertu libératrice pour resserrer à nouveau l’espace et durcir les traits.
Non dénuée de lourdeur, la deuxième partie souffre de cette perte de la confusion entre traumatismes, fantasmes et réalité, et ce retour à un récit plus pragmatique de contre-espionnage. Surtout, les parallèles avec le Petit Chaperon Rouge sont soulignés avec une pénible pesanteur. Le final a néanmoins le mérite d’aller jusqu’au bout de la tragédie annoncée : cette mise à nu d’un visage en quête de cœur n’aura été qu’une parenthèse, et la belle n’aura pas raison de la bête. Jin-Roh aura perverti le conte pour en faire une fable pessimiste, violente et sans concession sur les bassesses humaines dans les soubassements urbains.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Lun 24 Mar 2014 - 10:13

J'en ai un peu le même souvenir, symbolique joliment détournée quoique pas forcément très subtile, mais une atmosphère sombre d'uchronie comme j'aime et une fin puissante. Ça vaut pas les Oshii loin de là mais c'est quand même plutôt du très bon.

En parlant d'uchronies, Steamboy d'Otomo est finalement bien meilleur qu'Akira je trouve.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Lun 24 Mar 2014 - 10:34

Akira, je l'ai vu au cinéma lors du festival du film d'animation de Bruxelles (en 91 ou 92) première et dernière fois que j'ai vu une standing ovation dans une salle de cinoche alors qu'il n'y avait aucun représentant du film dans la salle. J'ai super kiffé grave, c'est un pote super fan de manga (à l'époque aimer des manga était encore très 'underground' et les 'geeks' étaient vus comme des gros nuls) qui m'y avait emmené, je savais pas trop ce que j'allais voir. Je me suis pris une claque phénoménale. N'ayant jamais lu les BD, je ne peux pas comparer. Ne me dites pas de les lire je n'arrive pas à lire un manga. J'ai essayé plusieurs fois mais ça ne passe pas.
Steamboy excellent aussi mais perso je préfère Akira (certainement aidé par l'effet de surprise de mon premier visionnage).

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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Lun 24 Mar 2014 - 10:39

Ah, Steamboy, voilà typiquement la référence que je vois beaucoup passer et que j'ai oublié d'inclure dans ce cycle. Pas grave, ce sera pour une prochaine fois, merci de me l'avoir rappelée.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Lun 24 Mar 2014 - 12:03

Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii Oshii Oshii Keiichi Hara Oshii Oshii Oshii

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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Lun 24 Mar 2014 - 12:08

Ghost in the shell, je l'ai vu (il y a fort longtemps) et j'avais beaucoup aimé, évidemment.
Sinon, Keiichi Hara  Question 
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Lun 24 Mar 2014 - 18:57

Ghost in the Shell COSC comme dirait l'autre  geek  mais bon Innocence (la suite) CO aussi (encore plus, même), L'oeuf de l'ange idem, Patlabor 2 idem, Sky Crawlers idem, son film en prises de vue "réelles" (et qui parle justement, comme souvent, de degrés de réalité) Avalon idem, c'est le plus grand cinéaste d'animation de l'histoire à mon avis, voire le plus grand cinéaste japonais depuis Kurosawa.

Keiichi Hara il est surtout connu du grand public nippon pour les séries animées assez fendardes Doraemon et Crayon Shin mais quand il fait des films "sérieux" ça donne le fabuleux Un été avec Coo et le plus classique mais très beau Colorful.


Dernière édition par RabbitIYH le Lun 24 Mar 2014 - 19:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Lun 24 Mar 2014 - 19:15

Avalon, vu ! J'avais beaucoup aimé.
Le reste, ben... je note, quoi, comme toujours. Merci le lapin.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Lun 24 Mar 2014 - 19:49

De rien ! Tu as prévu la mini-série Paranoia Agent aussi ? (sommet de Satoshi Kon au niveau des deux films du cycle)
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Lun 24 Mar 2014 - 20:13

Les séries, je suis pas sur d'investir le temps pour ça.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Lun 24 Mar 2014 - 22:40

C'est court ! (et ultime)
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Mar 25 Mar 2014 - 7:04



La prière sans retour

L’un des plus grands mérites que l’on peut trouver à l’animation, c’est lorsqu’elle déploie des moyens propres d’expression au service de son propos. Il fut un temps où elle avait le mérite de l’illimité de l’imaginaire : la magie, c’était (c’est encore, diront certains) le dragon, les fées ou l’illustration musicale échevelée de Disney. Aujourd’hui, tout est animation : même un film sans effet spéciaux visible est en souvent tourné sur écran vert, et le décor incrusté numériquement. (voir à ce titre la vidéo d’illustration pour le dernier Scorsese : http://vimeo.com/83523133 ) ; aux films dessinés de redéfinir leur esthétique.
Les enfants loups parvient à relever brillamment le défi. Le premier charme réside dans la beauté de son image, dont la délicatesse et les transparences, le scintillement irise de nombreux plans : la neige, la pluie, les étoiles, les fleurs composent un décor d’une rare délicatesse. En écho à ces silences contemplatifs, le film instaure un rythme assez lent dont l’objectif est double : nous immerger dans le quotidien de cette famille et nous familiariser avec la croissance des enfants, et de ce fait nous accoutumer à leur profonde singularité. L’extraordinaire de leur condition ne suscitera jamais un récit hors norme, mais au contraire l’épanouissement d’une intimité singulière. Le récit est celui d’une mère seule, et de son rapport avec les enfants que lui laisse l’homme de sa vie. Lorsqu’il dépassera le cadre de la maison isolée, ce sera pour renforcer les liens et les caractères de la cellule familiale.
Film sur la différence davantage que sur la tolérance, Les enfants loups déjoue un grand nombre de pièges en proposant une focalisation originale : c’est avant tout le regard que les enfants portent sur eux-mêmes qui constitue la dynamique dramatique ; de plus, il ne s’embarrasse pas d’un discours didactique et passe le plus souvent par des scènes de sommaire ou de silences pour dire l’essentiel. Deux séquences retiennent particulièrement l’attention : celle de la course dans la neige des enfants devenus loups en harmonie cinétique avec la nature, pour le versant animal : pour l’humain, le très beau travelling latéral et temporel qui montre les élèves passant d’un niveau scolaire à l’autre dans le couloir de l’école.
Dès lors, la socialisation de l’une, le retrait dans les bois de l’autre génèrent des émotions intenses et à l’image de celles vécues par la mère. Alors qu’on souhaite la bienvenue à Yuki, les adieux qu’on fait à son frère sont d’une belle et complexe tristesse.
Alliance de modestie narrative et d’ambition émotionnelle, Les enfants loups, aura su faire l’éloge de l’entraide entre voisins ou du miracle d’un champ qui entre en croissance. Il aura permis un nouveau regard sur la forêt, ses zones d’ombre et les êtres qui l’habitent.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Mar 25 Mar 2014 - 9:07

Pas encore vu celui-là.

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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Mar 25 Mar 2014 - 10:08

Déjà il y a avait quelques choses des chroniques provinciales de Takahata dans Summers Wars (qui réussissait à mêler ce naturalisme à l'interpénétration réel/virtuel d'un Satoshi Kon, un petit chef-d'oeuvre d'équilibrisme entre les genres, ce film), mais Les enfants loups avec son sens de l'ellipse hallucinant et son talent pour faire naître l'humour dans le tragique et vice-versa reprend définitivement le flambeau du maître je trouve, comme le très joli La traversée du temps l'avait d'emblée laissé penser.

Nulladies a écrit:

L’un des plus grands mérites que l’on peut trouver à l’animation, c’est lorsqu’elle déploie des moyens propres d’expression au service de son propos.

Tu vas adorer Satoshi KonCool 
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Mer 26 Mar 2014 - 7:07



Requiem pour un simulacre

Le film s’ouvre sur la mort lente d’un enfant dans un sous-terrain que traversent des adultes indifférents, instaurant la dynamique tragique de tout le récit à venir, sous forme de retour en arrière : l’échec est à la fin du voyage, et la solitude l’aura marqué jusqu’au bout.
Oscillant entre le regard brut, réaliste et quasi documentaire sur la guerre, et celui des enfants qui l’habitent, Takahata ménage un écart d’une violence profonde. Le cadre est celui d’un univers urbain sur lequel descendent les flammes des bombes incendiaires. La réponse des enfants, les flammes qui monteront vers le ciel des corps incinérés ; et, en parenthèse à cette perte de la mère, puis de la sœur, les tentatives d’une survie, par le prélèvement de petits fragments du réel : deux boites. L’une inamovible, de mémoire et de cendre, celle de la mère. L’autre vouée à l’usure, de l’enfance et de l’innocence : celle de bonbons.
Le tombeau des lucioles restitue le parcours d’une tentative d’évasion, d’une époque et du réel. Les enfants se construisent contre lui, à cause de lui, à l’abri de lui. Victimes et oubliés de l’Histoire, Seita et Setsuko n’ont a priori aucun rôle à y jouer : ils devraient, dans le bombardement originel, mourir sous les décombres. Leur survie en devient gênante, voire indécente aux yeux des adultes qui reprochent à Seita son manque de contribution à la reconstruction du pays.
Dès lors, c’est à l’écart de l’actualité que se mettra en place une tentative d’utopie, un simulacre de reconstruction : celle de l’autonomie des enfants dans le refuge. La luciole, élément poétique et éphémère, symbolise avec un éclat magique leur destinée : l’enfance irradiera un temps la nuit du pays, avant de s’éteindre en silence.
Le spectateur a beau avoir été averti du dénouement, il est pris par la main de ces personnages qui vibrent de vie, il admire, par les yeux de Setsuko, Seita qui cabriole pour lui faire oublier son chagrin. C’est la force du film d’animation que de jouer sur cette attente du spectateur : film pour enfants, a priori, film sur les enfants, qui plus est : le contraste n’en sera que plus dévastateur.
Au creux des silences, de grandes espérances : c’est l’image du père, allégorie d’un Japon en guerre, parti combattre en mer, et dont Seita attend le retour, qui fait tenir le fragile équilibre. Mais le refuge est aussi celui contre l’actualité : à l’Histoire, en pleine déroute, Seita a substitué un mythe, une figure qui, lorsqu’elle se dilue dans un ciel noir, ouvrira les abîmes de l’abandon.
Le pays se reconstruira, les efforts de guerre seront valorisés : l’Histoire reconnait ses ouvriers ; mais de ce refuge sous le ciel, de cette lumière passagère des lucioles, seul le dessin de Takahata aura su faire une œuvre de mémoire.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Mer 26 Mar 2014 - 8:30

Très bel hommage à ce CO, tellement terrassant émotionnellement que j'ai jamais osé le revoir.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Jeu 27 Mar 2014 - 9:01



Harcèle-moi si tu veux

Perfect Blue commence sous les ors du spectacle, la pop japonaise et ses codes si spécifiques : habillées comme des poupées, à la fois petites filles et objets de tous les fantasmes grâce à un costume suggestif, les jeunes chanteuses s’adressent à un public essentiellement masculin, consommateur et lucide. Mais la machine fonctionne et les désirs sont stimulés.
Un choix du cadrage permet de voir, subrepticement, un fan tenir dans la main une des danseuses : les bases du thriller sont posées.
Polar de son temps, où le harcèlement passe par un média nouveau-né, internet, Perfect Blue se double d’un récit labyrinthique sur les dérives d’une psyché malade face à dialectique des personnalités publiques et privées.
Chaque séquence permet d’établir des conclusions sur la trame centrale, à savoir une série de meurtres sauvages, mais se révèle presque à chaque fois appartenir à une fiction mise en abyme : par le biais d’un tournage, ou d’un rêve, voire d’une hallucination. Le temps se répète, les personnes se dédoublent, et la réalité qu’on a pris pour telle au départ se dérobe.
Fascinant dans son rythme, syncopé entre des temps morts contemplatifs et des séquences d’une rare violence, entre l’introspection intime et l’épanouissement malsain d’une star offrant son corps en pâture à la foule, le récit malmène le spectateur qui se perd avec la protagoniste dans les fluctuations des projections mentales et des rôles qu’elle joue… ou qu’on lui impose.
Hitchcock, mais surtout son disciple De Palma et quelques vertiges de Lynch planent sur l’atmosphère délicieusement perturbante de ce film. Petite poupée docile, Mima n’est qu’un fantasme qui s’interroge sur sa nature et son libre arbitre, et renvoie au spectateur la morbidité de ses propres fantasmes, de son sadisme et son désir toujours plus grand d’être surpris.
Une belle réussite.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Jeu 27 Mar 2014 - 9:01

RabbitIYH a écrit:
Très bel hommage à ce CO, tellement terrassant émotionnellement que j'ai jamais osé le revoir.

Merci le lapin.
En effet, il marque...
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Jeu 27 Mar 2014 - 10:05

Perfect Blue devient d'autant plus vertigineux quand on avance dans la filmo de Kon des rapports entre inconscient collectif et réalité... parce que finalement tout était déjà là. Mon film d'animation préféré de tous les temps, du coup.
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Jeu 27 Mar 2014 - 10:09

RabbitIYH a écrit:
Perfect Blue devient d'autant plus vertigineux quand on avance dans la filmo de Kon des rapports entre inconscient collectif et réalité... parce que finalement tout était déjà là. Mon film d'animation préféré de tous les temps, du coup.
Je pensais que c'était Bambi, rapport à Panpan...
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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Jeu 27 Mar 2014 - 11:13

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MessageSujet: Re: [Cycle] Animation japonaise   Sam 29 Mar 2014 - 8:27



L’errance des rêves.

Les deux séquences initiales de Paprika ont des vertus hypnotiques ; L’immersion onirique de la première a pour point d’origine un cirque : lieu baroque et inquiétant dans son ostentation, il nous rappelle les ambiguïtés du spectacle dans Lola Montès. Explorant tous les genres et sous genres possibles de l’aventure, du train d’Hitchcock à Tarzan, le parcours échevelé qui lui succède annonce un récit pour le moins mouvementé.
Mais avant que de retourner dans le délire du sommeil paradoxal, le générique du début achève de nous charmer : c’est le parcours de Paprika dans la ville. Sautillant comme le faisait sa grande sœur de Perfect Blue, elle habite la ville avec une aisance et une poésie fascinante. Passant d’une façade à un panneau publicitaire, revisitant les visages asiatiques qui placardent la cité de Blade Runner, la jeune fille mêle illusion et réalité dans une danse légère superbement animée.
La suite du récit n’est pas dénuée d’intérêt. La mise en abyme évidente entre le rêve et la création du cinéaste jalonnent un bon nombre de motifs du récit : la capacité à enregistrer les rêves, les références au cinéma, et surtout la quête de l’auteur, le responsable terroriste de cet univers mégalomaniaque.
Les jeux d’interpénétrations sur tous les supports iconiques (affiches, écrans, vitres, tapis, etc…) permettent une perméabilité des décors assez fascinante, de la même façon que les parcours dans les corridors et les ouvertures des portes sur des univers parallèles rappellent la délicieuse inquiétude des explorations spatiales d’Inland Empire de Lynch.
Les rêves en eux-mêmes sont l’occasion d’une débauche assez séduisante dans ses premières occurrences : bigarrés, fluides, déconcertants.
Mais voilà : plus le temps passe, plus on se prend à se demander où tout cela nous mène. Si tout est possible, si tout est onirique, à quoi bon ? Quand s’arrêter ?

Et de réfléchir sur les vertus de la bande annonce d’un tel film (qu’en l’occurrence je n’ai pas vue) : certaines fulgurances, superbes, composeraient une splendide séquence, pleine de promesses d’un monde jusqu’à alors inexploré.
Le long métrage épuise ce mystère et annihile les vertus poétiques de son univers, passé au rouleau compresseur de la surenchère et du grand guignol final.
Saupoudrée sur le réel urbain, Paprika a la saveur étonnante d’un vernis nouveau qui le magnifie. Mais tout est question de dosage : l’excès d’épices brule la bouche… ou pique les yeux.
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